‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 278 sur 305 · HOG · texte numérisé non relu

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nous consultent , parce que c'est une espèce •le considération qu'ils ont pour nous , que l'on ne hait pas, tant la conscience e»1 faible cl a peu d'action et de force dans la plupart des chrétiens 1

Communément on est submergé dans le monde, sans qu'on le sache; cl cela arrive particulièrement par certaines opinions qui y régnent, et qui étant autorisées par la coutume et par l'exemple même des gens qui passent pour gens de bien, ne se l'ont plus discerner. On s'y engage sans scrupule : on y demeure sans remords, et l'on se croit fort en sûreté se voyant en si grande compagnie. On ne saurait mettre dans l'esprit de la plupart des gens du monde, que ce qui s'y pratique communément puisse être mauvais, et que l'on se damne avec cela. On agit donc et l'on hasarde son salut sur ces opinions qui n'en sont pas moins téméraires pour être communes, parce qu'il y aurait cent raisons et cent exemples qui pourraient en détourner ceux qui les suivent, s'ils n'étaient aveuglés par l'impression de la coutume et de l'exemple du monde. Quelque certaines que soient ces raisons, l'impression publique l'emportera toujours ; et ainsi cette impression forme une de ces tempêtes invisibles auxquelles on ne songe point à résister, et qui attaquent particulièrement ceux qui entrent par leur fantaisie et par des vues humaines dans des engagements qui font le capital de leur vie. Car l'amour du monde qui les y a portés les prépare à recevoir ces impressions, et ces maximes ; et quand ils s'aperçoivent de leur fausseté, il leur Ole la force d'y résister, et par la pente qu'il y donne, et parce qu'il éloigne le secours de Dieu qui peut seul soutenir l'âme dans cette tempête. Car, comme Dieu n'a point de part à ces opinions et à ces engagements d'intérêt et de passion, il laisse d'ordinaire emporter ces personnes au torrent dans lequel elles se sont mises. C'est même le grand nombre de ces personnes mal engagées qui composent ce torrent, en se poussant ies unes les autres vers ces précipices qu'elles ne connaissent point, où elles font de ces naufrages cachés, d'autant plus dangereux qu'ils subsistent avec la réputation de gens d'honneur et de probité, que beaucoup d'entre elles font gloire de conserver.

A l'égard des principes généraux des mœurs, il y a dans tous les hommes une lumière intérieure qui les fait discerner; et les simples, qui ont le cœur pur, n'ont pas moins cette lumière que les grands esprits. Ils ne sont donc en danger d'être trompes par les hommes qu'à l'égard de certaines conclusions de ces principes qui sont plus obscures. Or dans ces sortes de choses il y a presque toujours un parti qui est clair : car, s'il est incertain si une chose est permise, il est d'ordinaire certain qu'il est permis de s'en abstenir; et il y a une' règle de prudence qui peut nous préserver d'égarement dans ces rencontres, qui est de prendre toujours le parti le plus sûr, principalement quand on n'a de la lumière que d'un coté, et que Ion voit bien qu'il est permis d'agir d'une certaine

manière, mais que l'on ne sait pas s'il est permis de faire le contraire.

9. Idée dea pécheurs. <>n peot faire le portrait de- pec heurs sur ce qui vient d être dit des vices <t dis passions. Qu'est-ce donc qu'un pécheur et un homme sans Dieu Mil yeui de la foi, c'est-à-dire dans i,i réritél C'est un aveugle, puisqu'il ne participe point a la véritable lumière, et qu'il ne connaît, ni Dieu, ni soi-même, ni ses amis, m |gg ennemis, ni ses biens, ni ses maux. Quelque intelligence qu'il puiss,. avoir dans |,s choses du monde, il est dans les ténèbres et il marche dans les ténèbres, puisqu'il tombe a tout moment, et qu'il ne sait où il met ses pas. C'est un sourd, c'est-à-dire qu'il n'entend point la voix de Dieu, et que cette divine parole ne pénètre point son cœur, quoiqu elle puisse retentir aux oreilles de son corps. < est un paralytique, parce que son cœur n'a plus de mouvement, qu'il ne s'élè?e plus vers Dieu, qu'il est toujours abattu à terre, et dans l'impuissance entière de se relever. C'est un homme réduit à l'extrémité de la pauvreté, puisqu'il est dépouillé de toutes les vraies richesses qui sont les spirituelles, qu'il a perdu ce que Dieu lui avaitdonnédansson baptême, et qu'il n'a plus droit à son héritage qui est le ciel.

Il est non seulement pauvre des biens de la grâce, mais aussi des biens du monde : car, quoiqu'il paraisse encore possesseur de grandes richesses aux yeux des hommes que les hommes mêmes n'aient pas droit de les lui ôler, néanmoins il les possède injustement à l'égard de Dieu; il ne mérite plus d'en jouir, s'étant rendu indigue de l'us de toutes les créatures.

C'est un esclave, non seulement de ses passions qui le dominent, mais du diable qui le possède, qui habite en lui, qui le remue. l'agite, le secoue, le fait agir à sa fantaisie, le trompe sans cesse, et en fait son jouet et le sujet de sa risée, selon l'expression de l'Ecriture. Mais c'est aussi un esclave des élus de Dieu et des justes, c'est-à-dire que tout son office en ce monde, pendant qu'il demeure en cet état, est de travailler pour autrui et non pour soi. et de contribuer à quelque avantage des élus, sans en retirer aucun bien pour soi-même. C'est la manière dont les anges et les saints regardent la plupart des grands et des riches. Ces personnes s'imaginent que tout le inonde est fait pour eux; et cependant, à l'égard de Dieu, ils ne sont eux-mêmes laits que pour les autres : et Dieu i;e les laisse vivre que pour le service des élus qui sont leurs maîtres et leurs rois devant Dieu, et qui les chasseront de leur maison, lorsque le temps auquel ils n'auront plus besoin deux sera venu, parce que l'esclave, comme dit l'Ecriture, ne demeurera pas toujours dans la maison de son maitre (Jean, Vlll. 35).

Un pécheur est un homme réduit à uno honteuse nudité, parce qu'il a perdu la robe de l'innocence cl de la justice. Quelque magnificence humaine dont il lâche découvrir son ignominie, ce ne sont que des haillons

L'ESPRIT DE NICOLE SUR LES VÉKITËS DE LA RELIGION

du diable qui ne sont pas seulement honteux, mais qui' sont encore trompeurs, parce que le diable ne les lui prête, qu'afin qu'en s'y arrêtant et en faisant l'objet d'une vanité ridicule, il perde le sentiment de sa misère, et qu'il ne s'efforce pas de recouvrer ce qu'il a perdu ; et il les lui ravira même au moment de sa. mort, pour lui faire sentir éternellement la nudité où il l'a réduit.

Enfin un pécheur est un homme mort et mille fois plus mort que les morts, parce qu'il est mort dans l'âme, au lieu que les autres ne sont morts que dans le corps. Je dis qu'il est mort dans l'âme, et il n'y a point ici de métaphore. L'âme ne vit que par l'amour et la connaissance ; et ainsi l'amour et la connaissance de ce qui est le vrai bien de l'homme, c'est-à-dire de Dieu, est la vraie vie de l'âme ; et quand elle a perdu cet amour et cette connaissance, elle a perdu sa vie, quoiqu'il lui reste encore une autre vie basse et misérable par l'amour qu'elle porte aux créaturcs et par la connaissance qu'elle en a. Une âme dans le péché est un tombeau qui se remue , parce que l'âme étant morte , le corps qui l'enferme en est en quelque sorte le tombeau ; et la comparaison en est d'autant plus juste, que comme les tombeaux ayant quelques ornements au dehors, ne sont remplis au dedans que d'ordures et d'infection ; de même ces personnes qui paraissent agréables au-dchors, et qui flattent les sens par leurs qualités extérieures, cachent au dedans une corruption si horrible, que l'on ne pourrait la souffrir, si on la voyait.

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