‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 250 sur 305 · EUCHARISTIE · texte numérisé non relu

EUCHARISTIE

pouvait savoir d'original et où seul il rapporte certaines circonstances que les trois autres évangélistes n'ont pas , et telles sont encore ces paroles de Notre-Seigneur luimême, qu'on ne trouve point ailleurs -.Chacun sera salé de feu.

VIL Saint Luc écrivit non seulement après saint Matthieu et saint Marc qu'il a copiés visiblement en plusieurs endroits ; mais aussi après quantité d'autres écrivains que nous n'avons pas , comme sa préface le fait assez entendre. Quelques-uns ont appelé son Evangile l'Evaugile de saint Paul, parce qu'il fut le compagnon de ses voyages , et pouvait en effet avoir appris de lui beaucoup de choses; son style est d'un grec plus élégant et plus poli que celui de saint Paul, et de tous les écrivains sacrés ; de sorte qu'on voit assez que cette langue lui était naturelle, comme l'hébreu ou le syriaque aux autres.

VIII. Saint Jean a écrit assez longtemps après ces trois évangélistes. Si saint Paul mettait sa gloire à annoncer l'Evangile où on n'en avait jamais parlé , on peut dire que ce dernier des quatre évangélistes a mis la sienne à ne point répéter ce que les autres avaient assez dit : il passe la plupart des actions de Notre-Seigneur, et s'arrête principalement à ses discours; il nous ouvre des roules toutes nouvelles ; mais , bon Dieu, avec quelle élévation et quelle force! C'est lui qui nous annonce qu'au commencement était le Verbe, que le Verbe était avec Dieu, et que le Verbe était Dieu ; que par lui toutes choses ont été faites , et que sans lui rien n'a été fait. Que ce Verbe a été fait chair ; qu'il a habité parmi nous ; qu'on a vu sa gloire telle que celle du Fils unique de Dieu plein de grâce et de vérité.

C'est ce saint apôtre qui nous apprend seul le premier des miracles de Notre - Seigneur aux noces de Cana, la piscine miraculeuse, le paralytique qui n'en eut pas besoin pour être guéri , la foi de la Samaritaine, l'histoire de la femme surprise en adultère, injustement suspecte de supposition à quelques anciens, la guérison de l'avcugle-né, la résurrection du Lazare, comme si , par tant de pièces choisies de ce poids, de cette solidité et de cet éclat qu'il nous tire de ses riches trésors, il ne pensait qu'à justifier ces mois pleins d'amour, par lesquels il conclut tout son ouvrage : II y a tant d'autres choses que Jésus a faites, guà les écrire en détail, je ne crois pas que le monde entier pût contenir tes livres qu'on en ferait.

Voilà nos réflexions en général sur la conduitede l'espritde Dieu dans les quatreévangélistes: il est temps d'en faire quelque application particulière au sujet que nous traitons.

SECTION XII

Applications de ces réflexions générales à la

première preuve.

I. Notre première preuve consiste en trois choses : 1° le nombre des écrivains sacrés qui ont rapporté l'institution de l'eucharistie; 2" leur consentement et leur uniformité à rapporter les propres paroles de Notre-Seigneur, Ceci est mon corps, sans variété ni explcation; 3° la nécessité qu'il y avait d'y

DEMONSTRATION l \ VNGELIQ1 !

'JH

ajouter quelque explication, s il n'eél pâl fallu 1rs entendre à là lettre.

Trois évàngélisted , sainl Matthieu , saint

Marc et saint Lue, rapportent les propres

paroles ne Nuire - Seigneur en instituant ['eucharistie ; Ceci est mon corps [Matlh.,

XXV! , 26; )larr, XIV, 11; Lue, XXII, I!) . Saint Jean a rail ici de même qu'en plusieurs autres endroits Jean, VI), car \ oillant, comble nous l'avons dit, s'étendre sur les discours du Seigneur, passer ce (pie les autres ont dit, et nous apprendre ce qu'ils ne nous ont

fioint appris, il n'a point rapporté cette insliulion sainte, mais il a rapporté un long entretien de Nôtre-Seigneur a\ec ses discibles, connue pour la leur annoncer et la leur promettre, ainsi que nous le ferons voir en son lieu. Ce n'était pas assez. Voici un cinquième évangélistc lait exprès, pour ainsi dire, puisqu'il ne rapporte dans tous ses écrits nulle autre action de NOtre-Seigneur que Celle-là : c'est saint Paul dont nous entendons parler; car il ne nous dit point ce que les autres apôtres lui ont dit, il va au-devant de cette pensée : J'ai appris du Seigneur, ditil, ce qu aussi je vous ai enseign \ c'est <jue le Seigneur Jésus, la nuit même qu'il fui livré , prit du pain cl ayant rendu grâces, le rompit, et dit à ses disciples : Prenez, mangez, ceci est mon corps (I Cor., XI, 24-), etc.

II. Nous n'avons pas été du conseil de Dieu quand il réglait la plume de ses écrivains sacrés et ordonnait à chacun ce qu'il devait dire ou ne pas dire : il faut raisonner sobrement sur ces matières , comme nous l'avons déjà remarqué. Mais il y a dans cette obscurité divine certaines lumières dont Dieu a voulu que nous lussions frappés : la vie humaine de Notre-Seigneur, ses souffrances, sa mort , sa résurrection , sont partout cl dans tous les quatre évangélisles. Un seul nous rapporte sa naissance dans la pauvreté d'une élable, pendant que les anges le glorifient dans le ciel avec son père céleste. Un autre nous fait voir seul les rois qui viennent lies extrémités du monde pour l'adorer, pendant qu'un petit roi de Judée cherche à le faire mourir. On sent naturellement la raison de celte différente conduite : tous nous ont dit ce qui faisait le corps de l'Evangile, pour ainsi dire, et le fondement de notre salut: un seul y a ajouté ces circonstances édifiantes, Où l'humilité et la gloire sont si bien mêlées ensemble, comme dans tout le reste de la vie de Notre-Seigneur.

III. Quelle est donc la merveille que nous avons à considérer ici sur l'eucharistie, pendant que tant de circonstances de la vie et de la mort du Sauveur, tant de miracles éclatants qu'il a faits , ne se lisent qu'en un seul év'angeliste, que l'institution du baptême, au nom du l'ère, du Fils , et du Saint-Esprit, n'est rapportée que par un seul? Serait-ce sans dessein et par hasard que l'institution de l'eucharistie n'a pas seulement quatre évangélisles, mais cinq", ce qui n'est arriv e à pas une autre de ses actions? 11 faut par nécessité qu'il y ait là -dedans quelque raison divine, mais "importante. Le catholique n'a

pas beaucoup de peint tginer : i

un miracle au-dessus dei sens, qui Cure tous les j^rs dans l'Eglise chrétienne, miracle dont la seule pn rebute par sa grandeur ceux-là mêmes qui axaient \u les pains se multiplier entre les mains de Notre-Seigneur; miracle qui :

révolter, dans la lin dei temps, une partie de ceux qui se disent ses disciples : on ne pouvait nous trop dire et nous i,,,p r< ces paroles divines, sur lesquelles louti criture a cru de tout temps ne que noi croyons aujourd'hui.

IV. Voilà noire réflexion quant au nombre des historiens sacrés { mais que dirons-nous de celte religion avec laquelle tous ces qu ltre historiens sai rés nous rapportent les p iroles divines sans en laisser tomber un iota : Ceci est mon corps? eux qui, presque partout ailleurs, sont si différents dans leurs expressions, qu'on fait des concordances et des harmonies pour faire voir qu'ils ne sont différents que dans les paroles et non pas dans les choses.

V. C'est bien plus. Aussitôt que, par ces paroles Si fidèlement rapportées : C> <

corps, ils ont établi comme sur un rondement inébranlable la vérité de cette lettre . qui ne tue point, mais qui vivifie, ils reviennent à la liberté naturelle de varier dans les ex sions , comme on le fait dans tous les récits humains Est-il question du calice? pounu que le mot de sang y soit toujours conservé. la manière de l'exprimer ne les arrête pas. A peine y en a-t-il un seul qui n'ait quelque chose de particulier et de propre dans s parole*. Sainl Matthieu nous dit : C'est ici mon sang de la nouvelle alliance, qui sera répandu pour plusieurs en rémission de leurs péchés. Saint Marc le copie en tout le reste, mais il Ole ces derniers mots, < n n mission de leurs péchés. Saint Luc : Ce calice est la nouvelle alliance en mon sang qui sera répandu pour vous. Saint Paul Ole ces paroles, qui sera répandu pour VOUS , et ajoute : Faites ceci, toutes les fois </ue vous en boirez, en mémoire de moi ; pour ne rien dire encore dt1 quantité d'autres petites différences que nos frères remarqueront eux-mêmes dans tout le récit de ce sacre souper. Nous leur demanderions volontiers d'où vient, dans celle liberté et cette variété d'expressions en ces quatre historiens ou témoins, une fidélité si bien marquée sur le mol de corps, sur le mot de sang, et pourquoi pas un n'a-t-il voulu expliquer et entendre ce que les autres avaient peut-être dit d'une manière trop courte et trop serrée? Quand il a été question du levain des pharisiens nous n'alléguons que cet exemple, parce que nous en avons déjà parlé, mais on en trouverait quantité d'autres semblables] . si l'un des évangélisles nous a dit que Notre-Seigneur reprocha à ses disciples de ne l'avoir pas entendu, l'autre ajoute qu'après y avoir fait réflexion . ils comprirent qu'il avait voulu parler de la fausse et mauvaise doctrine des pharisiens; un troisième passe plus avant, et fait dire à Notre-Seigneur lui-même que ce levain est

TRAITE DE L'EUCHARISTIE

Vhypocnsie, pourquoi, n'étant pjwlé ici que de corps et de sang, ni saint Matthieu, ni saint Marc, ni saint Luc, ni saint Paul, ne sont-ils pas venus au secours de notre faiblesse? Il n'en fallait qu'un pour nous dire : C'est la figure de mon corps, ou C'est la vertu de mon corps, ou C'est mon corps en représentation seulement , mais représentation inondée de ma grâce; ou bien, avec un plus long commentaire : Les apôtres entendirent bien alors que quand il leur avait promis sa chair à manger et son sang à boire, il n'avait parlé que de ce pain et de ce vin, figures non pas simples, mais sacrées, de sa chair et de son sang. Mais , nos très-chers frères, que demanderions-nous à ces divins écrivains? Ils nous l'apportent de ce grand mystère tout ce qu'ils en savent, tout ce qu'ils en ont vu et entendu , tout ce qu'ils en ont appris du Seigneur lui -même. Il a pris du pain , il l'a béni , i! l'a rompu , il a dit à ses disciples : Prenez, mangez, ceci est mon corps; croyez-le comme ils l'ont cru, ils ne vous en diront pas davantage.

VI. Il y eût eu pourtant beaucoup de raison et beaucoup de nécessité de le faire, s'ils l'avaient pu. La mémoire était encore toute fraîche de ce long discours de Notre-Seigneur, où il avait promis sa chair à manger et son sang à boire. On se souvenait fort bien que ce discours avait rebuté une partie de ses disciples; et si nous en voulons croire quelques anciens, que plusieurs de ses disciples choisis et favoris qu'il avait établis sur les autres au nombre de septante, l'avaient abandonné avec la foule des autres, on disant, Ce discours est dur, qui le peut écouter? qu'à peine les apôtres avaient-ils résisté à une tentation si grande; non pas en pénétrant ce grand mystère, mais en se défendant de le vouloir pénétrer par la confiance qu'ils avaient en la puissance, en la sagesse de leur maître et en la fidélité de ses promesses : A qui irions-nous , Seigneur? Vous avez les paroles de la vie étemelle. Nous croyons et nous savons que vous êtes le Christ , Fils du Dieu vivant.

VII. Mais peut-être que Dieu, à qui l'avenir est présent, voyait que celte explication ne serait plus nécessaire au monde, que ce nuage d'erreur avait passé , qu'il n'en sérail plus aucune mention; que toute la terre admirerait la stupidité des Capharnaïïes, qui s'étaient grossièrement laissé tromper à une métaphore , jusqu'à rompre avec celui qui venait de nourrir de cinq pains, en leur présence, cinq mille personnes.. C'est tout le contraire, nos très-chers frères : Dieu, à qui l'avenir est présent, voyait selon vous que toute la terre, de peur d'être Capharnaïte, se tromperait à cette métaphore, et prendrait pourunevéritéceltelettrcqui lue; qu'aussitôt après le temps des apôtres, si l'on en veut croire celui des vôtres qui a traité ces matières le plus à fond, tous les pères de l'Eglise, sans en excepter un seul, abusés par ces paroles, Ceci est mon corps, croiraient au moins sur ce grand mystère beaucoup plus qu'il n'en fallait croire et que vous n'en

croyez aujourd'hui, c'est-à-dire je ne sais quelle vertu du corps et du sang physiquement, ou plutôt divinement attachée au pain et au vin, qui faisait qu'on les pouvait bien & nommer à juste titre corps et sang du Seigneur; que les peuples qui ne pourraient pas distinguer si subtilement, croiraient sans autre distinction que c'était en effet le corps et le sang du Seigneur; qu'aussitôt après 1 effusion du Saint-Esprit sur toute chair et par tout le monde, il viendrait (chose horrible à imaginer) une effusion aussi grande et aussi universelle de l'esprit d'erreur sur toute chair, qui persuaderait aux chrétiens de croire et d'adorer ce corps et ce sang dans l'eucharistie; que, pour parler comme les Actes des apôtres, on verrait les Parthes, les Mèdes, les Elamites, les habitants de la Mésopotamie, de la Judée, du Pont, de l'Asie, de la Phrygie, de la Pamphylie, de l'Egypte, de la Libye, de l'Arabie, de la Thrace, de Rome, et de tout le monde romain , de l'Italie , de l'Espagne, des Gaules, de la Germanie, des îles les plus éloignées, chacun en sa langue, entendre, Ceci est mon corps , comme nous l'entendons nous-mêmes , et louer sur ce grand mystère, d'une voix différente mais commune, les merveilles de Dieu. Dites la vérité, nos chers frères, y eut-il jamais une plus grande nécessité à un Dieu si bon et qui s'était donné lui-même pour nous, que celle d'aller au-devant d'une erreur si grande, si prompte, si universelle, où toute la terre devait tomber par la seule confiance en ses promesses, sans autre raison que celle de ses apôtres mêmes: A qui irions-nous, Seigneur? nous croyons, et nous sa\ons que vous êtes le Christ, le, Fils du Dieu vivant, et que vous avez les paroles de la vie éternelle. Charité éternelle et infinie , sur le point de répandre votre sang pour noire salut, ne nous auriezvous point fait entendre par quelque petit mol : C'est en la croix que je vous le donnerai ; ici vous n'en avez que la figure ; gardezvous bien d'une erreur qui vous jetterait dans l'idolâtrie, et vous priverait de ce salut que je veux vous donner. Ouvrez , Sejgneur, ouvrez les jeux de nos frères; mettez leur cœur en liberté; ôlez - leur la vaine crainte de vous être trop soumis et de trop croire en vous. En voilà qui vous consacrent leurs travaux, et qui (1) ont les armes à la main pour défendre votre divinité même : ils raisonnent bien contre vos plus grands ennemis, et leur opposent avec justice que jamais un simple homme, mais saint homme, n'aurait voulu jeter tous les hommes en erreur par

(f) DànsAbbadie; rraité de la divinité de ^oireseiqneur, enab. f, pag. 56 et io. il conrtaissail le passé el l'avenir (Noire-Seigneur), il s;iv;iii donc i > j < ■ n que lesJn] s ravalent accusé <le blasphème , trompés par des expressions moindres que celle-là ( celle de S. Tbo.nas, nion Seigneur et mon pieu !) ; il n'ignorait i as ue ces mêmes ejq ressions donneraienl occasion iux chrétiens qui Tiendraient dans la suite, de le confondre ;i\'' i ■ Dieu souverain en soutenant qu'il était d'une mèmi ivec lui. Connaissant donc Te passé el l'avenir à • t égard , il est évident qu'il élail de 1 1 charité de Jésus-I hi isl de supprime* et. de défendra toutes ces es pressions qui peuvent foire uiie impression si dangereuse, eic.

tant d'expressions si claires el bî formelles, qui leur ont persuadé que vous êtes Dieu; laites qu'ils raisonnent ici de même, et ils comprendront que c'est voire corps et votre

sang que vous nous donnez en cet auguste sacreuient, et non leur simple Bgnre.

SECTION XIII

Du chapitre sixième de saint Jean, et premièrement que Notre-Seigneur // annonce et y promet l'institution de l'eucharistie.

I. Venons au sixième chapitre de saint Jean, matière tic grandes disputes, qui se réduisent toutefois à très-peu de chose quand on n'a pas une grande envie de disputer.

II. Personne ne dit que l'institution de l'eucharistie y soit rapportée et racontée. Mais nous soutenons deax choses : l'une, q ae l'eucharistie y est promise, prédite et annoncée; l'autre, que toutes les parties de ce. long entretien de Notre-Seigneur avec ses disciples, aussi bien que la conclusion, prouvent fortement la présence réelle, surtout si l'on joint les paroles de la promesse aux paroles de l'accomplissement. Nous traiterons ces deux points en deux articles différents, el le premier en celui-ci.

III. Il ne faut qu'un pou de justesse d'esprit avec un peu de bonne foi , nous ne dirons pas pour connaître , mais pour sentir que l'eucharistie y est promise el annoncée: Je donnerai ma chair à manger et mon sang à boire; ma chair est véritablement viande, mon sang breuvage. Qui n'entend que c'est une seule et même chose avec, Prenez it mangez, ceci est mon corps; avec, Ceci est mon sont/, buvez-en tous. L'un est le projet, l'autre est l'exécution ; l'un est la promesse, l'autre son accomplissement : cela est plus clair que tous les éclaircissements qu'on y peut apporter.

IV. Essayons néanmoins, puisque nos frères en ont besoin, d'arriver au même but par le raisonnement et par le discours, d'autant plus que cette matière très-importante nous semble pouvoir recevoir, par les réflexions suivantes, quelque nouveau jour qu'on ne lui ;i point encore donné.

V. Manger la chair d'un homme et boire son sang, est une chose si éloignée de notre pensée, de notre nature, de nos mœurs el de nos coutumes, que ni les hommes ni Dieu, quand il parlera aux hommes , ne s'exprimeront jamais ainsi que pour signifier quelque chose d'extraordinaire , de surnaturel et de divin, au delà de nos coutumes , de nos mœurs , de notre nature et de notre pensée. Nos frères, s'ils y font un peu de réflexion, en conviendront avec nous , et ils le doivent par les principes mêmes de leur doctrine: car leur manducation de la chair de Noire- Seigneur, comme ils l'expliquent, quoiqu'elle ne soit pas de la houche du corps , a néanmoins quelque chose, selon eux, de si surnaturel et de si grand , qu'on a peine à le comprendre ; de sorte qu ils s'offensent quelquefois de ce qu'on se la veul pas appeler inanducalion réelle, et soutiennent qu'elle

DÉMONSTRATION ÉVANGÉLIQI 1

esl plus réelle que la nôtre même. Afcommodons-nous pour cette heure à leur sentiment . el posons que cette manducatiou , quoique figurée H métaphorique , soit néanmoins quelque chose de fort extraordinaire qu'on a jiiL'é à propos d'appeler ainsi. En matière de figures, la nature de l'esprit humain et l'ordre de nos pensées -ont qu'elles ne se portent jamais lont d'un coup ans métaphores extraordinaires, hardies et violentes ; on \ va par degrés. 00 s'en approche peu à peu , à mesure que l'esprit s'écli luffe, d'expression en expression, d'idée en idée, jusqu'à la plus furie, tomme les ardeurs de l'été ne succèdent pas tout d'un coup , ruais peu a peu et par degrés, aux glaces de l'hiver. Qui s'aviserait jamais de dire à quelqu'un , mangez ma chair et bu\e/ mou sang, pour lui faire entendre, souvem/- \ous de moi quand vous ne me verrez plus ; que je sois toute votre consolation, toute votre joie, toute votre espérance, toute \otre foire? II faut par nécessité , quand Notre- Seigneur a parlé aux hommes de manger sa chair et de boire son sans, ou qu'il ait entendu ce que les catholiques entendent el qu'on ne pouvait concevoir, ou du moins qu'il ait entendu quelque chose de fort extraordinaire , quoique figuré, et même qu'il soit venu à celle expression si forte de pensée en pensée, et par quelque occasion particulière , qui ait tourné son discours de ce côté - là plutôt que d'un autre. Nos frères en conviendront eucore facilement avec nous , car ils avouent que quand Notre- Seigneur nous a parlé de manger sa chair, il s'est regardé lui-même comme une victime immolée pour nous . et a regarde la coutume reçue de manger la chair des victimes. Ils font même de cette pensée un argument de leur erreur, en soutenant jusque dans leur confession de foi , comme nous l'avons vu , que le corps de Notre-Seigneur peut être estimé présent en la cène, et véritablement présent ; mais en tant que sacrifie el rompu en la croix, par où ils convertissent adroitement leur prétendue vérité en une véritable figure. Ils demeureront aussi d'accord avec nous que Notre-Seigneur a été conduit à celle ligure extraordinaire et violente par une occasion particulière , qui est celle du pain multiplié , qu'il avait distribué aux troupes, et qu'elles lui demandaient encore , non pas pour une fois seulement , mais pour toujours , soit que celte multitude tout indigente el toute nécessiteuse ne cherchât qu'à soutenir simplement sa vie . ce qui pourtant n'est guère vraisemblable, soil qu'elle fût prévenue , comme l'ont dit quelques modernes , de la tradition qui esl encore parmi les Juifs, que le Messie, quand il viendrait . nourrirait son peuple plus miraculeusement que Moïse ne l'avait nourri au désert; tradilionoà l'on peut admirer, comme en quelques autres de la même nature , les principes de la religion chrétienne donnes à ce peuple obscurément et env Kronnés de nuages. Quoi qu'il en soit , l'occasion du pain qu'on demandait à Nolre-Sei^ueur, l'avait oorle à

TRAITÉ DE L'EUCHARISTIE

dire aux troupes qu'il était lui-même un pain céleste, et c'est par là que commence tout son discours : la pensée de sa chair, victime selon nos frères , l'avait porté à ajouter que ce pain qu'il promettait était sa chair même. Il regardait donc d'un côté à ce pain multiplié qu'il avait distribué aux troupes , et de l'autre à sa chair victime qu'il donnerait pour nous. Mais s'il regardait à ce pain multiplié, pourquoi nous parle-t-il d'un breuvage dont ce pain multiplié n'avait point été accompagné? et s'il regardait à sa chair victime, pourquoi nous parle-t-il de boire son sang, lui qui savait bien qu'on mangeait la chair des victimes, mais que c'eût été une impiété parmi les Juifs de boire leur sang, qui au contraire devait être répandu en l'honneur et en la présence de Dieu ? II faut presque vouloir s'aveugler pour ne pas voir qu'en regardant au pain multiplié, il annonce un pain nouveau et extraordinaire , multiplié infiniment plus que le premier, et qui sera accompagné de son breuvage , au lieu que celui qu'il avait donné aux troupes était sans breuvage ; qu'en regardant à sa chair victime sur la croix, il a promis un sacrifice tout nouveau et tout extraordinaire, où non seulement il ne serait pas défendu , mais il serait commandé de boire le sang de la victime , ce qui ne se trouve non plus qu'en l'eucharistie.

VI. Arrêtons-nous un moment sur celte pensée, qui nous conduira peut-être à la véritable explication, non-seulement du chapitre sixième de saint Jean, mais de tout le sacrifice eucharistique.

Il n'est pas douteux parmi nous que toutes les fausses religions ne soient venues de la véritable , et les sacrifices du paganisme , des sacrifices ordonnés aux premiers hommes , dont Abel et Caïn nous font voir l'exemple : sacrifices qui n'étaient que la figure et que l'ombre d'un grand sacrifice , où Dieu se devait lui-même immoler pour nous. Par toute la terre on mangeait la chair des victimes ; dans toutes les nations, le sacrifice, qui finissait par là, était regardé comme un festin solennel de l'homme avec Dieu; d'où vient que l'on trouve si souvent dans les anciens poètes païens le festin de Jupiter, les viandes de Neptune, pour signifier les victimes dont on mangeait après les avoir immolées à ces fausses divinités; et s'il y avait parmi les Juifs des holocaustes, c'est-à-dire des sacrifices où la victime était entièrement brûlée en l'honneur de Dieu, on les accompagnait de L'offrande d'un gâteau, afin qu'en ces sacrifices mêmes il y eût à manger pour l'homme. Mais nous ne trouvons point qu'en aucune nation on ail bu ni mangé le sang des victimes, qui élait au Contraire répandu en 1 honneur de la Divinité ; et quant aux Juifs, ils avaient une défense très-expresse de loucher à ce sang. Car dans ce partage du sacrifice entre Dieu et l'homme , Dieu s'était réservé le sang par un commandement particulier dès le commencement, et longtemps avant la loi de Moïse. C'était , pour ainsi dire , son préciput,

son droit de Seigneur et de maître. 11 avait dit que le sang élait l'âme , ou devait lui être rendu au lieu de l'âme, car l'un et l'autre se peut lirer des paroles de l'Ecriture, et de là vint la défense de manger des viandes étouffées , dont le sang n'avait pas été répandu, défense qui, bien qu'autorisée par le premier concile des apôtres, seulement pour un temps (tenu à Jérusalem), pour rendre témoignage à la loi ancienne , et faire voir qu'on la devait reconnaître comme établie de Dieu et toute divine, a continué pendant quelques siècles sous la loi chrétienne. Cela ainsi posé, dont personne ne dispute, il ne nous sera peut-être pas difficile, faisant tout ensemble l'abrégé et la paraphrase du discours de Notre-Seigneur , d'en trouver le véritable sens. Je vous ai donné (dit-il) un pain multiplié.par miracle. Vous me demandez ce pain miraculeux pour tous les jours, je vous le donnerai , et même je l'accompagnerai de son breuvage; mais ce pain ce sera moi-même , qui suis le pain descendu du ciel, bien plus que la manne dont vos pères ont été nourris au désert ; ce sera ma propre chair que je dois offrir pour vous en un sacrifice, dont tous les autres n'ont été que la figure. Jusqu'ici c'était un agneau , c'est maintenant moi-même qui serai la victime, moi-même l'agneau qui ôte les péchés du monde. Comme vous avez mangé véritablement la chair de l'agneau , vous mangerez véritablement la mienne au festin de ce sacrifice, mais dune manière toute céleste et toute divine. Ce sacrifice sera toujours le même jusqu'à la fin du monde, mais il se renouvellera incessamment par le festin. Il abolira tous les autres sacrifices , il n'est point sujet à leurs lois. S'il vous était défendu jusqu'ici de loucher au sang de la victime , il vous est ordonné maintenant de boire son sang : ce n'est point un sang que je me sois réservé comme celui des autres victimes , c'est mon sang propre que je donne pour vous , et que je vous donne en me donnant à vous tout entier. Nos frères pourront bien ne pas recevoir cette explication , mais ils auront peine à en trouver une plus naturelle et plus juste , et ne diront rien qui soit suivi et droit , tant qu'ils ne feront de l'agneau pascal qu'une figure, et de l'eucharistie une autre figure. S'ils ne veulent pas que Noire-Seigneur ait pensé à l'eucharistie , quand il a parlé du pain qu'il donnerait , qu'ils nous disent donc pourquoi il a promis un breuvage qu'on ne lui demandait pas, s'il ne s'est regardé que comme victime en la croix; pourquoi a-t-il parlé de son sang à boire , contre l'aversion qu'on avait à boire le sang des victimes, et la défense qui en avait été faite? Qu'ils reconnaissent enfin que , soit que l'on creuse cette matière, comme nous avons essayé de le faire, peut-être au delà de nos forces, soit qu'on la regarde dune, vue plus simple, rien n'est plus semblable ni ne se rapporte mieux l'un à l'autre que les paroles de Notre-Seigueur en ce sixième chapitre de saint Jean , et les paroles de Noire-Seigneur en l'inslilu-

tion de l'eucharistie : Le pain que je donnerai est mu chair, que je (limitant pour In \ ie dn monde. Ma ohair est véritablement viande,

il mon sunij t r litubh nient Ijienvtitjc. l'rmez ,

mangez, oèci < i mou corpe ; ceci est mon

.sang , bitlez-en Ions

Vil. Noui n'ignorons pas lei difficultés Incidentes, dont «ni tacbe d embarrasser l'esprit

de nos frères, niais cil;'-, ne nous semblent

pas si considérables qu'il Faille s'y arrêter longtemps , surtout pane qu'on les trouvera expliquées ailleurs , par les écrivains catholiques, et depuis peu encore fort clairement et fort nettement par un converti illustre ,

dont La piété el les ouvrages sont en édification dans l'Eglise (1).

VIII. On nous dit en premier lieu, qu'il s'agit en ce chapitre de saint Jean d'une manduealion , qui était présente , quand Notre- Seigneur parlait, puisqu'il s'exprime en des termes du présent , qui mange mû chair et boit mon sang, et par conséquent que c'est seulement dune manducation toule spirituelle, qu'on fait par la foi en Noire-Seigneur , qui est le sens où saint Augustin a dit, croyez, et tous avez mangé, manducation qui était déjà quand Notre-Scigneur parlait, au lieu que celle qui se l'ait au sacrement n'était pas encore. Mais que diront nos frères , si leur grand Aubcrtin lui-même (2) , en nous faisant cette objection , ne se souvient pas qu'il nous en avait fourni la réponse quelques pages auparavant , lorsqu'expliquant ces mêmes paroles avec celles qui suivent : // a la vie éternelle, c'est-à-dire, ajoule-l-il , il l'aura certainement , un futur infaillible étant exprimé par un présent , ce qui bien examiné ne signifie autre chose, sinon qu'en tout ce passage , le présent et le futur se joignent ensemble , sont pris cl confondus l'un avec l'autre, et n'expriment que le futur, parce qu'ils ont leur rapport à une promesse du futur, qui a commencé tout le discours ; le pain que, je donnerai est ma chair , que je donnerai pour ta vie (lu monde. On ne pouvait manger ce pain qu'il devait donner, ou plutôt celle chair qu'il donnerait, que quand il l'aurait donnée. Ainsi qui mange ma chair, veut dire qui mangera, comme, il a la vie éternelle, veut dire, il aura. Il n'y a rien de si ordinaire en loules les promesses de l'avenir; mais surlotil en toutes les prophéties , que ce changement d'un temps à l'autre , parce que le prophète voit l'avenir comme présent , et n'ignore pas néanmoins que ce présent n'est que futur , et que ses auditeurs OU ses lecteurs l'entendent ainsi ; de sorte qu'il s'exprime indifféremment , tantôt d'une manière , lanlôl d'une aulre. Qui voudra connaître plus clairement, qu'il en est de même eu cette promesse pro • phélique de Noire-Seigneur . de sa chair qu'il doit donner à manger, il n'aura qu'à conférer avec l'original grec , les diverses traductions de ce chapitre de toutes les langues

(l) H. de M;iliis, lï-tlev.ml iniiiislro d'Oilr.i IS, U -le SUT

ta présence réelle.

(8) 4lbertinusx cap. 52 , pag iô<>. U est, cerle babeblt i

fulurum infaillibile, p«f tempus pressas expriineiis,

!\ wu.i.lui i 39*

el de ions les partis, il verra que chaque traducteur selon son goûl . ou ce qu il 1 royail du génie de sa langue . .1 quelquefbii primé le futur par le pr< senl . el le pr< par le futur, sans en excepter 1 1 m di nève , qui n'ont fait au< une diffii ni té de

rendre le même mot grec i - ,.■■■■■ lanlôl par

celui i/at mange, tantôt parcefui qui

ni de mettre, vous n"aun : point In m lie ( v. :i(i. 57. 58 , au n. u que 1 disait: vous n'awz point ta Me élernen<

IX. On nous dit encore que la manducaiion , dont il s'agit en ce chapitre de -ami Jean . est toujours suivie de son 1 il » t certain et infaillible : U a In ne éternelle . dit Noire- Seigneur, il demi ni ,. etc., quece n'esl doue point la manducation de ce sacrement, où l'on prend quelquefois sa propre condamnation , comme parle l'apôtre . mais une manducation spirituelle, qui se fait par la seule foi , el où l'on ne prend jamais que son absolution et son salut. La réponse est aisée, car il s'agit en tout ce passage de la manducation du sacrement , accompagnée de cette action de la loi , que saint Augustin et les théologiens, à son exemple, ont appelée par figure et par métaphore, manducation spirituelle seulement, parce qu'elle venait ensuite d'une autre manducation non figurée, mais véritable et réelle , et lui donnait toule sa perfection , tout son fruit , toute son ulilité. On a dil par une figure" semblable . que la ^i ierge neût jamais conçu Noire-Seigneur en ses entrailles , si elle ne l'eût auparavant conçu dans son cœur, quand elle disait avec tant de soumission et tant de foi : Voici la serrante du Seigneur , qu'il nu s, ut fait ■ vos paroles. Mais celle conception du cœur . qui n'esl qu'en ligure, suppose une conception réelle el véritable . qui a suivi ; comme celte manducation spirituelle et figurée suppose une manducation rentable et réelle, qui a précédé. De sorte que de vouloir prendre les paroles de Noire-Seigneur d'une simple manducation figurée, c'est oublier le chemin par où l'on y est venu , ou vouloir faire subsister le comble de l'édifice, quand on a oie le fondement. Ce n'est pas, au surplus, pour l'eucharistie seulement que Notre-Seigneur veul le cœur aussi bien que le corps , sans néanmoins que sous ce prétexte il faille se contenter de l'action du cœur, comme si celle du corps était inutile. Toutes les fois, qu il commande et qu'il attache à ce commandement une promesse , il entend qu'on lui Obéisse intérieurement , aussi bien qu'extérieurement . qu'on reçoive sa grâce avec foi, et qu'on n'apporte point d'obstacle à l'effet naturel qu'elle doit avoir: c'est ainsi qu'il s'exprime pour le baptême, pour l'aumône, pour le jeûne, pour la prière. Ces promi S quoiqu 'absolues, en ferment toujours certaines conditions essentielles : ses menaces de mémo enferment encore quelque condition. On ne peut être sauve sans être baptise, et néanmoins il j a certains cas où l'on peut êlre saine sans être baptise, comme quand on désire le baptême avec ardeur, ou que l'on

TRAITÉ DE L'EUCHARISTIE

scelle de son propre sang la foi du baptême. Si on ne mange la chair de Notre-Seigneur en l'eucharistie, on n'aura point la vie éternelle , et néanmoins l'enfant qui ne l'aura jamais mangée, ni de la bouche, ni du cœur, ni de la manducation sacramentale , ni de la manducation spirituelle, sera sauvé : mal à propos donc on veut tirer des conséquences à la rigueur, ou de la promesse absolue , qui mange ma chair et qui boit mon sang , a la vie éternelle , qui s'entend toujours avec les conditions nécessaires, ou de la menace, si vous ne mangez ma chair et ne buvez mon sang , qui s'entend toujours de ceux qui méprisent le sacrement , et non pas de ceux à qui il manque. On sait que dans tous les siècles de l'Eglise , il est quelquefois arrivé aux plus grands hommes , en disputant contre une hérésie présente, de fournir des armes sans y penser à une hérésie suivante, qui se jetait dans l'extrémité contraire.

Quelques docteurs catholiques du dernier temps, en disputant pour la communion sous une seule espèce, pendant qu'on leur opposait ce passage : Si vous ne mangez via chair et ne buvez mon sang, vous n'aurez point la vie éternelle, ont nié, ou semblent nier qu'il fût question de l'eucharistie dans ce chapitre de saint Jean , réponse qui n'était nullement nécessaire, comme nous espérons de le faire voir, lorsque nous traiterons celte question; c'est de quoi nos frères prétendent tirer uiî grand avantage, mais sans sujet. Car si l'on s'arrête à l'autorité, nous disons que le sentiment, ou peut-être les expressions trop fortes de quelques particuliers dans l'ardeur de la dispute, et qu'on explique très-souvent contre leur intention, ne doivent point l'emporter sur l'explication commune et reçue par tous les autres, tant anciens que modernes, lorsqu'ils ont regardé les choses de sang-froid et sans aucun intérêt de dispute, et si l'on veut venir à la raison, nous avons vu qu'elle est toute pour nous. RI comment en pourrions-nous douter , si (1) Aubertin lui-même qui combattait cette vérité a été presque contraint de la reconnaître, au moins autant qu'il le faut pour ce que nous traitons ici ; car, après avoir employé tout son esprit à relever les objections dont nous venons de parler, et toute son élude à remarquer les prétendues contradictions des catholiques entre eux sur ce passage, voici à quoi il réduit son opinion et sa défense. Il ne nie pas, dit-il, qu'en ce discours deNotre-Seigncur, il ne s'agisse de la chose signiliée par l'eucharistie, c'est-àdire de la véritable chair de Notre-Seigneur donnée et immolée pour nous, et de la \critablc manducation de cette chair par la foi, il soutient seulement que cette manducation par la foi, se faisant tant en l'eucharistie que

I (i) Albert, lib. r, cap. 50, pag. 209. Qu.Tstio non est

air a versa quinâiiaResiino ad Bnetncapil sagaturdere

ab eucbarisiia signiBcaïaî i<l est . <\<' fera came, veroque CIiiïmi Miiiguinc, ai; de vera illoruni s|>iriluali uarliripationj . quse eliam in euçharisua sicul >'i exU"a eucliartsliani

haberi queat, oaque ralii licel impropi iè adim dum sa-

cramentalis appeflari ; Ideuiroctare possimUfl% etc. voyez ami pn<h -il, M ci buk.

hors l'eucharistie, Notre-Seigneur l'a regardée en quelque manière qirelle se fît, soit en l'eucharistie, soit hors l'eucharistie. Ne lui en demandons pas davantage pour celle fois, car cela nous suffit pour l'endroit où nous en sommes; soit donc : Notre-Seigneur, en tout ce discours, a regardé toutes les manducations spirituelles et par la foi qu'on pouvait faire de sa chair, mais ^.elle qui se fait en l'eucharistie est la principale ; donc Notre- Seigneur, en regardant toutes ces manducations par la foi, aura principalement regardé celle qui se fait en l'eucharistie. Que celle-là soit la principale, nos frères, ni Aubertin ne l'oseraient nier. Calvin la traite d'incroyable, d'incompréhensible, surpassant toute la portée de nos entendements, comme nous l'avons vu ; M. Claude la représente comme inondée de grâce, les purs zuingliens, qui sont ceux qui lui donnent le moins, avouent pourtant dans leur confession de foi, dont nous avons ailleurs rapporté les paroles, que ce signe extérieur, ajouté à la parole de Dieu et aux prières, ajoute aussi au moins quelque chose à l'amour et à la foi qu'on pouvait avoir dans les autres actes de la religion, et, à dire la vérité, sans cela ce serait un sacrement bien inutilement établi Concluonsdonc que, selon Aubertin et selon tous nos frères séparés, de quelque opinion qu'ils puissent être, ce discours de Notre-Seigneur, s'il regarde tous les actes de foi qu'on peut faire en pensant à la chair de Notre-Seigneur donnée pour nous, regarde principalement et particulièrement l'acte de foi qui se fait en recevant l'eucharistie, et qu'on appelle manducation spirituelle. De savoir si cette manducation est précédée en l'eucharistie d'une manducation réelle, et par la bouche du corps, et si l'on le peut conclure de tout lo discours de Notre-Seigneur, ce n'est pas ce que nous avions entrepris d'examiner dans cette section ; c'est ce que nous allons examiner dans la section suivante.

SECTIONX IV.

Conséquences à tirer du chapitre sixième de saint Jean pour la présence réelle.

I. Nous croyons avoir assez fait voir en la section précédente ce que ni catholiques, ni calvinistes, ni zuingliens ne sauraient plus nier, qu'en tout ce discours de Notre- Seigneur, posant qu'il ail regardé toutes les autres manducations qu'où peut faire de sa chair, il a du moins regardé, même principalement et particulièrement à la manducation par lui ordonnée en l'eucharistie. Reste à examiner en celte section, si, de toul son discours, on peut conclure que cette manducation qu'il ordonne cl qui se fait en l'eucharistie, soilunç manducation réelle et par la bouche du corps, accompagnée d'une manducation figurée et spirituelle par la foi, ou bien une simple manducation figurée et par la foi, sans aucune manducation réelle de sa chair par la boni lie du corps.

II. Kl premièrement il nous faut ici ré peler noire principe général, seulement pour

DÉMONSTRATION \" INGÉL.IQI l ..

ne le pas oublier, (l'est qu'aussitôt qu'il sera question île la manducation il«" l'eucharistie, I,. vraisemblable ordinaire n'est plus vraisemblable; il n'y ;i qu'à chercher an rrailemblable merveilleux : or, on sera la merveille si cette manducation de l'eucharistie, comprise dans ce discours a?ec toutes les autres manducalions ou actes de foi qu'on nomme ainsi par figure, n'est qu'une pensée un peu appliquée et un peu forte où notre esprit prend quelque petit degré de chaleur

par la vue et la mandneation d'une figure visible ? Il n'y a rien, s'il faut dire la venté, de plus froid qu'une explication semblable.

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