‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 252 sur 305 · III. 2" Que chacun s'< prouve soi-même. etc · texte numérisé non relu

III. 2" Que chacun s'< prouve soi-même. etc

— où \a tout son discours? à nous persuader, nos très-chers frères, qu'avant d'approcher de cette table sacrée, il faut s'éprouver et s'examiner sévèrement soi-même. Cet examen ne vous est pas inconnu. Vos minisires en ont fait des livres entiers . dont vous êtes loin lies et édifiés : mais vous ne remarquez pas assez que cet examen sc\èrc de vous-mêmes ne vous est ordonne dans

l'Ecriture que pour celle seule partie du culte, qui est la réception de l'eucharistie. S'il est vrai . comme le disent votre /.um^le,

TRAITÉ DIS L'EUCHARISTIE

VotrcAubcrlin et quelquefois votre Calvin en se démentant lui-même, s'il est vrai qu'on mange la chair de Notrc-Seignetir en l'eucharistie et hors de l'eucharistie , cl que c'est par le souvenir seulement et par le seul acte de foi , à quoi bon ce grand examen de vousmêmes, pour une chose qu'il vous est permis de faire à toutes les heures du jour, sans aucun autre examen ? Car quand est-ce qu'on vous a dit, éprouvez-vous , examinez-vous vous-mêmes, avant que de lire ou que d'écouter la parole de Dieu, avant que de prier ou de méditer, ou de faire aucun acte de foi; et néanmoins selon vous en toutes ces occasions vous pouvez manger , selon vos docteurs , vous mangez la chair du Seigneur, comme en l'eucharistie. Voyez cependant la différence qu'on vous oblige de faire entre ces deux sortes de manducation. Quant à celle qui se fait dans l'Eucharistie , vos ministres eux-mêmes vous disent avec saint Paul : Gardez-vous bien de la faire indignement et sans vous être éprouvés vous-mêmes , vous prendriez votre propre condanation , vous vous rendriez coupables du corps et du sang. Au contraire pour les autres manducations qui ne sont que spirituelles, ils nous disent plutôt : Quelque indignes que vous soyez d'écouter , de lire, de méditer la parole de Dieu, de vous adressera lui par la prière , et si vous voulez, de lever les yeux au ciel; ne craignez point de vous nuire a vous-mêmes ou de perdrevotre temps en tous ces saints exercices ; écoutez , lisez , priez et adressez-vous à celte miséricorde infinie , avec une confiance entière et parfaite en ce sang précieux répandu pour vous , qui nettoie et qui efface toutes vos fautes; si vous n'êtes pas dignes de cette manducation spirituelle, vous le deviendrez peu à peu, et bien loin d'augmenter par là vos crimes, vous vous mettrez en état d'en obtenir le pardon. Nous en prenons à témoin votre propre conscience , nos trôs-chers frères , n'esl-il pas vrai que si vous vous trouvez en quelque grand péché , vous craignez vousmêmes d'approcher de l'Eucharistie, mais vous ne craignez pas de prier, de lire , d'écouter, de méditer avec tous les actes de foi les plus ardents que votre faiblesse vous peut permettre? Il faut donc par nécessité quela manducation de l'eucharistie soit tout autre et de tout autre espèce que celle qui se peut faire dans ces saints exercices et par tous les actes de foi. Delà il s'ensuit une autre absurdité fort grande, c'est qu'en vous préparant à recevoir l'eucharistie, vous faites tout ce que vous pourriez faire en la recevant, le moyeu devient la fin, et la fin n'est pas autre chose que le moyen. Lisez des ouv rages de \ os docteurs sur l'examen de \ oosmémes, ils ne vous ordonnent pas seulement d'avoir un véritable déplaisir de VOS fautes , et un véritable dessein de n'y plus retomber; mais aussi d'embrasser en même temps par une vive foi toutes les promessesde Dieu et, pour tout dire , Christ naissant. \ ivinl cl ressuscité pour \ous. Voilà votre manducation spirituelle déjà toute faite, qu'allez-vous y

ajouter de plus? une cérémonie simple, un peu de pain et un peu de vin qu'on vous donne, qui tout au plus ne peuvent que vous faire penser de nouveau par ces signes extérieurs, ce que vous aviez déjà pensé et repensé, et peut-être plus fortement , quand vous étiez seuls et recueillis en vous-mêmes, que vous ne le faites en public et environnés d'objets qui vous peuvent distraire. 11 faut vouloir s'aveugler et s'endurcir pour ne pas voir et ne pas sentir des vérités si claires et si pressantes. Mais suivons saint Paul, il nous mènera encore bien plus loin.

IV. 3° Mange et boit sa propre condamnation. — Quiconque , dit-il , mange et boit indignementde ce pain et de celte coupe, mange et boit ya propre condamnation. Quelle expression si forte ! il n'est pas seulement jugé et condamné , mais son arrêt de mort lui est prononcé et signifié ; son arrêt de mort ne lui est pas seulement prononcé et signifié, mais il l'a désormais et le porte au-dedans de luimême, avec cette viande sacrée et ce breuvage sacré qu'il a pris indignement; à peu près de même que s'il avait bu de ces eaux a mères de jalousie, qui portaient malédiction ou bénédictionavec elles (NombresV, 14 et suivants). Encore une fois , nos très-chers frères , quand est-ce qu'on vous a dit : Celui qui priera, qui méditera , qui lira , qui écoutera la parole de Dieu négligemment , sans s'être auparavant éprouvé lui-même, sans avoir examiné s'il est digne de prier, de méditer et d'écouter, mange et boit sa propre condamnation? mais suivons encore.

V. 4° Ne discernant j)as le corps du Seigneur. — D'où vient qu'il mange et qu'il boit sa condamnation? c'est qu'il ne discerne point le corps du Seigneur. Et pourquoi , saint apôtre , nous obligez-vous à discerner le corps du Seigneur, si le corps du Seigneur n'y est pas , suivant l'explication de nos frères ? auriez-vous dessein de nous faire tomber en erreur, quand, après avoir rapporté les paroles du Seigneur lui-même , qui a dit, Ceci est mon corps , vous nous assurez encore que nous allons outrager le corps du Seigneur, si nous en approchons indignement? Vous nous déclarez encore qu'il fallait discerner le corps du Seigneur , ne nous pas arrêter à ce qu'on voyait pénétrer , ou plutôt croire ce qu'on ne voyait pas ; manger cette viande sacrée, non comme du pain , mais comme le corps du Seigneur? et que pouvcz-vous nous dire de plus fort, de plus exprès et de plus clair pour le sentiment catholique ?

VI. 5° Plusieurs sont languissants ou malades, et plusieurs dorment. — Il ne s'arrête pourtant pas là ce saint apôtre, nos trèscliers frères, il va encore plus loin. Ce petit texte est un trésor de vérités, où il semble que chaque parole ajoute à l'autre, et que l'on monte par degrés jusqu'à l'idée la plus toile qui se puisse former dune présence réelle. Doutez-vous du sens de ces paroles : Ceci tti mon COrp8f doutez- vous qu'on ll'outrace le vrai corps du Seigneur en recevant

Indignement l'eucharistie 1 doutea-vous qua

liElIONSTHATION W iNGEl

M soit pour n'avoir pas discerna le corps d u Seigneur véritablement prêtent .' voici du quoi n Cii plus dealer. Il vous révèle un secret qu'il ne peu! avoir appris que de Dieu luimême: t'est pour a\oir ainsi outragé le corps du Seigneur, (•"est pour ne l'avoir pal discerné, que plusieurs sonl languissants ou malades, et que plusieurs donnent. Il n'y a plus ici de ligure, roiôi la plus grande des i tés : une vertu divine est sortie de ce corps divin pour punir ceux qui ne l'ont pas discerné , ou par une langueur inconnue à l'art humain, ou par une grande maladie, ou par la mort même, suivant qu'il a plu à I>ieu de les châtier, ou en sa miséricorde, ou en sa colère. L'esprit de l'Evangile est un esprit de douceur, de pardon et de paix. Vous ne savez, dit Notre-Seigncur à ses apôtres, de quel esprit vous êtes menés, quand ils lui parlent de l'aire descendre le l'eu du ciel pour punir les pécheurs. Mais il y a des offenses si audacieuses et si insolentes, que cette patience de l'Evangile irritée devient fureur. Vous mentez impudemment au Saint-Esprit, comme Ananias et Sapphira, sa femme, en présence de toute l'Eglise, pour vous faire vous-mêmes meilleurs que vous n'êtes; une mort soudaine découvre et condamne votre péché. Vous outragez le corps du Seigneur; vous ne le discernez point: la langueur, la maladie ou la mort sont les peines de votre crime. Mais où seraient la douceur et la patience évangélique, si parce qu'un homme fragile, et pour tout dire un homme, a reçu la figure et le symbole du corps du Seigneur, sans s'être éprouvé et examiné lui-même, il recevait ces terribles châtiments de la main de Dieu? Non, nos très-chers frères, il faut qu'il y ait quelque chose de bien grand, de bien réel, de bien divin en ce sacrement auguste qu'on a violé, pour produire auprès d'un Dieu si miséricordieux, et dans son trône de grâce même, un jugement si terrible. Ne vous semble-t-il pas (pie vous voyez Dieu lui-même prêt à donner sa loi sur la montagne de Sinaï, et disante Moïse : Je descendrai maintenant dans i obscurité delanuée... Qu'ils se sanctifiant aujourd'hui et demain, et lavent leurs vêtements, et qu'iti soient prêts, au troisième jour,.. Qu'ils se gardent bien <lc monter à la montagne ni de la toucher : quiconque touchera la montai/ne, mourra de mort [Exod. XIX, 0) ? Toutes les paroles de saint Paul, aussi bien que toutes celles de Moïse, nous donnent l'idée d'une présence réelle, où la majesté divine ne pourra souffrir d'être violée par l'audace de ceux qui en approcheront avec trop peu de respect. Tout cela au contraire deviendra froid et languissant, si vous l'appliquez à la figure seule du corps du Seigneur, ou même a la ligure accompagnée de quelque grâce particulière et abondante, l.a manducalion miraculeuse et incroyable de Cahin, que nous vous avons expliquée en son lieu, n'empeclierait pas même que ce discours ne fût froid et languissant: car Cahin n'allai lie rien au pain, et ne fait son miracle que par la seule Vertu de L'esprit et de la chair de Notre-Seigncur, qui Opère sur nos âmes ; mais

il de < e pain sacré que saiol Paul pi quand il nous rapporte que Nolre-Seigui a dit : Ceci t$t m- quand il ajoute qu«:

qui en mange indignera ni outr \\ rps

du Seigneur; que son Crime consiste a ne point discerner le corps du Seigneur; que plusieurs sont déjà punis de ce crime par langueurs, par les maladies ou par la mort, ('/est une e-père d'impassibilité que de n'être

point touche de i <■- exprei ~inn* m clai vives et si fortes : et d'ailleurs, comme nous l'avons déjà dit, quand il faudra compan merveille a merveille, l'une aussi élotgn que l'autre du sens humain, pourquoi ne choisirons-nous pas celle qui es( en ( sion de toute la terre, plutôt que celle qui vient pour s'établir de nouveau? (elle qui trouve en termes si précis et si formel*, et en tant d'endroits différents dans l'Ecriture sainte, comme nous l'avons vu, plutôt que celle qui ne s'y trouve en aucun endroit, comme nous allons eucore le voir plus particulièrement dans la section suivante.

SECTION XVII

Ni l'opinion de Zuingle, ni l'opinion de Calvin ne se trouvent en aucun endroit de l Ecriture suinte.

I. Pour combattre tant de textes formels et à la lettre, qui disent que c'est le corps du Seigneur, sa chair et son sang, véritablement viande et breuvage, qu'on outrage le corps du Seigneur en l'eucharistie, que \ , un crime très-grand de ne le pas discerner; il faudrait aux ennemis de l'Eglise au moins quelquc texte formel, qui pût à la lettre av oir un sens contraire ; mais il est très-remarquable que nul autre sentiment que le sien n'a la lettre pour lui. Luther, quoique moins éloigné du dogme catholique, ne trouvera point dans l'Ecriture, c'est du vrai pain, cl c'est le vrai corps de Notre-Seigncur tout ensemble. Les zuingliens n'y trouveront point, ce n'est que la ligure du corps, ou c'est la simple figure, mais inondée de grâce. Cahin v trouvera encore moins, ne cherchez point ici le corps, comme s'il était enfermé tout ■ éléments territ ns et corruptibles ; mais en les prenant avec foi, vous ne laisserez pas de manger véritablement et réellement le corps du Seigneur , c'est-à-dire d'être participants de celte vertu divine et réellement attachée à sa chair, et qui n'en peut jamais être parée. La foi est l instrument de cette inauducation; mais ce n'est pas en la seule loi et en la seule pensée que cette manducalion consiste. Tous les arguments de nos frères séparés, quels qu'ils soient, ne consistent

qu'en des conséquences, comme par exemple, l'encharistie est une commémoration,

donc ce n'est pas le corps : die est encore appelée pain, donc ce n'est pas le corps; COn« Séquences que nous espérons de détruire san* peine dans une section suivante, destinée à repondre à leurs objections. Mais ici nous leur disons simplement: avant que d'at- | laquer l'opinion catholique, établissez la voire, ou avouez que dans l'un des plus battis

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