‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 268 sur 305 · DE LA MOUT · texte numérisé non relu

DE LA MOUT

Chacun est persuadé iiuMI mourra on eu

I \ \ M. l'Uni I mi

reçoit de toutes parts d*s avertissements continuels; et la religion chrétienne nous apprend de plus que celte mort si inévitable

doit novs mettre pour jamais dans un étal de bonheur ou de misère, cl que CCI deUS « - 1 . • 7- -

Dites si différentes, l'une si désirable, l'autre

si horrible, dépendent de la disposition du COBUr où nous trouvera ce dernier moment ; qu'il sedonnera à cet instant même un arrêt irrévocable qui décidera de notre sort pour

jamais, et que ce qui nous rendra cet arrêt ou favorable ou contraire, est l'usage que nous faisons du petit espace de notre vie qui ne nous est donné que pour nous \ préparer. Les hommes savent qu'il peut leur servir beaucoup d'avoir l'esprit plein de pensées et de se représenter souvent ce dernier moment qui finira leur vie et commencera leur éternité. Tout ce qui les environne les en avertit ; cl cependant la vérité est qu il y en a très-peu qui y pensent sérieusement La plupart des hommes mettent au contraire tout leur soin et toute leur élude à bannir ces objets de leur esprit, à ne voir la mort que le moins qu'ils peuvent, à éloignerd'eux tout ce qui la représente un peu vivement ; et ils réussissent si bien, qu'ils arrivent presque tous à la mort sans y avoir jamais bien pensé.

On se llatle que l'on vivra longtemps, pendant qu'il est certain que la vie est forl courte. Si l'on fait réflexion sur les années qui sont déjà passées, on verra avec quelle rapidité elles se sont écoulées. Si l'on regarde autrement celles qui sont à venir, c'est une illusion de notre imagination : elles paflE ront avec la même vitesse ; le torrent du monde les emportera, et en moins de rien nous serons tout étonnés de nous voir arrivés au terme.

Dieu n'a pas voulu seulement que le temps qu'il donne aux hommes pour se préparer à la mort fût court, mais il a voulu même qu'il fût incertain, et que la mort pouvant les surprendre à tous moments ils eussent toujours sujet de la craindre. Son dessein, par là, a été de nous la rendre toujours présente et de nous exciter ainsi à une vigilance continuelle. Si nous joignons à la considération de la faiblesse de notre corps et de cefie infinilé d'accidents et de maladies auxquels il est sujet, la vue de la providence de Dieu, qui dispose souverainement de notre vie et de notre mort, el dont les arrêts nous sont inconnus, nous verrons encore plus clairement combien il y a d'illusion à s'assurer de la dune de la vie et à remettre à penser à la morl en un autre temps que celui que Dieu nous donne présentement : car ce ne sont point proprement les maladies qui nous font mourir, c'est le décret de la volonté de Dieu. Nous sommes morts devant lui dès le moment que nous sommes nés, parce qu'il nous fait naître en un moment précis pour nous l'aire mourir précisément dans un autre. Tous les hommes son! condamnés à la mort par la justice de Dieu, et leur mort est assignée à certaines heures el à certains moments. Cel arrêl s'exsV cute chaque jour sur un Ires-grand nombre

L'ESPRIT DE NICOLE SUR LES VÉRITÉS DE LA RELIGION

mi

de personnes dans toute l'étendue du monde. Qui peutdoncs'assurer d'aucun jour que ce ne sera son dernier? Ainsi la confiance que l'on peut avoir de n'être pas de ce nombre est téméraire et sans fondement.

La plupart des gens remettent à penser à la mort jusqu'à ce qu'une maladie violente leur Ole le moyen de différer davantage. Mais combien y en a-l-il de subites, auxquelles on ne saurait se préparer par la réception des sacrements ? Combien y en a-l-il qui accablent tellement l'esprit par la violence de la maladie, qu'on n'est plus capable de penser sérieusement à rien, ni de pratiquer les actions de religion que d'une manière animale? D'ailleurs, ,quoique l'on eût en cet état toute la liberté d'esprit que l'on pourrait désirer, s'imagine-t-on qu'on doive avoir une grande confiance dans ces témoignages de conversion qui ne précèdent la mort que de peu de temps? D'ailleurs les douleurs de la mort, les objets de terreur, la conscience qui reproche les crimes font voir qu'il n'y a qu'abîmes et que précipices pour ceux qui diffèrent à penser à la mort jusqu'à ce qu'ils en soient si proches.

La comparaison de l'éternité avec le temps que l'âme fait au moment de sa séparation d'avec son corps anéantit à ses yeux la réalité du monde présent avec lous ses biens et tous ses maux, et elle n'y laisse plus subsister, comme réel et solide, que les biens ou les maux immuables et éternels. Ce ne seront pas seulement les justes et les élus qui jugeront ainsi de l'éternité et du temps ; ce seront aussi les méchants et les réprouves. Us auront en quelque sorte une même lumière dans l'esprit ; mais il n'y aura rien de plus différent que la disposition du cœur.

Ceux qui seront parfaitement justes, ne se soucieront point du tout de voir disparaître à leurs yeux les biens temporels, parce qu'ils ne les aimeront point; et ils seront comblés de joie de la grandeur ineffable des biens dont ils jouiront sans retardement. Ceux qui auront encore quelque reste d'attache pour le monde souffriront de très-grandes peines par la privation de ces biens, par le retardement de leur béatitude et par les autres moyens dont il plaira à Dieu de se servir pour les purifier. Mais parmi toutes ces peines, l'amour qu'ils auront pour Dieu les maintiendra dans une parfaite paix; en sorte que, comme ils souffriraient volontiers tous les maux de cette vie pour avancer d'un moment leur félicité, ils ne voudraient pas, pour la félicité même, sortir, contre l'ordre de la juslice de Dieu, de l'état où elle les aura mis.

Ce seront là les sentiments des élus à l'égard du temps et de l'éternité; mais ces deux objets en exciteront bien d'autres dans les réprouvés. Ils connaîtront à la vérité le néant <lc toutes les choses temporelles qu'ils ont aimées; mais ils ne cesseront pas pour cela de les aimer; ce qui produira en eux une faim terrible qui ne sera jamais satisfaite. Ils connaîtront la grandeur et la solidité des biens du ciel, et ils m- \ erront dans l'impuissance de les aimer. Ils verront en ce moment

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terrible qu'il n'y a plus de remède aux maux effroyables qu'ils se serontattirésparle mauvais usage du temps. Quel repentir pour eux I quel déchirement de cœur! Quel abîme do désespoir 1

Au moment que l'âme est séparée du corps, elle commence à connaître Dieu d'une manière tout autre qu'elle ne le connaissait en cette vie. C'est une chose étrange combien la connaissance que nous en avons présentement est faible et obscure. Dieu fait tout ('ans le monde : il est partout ; les créatures n'ont d'être, de vie, de mouvement que par lui. Il les conduit et les gouverne selon ses desseins. Elles ne sauraient s'écarter tant soit peu de l'ordre de sa providence • cependant on ne voit rien de tout cela. Dieu se cael ; toujours dans ce monde sous le voile de quelques créatures qu'il présente à nos sens, et ne nous donne aucun signe évident de sa présence. Ainsi étant occupés des créatures, nous n'avons jamais que de faibles idées do la puissance invisible qui les remue. Mais il n'en est pas de même dans l'autre vie. Dès le moment que l'âme sera délivrée de la prison de son corps, elle commencera à sentir la dépendance intime et essentielle qu'elle a de Dieu, et pour être, et pour agir, et pour être heureuse ou malheureuse. Elle connaîtra la puissance de Dieu et sa propre faiblesse. Elle verra qu'elle ne peut se soustraire à son pouvoir, et qu'il faut qu'elle demeure éternellement dans l'état où sa justice la réduira. Ce sentiment sera la joie éternelle des élus et le désespoir éternel des réprouvés ; et cet état nous apprend ce que nous devons faire dans le temps. Car, puisque nous ne saurions être heureux que par la vue et par l'amour de Dieu, puisque c'est la fin à laquelle nous devons tendre, et que ce sera notre unique emploi et notre unique occupation dans toute l'éternité, que devons-nous faire autre chose dans cette vie, qui n'est qu'une préparation à l'éternelle, que de nous exercer à connaître et à aimer Dieu?

Il est bon encore d'entrer, autant qu'il est possible, dans les vues et les sentiments que l'on aura au moment que l'âme quittera le corps : car il est certain qu'étant jugée de Dieu en ce moment-là, Dieu lui mettra devant les yeux toutes les actions de sa \i;>; qu'elle connaîtra ce qu'il en juge, et qu'elle formera ainsi des jugements de tout ce qui a passé par son esprit pendant qu'elle était dans le corps, c'est-à-dire qu'elle jugera de tous ses jugements, de toutes ses pensées et de toutes ses actions, et qu'elle condamna tout ce qu'il y aura de faux et d'injuste. Oo ne sont pas seulement les âmes des élus <;t.i reconnaîtront clairement alors louics leurs erreurs, ce seront aussi celles des réproui i Ils seront forcés d'avouer que leurs sentiments et leurs actions étaient pleines «!;' folie. Non seulement les jugements que les âm s portent de leurs actions dans ce momeul-là sont véritables, mais ils sont de plus éternels; et ce qu'elles en jugent alors, elles le jugeront à jamais, parce qu'il n'y aura plus en elles de variété île pensées. Il est donc I .u

[Trente-cinq.)

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Dl IONSTBATIOM LVANGI LIQU1

de prévenir ce jugement, et de taire ce nue nous voudrions avoir fait lorsqu'il s'agira d'être jugés i<ar Jésus-Christ.

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