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DÉMONSTRATION I S WIÉLIQIE.
nain- parait. La substance corporelle ne se peut séparer de ces accidents, qui vous l'a
dit? Klicz-vous do COBBeil de Dieu quand il n rail (lu néant les accidents et les subslan- » i s ? Avoz-vous formé et prescrit toute l'es- -, nrc des choses, et marqué avec lui les bornes précises du spirituel et du corporel, pour 8 i \ on- g ils n'ont pas l'un et l'autre un élre qui ne tombe point sous les sens, encore que, dans Tordre delà nature, il ait assujetti le corporel à y tomber toujours par tontes qui l'environne; comme il a quelquefois dans un ordre supérieur fait tomber le spirituel sous les sens par l'extérieur emprunté dont il lui a plude l'environner? On n'a jamais rien \u de semblable, nous dites-vous, à ce que nous concevons sur l'eucharistie ; mais avait-on vu que l'eau commune devint en un instant d'excellent vin, ou qu'un seul pain en de\ ml mille, ou tant d'autres merveilles dont vous ne doutez par la grâce de Dieu non plus que nous, non pas pour les trouver vraisemblables par elles-mêmes, mais parce qu'une autorité supérieure vous persuade qu'elles sont vraies? Ici nous avons cette autorité supérieure si on l'eut jamais ; Dieu parle fort clairement: Ceci est mon corps, et l'Eglise n'a jamais cherebé d'autre sens plus obscur à ces paroles, puisqu'en tous les temps, elle nous a dit : Ce n'est plus du pain, quoiqu'il paraisse toujours du pain; c'est le corps du Seigneur, quoiqu'il ne le paraisse pas, puisque dans les monuments les plus authentiques delà foi elle nous a toujours parlé d'un grand miracle, d'un changement divin, d'une transmutation, d'une trans-élémenlation audessus des forces humaines et de l'ordre delà nature.
SECTION VIII
Dernière difficulté, la présence d'une même substance corporelle en divers lieux.
I. Sur la dernière difficulté qui est la présence d'une substance corporelle en divers lieux, sans qu'elle cesse d'être une seule et même substance, nos frères ont aussi besoin pour la plupart d'être inslruils de la véritable créance de l'Kglise. Leur peuple se persuade assez souvent que nous croyons le corps de Notre-Seigneur dans l'eucharistie de la même sorte qu'il est au ciel, de la même sorte qu'il était sur l'arbre de la croix. ISicn loin que ce soit le sentiment de l'Eglise, elle condamnerait ces propositions ou ces expressions, si elles échappaient à un catholique mal instruit, et les traiterait d'hérétiques s'il s'obstinait à les soutenir. Elle condamnerait aussi ceux qui donneraient ce privilège d'être en divers lieux au corps de Notre-Seigneur , comme glorifié ou comme uni à la nature divine; car ni sa gloire dont nous n'avons que des idées très-imparfaites, ni son union à la divinité, n'empêchent point qu'il ne soit un corps humain véritablement tel que le nôtre, et par conséquent présent en un seul lieu d'une présence ordinaire , corporelle et visible, c'est-à-dire
telle que les corps ont accoutumé de l'avoir; présence bornée, limitée el renfermée pour ainsi dire, par le lieu même où le corps i st placé, et que nous appelleront ici, pour nous faire mieux entendre, présence unique. Mais nous concevons en même temps, akfc soutenus par la foi, que ce corps divin, et le nôtre, et tous les autres corps du monde, quand il plait a Dieu de franchir les bornes de la nature, peinent avoir une autre sorte de présence 1res— véritable et très-réelle, que nous appellerons ici présence multipliée, et qu'on a toujours nommée sacramentah et spirituelle, non pas pour croire, comme nos frètes, qu'elle n'est qu en figure et en esprit, mais pour exprimer, que nous ne la connaissons qu'en ce sacrement auguste, et que les corps y peuvent être par leur seule substance, sans rien de ce qui l'environne et la fait tomber sous les sens, de la même manière que nous concevons la présence des esprits, celle de Dieu, celle des anges, celle de notre âme même dont nous disons communément : l'âme est toute dans tout le corps et toute en chaque partie, sans que la présence de cette âme tout entière au pied, fasse aucune contradiction avec la présence de cette âme tout entière à la tète ; parce qu'en l'un ni en l'autre lieu, elle n'est point bornée et limitée comme les corps le sont en leur présence naturelle et corporelle.
IL De dire que ce miracle ne confonde pas notre raison, nous ne l'avançons pas; mais il confondait de même la raison des premiers chrétiens et des principaux pères de l'Eglise, sans toutefois confondre ni ébranler leur foi. Rien n'est si commun dans leurs écrits, par exemple, que de les voir s'élever à la créance de ce miracle par celui de la multiplication des pains, qui serait un exemple ridicule et absurde, s'il n'était question dans l'eucharistie que d'une multiplication du corps de Notre-Seigneur, faite par l'imagination et par la pensée de chaque particulier, comme il arrive toujours et en toute sorte de choses quand plusieurs y pensent: mais nous n'entrons pas ici plus avant dans celle matière réservée à la troisième partie de ce traité.
111. Eulychius, patriarche de Constantinople, que. l'histoire appelle une grande lumière de 1 Eglise, et qui vivait environ un siècle avant le temps ou il a plu à Aubcrlin de placer la naissance de l'erreur sur l'eucharistie (1), se servait encore, pour exprimer ;cette présence multipliée du corps de Notre-Seigneur, de deux comparaisons, l'une du cachet, un en lui-même, et multiplié par une infinité d'empreintes, dont chacune contient autant que lui, l'autre de la voix humaine, une en la bombe de celui qui parle, multipliée et toujours la même dans les oreilles d'un peuple infini qui l'écoute. Ces comparaisons sont à la vérité très-imparfaites, mais outre que toutes les comparaisons le doivent être, n'étant que comparaisons et non pas exemples el identités, comme parle
(1) Il succéda ii Menoas ta patriarchal eaSSF. Aobertiq
met 1j nais*ani'c île IVrmii en 636,
TRAITÉ DE L'EUCHARISTIE
l'école, c'est que les merveilles de la nature ne peuvent jamais être qu'un crayon trèsfaible et très-imparfait des merveilles audessus de la nature. Les premiers chrétiens n'ont pas laissé d'aider et de soutenir leur foi par des comparaisons aussi imparfaites sur la sainte Trinité, plus utiles à la faiblesse de l'homme ( comme disait saint Hilaire [S. Hilar. de Trinit., lib. I], ) que propres à exprimer la grandeur et la majesté de Dieu. Ils nous ont parlé du soleil, de ses rayons et de sa lumière, de la source, de la fontaine, du ruisseau, de l'intelligenee, du raisonnement, de la volonté, d'un arbre à trois branches dont chacune contient toute sa nature, et qui. ne sont toutes ensemble qu'un seul arbre (1). L'Eglise elle-même tout entière, dans le symbole attribué à saint Athanase dont elle a fait une partie de son office, exprime l'incarnation et l'union des deux natures en Notrc-Seigneur, par l'union de l'âme avec le corps, très-différente toutefois de cette autre merveille de la grâce, et où nous ne pouvons jamais dire, l'âme est morte, comme nous disons, Dieu est mort pour nous et pour lesalutdu monde. Que nous faut-il davantage ? S. Paul lui-même, ou plutôt l'esprit de Dieu qui parle par lui, s'écrie sur la résurrection : Insensé, ce que vous jetez en terre de vos propres mains pour le semer, ne peut revivre s'il ne meurt auparavant ( I Cor. , XV, 36). Vous ne semez pas ce corps qui naîtra, mais la semence dont il doit naître, soit blé, soit quelque autre chose : c'est Dieu qui donne le corps comme il lui plaît à chaque semence suivant son espèce. Toute chair n'est pas lamême chair, etc. Il y a corps célestes et corps terrestres. Autre est la gloire des célestes, autre est la gloire des terrestres. Autre est V éclat du soleil, autre celui de la lune, autre celui des étoiles : ainsi en est-il en la résurrection des morts. Paroles dont les incrédules ont abusé quelquefois , et pourraient abuser en mille sortes conlrc le mystère qu'elles expliquent, mais qui ne laissent pas d'avoir en ellesmêmes une force toute divine; car les comparaisons ne prouvent pas qu'une chose soit, mais persuadent qu'elle pourrait être : et si je trouve dans la nature une résurrection admirable dont mes yeux sont témoins, à laquelle mes propres mains ont travaillé sans que mon esprit la pût comprendre, si j'en suis si convaincu que je perds avec plaisir le peu de grain que je sème, et me donne même quelque peine pour le semer, par l'espérance certaine de le voir sortir de la terre et de sa propre pourriture, tout renouvelé, cl cent fois plus précieux qu'il n'était quand je l'ai perdu ; ilois-jc traiter d'impossible une autre résurrection encore plus merveilleuse de mon propre corps, quand une autorité divine me la promet et m'en assure? Non; l'idée vive et forte que j'ai de celui qui, après avoir fait et créé toutes les merveilles.de la nature, m'a promis et assuré toutes les merveilles de la grâce, fait que je n'examine plus
(1) Voyez entre les autres Terlullien contre Praxeas , chap. 8.
les différences de l'une de ces résurrections à l'autre, toutes les autres difficultés s'évanouissant, se perdant et se noyant, pour ainsi dire, dans le vaste abîme de son pouvoir infini.
IV. En gardant les mêmes précautions nous pouvons encore aider la foi de nos frères par une autre comparaison qui n'est pas nouvelle, et n'a pas été inconnue à saint Thomas. Si quelqu'un, parlant à un aveuglené, lui disait : Le sens de la vue que nous avons, et qui vous manque, ne nous découvre pas seulement de fort loin les objets, que vous ne pouvez découvrir que de fort près et en les touchant; il nous découvre de plus une merveille qui vous est inconnue : c'est qu'encore que chacun de nous ait une présence unique dans le lieu qu'il occupe, ne pouvant jamais être présent en un autre lieu en même temps et de la même sorte, il a néanmoins, ou peut avoir, une présence multipliée en cinquante miroirs qu'on pourra lui opposer, et même en cinquante pièces de chacun de ces cinquante miroirs mis en pièces, aussi présent en la plus petite qu'en la plus grande. Ce môme sens de la vue nous apprend aussi que tous les autres corps du monde ont de même avec leur présence unique une présence multipliée qui dépend de leur présence unique, et cette présence multipliée s'appelle communément image, mais n'est pas une imagination comme celles que vous pouvez vous former dans votre esprit : c'est quelque chose de réel et très-réel, et même de corporel, que nos philosophes appellent espèce, sans avoir encore pu déterminer entre eux, après de grandes disputes, si ces espèces sont une effusion delà substance des corps, ou une simple impression qu'ils font sur tout ce qui les environne, et que tous les autres corps leur renvoient, quand ils se trouvent à certaine distance et en certaines dispositions; ou enfin si ce n'est point quelque autre corps plus subtil, comme serait la lumière, qui reçoive toutes ces différentes impressions de tous les corps, et qui soit ainsi envoyé et renvoyé incessamment de l'un à l'autre avec ces empreintes différentes qu'il a prises de tous côtés, ni comment il se peut faire que ces espèces qui partent de tous les corps en racine temps, et de tous les côtés opposés, traversent le même espace de l'air, et se percent les unes les autres, sans néanmoins se mêler, se confondre, ni se détruire. L'aveugle-né à qui l'on tiendrait ce discours pour la première fois n'y comprendrait rien. Nous sommes pis qu'aveugles-nés dans les mystères du ciel : mais quand je trouve en moi-même et en tous les antres corps du monde, une double sorte de présence dont l'une dépend de l'autre, la première unique, la seconde multipliée â l'infini, d'une manière véritable, réelle, même corporelle, si claire à nos yeux, si obscure à notre raison, que les plus grands hommes en ces sortes de choses, après toutes leurs recherches, ne savent presque où ils en sont; aurai-je l'audace du prononcer hardiment qu'il n'est pas possible à celui qui peut tout et qui fait tout, de inul-
DÉMONSTRATION l \ WUl.luI t.
tiplter d'une manière toute surnaturelle et toute disine, non le corps unique de Noire- S-igneur, ni la présence unique, corporelle,
visible et divisible, mais une autre sorte tic présence Bacramentale, spirituelle, el de sa seule substance libre et dégagée de ses qualités corporelles avec lesquelles H est en un seul lien comme tous les autres corps î
V. Ce que nous niions ajouter ne convaincra pas les incrédules, mais il pourra édifier ceux qui Croient, ou qui commencent à croire. Nous parlons ici, non seulement de la possibilité, mais de la vraisemblance. 11 n'y arien dans l'Opinion de Calvin etdans son ineneil- Icux incroyable dont l'esprit se puisse accommoder; il y a, nous dit Calvin, une substance aussi éloignée de nous, que le ciel l'est de la terre, avec une vertu vivifiante, qui lui est inséparablement attachée : ni cette substance ne vient à nous, ni nous n'allons à elle. Mais sa vertu vivifiante qui ne saurait pourtant se séparer d'elle, opère sur nous, sans être portée jusques à nous par quelque chose que ce soit, et sans faire aussi nulle impression sur ce qui est entre nous et elle : et elle n'opère rien sur nos corps ni par l'aide de nos corps, mais seulement sur nos âmes, et par l'aide de leur attention et de leur application avec une vive foi. Voilà des miracles, à dire la vérité, mais des miracles sans ordre, sans suite, sans aucun but où ils tendent. Au contraire, dans la créance catholique, Dieu, qui n'est que charité et qu'amour, a voulu p*ar son amour infini s'unir à nous en unissant dans l'incarnation sa nature divine à notre nature humaine; niais l'amour de Dieu-Homme a passé plus loin. 11 a voulu s'unir à chacun de nous en particulier, et non seulement d'esprit à esprit, mais de chair à chair, et de corps à corps ; et de l'union la plus étroite et la plus intime que l'esprit puisse imaginer, telle qu'est celle de l'aliment avec le corps à qui il sert d'aliment, qui devient un même corps avec lui, os de ses os, chair de sa chair. Dans la souveraine et infinie perfection de Dieu, il semblait qu'il manquât quelque chose à la perfection de son amour; car il ne pouvait mourir pour ce qu'il aimait, comme l'homme meurt pour ce qu'il aime. Mais ce Dieu infiniment parfait s'est fait homme afin de mourir pour nous, et s'étant une fois donné par sa mort à tous les hommes en gênerai, il se donne tous les jours tout entier à chacun des hommes d'une manière, dont ils ne sauraient se donner l'un à l'autre, afin qu'en amour aussi bien qu'en toute autre chose, DreU ait toujours l'avantage sur l'homme mortel. Voilà des miracles, mais avec un ordre, une suite, et une raison qui engagent le cœur et l'esprit. Que pouvons-nous faire que nous écrier comme faisait un des pères de l'Eglise sur le sujet de l'incarnation? Nous vous rendons grâces, Seigneur, de ce que vous faites pour l'homme ce que l'homme ne peut croire. Achevez, Seigneur, achevez votre ouvrage en nos cœurs ; achevez-le en celui de nos frères, et que tous ensemble, humiliés et mortifiés de notre néant, étonnés de votre grandeur, convaincus de vos merveilles dans
la nature, persuadés par votl de t mi
de merveilles surprenantes de votre grâce,
dont nous ne douions pas. nousn'i n refusil aucune (le celles que votre -unie parole a m i pris soin de nous annoncer, et (iue le témoignage rivant et parlant <le l Kglise, qui votre seconde parole, nous aura rDllflrmél
Avec ces dispositions, nos très- cb< n M nous passons i la seconde et a la troisième partie de ce traité, qui consisteront a es ruiner ce que l'Ecriture nous a dit de > grand mystère, et comment toute l'Eglise a entendu et expliqué l'Ecriture sur ce sujet.
SECONDC PARTIE .
Ou preuves de la foi catholique par VEcri-
lan saiiilr.
SECTION IX
La première partie de ce traité a déjà prouvé la seconde. La seconde prouvera l<i première. Clé de la difficulté. Division de cette partie.
I. Si nous étions assez heureux pour avoir satisfait nos frères en la première partie de ce traité, à peine faudrait-il passer à une conde. Remettons-nous par la pensée ai même état où nous étions quand ces différends ont commencé, c'est-à-dire en l'année mil cinq cent quarante ou cinquante, que tou ces diverses opinions sur l'eucharistie ont éclaté. En cet état des choses nous conjurons Luther de nous parler île bonne foi. Il n avoue que ce qu'il ajoute ou qu il change à l'opinion commune est indifférent, et il n en laisse les maîtres. Zuingle, à qui nous nous adressons après lui n'est ] Je ;
mais ce qu'il nous prêche avec sa suite de Sucramentaires, ne peut compatir avec les principes de la religion chrétienne, t !s qu'on les a vus en tous les siècles et en tous les climats du monde : partout on a mis une grande et très-grande merveille où il n'en met aucune. Calyin voudrait bien accorder Luther et Zuingle, mais il ne peut s'accorder avec lui-même; il avoue une très-grande merveille, mais par là même, il n'ôte au* une des difficultés de la créance catholique, (t semble plutôt \ ajouter de nom elles difficultés. De quel cote nous tournerons-nous ? Chacun de nous en particulier ne peut douter. que son père, son aïeul, son bisaïeul, ne crussent comme croient les catholiques. Ce bisaïeul était très-certain que son bisaïeul avait cru de même, et où est la difficulté de croire comme eu\ et comme tous les chrétiens croyaient il y a trente ans. plutôt que comme Calvin veul que l'on commence à croire, sans soulager notre foi en rien, ni pouvoir lui-même nous bien expliquer ce qu'il pense?
IL 11 semble qu'il ne serait pis nécessaire d'en dire davantage, mais si la première partie de ce traité a prouvé la seconde parav anee, nous espérons que la seconde prouvera OU confirmera la première, et que l'une el l'autre jointes ensemble seront pleinement el entièrement prouvées et confirmées par la troi—