‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 254 sur 305 · ICI · texte numérisé non relu

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même manière que nous avons les pauvres, et Notre-Seigneur n'aurait pas bien raisonné; mais il ne parlait que des devoirs de la charité que l'homme rend à l'homme. En ce senslà, nous devons avoir toujours les pauvres avec nous pour les secourir; mais nous ne devons pas l'avoir toujours avec nous pour le secourir et le soulager, ni pour rendre à son corps mortel les honneurs de la sépulture.

VI. Ce qu'on nous oppose encore, vous annoncerez ma mort jusqu'à ce que je vienne; donc je ne viendrai pas quand vous annoncerez ainsi ma mort. // est assis à la droite du Père, d'où il viendra juger les vivants et les morts ; donc il ne vient pas tous les jours sur les autels. Tous ces arguments et tous les autres semblables ne font que répéter l'objrclion de l'impossibilité dont nous ne traitons pas. Us ne consistent qu'en une contradiction apparente, que la foi sait très-bien accorder, non pas en expliquant un passage à la lettre, et l'autre au sens figuré ; mais en les expliquant tous à la lettre d'une diversité de présence, comme nous l'avons dit ailleurs. C'est presque la marque et le caractère particulier des grands mystères de notre religion, d'avoir de ces contradictions apparentes au sens humain, qui ne sont point contradictions en effet , mais grandes et surprenantes merveilles, où l'homme n'aurait jamais pu al^eindrcde lui-même, sans le secours de la révélation. La foi les conçoit d'une manière divine, l'incrédulité trouve des explications, pour en ôter tout le miracle. Nous ne voulons point repasser sur toute l'horreur des hérésies anciennes, qui ne sont presque autre chose ; ce monstre à cent têtes qui menace de nouveau la religion chrétienne, comme si les portes dénier pouvaient jamais prévaloir contre elle ; ce mélange affreux d'esprit , d'invention, d'extravagance, d'erreur et d'impiélé, le socinianisme ne saurait encore aujourd'hui s'imaginer qu'un homme soit Dieu ; ii faut qu'il ne soit Dieu que d'une manière impropre et de nom seulement. Il y a des passages opposés en apparence à d'autres passages ; c'est assez pour ne croire que ce qu'on veut de sa divinité, et ne l'entendre qu'improprement et en figure : raisonnement

pitoyable par lequel on pourrait de même ne croire que sa divinité , et n'entendre son humanité qu'en apparence, en représentation et en figure. La foi chrétienne au contraire reconnaît la vérité de tous ces passages opposés en apparence, et les accorde trèsbien par une merveille divine que la révélation nous a apprise (1). Rien n'est si aisé, ditelle, qued'accorder l'Ecriture avec l'Ecriture, lorsque l'on croit avec l'Eglise chrétienne la merveille de deux natures distinctes en Notre- Seigneur. Car enfin Jésus-Christ est homme ; il est donc inférieur au Père. Jésus-Christ est Dieu ; il est donc égal au Père. Jésus-Christ est homme; il ignore donc quelque chose. Jésus-Christ est Dieu ; il connaît donc toutes choses. Jésus-Christ est homme ; il agit donc dépendamment de la cause première ; il prie et il est exaucé. Jésus-Christ est Dieu, il n'a donc qu'à vouloir pour agir, et il exécute en commandant : Je le veux, sois nettoyé', etc. Vous reconnaîtrez, nostrès-chers frères, les paroles d'un de vos écrivains modernes, trèsdistingué par le mérite , pour qui ses belles et grandes lumières , et si nous l'osons dire , la conformité de quelques-unes de nos pensées aux siennes longtemps avant que nous eussions vu ses écrits , nous donnent un redoublement de charité : si vous lui demandiez pourquoi il n'accorde pas de même ces autres contradictions apparentes sur le sujet de l'eucharistie : Le ciel le contient, il est ici sur nos autels ; son corps est au ciel; c'est ici son corps; il viendra juger les vivants et les morts; il vient sans cesse visiter les enfants des hommes; il aurait peut-être peine à vous en rendre une bonne raison. Père des lumières et des miséricordes, ce n'est point sans vous qu'on écrit pour vous avec tant de clarté el tant de force. Ne laissez pas vos dons imparfaits ; achevez en lui ce qui reste à faire pour son salut, pendant qu'il travaille au salut des autres, et qu'en adorant sur son sujet les abîmes de votre sainte Providence, nous n'adorions pas moins ceux de votre infinie bonté.

(l)M.d'Abbadie, Traité de lu divinité de mire-seigmw; sect. (i, ckap. 7, pag. 177.

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