‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 260 sur 305 · DES OUVRAGÉS DE DIEU · texte numérisé non relu

DES OUVRAGÉS DE DIEU

§ 1. De la création du monde. — La foi nous enseigne que ce monde visible n'a pas toujours été, et que Dieu n'eu a pas seulement disposé les parties, mais qu'il en a tiré du néant la matière même , il y a environ cinq mille sept cent soixante ans , et qu'ainsi celte matière n'est pas éternelle. Il est vrai que l'esprit humain a de la peine à concevoir comment il est possible que Dieu ayant été une éternité sans produire aucun être hors de lui , ait commencé de produire le monde en un certain point de celte éternité ; mais il est encore bien plus incompréhensible que le monde ait toujours été; que la matière soit un être éternel , et qu'il y ait une succession infinie d'animaux et d'hommes. Ainsi la foi, en nous obligeant de croire que le monde n'est pas éternel , nous soulage plus qu'elle ne nous charge. D'ailleurs tout, ails, scienees, peuples, empires, portent les caractères de nouveauté cl d'accroissement. Le livre qui rapporte la création du monde , est le plus ancien livre du monde, le plus authentique et le plus digne de foi ; et le premier mol de ce premier livre est , que Dieu créa

DÉMONSTRATION E> VNGÉLIQI l .

au commencement le ciel et la lerre.

Dieu n'a pas créé le monde en l'état qu'il est, en un instant, mais en six jours : car, pour montrer qu'il ne le créait point comme cause nécessaire , qui agit selon toute sa puissance, niais qu'il le créait avec liberté et sans nécessité; après avoir créé le ciel et la terre le premier jour, il fut cinq autres jours à le mettre en l'état où il est, en produisant successivement le firmament, la mer, les planètes, le soleil , la lune , les oiseaux , les poissons, les animaux et l'homme même.

§ 2. Des anges. — La plupart des chrétiens s'occupent peu des anges : étant presque tous plongés dans les sens , ils ne sont touchés que de ce qui les frappe , et la foi ne fait sur eux que des impressions faibles et languissantes. Cependant ce monde spirituel est la plus noble partie des ouvrages de Dieu : il n'est point séparé de nous. Les bons et les mauvais anges ont part à beaucoup d'événements de notre monde, et principalement à ceux qui regardent le salut ou la perte des hommes. Ils sont mêlés avec nous et ils agissent sur nous; ils sont témoins de nos actions , de nos paroles et de la plupart de nos pensées, lorsqu'elles sont marquées par quelque signe; ils secondent , ils traversent nos desseins et nos entreprises. Il nous est extrêmement important de mériter la protection des bons anges , et de ne pas tomber dans les pièges des mauvais. D'ailleurs si ce monde spirituel nous est inconnu pour un peu de temps , il nous sera très-connu dans l'éternité, puisqu'il faut, par nécessité, être ou compagnon des bons anges dans la gloire, ou esclave des méchants dans l'enfer.

§ 3. Des bons anges. — Les anges ont été créés de Dieu'dèsle commencement du mondent l'on croit que ce fut dès le premier jour, fondé sur ce qui est dit dans le livre de Job, que les fils dcDicuscréjouircntlorsqu'il posa les fondements de la terre (Job XXXVIII, 7). Il est certain que leur nombre est trèsgrand , par ce qui est marqué dans Daniel : Un million d'anges le servaient et mille millions assistaient devant lui (Dan. VII, 10 j.

Ils ont été créés dans la vérité, c'est-à-dire dans un état de grâce et de sainteté. Les bons anges étant demeurés fidèles à Dieu, jouissent de Dieu et le voient, et l'assurance qu'ils ont de ne déchoir jamais de l'heureux état où ils sont, fait une partie de leur récompense (Matth. XVIII, 10). Ils ont outre cela une grande part au gouvernement du monde ; ils sont tous appelés esprits destinés aux ministères, qui sont envoyés pour servir ceux qui sont héritiers du salut (Héb. 1, lk); ils offrent à Dieu les prières des saints (Tob. XII, 12; Apoc. VIII, 3); ils nous rendent même plusieurs assistances «i l'égard des choses temporelles, comme fit l'ange Raphaël à l'égard de Tobic ( Tob. V, 21 ). Les apparitions de Dieu dans l'Ancien Testament se faisaient par le ministère des anges. Ils sont non seulement ministres des faveurs de Dieu, mais aussi exécuteurs de sa justice (Gai. III, ■2'.); Uébr. 1,2), témoin l'année de Sennachérib exterminée par un ange , et l'embra-

sement de Sodomc (Isa. XXVII , 0; Gtn. XIX, 19

Les bons anges nous rendent bien des assistances, lu détournent plusieurs tentations, et empêchent que nous m- soyons frappés des objets qui les excitent, lu diminuent et affaiblissent les impressions des objets , en nous donnant d'autres pensées qui retiennent l'esprit et qui l'empêchent de s'abandonner au péché. Ils nous remettent dans l'esprit nos bonnes résolutions, et ne nous permettent pas de les oublier. Ils nous procurent des événements qui servent à nous corriger de nos défauts , à réprimer nos passions, et ils nous y font découvrir les dessein* de la miséricorde de Dieu. Ils empêchent le démon de nous tenter selon toute sa force et toute sa malice. Us nous découvrent ses piège- on nous les font éviter, sans même que nous y pensions. Ils soutiennent notre âme cl l'empêchent de suivre le poids de sa corruption. Puisque nous recevons tant d'assistance et tant de secours des anges, et particulièrement de notre ange gardien, il est bien juste que nous en ayons une reconnaissance particulière : car , quoiqu'ils nous rendent des offices par l'ordre de Dieu, ils le font néanmoins par inclination et avec amour; ils désirent très-sincèrement notre bien ; ils nous le procurent autant que Dieu le leur permet: ils se réjouissent de nos avantages , et ont compassion de nos misères.

§ k. Des démons. — Les démons sont des anges qui ont été créés, comme les bons, dans la vérité, mais qui n'y ayant pas demeuré fermes , sont tombés parleur orgueil et précipités dans l'enfer (Jean VIII, M : et quoique Dieu, par un secret jugement, permette qu'avant le jugement dernier , ils n'y soient pas entièrement attachés , et qu'ils en sortent pour tenter les hommes, ils portent néanmoins leur enfer partout.

Les démons, quoique toujours disposés à nuire aux hommes , n'en ont néanmoins aucun pouvoir , à moins que Dieri ne le leur donne, et alors c'est, ou pour punir les hommes, ou pour les éprouver, ou pour les couronner. Les méchants sont proprement les esclaves du diable : il les tient assujettis à sa volonté; ils sont dans les pièges du diable, qui les tient captifs pour en faire ce qui lui plaît (II Tim. II, 26 J. Dieu règle néanmoins le pouvoir du démon, et ne lui permet pas d'en user toujours à sa volonté : mais il y 1 cette différence entre les méchants et les bons . qu'à l'égard des méchants , il Luit que Dieu borne le pouvoir que le diable a de luimême sur eux , pour l'empêcher de les porter à toute sorte d'excès; au lieu qu'à regard des bons , il faut, afin que le diable puisse les tourmenter, que Dieu même lui en donne la puissance qu'il n'aurait pas sans cel i.

Tout le monde est rempli de démons 1 Pierre V , 8 ) qui cornue des lions in\ isibles rodent à l'entour de nous et ne cherchent qu à nous dévorer. Les hommes sont si >ain; dans leur aveuglement, qu'ils se font un honneur de ne pas les craindre, et presque de ne pas les croire. C'est une faiblesse d'esprit

L'ESPRIT DE NICOLE SUR LES VERITES DE LA RELIGION

selon plusieurs, d'attribuer aux démons quelque effet , comme s'ils étaient dans le monde pour n'y rien faire, et qu'il y eût quelque apparence , que Dieu les ayant autrefois laissés agir, il lesaitmaintenant réduits aune entière impuissance. Mais cette incrédulité est beaucoup plus supportable, quand il ne s'agit que des effets extérieurs. Le plus grand mal est qu'il y a peu de personnes qui croient sérieusement que le diable les tente , leur dresse des pièges et rôde à l'entour d'eux pour les perdre, quoique ce soit ce qu'il y a de plus certain. Si on le croyait, on agirait autrement ; on ne laisserait pas au démon toutes les portes de son âme ouvertes par la négligence et les distractions d'une vie relâchée, et l'on prendrait les voies nécessaires pour lui résister.

11 est bien rare de trouver des gens frappés de la crainte des dénions, et qui aient quelque soin de se garantir des pièges qu'ils leur tendent. C'est la chose du monde à quoi l'on pense le moins. Toute cette république invisible d'esprits mêlés parmi nous, qui nous voient et que nous ne voyons point , et qui sont toujours occupés à nous tenter, en excitant ou en enflammant nos passions, ne fait pas plus d'impression sur l'esprit de la plupart des chrétiens, que si c'était un conte et une chimère. Notre âme plongée dans les sens , n'est touchée que par les choses sensibles. Ainsi elle ne craint point ce qu'elle ne voit point. Mais ces ennemis n'en sont pas moins à craindre, pour n'être pas craints. Ils le sont au contraire beaucoup plus, parce que cette fausse sécurité fait leur force et favorise leurs desseins. C'est déjà avoir fait de grands progrès , que d'avoir mis les hommes dans celte disposition. Comme ce sont des esprits de ténèbres, leur propre effet est de remplir l'âme de ténèbres cl de s'y cacher.

Hors un petit nombre d'âmes qui vivent de l'esprit de Jésus-Christ , les démons possèdent toutes les autres. Ils y régnent absolument, et ils réunissent tous leurs efforts conlrc ce petit nombre d'hommes qui sont encore vivants parmi ces cadavres qui les environnent, et dont ils se servent pour les séduire.

Le démon ne parle pas par lui-même , mais il parle par tous les hommes qu'il possède et à qui il inspire les sentiments qu'il voudrait faire passer dans notre cœur. Ces gens tracent dans notre esprit l'image de leurs penfées et de leurs mouvements ; et si nous ne sommes pas bien sur nos gardes, il est facile de se laisser aller à suivre ses sentiments par le consentement du co'ur. Il nous parle par tous les objets du monde , qui ne frappent pas seulement nos sens, mais qui sont présentés à notre esprit sous une fausse image de grands biens et d'objets capables de nous rendre heureux. Il nous parle par nos propres sentiments et par ces mouvements qu'il excite dans notre âme , qui la portent à vouloir jouir de ces biens sensibles et à y chercher son bonheur- Ainsi nous sommes

dans une épreuve continuelle de ces impressions des démons sur nous.

Le démon ne pouvant parler immédiatement au cœur, et ne devant pas se manifester à nous, emprunte le langage des créatures et celui de notre chair et de nos passions, et nous fait entendre par-là tout ce qu'il désire. Il nous dit, par les discours d'un vindicatif, qu'il est bon de se venger ; par ceux d'un ambitieux, qu'il est bonde s'élever; par ceux d'un avare, qu'il est bon de s'enrichir ; par ceux d'un voluptueux, qu'il est bon de jouir du monde. Il les fait parler, en agissant sur leur imagination et en y excitant les idées qu'ils expriment par leurs paroles, et il joint en même temps à cette instruction extérieure le langage de nos désirs qu'il excite. Celui des exemples des personnes déréglées lui sert encore plus que celui de leurs paroles. Et enfin la seule vue muette des objets du monde qu'il nous présente, lui sert encore d'un langage pour nous dire que le monde est aimable, et qu'il est digne d'être recherché.

La malice et l'artifice du démon a bien plus pour but en cette vie de rendre les hommes criminels , que de les accabler de misères et de maux. Il espère bien se dédommager en l'autre vie de tous les ménagements dont il use en celle-ci. Mais, comme il sait qu'il n'a de force et d'empire sur eux qu'à proportion qu'ils sont coupables , il tâche de les rendre plus coupables, afin de pouvoir les dominer et tourmenter plus cruellement et plus à son aise. Il prend donc pour l'ordinaire dans celte vie le parti d'exciter et de seconder les passions. Il lâche de procurer aux siens des richesses et des plaisirs, et de les faire réussir dans leurs iujustes desseins. Il s'applique particulièrement à empêcher qu'ils ne lui échappent et à éloigner d'eux tout ce qui pourrait les réveiller de leur assoupissement. Il emploie toute sorte d'adresses et d'artifices pour les retenir dans ses liens. Il les environne de gens qui les louent et qui les autorisent dans leurs dérèglements , qui leur en ôtent le scrupule, en leur proposant une infinité de mauvais exemples qui les y confirment. 11 les amuse et les entretient d'espérances trompeuses. Il les accable d'emplois, d'occupations, de desseins, de divertissements «jui les empêchent de penser à eux. Et comme, selon les diverses personnes cl dans les diverses circonstances, il a besoin de divers moyens, il se sert aussi quelquefois des calamités et des maux de la vie pour les accabler de tristesse, les réduire au désespoir, et les empêcher par la multitude de leurs maux, d'avoir le temps de penser à se convenir. Enfin tout lui est bon pour se conserver l'empire de ceux qu'il tient en sa possession, se réservant en l'autre vie de leur faire sentir la dureté de son joug.

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