‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 253 sur 305 · OO · texte numérisé non relu

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TRAITE DE L'EUCIMRISTIE.

et des plus difficiles mystères du monde, vous vous faites de votre chef et sans aucune autorité de l'Ecriture, une explication telle qu'il vous plaît, chacun à sa manière, avec une incertitude et une variété qui marquent assez que pas un de vous ne nous donne l'expîication véritable.

II. Calvin , lorsqu'il fait le plus d'effort pour prouver ou persuader son opinion extraordinaire, n'a rien de meilleur a nous alléguer que ces paroles de l'Apôtre : Le pain que nous rompons n'est-il pas la communion du corps de Notre-Seigneur? Mais ce pain que nous rompons, et que l'Eglise catholique appelle elle-même pain, par les raisons que nous expliquerons ensuite, n'est-il pas encore mieux la communion du corps de Notre-Seigneur, s'il le contient véritablement et réellement? Ainsi son raisonnement peut bien être bon contre ceux qui ne mettent en l'eucharistie qu'une simple figure et qu'une simple commémoration; mais il ne vaut rien contre ceux qui reçoivent une présence réelle, suivie d'une manducation réelle, et par conséquent d'une communion bien plus véritable, bien plus réelle et bien plus étroite et plus intime que la sienne : et, comme nous l'avons remarqué ailleurs, c'est une merveille qu'il ail donné tant de poids à ces paroles de l'Apôtre, c'est la communion du corps; et qu'il n'en ait voulu donner aucun à ces autres paroles de Notre-Seigneur lui-même, bien plus précises et bien plus formelles : Ceci est mon corps.

III. Mais on nous dira peut-être que nous avons tort de demander à nos frères des passages si précis et si formels, parce qu'en cette matière il faut beaucoup donner aux conséquences légitimes et naturelles.

IV. Mais, de là même, nous pouvons tirer un argument invincible contre nos frères, pour la force et l'autorité de la tradition et des explications de tout temps reçues dans l'Eglise chrétienne. Mais nos frères remarqueront ici, s'il leur plaît, ce qui est très-essentiel, c'est que toutes ces explications sur l'eucharistie sont enfermées nécessairement et indispensablement dans ces termes, prisa la lettre, Ceci est mon corps, et ne le sont pas du tout dans ces mêmes termes pris en figure. Quand je dis, C'est le roi, et que je l'entends à la lettre, je dis en même temps tout ce qui accompagne le roi, sa grandeur, sa puissance, le droit de faire les lois et les grâces telles qu'il lui plaît, et en un mol" tout ce qui ne se peut .séparer de la dignité royale. Mais quand je dis, C'est le roi. pour signifier que c'est son portrait, je n'enferme rien, de semblable, je donne tout au plus une occasion et un sujet d'y penser. Quand je dis, C'est le corps du Seigneur, et (pie je l'entends à la lettre, j'enferme tout ce qui est joint inséparablement à ce corps vivant el animé, uni à la nature divine, c'est Notre-Seigneur avec tout son pouvoir, toutes ses miséricordes, toutes ses grâces : il est absolument impossible que notre union intime avec lui, et corporelle el spirituelle, l'aile par sa voloulé, acceptée par la nôtre, ne nous produise tout

ce que l'Eglise croit et dit de ce mystère céleste. J'ai tout dit quand j'ai dit le corps du Seigneur; mais si j'entends par ce corps, la figure de ce corps, je ne dis rien de semblable ; car il ne s'ensuit nullement qu'en participant à la figure de ce corps divin, je participe à toutes les grâces qui accompagnent ce corps. Il faudrait qu'il eût été déclaré qu'elles accompagnaient aussi la figure. 11 n'a pas été nécessaire que l'Ecriture s'expliquât davantage, parce qu'elle entendait ces paroles, Ceci est mon corps, à la lettre, comme nous les entendons. Il eût été très-nécessaire qu'elle se fût expliquée si elle eût pris ces paroles, Ceci est mon corps, en figure, comme nos frères les prennent. Or, qui nous a dit qu'eu recevant une figure du corps du Seigneur, nous recevions la rémission de nos péchés, avec l'assurance de notre salut et de la vie éternelle, et toutes les grâces qui accompagnent le corps de Notre-Seigneur lui-même ?

SECTION XVIII

Réponse aux objections, Urées de VEcriture, contre la présence réelle.

I. Nos frères, à proprement parler, ne prétendent prouver leur opinion qu'en détruisant la nôtre, ce qui dans l'ordre ne doit pas suffire; car il est bien vrai que s'il n'y avait point de présence réelle, il faudrait que quelqu'aulre opinion fût véritable sans présence réelle : mais encore serait il incertain laquelle de leurs opinions serait cette opinion véritable ; incertain même s'il n'y aurait point quelque explication non encore découverte et meilleure que toutes les autres. Ainsi l'on peut dire que leur grand but est de nous mener à l'incertitude, ce qui n'est pas seulement une absurdité, mais un monstre en matière de foi.

II. Nous ne nous arrêterons pas longtemps sur les objections qu'ils tirent de l'Ecriture, parce que, dans la vérité, elles ne nous paraissent pas considérables, et qu'il n'y a personne de bon sens qui n'en trouve de luimême la réponse dans ce que nous avons déjà exposé de la foi catholique. Elles se réduisent à ces articles principaux. C'est une commémoration de la mort du Seigneur; donc ce n'est pas Notre-Seigneur lui-même. C'est du pain et du fruit de la vigne (l'Ecriture l'appelle ainsi, même après la consécration), donc ce n'est point le corps et le sang du Sei-' gneur.

Il a dit que nous aurions toujours les pauvres avec nous, mais <-ue nous ne l'aurions pas toujours ; donc il n'est pas vrai que nous l'ayons tous les jours dans l'eucharislic.

On annonce sa mort jusqu'à ce qu'il vienne , le ciel le doit contenir jusqu'à ce qu'il vienne juger les vivants et lesmorls : donc il ne \ Lent pas tous les jours sur nos autels ; son corps glorieux est au ciel, donc il ne peut être en terre. Suivons ces objections l'une après l'autre. ,

III. C'est la commémoration du Seigneur, donc ce n'est pas le Seigneur lui-même. C'est,

nous l'avouons, la commémoration ou l'ai»-

noncialion do Soigneur, jusqu'à ce qu'il vienne, et par conséquent ce n'est pas aussi la moi i du Seigneur; voilà à quoi l'objection est réduite, mais rien n'empêche que ce qui non-, l'ail souvenir de sa mort et de ».i passion, par des signes visibles, ne contienne invisibleîoenl son corps et son sang. Nous l'avoir déjà dit, la ligure et la commémoration sont au dehors, la vérité et la réalité au dedans. L'urne d'or, qui contenait véritablement 1 1 réellement la manne, pouvait porter au dehors la figure de la manne tombant du ciel. Mais les sacrements, nous dit-on, n'ont pas accoutumé de contenir ce qu'ils représentent, ils n'en contiennent qile la vertu et l'effet. La réponse est aisée. Dieu s'est-il lié à l'aire tous les sacrements égaux et semblables? a-t-il renoncé au droitetau pouvoir d'en faire un, entre les autres, qui contînt et enfermât ce qu'il représentait? S il ne nous avait rien dit de particulier de cet auguste sacrement, nous avouons qu'il en faudrait juger comme des autres ; mais après qu'il s'en est expliqué eu tant de manières différentes, c'est à nous à croire sans distinction et sans exception tout ce qu'il en a dit. 11 a dit que c'était la commémoration de sa mort, nous le croyons ; il a dit que c'était son corps etsonsang„nous le croyons de même. Nos frères raisonnent dans leur erreur à peu près comme qui dirait : Dieu a failles esprits et les corps; les esprits sont invisibles et immortels, les' corps sont visibles et mortels. C'est violer cet ordre que de faire un homme visible et mortel, qui ait une âme invisible et immortelle. Et qui ne voit au contraire que la puissance divine s'est rendue d'autant plus admirable, qu'elle a semblé vouloir remplir tout ce que nous pouvions imaginer dans l'ordre des créatures ? Lui seul est immortel de sa nature; mais voilà les anges immortels par une espèce de communication de son immortalité. A l'autre extrémité de cet ordre des créatures, en voilà qui sont simplement et ne font aucun progrès, ni ne donnent nulle autre marque de vie ; en voici qui vivent, qui se nourrissent, qui s'augmentent et se multiplient comme les piaules, par une vertu intérieure qu'on ne connaît pas ; en voici qui font davantage, qui se meuvent d'un endroit à l'autre, et qui agissent comme si elles pensaient ; elles ont une âme, mais leur âme est mortelle comme leur corps. Le milieu (Mitre la bêle et l'ange, c'est l'homme : il a un corps visible et mortel, mais un esprit invisible et immortel. Ce n'est pas que Dieu ait violé ses lois, c'est que vous lui faisiez îles lois qu'il ne s'est point faites, et que dans les divers degrés de ses créatures, il a voulu montrer qu'il pouvait tout ce qu'il voulait. Tout corps est \isible et mortel; mais il ne s'ensuit pas qu'un corps \isible et mortel ne puisse être lié in\ isiblement à une âme invisible et immortelle. Tout sacrement représente, il est vrai : mais il ne s'ensuit pas qu'un sacrement entre les autres ne pin représenter visiblemenl et contenir invisi-

1 blement ce qu'il représente.

IV. Que l'eucharistie soit appelée pain aj>rès la consécration, il ne faut pas s'en

DEMONSTRATION I \ VNGÉI IQl l.

étonmr, ni eu ri.-n conclure «outre la pré- Bence réelle du corps de Notre-Seign< ur, et

nous en dirons <!<• merne de cette expression, fruit de vigne, s il est \ rai que Noti ur

l'ait employée deui lois, lune avant, l'autre après la consécration du calice, de quoi l'on peu! douter ; rappelons se ni ci ne ni ce que nous avons de, a dit de la doctrine catholique. L'eucharistie est pain el \in pour le langage ordinaire des hommes, ou l'on nomme ainsi ce qui porte toutes b's marques sensibles du pain et du vin: mais elle n'est ni pain ni \in pour le langage précis et propre d philosophes, dont LEglise s'esl servie contre les fuites des hérétiques: pane qu 'ou ne doit nommer ainsi eh ce langage que la substance invisible du pain et du vin, qui n'j est pi et qui a fait place à une plus noble substance : et si l'on revient à nous dire qu'une substance ne se peut point séparer de ses marques sensibles, on ne l'ait que retomber SOI la question de l'impossibilité que nous avons examinée et que nous ne traitons plus ici. Quiconque aura dans l'esprit la créance i tholique, entendra facilement ces paroles : Qu'il mange de ce pain ; le pain qu "<-

puns ; la fraction du pain ; d'un certain pain qui n'est pain qu'en apparence, et non pas en effet; et les catholiques, quand ils parlent entre eux sans aucune dispute, ne croient point se départir de leur dogme en nommant pain et vin, ce que nous appelons dans la dispute, les espèces du pain et du vin. Qui ne sait que, dans l'usage ordinaire, toutes les fois qu'il y a changement ou conversion d'une substance eu une autre, la cho e garde indifféremment, tantôt le nom de qu'elle est de nouveau, tantôt le nom de ce qu'elle était auparavant . suivant qu'on le trouve plus commode, pour la brièveté et la clarlé de l'expression ? La verge d'Aaron dé— vora les v:rr/rs des enchanteurs d'Egypte (Exod. VII , 12) ; au lieu de dire le serpent auquel lu venir d'Aaron avail été chan vora 1rs serpents, ou véritables ou !' ox, qu ■ les magiciens d'Egypte avaient l'ait paraître lorsque leurs baguettes avaient disparu. Que si l'on parle ainsi, lorsque le changement est extérieur et visible, et qu'il ne semble plus rien rester de ce qui a précédé . que sera-ce lorsque le changement est intérieur et invisible, et que tout ce qui a précède semble être encore?

V. C'est une objection frivole que celle qu'on veut tirer de ces paroles de Notre- Seigneur -.Vous aurez toujours les pauvres avec vous, mais vous ne m'aun z pas toujours. Les ministres en font grand bruit parmi les simples et les ignorants. Si Noire-Seigneur, disent-ils, était présent en l'eucharistie, on l'aurait toujours, et l'on pourrait toujours faire de la dépense pour lui aussi bien que pour les pauvres. Mais qui ne voit et qui ne sent que leur argument prouve un peu trop, et par conséquent ne prouve rien, ('.est ass que Noire-Seigneur soit présent par sa divinité pour l'aire de la dépense en l'honorant et lai élevant des temples et des autels ; à rc

compte donc nous l'aurions toujoun

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PREUVES POUR LE TRAITE !>E L'EUCHARISTIE

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