EUCHARISTIE
a reçu et rassemblé ce que l'Ecriture et la tradition ont appris aux chrétiens sur l'eucharistie.
La première preuve de cette vérité est ce que nous avons déjà dit , et que nous ne répétons ici qu'en un seul mot. L'eucharistie est un grand mystère, une grande merveille du consentement de tous les chrétiens ; mais où est le mystère et la merveille , quand on entendra simplement, ce pain est la figure de mon corps, et ce vin la figure de mon sang? Rien au monde n'est plus éloigné du bon sens , que ce sens si nud et si misérable des sacramentaires : nous nous arrêtons là à leur égard sans y rien ajouter davantage. Mais on pourra se retrancher sur le sens merveilleux et incroyable de Calvin, c'est en effet la seule question qui nous reste à examiner , et où nous espérons de prouver trois choses avec l'aide de Dieu. Premièrement , que le sens de l'Eglise se trouve formellement dans l'Ecriture , non pas une fois mais plusieurs et en plusieurs sortes; secondement, que le sens de Calvin ne s'y peut jamais trouver ni en aucune manière ; en troisième lieu, que les objections de l'Ecriture , qu'on fait contre le sens de l'Eglise , ne font que confirmer ce sens-là , quand sa créance est une fois bien expliquée et bien entendue,
SECTION X
Trois preuves, que le dogme catholique est dans l'Ecriture , proposées seulement pour les expliquer ensuite lune après Vautre.
I. Que le dogme catholique sur l'eucharistie soit dans l'Ecriture sainte, personne n'en peut douter. Nos frères eux-mêmes ne nient pas qu'il n'y soit à la lettre ; mais ils disent que la lettre tue. Assurons-nous donc en premier lieu de cet avantage , d'avoir pour nous les paroles à la lettre , qu'ils n'ont pas.
II. Que cette lettre ne tue point et que ce sens littéral soit le véritable , nous en rapporterons trois preuves principales, que nous proposons ici en abrégé , pour les expliquer ensuite l'une après l'autre.
La première preuve est le consentement et l'uniformité, pour le dire ainsi , des quatre écrivains sacrés à rapporter les paroles divines de l'institution, Ceci est mon corps, sans changement, sans variété, sans commentaire , sans explication , quoique partout ailleurs ils en usent tout autrement, et que l'explication fût ici plus nécessaire que partout ailleurs.
La seconde preuve se tirera du sixième chapitre de saint Jean , où l'institution à la vérité n'est pas rapportée, mais nous espérons de faire voir avec l'aide de Dieu, qu'elle y est clairement prédite et annoncée , et d'une manière qui ne s'accorde qu'avec le sens littéral de l'Eglise.
La troisième preuve enfin sera prise de saint Paul , non pas dans le récit de celle sainte institution, où il n'a rien de particulier, mais dans tout ce qu'il ajoute sur la partici palion à ce grand mystère.
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SECTION XI
Réflexions générale» /mur bien entendre la première preux e qu\\est l'uniformité de plusieurs i cri i aint taorés, à rapporter let mêmes paroles île l'institution, ceci est mon corps , tans variété ei sans explication.
I. Quant à la première de ces prouves, il importe do s'j arrêter an peu. Nos frères lisent et savent l'Ecriture sainte. Ce n e>t pas de quoi il les faut blâmer, mais de ce qu'ils ne la lisent que dans leur sens et se croient seuls capables de la bien entendre. Us prendront sans doute plaisir de considérer arèc nous la conduite de l'esprit de Dieu, en ces riches et belles narrations qu'il nous a laissées de la v ie et de la mort de Notre-Seigneur, et cela nous paraît nécessaire en cet endroit pour leur bien faire connaître la force de notre première preuve.
II. La variété de ces narrations toutes divines est quelquefois i< Ile, qu'elle scandalise ceux qu'elle déviait édifier, parce qu'on a peineà accorder les évangélistes sur certaines choses, qui paraîtraient plus curieuses que nécessaires, et qui d'elles-mêmes seraient également bonnes pour noire salut, soit qu'on les entende d'une manière ou d'une autre.
Mais, à la bien considérer, ce sont là plutôt des marques d'une sincérité parfaite, et ceux qui seront accoutumés à voir des informations et des enquêtes, trouveront encore mieux que les autres dans cette diversité de récits tous les caractères d'une même vérité.
Ce sont des témoins fi. lèles qui ne se sont point enfermés ensemble , comme ils le pouvaient, pour concerter ce qu'ils avaient à dire. Une conduite divine a présidé à leur travail , et Dieu les a inspirés en tout, guidant leur plume, et leur faisant écrire ce qu'ils ont écrit dans la pure vérité ; mais cette même providence, qui les faisait écrire divinement et par l'impulsion de l'esprit de Dieu , a voulu qu'ils écrivissent en hommes, et comme on écrit parmi les hommes; ce que chacun avait vu et remarqué, il l'a dit; ce qu'il n'avait point remarqué, ce qui l'avait moins touché, ou qui lui semblait moins remarquable , il l'a omis. Qu'on examine les historiens d'Alexandre et de César, et les rué, noires de ceux qui ont eu part aux mêmes actions, on y trouvera cette même variété très-naturelle , pour ainsi dire, aux hommes et à leurs ouvrages; la vérité entière ne se recueille pas d'un seul desévangelis tes, mais de tous ensemble ; et s'il reste quelque doute, ce n'est point sur la certitude de l'action , mais sur l'ordre et le temps des ses diverses circonstances peu essentielles en elles-mêmes. En S. Matthieu , par exemple, lecentenicr, avec une foi plus grande que celle de tout Israël, vient dire lui-même à Notre-Seigneur : Je ne suis pas digne que vous entriez sens mon toit (Matin., VIII, 8). En saint Luc il envoie seulementdeux fois dire la même chose (Luc, Vil, 6) , ne se trouvant pas digne de se présenter lui-même, soit que saint Matthieu attribue au cenlenier ce qui a été Fail en son nom ( chose très-commune dans l'Ecriture sainte), soil que le cenlenier. après avoir
envoyé deux fois, apprenant que Notre-S gneur approchait, ait été encore à sa rencontre . pour lui tenir le même discours.