‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 259 sur 305 · iÊ · texte numérisé non relu

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L'ESPRIT DE NICOLE SUR LES VÉRITÉS DE LA RELIGION

mais aussi à rompre toutes les dépendances humaines qui diminueraient celle que nous devons avoir pour Dieu.

§ 6. De l'immensité de Dieu. — Dieu remplit le ciel et la terre ; il est dans le ciel et dans les enfers ; les cieux des cieux ne le contiennent point; et c'esf ce que l'on entend par l'immensité de Dieu. On ne doit pas concevoir que Dieu ait une étendue infinie à la manière des corps, comme un air ou une lumière immense, qui est plus grande dans son tout que dans ses parties : mais il faut s'imaginer qu'il est tout entier dans le tout et dans chaque partie du toui.

Dieu est partout en trois manières : 1° Pa/ présence , parce que tout est présent à ses yeux. 2° Par puissance , parce qu'il opère en tout. 3° Par son essence , parce qu'opérant en tout, ii faut qu'il soit partout, son opération n'étant pas distinguée de son essence ; et comme il est en toutes choses , toutes choses sont aussi en lui , parce qu'il les opère, qu'il les produit et qu'il les soutien).

De là il s'ensuit qu'étant attachés si inséparablement à l'être et à l'opération de Dieu , et ne pouvant nous en séparer, nous avons un extrême intérêt de nous le rendre favorable durant celle vie, puisqu'autrement nous nous verrons pour loule l'éternité entre ses mains, comme entre celles d'un toutpuissant et inexorable ennemi : car , comme les saints le trouveront dans le ciel pour jouir de sa présence, les méchants le trouveront dans l'enfer comme vengeur de leurs crimes.

L'immensité de Dieu doit servir à nous humilier, en nous donnant une idée vive de la grandeur de Dieu et de noire petitesse. Nous sommes renfermés et contenus dans un petit espace , nous n'agissons que dans cet espace , nous sommes comme engloutis dans l'immensité de l'univers, au lieu que le monde entier est comme englouti dans l'immensité de Dieu.

Qui sait que Dieu est partout, sait qu'il peulle prier et l'adorer partout; qu'il a partout un temple et un sanctuaire; qu'il a partout un refuge et un asile ; qu'il n'est jamais seul, ni abandonné; qu'il n'y a qu'à se tenir en la présence de ce Dieu , qui est présent partout, et lui exposer ses plaies et ses misères. Cette même connaissance doit nous donner en lous lieux une exacte modestie et une retenue pareille à celle que nous garderions dans une église.

§ 7. De la science de Dieu. —La science de Dieu est sa propre essence ; elle s'étend à tout. Il se connaît lui-même, et comprend parfaitement son essence: il connaît les créatures qui sont ses ouvrages ; il connaît tout ce que les créatures font et feront, soit nécessairement, soit librement; il connâit les pensées des hommes, leurs c'ésirs, leurs erreurs, leurs péchés; il connaît le passé, le présent, le futur; il connaît ce qui est, cequi sera et ce qui ne sera pas: il pénètre tous les replis de notre cœur; enfin il connaît toutes choses autant «u'ellcs sont

connaissables: il comprend les grandes et les petites jusque dans le fond de leur être, et rien ne peut lui être caché.

De là nous devons conclure que, puisque rien ne peut être caché à Dieu, on ne doit rien faire qui puisse lui déplaire; qu'il faut se servir de ce regard continuel de Dieu sur nous, pour nous lenir en sa présence et nous régler dans toutes nos actions ; que nous devons uniquement nous mettre en peine de faire notre devoir, et remettre le reste entre les mains de Dieu, qui voit les besoins et les desseins des hommes et qui sait bien les faire réussir à sa gloire; que nous devons avoir un grand soin de purifier notre âme des moindres taches, puisqu'elle est continuellement exposée aux yeux de Dieu.

§ 8. De la toule-puissance de Dieu. — Dieu peut tout par sa seule volonté, sans instrument et sans dépendre de qui que ce soit : sa puissance s'étend à tout également. Il a tiré et il lire continuellement du néant ces corps immenses qui composent l'univers, c'est-àdire, les cieux, les éléments et tout ce qui en est composé. 11 imprime continucllementdans celte vaste matière un mouvement qui en produit lous les changements ; de sorte que jusqu'àla moindrefeuille etau moindreatome de poussière, aucun corps ne se remue que par l'impression qu'il reçoit de Dieu. II crée continuellement celle multitude d'âmes qu'il joint aux corps de ceux qui naissent tous les jours. Tous les êtres spirituels n'ont aucune pensée, aucune perception à laquelle Dieu ne contribue et ne coopère. Toutes ses opérations, si différentes entre elles par les sujets et par les lieux, ne lui coûtent rien; il fait tout cela par un seul et unique acte dans une paix souveraine. Tous ces ouvrages, qui ne regardent que l'ordre de la nature , ne sont rien en comparaison des opérations surnaturelles dans les âmes, par lesquelles il les convertit, il les ressuscite, il les justifie et les fait son temple et sa demeure. Tout ce que Dieu fait dans les âmes en cette vie, n'est rien en comparaison de ce qu'il opérera dans les âmes des bienheureux.

La vue de la toule-puissance de Dieu doit nous inspirer des sentiments de terreur, qui doivent nous éloigner d'offenser un Dieu loutpuissant. Elle doit nous faire mépriser toute la puissance des hommes et particulièrement de ceux qui attaquent son Eglise: car que peuvent-ils faire contre un Dieu toul-puissanl qui renversera en un moment tous leurs desseins, à moins que leurs desseins ne servent d'acheminement aux siens? Elle doit nous donner beaucoup de confiance dans nos faiblesses , en nous assurant qu'il n'y a rien d'impossible à un Dieu tout-puissant. Elle doit nous empêcher de désespérer d'aucune chose, parce que non seulement rien n'est impossible à Dieu, mais qu'il se plaît quelquefois à renverser les projets des hommes , et à nous faire triompher des plus puissants ennemis, lorsque nous sommes dans la plus grande faiblesse.

S 9. Dr la providence de Dieu. — La foi ne nous découvre oas seulement Dieu dans la

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inonde , soutenant tous ses ouvrages il îcut donnant continuellement l'être, eu qualité de

Créateur; elle nous te l'ail voir aussi c un;

roi dans son royaume, roulant et conduisant jusques aux moindres choses ave un empire si absolu et uue force si invincible, qu aucune créature ne peut se soustraire à ses ordres, ni s'empét lier de contribuer, par tout ce qu'elle fait de bien et de mal, à l'exécution de ses volontés.

Celte vérité nous donnant lieu de regarder toutes les créatures comme des instruments entre les mains de Dieu, nous donne moyeu, par conséquent, de nous élever à dieu par là, et de l'adorer comme le véritable auteur de tout ce qui arrive dans le monde.

Les biens et les maux sont également propres pour renouveler cette idée : car Dieu est le véritable auteur des uns et des autres. 11 est auteur des biens que nous recevons par le ministère des créatures, puisque c'est lui qui nous les destine et qui nous les procure par un ordre exprès de sa volonté, sans lequel l'affection et la bonne volonté de tous les hommes ensemble ne pourrait nous être qu'inutile ; et il n 'en est pas moins auteur des maux qui nous arrivent, puisque c'est sa justice qui nous y condamne et qui emploie, ou les hommes, ou d'autres causes secondes, pour l'accomplissement de ses volontés sur nous. 11 faudrait donc changer sur cela notre langage, ou au moins nos pensées ; et au lieu que nous n'avons que les créatures dans l'esprit, que nous leur rapportons tout, que nous leur attribuons tout, il serait juste de remonter en toute occasion à la véritable cause de tous les événements, et de donner à Dieu, dans notre pensée, la part qu'il a effectivement en tout ce qui arrive dans le inonde : par ce moyen nous verrions Dieu partout et en toutes choses, puisqu'il n'y a rien qui ne soit réglé par sa providence ; et ce qui est admirable, nous n'y verrions en un sens rien que de jusle, puisque rien n'arrive que par l'ordre de sa volonté, qui est toujours jusle. 11 ne faut pas se contenter de la reconnaître et de l'adorer dans les grands événements ; mais, comme elle s'étend à tout et qu'il n'y a point de si petite rencontre qui ne soit ordonnée de Dieu, il faut s'accoutumer à l'honorer en tout et à lui rapporter les plus petits accidents qui nous arrivent.

La soumission à la conduite de la Providence arrête les inquiétudes sur les choses de la vie présente. Non seulement il faut croire que Dieu peut nous procurer les choses temporelles dont nous avons besoin, mais il faut croire qu'il le fera , pourvu que nous lui soyons fidèles; ou que, s'il ne le fait pas, c'est qu'il jugera qu'il nous est plus utile d'en être privés que de les avoir. Car notre Père céleste, qui nourrit les oiseaux du ciel, et qui pare les fleurs des champs de tant de beauté, est bien éloigné de vouloir abandonner des créatures fidèles et attachées à -es ordres. C'est pourquoi, à quelque nécessité qnc l'on soit réduit , on est obligé de croire que Dieu fera plutôt de- miracles que de nous laisser périr, à moins que, pour notre

bien , sa providence ne nous ait ordonné ce ie de mort. L'inquiétude est toujours accompagnée de manque le M el dte conliance

en la bonté de |)jeu , et de détail! de soumission a Se Ordres. On s'inquicle et OO s'agite, parce (pion suppose qu on peut se procurer par des efforts humains eequi nous manque, parce qu'on ne croit pal MM MM Dieu se soit charge de nous en pounnir, ou que l'on n'est pas assez soumis aux ordres de s;) providence, et qu on ne voudrait pas être pri\e des biens temporels, quand même il le voudrait. Mais on peut s'appliquer à la reeherche des choses nécessaires a la vie par des motifs très- jusles et très-légitimes. On peut s'y appliquer, parce que Dieu le veut, parce qu'il nous défend de le tenter, parce que l'ordre commun de sa providence e-l d'employer le travail des hommes pour leur procurer ce qui leur est nécessaire. Ainsi l'inquiétude est une espèce de révolte contre Dieu, et l'application tranquille est une exécution des ordres de la Providence. L'inquiétude est une recherche de soi-même, et l'application fait partie de l'obéissance qu'on doit à Dieu, et de la recherche de son royaume et de sa justice.

Une âme bien soumise à la volonté de Dieu, bien dépouillée du désir des choses du monde, bien possédée de l'amour de Dieu et de sa justice, a donc sujet de vivre dans un grand repos a l'égard de toutes les choses temporelles dont elle peut être privée : car, ou elle trouvera ce qui lui sera nécessaire par le soin raisonnable que Dieu veut qu'elle emploie pour se le procurer, par l'assistance et la charité des autres, et par les ressources que sa providence lui fournit; et ces moyens lui tenant lieu de revenus et de richesses, elle ne manquera pas du nécessaire ; ou elle ne le trouvera pas, el cette privation la conduisant à la mort du corps, Dieu lui marquera clairement par là que la vie du corps ne lui est plus nécessaire. Il en est de même de tous les autres biens : si on nous les ôte, Dieu nous fait connaître par là que nous n'en avons plus besoin; si l'on est privé de réputation , c'est que Dieu juge qu'elle ne nous est pas utile ; si l'on est abannonné par ses parents et par ses amis . si l'on est réduit à la solitude et à la privation des consolations humaines, c'est que Dieu juge que nous pouvons nous passer de tout cela. Mais, en récompense , lui seul nous tient lieu de tout: au lieu de la vie temporelle . il nous donne l'éternelle; au lieu d'aliments corruptibles, il nous rassasie de l'aliment incorruptible de la vérité et de la justice ; au lieu d'ûu petit nombre d'amis de la terre, il uous donne tous les anges et tous le- saints; au lieu de la gloire humaine, fondée sur l'estime des gens aveugles, il nous donne l'estime et l'amour invariable Ot solide de toute la céleste Jérusalem.

Ainsi un juste est toujours dans l'abondance et dans la possession de tous les vrais biens; et au contraire un amateur du monde, ïut-il le plus grand roi de la terre, est toujours réduil à l'extrémité de la pauvreté .

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puisque étant privé de Dieu , il est sans lumière, sans aliments, sans véritables amis ; il est dans la privation de tous les vrais biens; il est l'objet du mépris des anges et des saints; il est couvert de plaies, accablé de misères effectives , menacé de tous les maux, sans support et sans ressource.

§ 10. De l'unité de Dieu. — L'idée d'un Etre très-parfait, qui est celle que nous avons de Dieu, exclut nécessairement la multitude des dieux , car ils ne seraient ni la Gn ni le bien l'un de l'autre. L'un ne pourrait pas détruire ce que l'autre aurait fait: ainsi chacun en particulier ne serait ni le bien suprême , ni l'Etre très-parfait, ni le Tout-Puissant. Chaque créature n'aurait l'obligation d'honorer que celui qui l'aurait créée, et pourrait se dispenser de reconnaître l'autre, avec qui elle n'aurait nulle liaison. Ainsi il y aurait un dieu qu'on ne serait pas obligé d'aimer ni d'adorer, et dont on serait indépendant. Mais nul article de foi n'est appuyé sur tant de preuves que l'unité de Dieu ; car tout l'Ancien Testament, le choix du peuple juif, les miracles de Moïse et des prophètes, les punitions exercées sur les Israélites rebelles à Dieu, ont eu pour fin particulière d'établir l'unité de Dieu, de les retirer de l'idolâtrie, et de les rendre adorateurs d'un seul Dieu, Dieu ayant voulu établir cette vérité avec un soin particulier, comme le fondement de la vraie religion.

L'opinion de la pluralité des dieux est un effet de la faiblesse et de l'obscurcissement de l'esprit des hommes : car, d'une part , la multitude des besoins et des maux dont ils se sentaient pressés, les a portés à recourir à l'assistance de quelque nature supérieure; et d'ailleurs n'ayant retenu de l'idée de Dieu que celle de force et de puissance, et l'amour des objets corporels leur ayant fait perdre toute idée des choses spirituelles, ils ont attribué la divinité à tout ce qu'ils ont cru avoir quelque force ou quelque puissance au-dessus d'eux, et ils l'ont conçue comme un corps, ce qui les a obligés à multiplier cet être supérieur, parce qu'il n'y a point d'unité dans le corps. C'est par cette raison qu'ils ont pris pour dieux, non seulement le soleil et les astres , niais aussi les passions et les maladies dont ils se sentaient agités malgré eux, et qu'ils ont formé de tout cela des divinités corporelles et séparées en divers lieux.

Ainsi l'on doit regarder l'établissement de la croyance de l'unité de Dieu comme une preuve illustre de la vérité de la doctrine évangélique : car non seulement cette doctrine a détruit l'it'olâlrie , mais elle l'a détruite dans le temps marqué par les prophètes : elle l'a abattue par les moj eus les moins propres que l'on puisse imaginer pour réussir humainement dans une telle entreprise, c'est-à-dire, par la mort et par les souffrances de tant de chrétiens, qu'il semblait que le nom même et la mémoire en dussent être abolis.

§ 11. De la sainte Trinité. — Quoiqu'il n'y ait qu'une seule nature divine, indivisible et singulière, il y a néanmoins en Dieu trois

personnes, c'est-à-dire , que cette nature divine, unique et singulière, convient à trois, savoir, au Père, au Fils et au Saint-Esprit, en sorte que l'unité de la nature n'empêche point la pluralité des personnes, ni la pluralité des personnes l'unité de la nature. La nature divine est tellement une dans les trois personnes , que les trois personnes ne sont qu'un même et unique Dieu. C'est ce qui est marqué clairement dans le Nouveau Testament. Allez, dit Jésus-Christ, instruisez toutes les nations , en les baptisant au nom du Père, et du Fils , et du Saint-Esprit (Matlh., XXVIII, 19); et saint Jean dit : Trois rendent témoignage dans le ciel, le Père, le Fils et le Saint-Esprit (I/ean.V, 3), et ces trois ne sont qu'un. Chacune des trois personnes est proprement et véritablement Dieu ; elles sont parfaitement égales entre elles, car la nature divine étant indivisible, elle ne peut se partager; ainsi, comme le Père est tout-puissant, le Fils l'est aussi, et de même le Saint-Esprit. Le Père engendre son Fils, et le Fils est engendré par le Père seul, et le Saint-Esprit ne procède pas seulement du Père, mais aussi du Fils.

C'est proprement ce mystère qui distingue les chrétiens des Juifs; c'est ce mystère dont Dieu a réservé la connaissance à sou Eglise, et qu'il n'a montré que très-obscurément à la synagogue; c'est ce mystère qui a été attaqué par les premières et les plus grandes hérésies, et dont il a conservé la foi à son Eglise par le ministère de ses plus grands saints , par les plus grands travaux et les plus grandes souffrances de ses principaux élus. Nous devons donc à Dieu une reconnaissance très - particulière de ce que celte connaissance ne nous coûte rien , et qu'il a bien voulu nous l'accorder gratuitement.

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