‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 251 sur 305 · III. En second lieu, supposant une fois · texte numérisé non relu

III. En second lieu, supposant une fois

qu'en tout ce discours, Notre-Seigneur ait regardé et principalement regardé l'eucharistie, que pouvait-il faire ou due davantage pour persuader qu'il entend parier d'une manducation réelle et non figurée, par la bouche du corps.

1° 11 le dit en termes exprès.

2° Il le répète non seulement une fois, mais plusieurs et à diverse-, reprises.

3° Plus on lui oppose d'impossibilités, plus il persiste à dire que la chose est cossible et qu'elle sera.

k" Son discours est long et ne se dément jamais.

5° Pas un de ses auditeurs, sans exception aucune, ne l'entend par figure.

6" Il renvoie ou chasse, ou laisse aller ceux qui persistent à opposer l'impossibilité.

T II ne garde et ne relient ses apôtres mêmes qu'à la charge de croire ce que les autres ont trouvé impossible.

8" Il ne leur explique en particulier aucune prétendue figure, ni aucun moyen de possibilité.

9° Quand il vient à instituer l'eucharistie, qui a tant de rapport à son discours , qui en est l'exécution et l'accomplissement, il explique aussi peu ces paroles : Ceci est mon corps, ceci est mon sang.

10" Et pour conclusion, toute la terre se trouve d'un commun accord à prendre ces paroles à la lettre, et non pas en un sens figuré.

Que nos frères s'arrêtent un moment avec nous sur chacune de ces dix considérations pour voir s'il y en a quelqu'une où nous soyons trompés,

IV. Première considération. — En premier lieu, Notre-Seigneur dit en termes exprès qu'il donnera sa chair à manger et son sang à boire. Manger et boire sont des termes que l'on n'entend que de la bouche du corps dans l'usage commun. Ce que saint Augustin a appelé manducation par figure, qui est faction de la foi sur le fondement d'une manducation réelle et orale, n'était point encore connu quand Notre-Seigneur parlai! ainsi, et ne se trouvera employé en ce sens-là en aucun endroit de l'Ecriture sainte. Nous appelons cet acte de foi manducation, à l'exemple de ce grand et saint docteur et parie que les théologiens se sont accoutumes a ce terme, dont nos frères ont abusé depuis pour en faire le malheureux sujet de leurs équiro-

qnea; mais il ne s'ensuit pas que les Juifs, à qui Notre S riait, pussent < t

sent jamai 61 il p

et croire, ou qt

appeler m mi Augustin lui-

même ne serait jamais venu que par une suit) de réflexions, ou la manducation réelle et véritable et orale a été, comme nous l'avons dit, le fondement de la manducation figurée.

V. Seconde comidéralion. non geulemi lit Notre-Si igneur - explique une fois en ces termes propres, de manger cl de boire, il les répète plusieurs fois :Si VOh mangez ma chair et ne buvez mou sang, n'aurez punit la i ie éternelle.

Qui mange ma choir et boit mon tang,

Ma char est véritablement viande et mon sang breuvage, etc.

Qui mange ma chair et boit mon sang, > le.

Quinte mange vivra par moi.

Qui mange ce pain vit éternellement, etc.

On sait que, dans les règles communes du discours, nons n'insistons point ainsi sur une expression figurée, nous nous contenions de faire paraître le mot figuré une fois ou deux, pour faire naître dam. l'esprit d< diteurs une idée \i\e de la rérile qu- n >us voulons exprimer, mais nous revenons après à la vérité même. Une ligure opiniâtrée | dégoûte, refroidit l'esprit et efface d'ellemême toute l'idée qu'elle avait pu produire.

VI. Troisième considération. — Mais ce qu'on ne fait jamais, c'est ce que Notre-Seigneur fait ici, qui est d'insister sur l'expression figurée, quand on voit que l'auditeur B*j trompe et la prend pour propre, l'ius on lui oppose d'impossibilité, plus il persiste à dire que la chose sera. Les Juifs murmurent de ce qu'il a dit: Je suis le pain descendu d

et disent : JS'est-ce pas le fds de Joseph dont nous connaissons le père et la mère; il leur parle de son père céleste, et ajoute : in virile, en vérité je vous dis, etc.. jr suis le pain de vie, etc. Je suis le pain vivifiant qui est descendu du ciel, etc. Le pain que je donnerai, c'est ma chair. Les Juifs disputent entre eux comment celui-ci nous peut-il donner v;i chair à manger. Ils ont pour répons rite, en vérité, je vous dis, si vous ne mon chair du fils de l'homme et ne buvez son sain/, etc. Celui qui mange ma chair et boit mon sang, etc.; ma chair est vraiment viande, etc. Ils ajoutent : Cette parole est dure, qui li peut ouïr ; la réponse est : Ceci vous scandalise, que sera-ce si vous voyez le Fils de l'Homme monter où il était premièrement, etc. Ils l'abandon< nenl ; il dit aux douze : Et tous, ne VOUS en allex-VOHS point aussi.1' Il se roidit contre toutes les difficultés et ne M> relâche jamais, ni n'adoucit son expression en aucune sorte. 11 faut, pour en user ainsi, vouloir, non pas s'expliquer, mais s'envelopper el se tacher, non pas instruire, mais tromper el engager dans Terreur ceux à qui on parle, et quand

on en viendrait là, au moins leur ferait-os

entendre qu'on leur garde l'explication de cet énigme pour une autre lois, qu'on ^eut

Î1U1TE DE I/KUCIIARISTIE.

qu'ils s'exercent à la chercher, qu'il y a un sens à tout ce discours dont ils ne sont pas capables encore, par où l'on feraiten sorte que s'ils n'entraient pas dans le véritable sens, ils n'en prissent point de faux en expliquant au sens propre ce qui ne doit être entendu qu'au sens figuré.

VII. Quatrième considération.— Le discours deNotre-Seigneurest long : il paraît avoir été fait à diverses reprises, nous ne savons pas même si l'on ne pourrait point croire, par toute la suite de la narration, qu'il a été continué et repris en divers jours et en divers lieux; car, aux versets 'ii- et 25 où ce discours commence, il est dit que les troupes ,qui cherchaient Notre-Seigneur, le troavèrent au-delà de la mer, ce qui ne nous donne pas naturellement l'idée qu'il fût alors dans une synagogue à enseigner; ce fut, néanmoins en enseignant dans la synagogue de Capharnaum, qu'il leur dit une grande partie de ce que ce chapitre contient, comme il paraît par le verset 60. Il semble, par la suite du texte, que les principales objections ont été faites depuis en ces paroles : plusieurs donc de ses disciples qui lavaient oui, dirent, etc. Mais on ne saurait douter pour le moins que la conclusion de tout ce discours, qui se fait avec les apôtres , ne soit après quelques jours d'intervalle, puisque au verset G6 il est dit, selon la version de Genève : Dès cette heure-là plusieurs de ses disciples s'en allèrent en arrière et ne cheminaient plus avec lui, dont Jésus dit aux douze : Et vous, ne vous en voulez-vous point aussi aller ? Or, s'il n'est pas naturel de continuer toujours une même manière de parler, figurée dans un fort long discours que l'évangéliste ne rapporte sans doute qu'en abrégé, comme tous les autres discours de Notre-Seigneur, il est encore bien moins naturel depersévérer dans cette même figure, sans jamais s'en départir, quand ce discours est fait à diverses reprises, en divers lieux, et en divers jours; la figure n'est jamais assez nécessaire pour s'y attacher avec cette observation, car ce n'est qu'un ornement, qu'un éclaircissement et qu'un embellissement du discours ; mais il est encore moins nécessaire de s'attacher à une seule et môme figure, au lieu d'enchanger plutôt pour faire entrer dans l'esprit sous diverses idées la vérité dont on le veut instruire ; d'où vient que Notre-Seigneur lui-même se représente à nous tantôt comme agneau , tantôt comme lion, comme pasteur, comme la porte, comme le chemin , comme un cep; mais il n'insiste pas longtemps sur pas une de ces métaphores, il n'y revient pas à diverses fois, il ne dit rien ."nfin qui puisse faire douter si ces termes sont figurés ou propres.

VUE. Cinquième considération. — Mais ce qu'il y a de très-remarquable, c'est que dans ce long discours de Notre-Seigneur, qui promet sa chair à manger, pas un de ses auditeurs, qui sont en grand nombre et de toute sorte de qualités, pas un sans exception ne l'entend au sens figuré , et tous l'entendent au sens propre. Nous pouvons dire hardi-

DÉMONST. EVA>G. III.

ment pas un et tous ; car si dans cette multitude un seul homme se fût avisé de parler ainsi : Le Maître ne nous parle qu'en figure et en parabole, croire en lui et se repaître de sa doctrine et de ses promesses de la vie éternelle, c'est manger sa chair; si un seul homme eût parlé ainsi, il eût ramené tous les autres, et la simple vue d'une parabole et d'une figure, quand on n'en aurait pas tant dit, eût remis le calme dans les esprits : mais il n'y avait pas moyen d'entendre qu'en un sens propre, ce que le Seigneur répétait si souvent en termes si précis et si propres, et sans doute d'une manière encore plus vive et plus forte qu'elle ne nous paraît par écrit; parce qu'elle était accompagnée de toutes les autres démonstrations de l'action et de la. voix, qui font connaître qu'on parle d'une réalité, et non pas d'une figure.

IX. Sixième considération. — Cependant Notre-Seigneur, tout bon pasteur qu'il est, ne court point après ces brebis égarées pour les rapporter sur ses épaules ; il s'en faut beaucoup, car il renvoie ou chasse, ou laisse aller sans aucun regret ceux qui se scandalisent de son discours. Où êtes-vous donc, ô charité éternelle, qui venez pour sauver les pécheurs et non pas les justes ; pour rendre la vue aux aveugles et la vie aux morts? Ce peuple, au fond, cherche le Messie et son salut : voulez-vous le rebuter, faute de lui faire entendre par quelque petit mot, qu'en promettant votre chair à manger, vous ne parlez qu'en parabole et en figure? L'heure n'était pas encore venue de leur expliquer votre mort et votre passion, et tout ce qui devait suivre. Mais l'heure était toujours de leur faire connaître que vous ne parliez pas au sens propre d'une chose pour laquelle ils témoignaient tant d'aversion.

X. Septième considéralion. — Vos disciples favoris, Seigneur, vos chers apôtres n'ont pas été exceptés de cette rigueur , et tous aussi, leur disiez-vous. ne voulez-vous point vous en aller? comme si vous leur eussiez dit: Si la confiance que mes œuvres surnaturelles , miraculeuses et divines vous doivent avoir donnée en moi ne vous fait croire ce qui vous paraît incroyable, c'est que je vous donnerai véritablement et réellement ma chair à manger, et que néanmoins cette même chair distribuée à tant de personnes ne se consumera point, et que vous me verrez remonter dans le ciel aussi vivant c> aussi enlicr que vous me voyez, il ne faut plus que vous espériez d'avoir aucune pari à mon salut. O Dieu de grâce, ô Dieu de miséricorde infinie, parlez encore de la même sorte et avec le même effet au cœur de ceux qui vous cherchent, et faites qu'ils vous répondent comme vos apôtres: Où irions-nous, Seigneur, nous savons que vous avez les paroles de la vie éternelle ? votre autorité l'emporte sur nos défiances , nous ne raisonnons plus, nous nous soumettons , nous croyons qu'il n'y a rien qui vous soit impossible, non plus qu'à votre Père céleste.

XI. Huitième i misidération. — Mais ce qu'il y a de très-remarquable, les apôtres doutent

{Trcntc-dcux.)

si peu qu'il faille prendre Bel parole- ' lettre ; ils prennent si peu son discours pour un parabole, qu'ils ne pens< nt même pas à lui en demander l'explication quand il • n particulier avec lui , connue on voit dans I Evangile qu'ils 1*' faisaient ordin et in dos choses bien moins importantes. Il leur avait déclaré qu'il parlait quelquefois en paraboles aux Juifs , et même que c'était quelquefois afin que voyant, ils ne vissent point , qu'en entendant, ils n'entendissent point; niais quant à eux, qu'il les regardait comme ses amis , qu'il leur ap*pai de savoir les secrets de son règne céleste. C'était là leur privilège qu'ils n'avaient garde d'oublier ni de négliger. La parabole du semeur dont le grain tombe tantôt sur une bonne, tantôt sur une mauvaise terre, ne paraissait pas extrêmement difficile à entendre; ils lui en demandent toutefois l'explication, et il la leur donne. Un mot qu'il avait dit plein «le sel et de force, ce ri est pat ce qui entre en i hommequile souille, c'est ce qui en sort; un mot dit en passant les troublait, parce qu'ils étaient accoutumés dès l'enfance à entendre parler des souillures légales et des animaux immondes, dont on ne pouvait manger sans être souillé; il leur explique encore ce mot en leur reprochant leur peu d'intelligence : qu'on détruise ce temple , et je le rétablirai en (rois jours. Les Juifs étaient scandalisés de celte promesse , mais son cher disciple saint Jean avait appris de lui-même qu'il parlait du temple de son corps. Tout est plein de pareils exemples dans l'Evangile. Ici où il est question de manger la chair et de boire le sang d'un homme, pas un des apôtres ne demande comment cela se peut entendre, comment cela se fera. Et qu'on ne nous dise point, cela nyavait pas besoin d'explication, parce qu'on voyait assez qu'il ne se pouvait entendre qu'en figure : on le voyait si peu que dans ce grand nombre d'auditeurs, pas un seul ne l'a vu , comme nous l'avons déjà remarqué et prouvé.

XII. Neuvième considération. — Joignez à cela que, quand il vient à l'institution de l'Eucharistie, il s'explique encore aussi peu qu'auparavant : C'est mon corps , c'est mon sang , dit-il. Je vous ai dit, il y a longtemps, que je vous les donnerais en viande et en breuvage, d'une manière divine, qui ne m'empêchera pas de remonter avec celle même chair et ce même sang dans le ciel d'où je suis venu.

XIII. Dixième considération. — Mais tout cela s'entendait de soi-même, disent encore quelquefois nos frères : ses apôtres voyaient bien que ce pain n était pas son corps , à moins qu'il le lût en figure. Vous supposez donc, nos très-chers frères, que la foi n'embrasse que ce qu'on voit; au lieu qu'elle embrasse toujours ce (pion ne voit pas : et comment cela se pouvait-il entendre de luimême, puisque divises comme VOUS èles daus votre propre parti, à peine pouvez-vous nous dire comment il le faut entendre : l'un dit plus, l'autre moins, el pas un ne se fonde en aucune autorité légitime. Comment cela se

DEMONSTRA1 OS ËiVANGÉUQ lOM

pouvait-il entendre de lui-même en votre sens figuré .' puisque les apôtres et tout'

glise avec eux, comme non- espéroni de le faire voir très-clairement, l'ont entendu au

ta littéral et propre ; puisque selon votre A libertin , aussitôt après les apôtres pour le moins , on a cru pins qu il ne fallait sur ce grand mystère, puisque selon tous \.,s auteurs généralement, au moins quelques siècles après, la terre entière s'est al prenant au sens littéral et propre ce qui, selon vous, ne devait élre pris qu'au sens Qguré. Avouons la vérité : si Noire-Seigneur était venu pour perdre les hommes cl non | pour les sauver, il n'aurait pu rien faire de plus à propos pour ce terrible dessein que de leur dire et répéter tant de fois, si | ment, en termes si propres et saus aucune, explication, ce qu'il ne fallait point prendre au sens propre et qui les perdait s'il notait expliqué au sens figuré; de sorte que ceux qui auraient le plus de confiance en ses paroles , le plus de soumission à ses ordres , le plus de foi, en un mot, s'éloignassent le plus de sa pensée et en même temps de leur salut. XIV. Nous n'ignorons pas quelle est 1 1 grande objection de nos frères sur ce passage : Notre-Seigncur, disent-ils, s'est e\j)lique clairement lui-même en ces paroles, La chair ne profite de rien: les paroles que je vous dis sont esprit et vie, ils font lanl d'étal de celle objection, que fort souvent ils oublient par où ils y sont venus: car après avoir soutenu, qu'en tout ce chapitre, il n'esl point parlé de l'eucharistie, si vous leur opposez, ces autres paroles, Ceci est mon corps, ils ne manqueront pas de \uu> repondre par ce même passage, où ils disent qu'il ne s'en agit pas: La chair ne profite de rwsj : les paioles que je vous dis sont esprit <t , Permettons-leur de changer d'avis cou il leur plaira; mais celle objection regardée et examinée de plus près s'évanouit el détruit d'elle-même, car il est certain, qu'en ces paroles, la chair ne profite de rien, le mol de chair ne se prend point à la lellre pour la chair réelle et véritable de Noh Seigneur, de laquelle nous ne pourrions dire, ni nos frères, ni nous, qu'elle ne profite de rien; elle qui. du consentement de tous les chrétiens, est le fondement unique de notre salut. Il faut de nécessite que, par l paroles, Notre-Seigncur ait voulu dire : ou bien l'explication que la chair et le MUA vous suggèrent n'est bonne à rwn, il s'agit ici à prit et de vie, ou bien , selon que C.alv in luimême l'a entendu, ma chair, comme vous lu concevez, séparée de ma divinité, ne r<< viruit de rien : c'est l'union avec mon isprit divin qui la rend propre à vous donner la vie. Ou bien, si l'on veut encore, en vain vous participerez, à ma chair par votn chair . i //<• ne vira île rit m ; élis si ru plutôt votre condamnation et votre mort, si vous ih ■■ particij en même temps par votre esprit, et à ma chair, et i'i mon esprit qui est la soin ire

vir. Or que l'on choisisse celle de ces troi^ explications qu" l'on voudra. \ en a-t-il un-, qui ne s 'accorde parfaitement à la prêt— ce

TRAITE DE L'EUCHARISTIE

ré.!!c, et au dogme catholique ? N'avouonsnous pas quota participation à la chair de Notre-Seigneur par notre chair, ne nous sert de rien, si nous ne participons en même temps à son esprit et à sa chair par notre esprit, nous unissant cofporelf ement et spirituellement à lui? Ne reconnaissons-nous pas que cet te chair d'elle-même sieserait pas vivifiante, mais quelle l'est par son union à la divinité ? Ne disons-nous pas, que cette chair conçue d'une manière charnelle comme une chair ordinaire et comme présente d'une manière ordinaire à la chair, comme déchirée et mise en pièces, comme consumée par ceux qjui la mangent, ne nous servirait de rien? et des auteurs noloiremeut catholiques n'ont-ils pas dit dans un furt bon sens et très-orthodoxe, que le corps de Notre-Seigneur n'est pas corporellement présent on l'eucharistie, c'est-à-dire en la manière des corps, mais spirituellement, c'est-à-dire en la manière des esprits, encore qu'on s'abstienne et qu'il soit bon de s'abstenir ordinairement de ces expressions, pour ne pas donner sujet aux équivoques et aux faux fuyants de l'hérésie ?Nos frères dans leur prétention s'imaginent aussitôt qu'on dit spirituellement, que c'est dire en esprit et en figure seulement. Mais nous qui savons que, selon l'Apôtre, il y a non seulement un homme animal et un homme spirituel ( i Cor. XV, hk. Genève. Il est semé corps sensuel [animal] il ressuscitera corps spirituel. Il y a corps sensuel et corps spirituel), niais un corps animal, et un corps spirituel, et que ce dernier néanmoins n'est pas un corps en figure, mais un corps très-réel et très- véritable, élevé audessus de la nature et delà condition ordinaire des corps ; nous comprenons aisément qu'eu un aussi grand mystère que celui-ci, i! y a quelque chose de semblable; et que par cette raison Noire-Seigneur a très-bien dit, La chair ne profite de rien ; les paroles que je VOUS (Us, ou, les choses dont je vous parle, ne sont qu'esprit et rie, et qu'en parlant ainsi, sans nier la présence réelle de sa chair, il a seulement proposé à ses auditeurs un de ces paradoxes surprenants au dehors , mais pleins au dedans de sel et de force, dont il se sert quelquefois pour exprimer des vérités divines , comme quand il disait aux troupes et à ses apôtres, Ce qui entre en l'homme, n'est pasoeg,ui souille l'homme, c'est ce qui sort de l'homme qui le souille. Ainsi celle objection étant emportée, il faut laisser à tout cet entretien de Notr> -Seigneur avec les eapharnaïtos et avec ses disciples, le sens naturel qu'il doit avoir par toutes les remarques que nous avons déjà faites.

XV. Ne finissons point cet article sur le sixième chapitre" de saint Jean, sans exposer en abrégea nos ehevs liens, à quoise réduit noire explication* et à (moi va la leur; afin que (1 une seule vue, pour ainsi dire, ils puissent juger laquelle est la plus raisonnable. Quant à nous, nous sdiiiiih i persuadés que tente la loi n'était qu'une promesse de l'Evangile; mais qu'à mesure i|ue ces grandes vérités ont été sur le point d'éclater,

Dieu a voulu encore avertir son peuple, qu'elles étaient prochaines, qu'il allait les faire arriver. Le Messie avait été annoncé par tous les prophètes; mais un précurseur nous vient dire : Le voici ; préparez ses voies, aplanissez ses sentiers. Sa croix élaitpeinte en mille endroits de l'ancienne loi : mais le voici lui-même qui nous avertit qu'il est un autre serpent d'airain, prêt à être exposé aux yeux du peuple pour le salut du peuple , et qu'aussitôt qu'il sera élevé de terre, il tirera toutes choses à lui. Ce divin Sauveur avait promis par ses prophètes une effusion et une inondation de son esprit sur toute chair, et le voici lui-même qui crie et nous avertit à pleine voix, que des fleuves d'eau vive vont sortir de lui, qu'un peuple nouveau va renaître par l'eau et par l'esprit. Saint Jean qui n'avait point rapporté, comme les autres évangélistes , l'institution du baptême par Notre-Seigneur , nous a rapporté la promesse qu'il en a faite. Tous les sacrifices de la loi nous annonçaient une victime, non seulement immolée,* mais mangée, et voici ce Sauveur lui-même qui nous dit: Le temps est venu ; je veux être votre victime, et vous donner ma chair à manger, et saint Jean, son cher disciple, qui i\ a point rapporté, comme les autres évangélistes, l'institution de ce sacré festin de l'eucharistie, nous a rapporté la nouvelle promesse que Notre-Seigneur en avait faite. Les ombres et les figures de la loi finissent; !a vérité et les réalités de l'Evangile

enceut. En tout cela , nos très-chers frères, il y a un ordre, une suite, un projet, une raison, une splendeur et une lumière de vérité, que Dieu fait sentir aux cœurs un peu touchés de son amour. Quant à votre explication au contraire, elle renverse tout ce bel ordre de la Providence. Notre-Seigneur, dans saint Jean, a promis sa chair à manger, nais en fi ure; il l'a donnée à manger en l'eucharistie , mais en figure. La loi, selon vous, a ses figures, et l'Evangile les siennes;

avec cette différence essentielle, que Moïse a un grand avantage sur Jésus-Christ. Un agneau innocent meneau sacrifice, sans faire entendre sa voix dans les rues ; égorge on la présence de tout le peuple; dont le sang est répandu aux yeux des fidèles , et lu chair gardée pour leur festin solennel ; voilà des figures , mais tout autrement propres , tout autrement vives et parlantes, que ne le sont un peu de pain rompu à nos yeux, et un peu de vin qu'on ne lire point de ce pain, mais qu'on verse d'ailleurs dans un calice. Et quant à l'effet de ces ligures, les Juifs selon vous ont mangé la chair de Noire-Seigneur précisément comme nous la mangeons : la grâce était la même, mais bien moindre pour nous que pour eux; car il ; avaient d'un autre côté des miracles durables et perpétuels, que sunis n'avons pas: la manne tombait du ciel à leurs yeux ; la pierre les suivait au désert par l'abondance oie sel eaux. Quanta nous, non seulement nous ne voyons rien de tel, mais il nous est même défendu de croire qu'il y ait ricu de

DLMONSTIIATION

miraculeux et de surnaturel dans les sacrements il»' la loi nouvelle. Les Israélite!,, persuadés d'une présence \ éritable, particulière etmiraculcuscdc Dieu parmi eux, s'écrieront,

quand on lèvera l'arche pour la taire marcher : Que Dieu se lève et ses ennemie seront dissipés ( Psal. LXVII ) : et quand elle arriéra, Haussez vos têtes, élevez-vous sur VOS nouas, portes éternelle» ; voici le Roi degloi qui va entrer (Psal. XXIII). Mais pour l'Eglise chrétienne, si elle prétend une présence réelle de Notrc-Seigneur sur ses autels, elle se trompera: c'étaient les Juifs qui avaient h> corps et la vérité, elle n'a que la représentation, que l'ombre, et que la figure.

SECTION XVI

Conséquences du passage de saint Paul pour la présence réelle.

I. Examinons maintenant, puisque nous L'avons promis, comment les apôtres dès le commencement ont entendu ces paroles, Ceci est mon corps, et si c'est en un sens propre ou en un sens figuré. Saint Paul nous parlera pour tous les autres ( I Cor. XI). Nous l'avons déjà vu, comme cinquième évangéliste, rapporter sans aucune explication les paroles de cette sainte institution. Mais ce n'est pas assez; on peut assurer qu'il s'explique, et même très-clairement, pour le sens littéral par la suite de son discours; car après avoir rapporté les mêmes paroles sacrées, voici le commentaire qu'il y ajoute: Ces* pourquoi, dit-il, quiconque mangera ce pain ou boira la coupe du Seigneur indignement, il sera coupable du corps et du sang du Seigneur. Que l'homme donc s'éprouve soi-même , et qu'ainsi il mange de ce pain, et boive de cette coupe. Car quiconque en mange et boit indignement, mange et boit sa propre condamnation , ne discernant point le eorps du Seigneur ; c'est par cette raison, qu'il y en a parmi vous qui sont malades, et languissants, et que plusieurs dorment (1).

11 est aisé de remarquer en ce peu de paroles jusques à cinq choses , qui semblent prêcher à haute voix la présence réelle. La première, quiconque mange de ce pain ou boit de la coupe du Seigneur indignement , est coupable du corps et du sang du Seigneur. La seconde, avant que d'y loucher, l'homme se doil éprouver soi-même. La troisième, s'il en mange ou boit indignement , il mange et boit sa propre condamnation, la quatrième, qui est la raison de celle-là, c'est qu'il n'a point discerné le corps du Seigneur. La cinquième, que pour ne l'avoir point discerné, plusieurs sont malades ou languissent, et plusieurs même dorment du sommeil de la mort.

IL 1° Coupable du corps et du sang. —

(1) Genève. Par quoi, quiconque mangera île ce i>:iin el boira de la coupe du Seigneur indignement, sera coupable «lu corps el du Bang du seigneur. Que chacun donc s'éprouve soi-même, el ainsi mange de ce pain el boive de

celle coupe; car qui e auge indignement, inan

boit sodlugement , ne discernant poinl le corps du Soigneur. Pour eeite cause plusieurs sont fait les el mal uuUo wus el plusieurs donneui.

L'Apôtre nous i nier lieu,

qu'on peut i et boire dignement ou

indignement de ce pain et de celle coupe du Seigneur, ce qui ne nous donne nullement l'idée d'une simple représentation et d'une simple figure; niais s'il nous t'avait donnée, la suite de ses paroles noua L'ôterait : celui qui en mange et en boit indignement, coupable du corps el du sauf: du - UT.

On \ oit assez que c'est h. ne di l sionsabi â la langue hébraï-

que, qui est celle où étaient nourri- les é< rivains sacrés , mais dont les autres langues ne laissent pas de nous fournir «les exemph i; comme quand les latins pour dire crime de Lèse-majeste, et accusé du crime de lèse-i, jesté, nous disent simplement crime de majesté, accusé de majesté, supprimant et sous-entendant ce qui blesse même les oreilles des bons et fidèles sujets; c'est-à-dire l'outrage fait à la majesté qu'il fallait révérer et qui a été lésée, offensée et violée; coupable du corps et du sang du Seigneur, veut donc dire . coupable d'avoir violé, outragé le corps du Seigneur. Or comment l'Apôtre pouvait-il nous dire plus clairement et plus nettement , que ce corps et ce sang précieux sont réellement en l'eucharistie, qu'en nous disant , que nous les outrageons et que nous les violons, quand nous participons indignement à l'eucharistie? Nos frères diront que qui outrage le portrait du roi , outrage le roi même; mais c'est ce que saint Paul n'aurait jamais manqué de dire Comme eux , s'il eut pensé comme eux. Il a ditque c'était le corps et le sang; s'il n'eût entendu que la figure du corps etdusang.il se serait pour le moins arrêté là, et n'aurait point ajouté, en opi— niàtrant mal à propos la figure: Vous outragez le corps et le sang , vous êtes coupables du corps eldu sang. Aussi la plupart de nos frères ont rccourslà-dessus à certaine- i ponses vagues et générales , qui donnent peu de satisfaction à l'esprit. C'est, disent-ils , qu'en effet le pain de l'eucharistie n'est plus un pain commun . mais un pain sacré eu l 6 à la dignité du sacrement, jusqu'à pouvoir être appelé el à être à sa manière le corps et le sang du Seigneur: de suite qu'eu outrageant ce pain sacré, on outrage ce qui s'appelle et qui est à sa manière et en sacrement le corps du Seigneur- Voilà comment ils parlent, quand ils parlent le mieux suivons le discours de l'Apôtre, et toutes ces vaines couleurs ne manqueront pas de disparaître.

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