TRAITE DE L
sième. Nous avons beau les séparer, elles se mêleront à tous moments l'une à l'autre, chacune donnant quelque lumière nouvelle à ce qui la suit, ou qui la précède. D'ailleurs c'est le génie de l'erreur , qu'aussitôt qu'elle se sent pressée , elle reprend ce qu'elle avait abandonné ; il faut la vaincre de tous côtés, ou elle se croira toujours victorieuse. Celui qui n'aurait plus rien à dire sur l'impossibililé, se retrancherait à l'Ecriture sainte; celui à qui vous auriez ôté l'Ecriture sainte, prétendrait encore que les pères l'ont entendue comme lui : il n'y a que ces trois choses jointes ensemble, et la grâce de Dieu avec elles, qui puissent achever l'ouvrage.
111. Il y a, comme nous l'avons dit, une clé de cette dispute sur l'Ecriture sainte, et qui peut fort abréger les longs discours qu'on en a faits. Il n'est point question de savoir si en certaines occasions, en certaines circonstances telles qu'on pourrait les supposer ou les imaginer, ces paroles de notre Seigneur, Ceci est mon corps, pourraient se prendre en un sens figuré , comme ces autres paroles , la pierre était Christ ,je suis le cep , je suis le chemin : nous soutenons seulement, que, dans l'occasion et dans les circonstances dont il s'agit , ces paroles , Ceci est mon corps, ne se peuvent entendre en ce sens-là, parce qu'en matière d'explications, ce qui est contraire au bon sens et à la droite raison s'appelle impossible. Il n'est pas nouveau dans l'usage des hommes , qu'un mot signifie quelquefois le contraire de sa signifleation naturelle, mais il ne s'ensuit pas, qu'en tous lieux on puisse le prendre en ce sens extraordinaire et forcé. Bénir sera quelquefois maudire dans l'Ecriture sainte, comme quand au livre des rois [Ul9Rois. XXI, 9; Job, 1, 5 ;Job, II, 9), Naboth est accusé d'avoir béni Dieu et le roi, c'est-à-dire blasphémé contre l'un , et prononcé des imprécations contre l'autre ; choses si abominables en elles-mêmes , que la langue sainte en a horreur, et n'ose les exprimer, corrigeant pour ainsi dire l'action par le récit qu'elle en fait. Mais où sera l'impertinent qui ose soutenir sous ce prétexte, que dans le cantique de Daniel, où toutes les créaturcs jusqu'aux plus insensibles sont excitées avec une éloquenccdivincàbénir leScigneur, on puisse prendre ce mot de bénir en ce sens extraordinaire et forcé où il signifie maudire? Ce langage. , Le père est plus grand que moi , se pourrait entendre au sens d'Arias: qui en peut douter, à parler en général et hors de toutes circonstances? mais il ne se peut entendre en ce sens-là, en supposant ce que ('Ecriture et la tradition nous ont appris de l'Incarnation et de la Trinité, cl que l'on a pris pour fondement et pour principe. Cet autre passage , la parole a été faite chair, pouvait avoir le sens d'Eutycbès, à ne parler
qu'en gra lairien ; mais il ne le peut avoir
a parler en chrétien, en supposant ce que l'Ecriture et la tradition de l'Église nous ont enseigné. Ceci est mon corps, pourrait en quelque Occasion1 particulière signifier, ceci csi la ligure de toion corps , mais il ne le peut en l'endroit dont il s'agit, quand une fois on