‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 279 sur 305 · DES VERTUS CHRÉTIENNES · texte numérisé non relu

DES VERTUS CHRÉTIENNES

§ 1. De la vertu considérée en cllc-mcmc. — La vertu chrétienne consistant à pratiquer ses devoirs, à surmonter les tentations qui nous en détournent et à faire l'un et l'autre par la vue de Dieu et par l'amour de la justice, il est clair que ce qui nous met devant les yeux cette justice, ce qui nous découvre ces tentations, ce qui nous fait veiller sur les mouvements de notre cœur, qui sont la source et de nos bonnes actions et de nos chutes, ce qui nous montre enfin d'où nous pouvons obtenir le secours pour nous soutenir dans l'exercice de toutes les vertus chrétiennes, nous engage comme nécessairement à les pratiquer.

11 faut remarquer que toutes les vertus ne sont bonnes et utiles qu'autant qu'elles ont la charité pour principe : elle est la source qui les produit cl l'âme qui les anime. Ainsi nous ne devons pas nous laisser éblouir par l'éclat de certaines œuvres extérieures qu'on peut pratiquer sans charité; il faut voir de quel principe elles naissent et si elles sont attachées à ce lien commun. Sans cela ces œuvres sont mortes et sans vie, puisqu'elles seraient sans leur âme qui est la charité. Telles étaient les vertus des pharisiens; et leur erreur était de faire consister toute la vertu dans la pratique extérieure des prése mettre aucunement en peine

|>i mon -i I \ ING III.

de tout ce qui se passait dans le cœur ; cl de là naissait nécessairement en eux une con- ' fiance vaine et une présomption en leur propre justice.

Les vertus chrétiennes en elles-mêmes sont un si grand bien, que nous devrions les pratiquer pour elles-mêmes, quand même Dieu ne nous en donnerait aucune récompense, ou plutôt elles tiennent lieu d'une très-grande récompense à tous ceux qui en ont l'idée qu'ils doivent en avoir. Quelle comparaison y a-t-il d'un homme tempérant et juste, qui conserve son corps et son âme dans une parfaite pureté, que la charité fait entrer dans tous les besoins du prochain, qui pratique, exactement tous ses devoirs? Quelle comparaison, dis-je, y a-l-il d'un tel homme avec une âme cruelle, brutale, plongée dans l'impureté, qui n'a ni respect pour Dieu, ni fidélité pour les hommes, et qui s'aime dune manières] déréglée, qu'elle se couvre sans cesse, de honte et d'infamie en se plongeant dans toutes sortes de désordres? 11 y a donc dans la vertu, dès cette vie même, une récompense de la vertu ; et il y a dans le vice, même dès cette vie, une punition du vice. L'homme vertueux y reçoit son centuple, c'est-à-dire qu'il est cent fois plus heureux en vivant dans l'ordre et dans la justice, qu'il n'aurait pu l'être en vivant dans le désordre et dans l'injustice. La pratique de la vertu est toujours accompagnée d'une paix, d'une consolation intérieure et d'une douce espérance des biens futurs, qui soutient et qui soulage.

11 y a des vertus qui brillent et qui éclatent, et il y en a qui sont cachées, mais qui sont très-réelles. 11 se trouve dans certaines âmes une plénitude de volonté qui renferme l'essence de toutes les vertus. Elles sont pénitentes, charitables, patientes, pauvres, sans avoir eu d'occasions extérieures de pratiquer ces vertus, et lors même que par leur état elles sont dans l'impuissance d'en faire fis actions. Il y a des pauvres vraiment riches, et des riches vraiment pauvres. Il y a des martyrs devant Dieu, qui ne le sont point devant les hommes, comme il y a des martyrs devant les hommes, qui ne le sont pas devant Dieu. C'est ce qui fait voir qu'il n'y a que Dieu qui soit le. véritable, juge de la vertu, et que nous ne pouvons en avoir que des conjectures souvent trompeuses et toujours incertaines, ce qui doit nous porter d'une part à nous défier de nos meilleures actions, parce que nous ne savons pas de quelle disposition elles naissent, fausse ou vraie, imparfaite ou parfaite, faible ou forte; et de l'autre, à ne nous préférer jamais à personne, à cause de ces actions, parce que peut-être (eux qui ne les ont jamais faites, en possèdent en perfection les dispositions, ce qui est ce que Dieu regarde le plus.

§ 2. De la foi. — La foi est une conviction] de l'âme par laquelle, en s'appnyant sur laj vérité de Dieu, elle se soumet avec respect etr' avec amour à tout ce que Dieu nous a révélé de Lui-même, de ses mystères, de ses œuvres' etde ses volontés. Il y a trois sortes de Foi surnaturelles : la foi qui nall d'une lumière

I rnitr sept.)

DÉMONSTRATION l \ ; m. l'Uni l ..

aai mu amour; la foi informe, savoir: celle . n'est jointe qu'à une charité commencée; et la foi formée, savoit qui esl jointe à ane charité justifiante.

La fol chrétienne est appuyée ur la rérilé

i nous a élé révélée par la parole de 1). ( i qui esl contenue dans l'Ecriture sainte, dans la tradition. Jésus-Christ a établi l'Eglise pour décider des vérités de la foi, et il suffit qu'une chose nous soit proposée par l'Bglise comme de foi pour la croire; et c'est surcela qu'est appuyée la fol de tous les 'impies, à qui leur ignorance ou la faiblesse de leur i prit ne permet pas d'examiner les Ecriture c'est aussi sur le même fondement que les plus savants elles plus éclairés doivent établir leur foi ; car encore bien qu'ils voient et qu'ils lisent les vérités de la foi dans l'Ecriture, ils sont néanmoins plus assurés de ne pas tromper, lorsqu'ils sont appuyés par le témoignage et l'autorité de l'Eglise, que lorsqu'ils se fondent sur leurs propres lumières. La foi comprend les dogmes touchant les m v ■•- 1ères; elle comprend aussi les règles des mœurs, et on esl obligé de les savoir ou en détail, ou dans les principes d'où elles sont tirées, parce qu'on est obligé de les sui\re dans ses actions, ce qu'on ne saurait faire si on ne les connaît ; car la foi ne nous est pas donnée pour nous apprendre simplement la vérité des mystères, mais pournous conduire selon cette vérité. EilenOUS est donnée pour nous découvrir les objets que nous devons aimer, afin que nous les aimions, et ceux que nous devons haïr, afin que nous les haïssions.

C'est ce qui fait voir la nécessité du don de la foi, dont ie premier effet est de donner à l'âme l'amour de la vérité et de la lui faire rechercher sincèrement ; car on ne la recherche que parce qu'on l'aime, et on ne la cherche point quand on ne l'aime point. Comme la foi ne regarde que les biens invisibles, la victoire delà foi consiste dans la préférence des biens invisibles que nous ne pouvons montrer aux biens grossiers et sensibles que l'on montre ; c'est en quoi Dieu a établi le salut. Il n'y a nulle proportion entre les uns et les autres, selon la raison même : car quelle proportion y a-t-il des biens éternels avec des biens passagers, des biens immenses et infinis avec des biens si frivoles, qu'il vaut mieux s'en passer que d'en jouir? Cependant celte différence que les uns sont présents et visibles, et les autres absents et invisibles, fait une telle impression sur l'esprit, que sans une force surnaturelle, que la foi donne et que l'on n'a point sans elle, on ne préfère jamais ce qui est invisible a ce qui est visible, Ce qui est absent à ce qui est présent.

La foi étant un grand don de Dieu, on est obligé de travailler à l'augmenter. La connaissance distincte des mystères de la foi contribue beaucoup à entretenir l'âme dans la Fieté,.à suivre l'esprit de l'Eglise le long de année, à tirer du fruit de ses cérémonies > 1 de ses prières, à se nourrir des mystères et des vérités de l'Cv angile. Or chacun esl obligé de travailler â s'avancer dans la pieté

profiler des moyens que l'Eglise emploie pour

ai tifii attofl d :>!-. De plus. ( om-

mc les vérités qui regardent les mœurs Font partie de l'étendue de la foi, il < si clair qm chacun, étant obligé de les suivre dans U conduite de sa \ ie, est obligé par i onséquenl

u instruire le plu- exai lement qu'il lui esl possible C'est donc un grand péché de

■r perdre sa foi et même de I affaiblir. Or, en négligeant de travailler .1 1 ment de la foi, il arrive nécessairement qu'elle s'affaiblit et s'éteint peu à peu; car lorsque les vérités de l'Evangili ment et qu'elles sont peu pi les l'ai: Limes du monde s en emp

facilement, et alors on se remplit 1 e d'erreurs et d'impressions contraires à !a foi et à ce que Dieu nous a révélé dans l'Evai Par exemple, un homme qui ne songe p - à s'imprimer fortement dans l'esprit combien ceux qui sont pauvres d'esprit sonthei se remplit facilement des idées que Ton a dans le monde du bonheur des riche, et du malheur des pauvres. Or i traîres a l'Evangile, et par conséqu at à la foi, et ces fausses maximes disposent le cœur à aimer les richesses, à les rechercher et à éviter la pauvreté aux dépens même de la conscience.

§ 3. De la vie de lu fui. — Comme il est important de vivre de la foi, puisque le juste v il de la foi, il faut donc savoir ce que c'est que la vie de la foi. Pour bien comprendre ce que c'est que la vie de la foi, il faut cou. que la vie de l'âme consiste dans ses actions qui sont celles de l'entendement, delà volonté et delà mémoire, c'est-à-dire que l'âme vil en concevant par l'entendement, en aimant par la volonté et en se ressouvenant par la mémoire. Ainsi vivre de la foi, c'est jug. Ion la foi, aimer et désirer, craindre et haïr selon la foi et occuper sa mémoire des choses de la foi. Car Dieu ne nous a pas donné la foi comme une connaissance stérile, mais comme une lumière qui doit conduire notre entendement, régler notre volonté et notre mémoire, et cela dans toutes leurs actions. Or pour vivre de la foi, il ne doit y avoir d'action de l'entendement ou de la volonté, qui ne soit réglée et dirigée parla foi. On peut bien. à la vérité, occuper eon esprit a des choses qui ne soient pas proprement des objets de foi; mais il faut que ces actions soient toujours réglées par une lumière de foi, qui nous dicte qu'il est bon d'occuper notre esprit à CCS choses-là, et il en est de même des actions de la volonté et de la mémoire.

11 n'y a pas jusqu'aux actions les plus communes qui ne doivent cire réglées par la loi. Bn considérant la lin et la régie de ces actions, et en ne s'v portant que par celle vue, on est dans l'ordre : « ar toutes ces Actions ont leur règle et leur lin ; et c'est la foi qui nous découvre celle tin et celle renie. 0| doit se lever, par exemple, pour obéir à Dieu qui ne nous accorde le sommeil que pour la

-sile du corps . et qui nous commande lorsque celte nécessité est satisfaite, de nous occuper aux œui res qu'il nous prescrit selon

Page 1