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L'ESPRIT DE NICOLE SLR LES VÉRITÉS DE LA RELIGION
notre état. On doit manger pour obéir à Dieu qui nous commande d'entretenir notre vie; et on doit, en mangeant, observer la règle de la tempérance qui nous oblige à ne point rechercher le plaisir pour le plaisir et a n'avoir en vue, en mangeant, que de satisfaire à la simple nécessité. On doit se divertir avec le prochain, ou pour pratiquer une justice envers soi-même, en n'accablant pas son esprit , ou pour pratiquer la charité envers le prochain. On doit en agir de même dans les autres actions de la vie. Il n'est pas besoin que tout cela se fasse par des réflexions expresses ; il suffit que Dieu voie cette disposition dans le cœur, et que nos actions aient effectivement ce principe au moins virtuellement, c'est-à-dire qu'on a cette impression qui , étant née de l'amour actuel, continue lors même que l'âme est appliquée à d'autres objets. Mais il est bon de remarquer qu'on s'écarte facilement de la direction de la foi, lorsqu'on ne fait pas souvent une attention actuelle et expresse aux vérités qu'elle nous propose.
Le juste, c'est-à-dire le chrétien vit par la foi de Jésus-Christ, parce qu'il croit en lui et que c'est ce qui le fait chrétien. Or la foi de Jésus-Christ est le principe de la vie, en trois manières. Premièrement, elle en est la cause méritoire : car c'est par les prières de la foi qu'on obtient la vie. Quiconque n'a doue pas la foi, ne l'obtient point et ne saurait l'avoir, ne l'ayant pas obtenue : car Dieu a résolu de toute éternité de ne rien accorder aux hommes qu'en son Fils et par la foi et par l'amour de son Fils. Les élus sont élus en lui et non en eux-mêmes. Jésus-Christ est cette race d'Abraham dans laquelle toutes les nations seront bénies. Sans la foi en Jésus-Christ on ne saurait avoir part à cette bénédiction, et par conséquent on ne saurait obtenir la principale qui est la vie de la grâce. Secondement, le juste vit par la foi, parce que cette foi est sa vie même : car par celte foi il ne faut pas entendre une loi sans charité, mais une loi jointe à la charité et qui opère par la charité. Or la foi jointe à la charité est proprement la vie de l'âme. Son amour est sa vie. Elle ne vit de Dieu qu'en le connaissant et en l'aimant, cl elle ne le connaît d'une connaissance jointe à l'amour, que par la foi en Jésus-Christ et par la charité. Fnfin le juste ou le chrétien vit par la foi, parce que la foi est la lumière qui le conduit dans les œuvres de justice, et qui lui fait connaître cette justice. La connaissance que donne la foi chrétienne, qui nous l'ait considérer les bonnes œuvres comme conformes à la justice éternelle, et qui nous porte a les pratiquer par l'amour de. celle justice, opère dans l'âme la vie véritable, parce que l'amour de la justice est la vraie \ie de lame et une source dévie pour le temps cl pour l'éternité.
Mais qu'il est paré de Irouvcr des chrétiens qui vivent ainsi de la foi ! La pente que l'homme ;i auv choses sensibles , tait qu'il
cherche «le la sensibilité partout et dans la dévotion même. On voudrait en quoique
sorte jouir de sa récompense dès ce monde , et goûter les choses de Dieu d'une manière qui laissât quelque satisfaction dans les sens. Ainsi on se décourage souvent, quand on est réduit à la seule vie de la foi. C'est ce qui rend la dévotion si inconstante et si dépendante de l'humeur qui nous domine. Aujourd'hui l'on est plein de courage , demain l'on est dans l'abattement. On croit pouvoir tout entreprendre en certains temps ; en d'autres on s'éloigne de tout par pusillanimité, l'âme prenant toutes ces différentes formes selon les différentes impressions dont l'imagination est frappée. L'unique remède de ces inégalités , est de se conduire par la foi et non par ses sentiments et par ses humeurs; de marcher avec courage vers ce qu'elle nous propose, sans faire réllexion si l'on est consolé ou non consolé, si ion est dans les ténèbres ou dans la lumière, si l'on est dans la tristesse ou dans la joie ; c'est proprement là ce qu'on peut appeler une dévotion de foi, parce que la foi est l'unique lumière à laquelle elle s'attache , et qu'elle est fondée uniquement sur une résolution forte d'aller à Dieu jusqu'à la fin de sa vie , sans lui demander aucune récompense ni aucune assurance pour celte vie.
Mais, comme il se glisse de l'illusion partout , il faut prendre garde qu'on pourrait aussi fort abuser de cette égalité d'esprit et de cette prétendue vie de foi , si on la portait jusqu'à ne se mettre nullement en peine de ses fautes et de la privation de ferveur, lors même, qu'on y donne occasion par une vie molle, relâchée et dissipée; et si, sous prétexte qu'il ne faut pas chercher d'assurance dans cette vie, on négligeait de faire attention aux doutes raisonnables que l'on, a sujet de former sur son état, et que l'on ne se mît pas en peine d'assurer sa vocation par les bonnes œuvres (II Pierre I, 10); Dieu veut au contraire qu'on cherche toutes les assurances que l'on peut trouver, mais avec deux conditions : l'une , qu'on les cherche sans inquiétude et avec tranquillité; l'autre, que lorsqu'on a fait de bonne foi ce que l'on peut pour assurer son salut, on souffre avec paix l'incertitude qui reste. Mais ce n'est qu'après avoir fait tout ce qui est possible selon la foi , qu'il faut se mettre dans ce repos; car si ce repos empêchait de travailler et étouffait des doutes légitimes, ce serait un repos d'illusion qui ne viendrait pas de la lumière, mais plutôt de l'obscurcissement ou de l'extinction de la foi.
§ 4. De V espérance cl de la confiance chrétiennes. — L'espérance chrétienne est un désir des biens éternels joint avec une confiance de les obtenir par la grâce et par le secours de Dieu. Cette vertu est essentielle à un chrétien , et il nous est expressément commandé d'espérer en Dieu , parce qu'il est notre bien , notre fin , notre béatitude ; et par là il nous oblige de le désirer et de tendre à lui. Il est de plus plein de miséricorde et de bonté, et il est fidèle dans ses promesses; ce qui contient le fondement de l'espérance. chrétienne : car il faut désirer Dieu . parce
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qu'il est noire souverain bien; il faut avoir l.i confiance qu'on l'obtiendra , parce que Dieu est nnè source inépuisable <l<- bonté, et qu'il a promis son secours à ceux <iui le lui demandent. Ainsi, désirer de posséder Dieu et le souverain bien, c'est désirer la parfaite justice, la parfaite Bainteté, la parfaite soumission au\ volontés de Dieu, le parfait oubli de soi-même, le parfait anéantissement, le règne parfait de Dieu sur nous ; ce qui ne peut s'obtenir qu'en le voyant clairement et l'aimant parfaitement. C'est par ce désir que nous sommes citoyens de la céleste Jérusalem, que nous tendons à une autre patrie que celle du monde , que nous ne mettons pas notre fin dans les choses de la terre; ce qui fait voir combien il y a peu de chrétiens qui aient véritablement 1 espérance chrétienne , puisqu'il y en a tant qui ne sont proprement que citoyens de Babylone et du inonde; ce qui se remarque par leurs désirs et par leurs actions.
Nous avons à la vérité bien des sujets de crainte; mais nous n'en a\ons pas inoins d'espérer et d'entrer dans des sentiments de confiance ; car la faiblesse de notre volonté ^tant si extrême, les forces de notre ennemi si démesurées , les tentations si trompeuses c\ si fréquentes, on aurait sujet de désespérer, si notre salut était remis à nos soins, à notre vigilance et à nos efforts; mais étant entre les mains de Dieu, dont la force est invincible et la miséricorde infinie, qui aime ses élus et qui veut les sauver, toutes les marques que nous avons d'être de ce nombre heureux, doivent nous remplir d'espérance que nous surmonterons tous les obstacles de notre salut. Les marques de la bonne volonté de Dieu sur les âmes et les séparations qu'il a faites d'elles de celles qui demeurent dans l'iniquité , donnent lieu de croire que celles à qui il fait ces grâces, sont dans l'élection éternelle. 11 sépare premièrement les fidèles d'avec les infidèles par le don de la foi. 11 sépare ensuite ceux qui ont une foi vive de ceux qui ont une foi morte, parle don de la piété. 11 sépare la charité superficielle de la charité enracinée et ardente , en affermissant la charité par diverses épreuves. Plus il y a de ces séparations, plus il y a de sujets de confiance; moins il y en a, el iuoins celle confiance est solide. Cependant il faut toujours y exhorter les chrétiens , parce que celle confiance même est un devoir et une reconnaissance à laquelle nous sommes obligés envers Dieu, et qu'elle sert à nous affermir dans les tentations du monde, comme une ancre sert à affermir un \ aisseau dans les tempêtes. C'est pourquoi les chrétiens ne sauraient trop s'exciter à la confiance , en la retenant cependant dans de justes bornes. 11 n'est pas permis à un direlieu de n'avoir point de confiance en Dieu . puisque l'édifice de son salut est commence, il n'est pas permis d'être sans crainte, puisqu'il n'est pas achevé.
Le solide fondement de l'espérance esl l'a Moue éternel qu'on doil croire que Dieu nous $>ortc. C'esl par cet amour qu'il nous réveille
(]!• notre assoupissement ; qu'il nous souiii ut (Lui', nos faiblesses; qu'il nous relève dans i">- i butes : qu il BOUS fait é\ iter nulle- d.Mi- • i mille pièges, sans même que nous nous en apercevions. Sans cet amour n-'-, assoupissements deviendraient éternels el nos chutes sans remède.' H faut à la vérité se< onder cet amour par si - soins, sei effort*, sa \ igilam e, ses prières; mais c'esl i et amour même qui excite ces soins, ces efforts, celle vigilance, ces prières, et qui supplée aux défauts infinis que nOUS 1 mêlons : sans cela tout sérail bientôt di~-i| ■•. Mêlions donc noire unique confiance dans cet amour de Dieu pour nous et dans l - preuves que nous en avons par les séparations qu il a laites de nous du nombre des méi li tnl nous donnant le désir de le sen ir et de l'horreur pour les vices. Voilà ce qui peut nous affermir quand nous sommes agiles d'inquiétudes. Si nous regardions uniquement nos faiblesses, nos lâchetés, nos imperfections, nous aurions en quelque sorte lieu de perer; mais en regardant cet amour éternel et tout-puissant , nous avons au contraire sujet de tout espérer : et plus notre espérance sera forte et pleine de confiance , plus elle sera efficace pour nous affermir dans la voie de Dieu, et pour nous faire arri\ er sûrement au terme de notre course qui est le salut : car de tous ceux qui espèrent en Dieu et qui attendent son secours, aucun ne sera confondu [Ps. XXIV. 3;. Ainsi il faut nourrir son espérance de ces saintes pensées, puisque rien n'est plus capable d'exciter dans notre cœur le dégoût de la vie présente el l'amour de la v ie du ciel.
§ 5. De lu crainte de Dieu. — H y a Irois sortes de craintes de Dieu : la crainte filiale ou chaste, la crainte servile et la crainte initiale. La crainte filiale est celle des enfants de la nouvelle alliance, qui leur fait appréhender de pécher de peur de déplaire à Dii u et de le perdre : elle esl toujours commandée, parce qu'elle subsiste avec la charité parfaite. La crainte servile est celle des pél heurs. qui leur fait craindre la peine du péchi aimer Dieu ni sa justice. La crainte initiale est celle des justes imparfaits, qui craigm ni le pêche pour l'amour de Dieu, et les ch! tinienls pour l'amour d'eux-mêmes : elle < -t commandée à tous, parce que tOUS en ont encore besoin en celte vie pour résister aux impressions du inonde et de la concupiscence.
C'est Dieu, à la vérité, qui fait, par la conduite de sa providence, que des objets terribles frappent l'esprit, ou qui opère même les impressions de terreur dans le cœur : mais la cupidité qui domine dans tous ceux en qui la charité n'est pas, les porte à abuser de i es mouvements de crainte, en ne les rapportant pas à la fuite du péché pour l'amour de la justice ; car ceux qui n'agissent que par la pure crainte servile, forment intérieurement des désirs de faire ce que Pieu leur défend . S il elail permis de le faire sans être puni. < I
i ■ mit ni coupables i i i désir que Du u voit dans leur cœur. Elle a cependant - ,
1IG5 [utilité. Elle
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empêche l'œuvre extérieur du péché, et par là elle le rend moindre; elle lait que 1 âme ne se lie pas au poché par l'at- I tache qui naîtde l'aclion extérieure : elle fait : que l'âme s'accoutume à la privation de cet objet criminel et qu'elle reconnaît que celte privation n'est pas si fâcheuse qu'elle l'avait cru, et />ar là elle diminue celte attache au péché. Par la diminution de cette attache, l'âme devient disposée à suivre les mouvements de l'amour de Dieu, qui n'auraient pas eu d'effet, si celte attache eût été plus forte. En accoutumant l'âme à regarder les objets criminels joints à l'idée des peines qui les doivent suivre, elle arrête leur impression, et fait que ces objets agissent beaucoup moins sur l'esprit, parce que l'âme s'applique plus à l'idée du mal qui suit le plaisir , qu'à celle du plaisir même. Ainsi il est bon de faire toujours par la crainte ce que Dieu commande, et apprendre par là à le faire par amour,
A l'égard de la crainte initiale qui est celle des justes imparfaits, il est bon de l'entretenir; car tant que la charité n'est pas parfaite, tant que les passions ne sont pas parfaitement domptées, tant que les impressions des objets du monde sont violentes, il ne faut point se défaire de la crainte des peines. Ainsi loin qu'on doive bannir de son esprit les objets de crainte, on peut dire que le commun des chrétiens doit se soutenir parla crainte, et se représenter souvent les objets de l'autre vie, qui sont capables de les épouvanter ; et même c'est un grand défaut dans la plupart des chrétiens d'y penser si peu , puisque c'est un moyen ordinaire de taire son salut.
11 est donc utile à tous les chrétiens de s'appliquer aux objets de terreur et de tendre à l'amour de Dieu par le degré de sa crainte. Aussi le démon qui sait les avantages qu'ils en peuvent tirer, emploie toute son adresse pour étouffer en eux sa crainte aussi bien que son amour : et ce qui est bien terrible, c'est qu'il y réussit à l'égard de la plupart des hommes ; car il est presque aussi rare d'en trouver qui soient bien touchés de la crainte de la sévérité de la justice de Dieu, que d'en voir qui soient véritablement pénétrés de son amour. L'homme est si léger, si vain, si inconstant, si aisé à se tromper par de fausses espérances, que tout suffit presque pour le rassurer contre les objets les pins terribles. Les uns se délivrent de la crainte par des doutes volontaires fondés sur de pures fantaisies. Les autres regardent toujours les choses terribles comme éloignées, et croient être en d: ait par là de s'exempter de les craindre. Les autres s'imaginent qu'il Vra toujours en leur pouvoir de lés éviter quand ils voudront, cl qu'ils le voudront s.ins peine : et il suffit aux autres, pour ne les pas craindre . d'en éloigner la pensée. Mais il ne faut pas oublier ce que dit l'Ecriture* que la crainte dû Seigneur est le commencement delà sagesse (Pa. CX, 10).
§ G. De lu chanté. La charité est la source des vertus et l'âme qui les anime, c'esl
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ce qui nous doit tenir dans une extrême humiliation devant Dieu ; puisque nous ignorons toujours si tout ce que nous croyons faire pour lui est mort ou vivant, et que souvent toute notre vie n'est remplie que de ces œuvres mortes qui renferment toujours en elles une espèce de corruption par la privation de la charité. Il est donc nécessaire, pour agir chrétiennement, d'agir par l'esprit de la charité, puisqu'il est nécessaire d'agir en enfant de Dieu, et que toutes les actions qui n'ont point la charité pour principe, ne sont que des actions d'esclaves, et non d'enfants.
Sans la charité on n'est rien. Qu'un homme ait tous les talents intérieurs et extérieurs , toutes les grandeurs temporelles et spirituelles ( I Cor. XII, 1) , qu'il y ajoute les actions des vertus les plus éclatantes , qu'il attire par là l'admiration des hommes , qu'il ait souffert le martyre, ou qu'il soit près de le. souffrir; qu'il ait donné tout son bien aux pauvres, il ne peut prendre confiance en tout cela, parce qu'il peut, avec toutes ces choses, être un néant de vraies vertus et un abîme de misères. Etre tout ou n'être rien dépend d'un fonds inconnu dont nous ne saurions avoir une entière assurance : et par conséquent toute vanité, toute estime de nous-mô mes, toute élévation de cœur, toute confiance en nos talenls , toute vue d'esprit qui nous représente à nous-mêmes comme quelque chose, tout cela ne supposant point la connaissance certaine qu'on a la charité, est téméraire et rempli d'incertitude.
Il faut donc que la charité soit dans le cœur, et elle y doit régner et dominer. Alors elle porte dans l'esprit des autres l'impression de tous les caractères que saint Paul lui attribue ( I Cor. XIII, k) , et fait passer ceux qui l'ont pour des gens doux, patients, pieux, qui aiment la vérité, qui sont toujours disposés à la recevoir, qui sont désintéressés pour eux-mêmes, et qui cherchent effectivement le bien des autres ; et cette impression est un rejaillissement du gros de la vie et des actions de ceux qui ont effectivement la charité dans le cœur. 11 y a assez de gens qui conçoivent la charité, qui est cet esprit qui nous fait vivre, comme un principe stérile, et qui peut demeurer dans le cœur, sans qu'il en paraisse rien dans les actions et dans la conduite de la vie ; mais c'est une fausse idée dont il faut se détromper. En effet, on ne peut être vivant de la vie que nous donne le Saint-Esprit, si cet Esprit ne nous fait mener une vie spirituelle. La vie spirituelle et l'Esprit de Dieu sont inséparables. Si donc il n'y a rien que de charnel dans nos actions; si l'âme ne se porte point à Dieu par ses désirs, par ses prières , par des mouvements d'amour , il s'ensuit qu'il n'y a que l'amour-propre et les passions qui agissent en elle. C'esl en vain que. nous nous flattons d'avoir le Saint-Esprit dans le cœur, si l'âme ne sent point de pente qui l'applique au* (envies de la justice. Il ,est vrai que ecl Esprit saint peut compatir avec diverses faiblesses; mais il esl inalliahle avec nue vie Imite sensuelle <( toute de passion En un mot il faut qu'on puisse dire
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de tout chrétien, qu il marche selon I . [Gai. VI, 16 , et qu'on le puisse remarquer nu moins dans le gros de ses actions. Comme 1,1 charité comprend L'amour de Dieu et l'amour dû prochain, on va s'y étendre davan-
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le Dieu, el les i r< alui es ne nous ont pu aire le moindre bien c|u autant que I > î <- < i leur
\ T. De l'amour de Dieu. Il < st indubitable que l'amour de- Dieu ne soit d'une obligation indispensable à tout chrétien. Cependant quoiqu'on \oie des gens i m Is dans los devoirs extérieurs, on en \ oit peu qui se niellent en peine du motif qui les fait agir et de l'amour qui les remue. Il leur semble que Dieu se trouvera assez bien partagé, si en même temps qu'ils donnent leur cœur au monde, ils donnent à Dieu quelques actions extérieures. Il y en a même qui soutiennent nettement qu'il suffit de craindre Dieu, et qu'il n'est pas nécessaire de l'aimer, lors même qu'il s'agit de recouvrer la grâce et de se réconcilier avec lui. D'autres rendent la nécessité de cet amour si rare, que dans leur pensée il peut n'avoir aucune part dans toute la conduite de la vie d'un homme, sans que pour cela il soit exclu du salut. Enfin c'est la chose du monde la moins entendue et la moins comprise que la grandeur et l'importance de ce commandement d'aimer Dieu.
L'homme n'est qu'amour dans le fond de sa nature. C'est l'amour qui le domine et qui le conduit; c'est le premier ressort de toutes ses passions et de tous ses mouvements. II ne désire, il ne craint, il ne se réjouit, il ne s'atlriste que parce qu'il aime. 11 n'aime à connaître que ce qui est l'objet de son amour, et il n'a que de l'indifférence pour tout ce qu'il connaît sans l'aimer. C'est l'amour qui dispose de toutes ses actions, qui les rapporte à sa fin ; et celte fin est ce qu'il aime. Qui n'aime donc point Dieu, et ne rapporte rien à Dieu, et n'est point assujetti à Dieu, ce n'est point à Dieu qu'il obéit, mais à ce qu'il aime. Et comme si cet objet n'est pas Dieu , il faut que ce soit une créalurc ; dire qu'on n'est point obligé d'aimer Dieu, c'est dire qu'on n'est point obligé d'obéir à Dieu, de rien rapporter à Dieu, de prendre Dieu pour fin ; et qu'on peut vivre pour la créature , s'assujettir à elle et en faire sa fin et son bonheur souverain. Ainsi aimer la créature et n'aimer point Dieu, ou aimer la créature plus que Dieu, c'est la plus grande de toutes les injustices. C'est un renversement entier de la raison et de la justice , que de préférer la créature à Dieu : et Dieu ne défend ce choix et ne le punit que parce que ce choix est naturellement et essentiellement injusle, et qu'il nous rend nécessairement injustes et malheureux.
Que si nous considérons les devoirs qui nous lient à Dieu par une juste reconnaissance, nous serons encore plus convaincus qu'on ne saurait manquer de le préférer à toutes choses sans la plus grande de toi.1 Ie$ ingratitudes. Il n'j a point de distinction <'t de partage à faire entre ce que nous ayons reçu de Dieu, el ce que nous avons reçu des créatures; car nous avons généralement tout
fane lumuiDure Dienqn autant qi
en a donne le pouvoir et la volonté NoQf sommes dépendants de Dieu pour , l'être, pour y subsister, pour être heui 11 ne nous a pas seulement assujetti tou les créatures corporelles en nous rendant maîtres du monde, il veut de plus se donn'T lui-même à nous et nous rendre heureux par la possession de lui-même. Et il Le reut tellement, qu'il ne punit dans les borne que le refus d'être souverainement hem. m, parce que ce refus est souverainement injuste.
Dieu est si essenliellcmcnt le bonheur de l'homme, qu'il est l'unique bien que l'homi puise obtenir et posséder. Tout autre bien lui doit être nécessairement rav i. et il mi éternellement privé. Une loi inflexible de I i justice éternelle condamne ceux qui ont dé daigné d'acquérir la possession de Dieo perdre tous les biens créés -au- exception. Ainsi la condition de l'homme est d'avoir Dieu ou rien. La séparation éternelle de toutes les créatures est nécessair ment allai née à l'amour des créatures; et le désir posséder est un désir qui a pour tin inévitable l'éternelle privation de ce qu'il aime. Il i n est tout au contraire de l'amour di Dieu. < le seul amour qui puisse arriver a la possession de son objet ; et il arrive nécessairement et infailliblement, pourvu qu'il subsiste: car, pour arrivera la possession de Dieu, il ne faut que l'aimer; l'on n'en peut être exclu que parce que l'on ne l'aura pas aimé.
S'il faut aimer Dieu de tout son cœur, de tout son esprit, de toute son àme, c'est-àdire qu'il ne doit se trouver aucune partie de notre vie où il nous soit permis de jouir d'aucune aulre chose que de Dieu . mais que nous sommes obligés , s'il se présente quelque autre objet à aimer, de le rapporter à Dieu, qui est le seul objet où l'effort de notre amour doit tendre uniquement ; s'il faut aimer Dieu avec un esprit d'enfant et une confiance d'enfant ; à le regarder comme son souverain bien ; à le préférer à toutes cho el à lui consacrer sa vie et ses actions ai une charité toule libre, et non avec une contrainte seryile: comment accorder cet amour av ec un esprit tout occupé de la v ie présente, tout rempli de prétentions humaines, et si peu touche des maux de l'âme? Comment l'accorder avec celte froideur, cette négligence et celle inapplication à ce qui regarde Dieu ? Comment l'accorder av ec ce partage si inégal de son temps et de ses occupations, par lequel nous donnons presque tout à nous-mêmes et au monde, el presque rien à Dieu ? Fautil s'appliquer un quart d'heure a Dieu? voilà les gens dans l'ennui. Faut-il s'appliquer aux créatures qui leur plaisent? les voila dans la joie. Il est souvent assez difficile de trouver des marques de l'amour de Dieu dan- la vie même des personnes qui font profession de piété.
Comme il est de conséquence de m point tromper sur une matière .si importante, il est bon de considérer quelles sont
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les marques les plus ordinaires de la présence de l'amour de Dieu dans le cœur. On a sujet de croire que l'amour de Dieu règne dans le cœur, quand !e désir de plaire à Dieu nous fait abstenir actuellement de toutes les actions criminelles; quand nous sommes soigneux d'éviter tout ce qui peut nous faire perdre l'amour de Dieu ; quand nous sommes portés à embrasser tous les moyens de nous conserver ce trésor; quand nous sommes sensibles aux intérêts de Dieu, et que nous ne sommes point indifférents à ce qui blesse son honneur et sa gloire ; quand nous nous sentons portés à attirer au service de Dieu tous ceux que nous pouvons, et que nous avons de l'ardeur pour les entreprises qui regardent son service ; quand notre Yie est tellement réglée , que le corps de nos actions tend à Dieu et se rapporte à lui , en sorte qu'on puisse reconnaître que c'est lui seul et son amour qui régnent dans la conduite de notre vie ; quand la disposition de notre cœur nous rend susceptibles de la vérité , que nous l'écoutons avec joie , que notre cœur ne s'y oppose point; qnand nous travaillons sérieusement à nous détacher de l'affection des choses du monde ; quand nous avons soin de notre âme, et que nous lui désirons avec ardeur le bien de la justice ; quand nous aimons sincèrement notre prochain ; quand nous sentons de l'opposition pour les folies, les pompes et les divertissements du monde; quand enfin nous sentons un poids qui nous éloigne des objets de concupiscence et qui nous sépare de la jouissance des choses temporelles, en sorte que nous mettions notre joie dans les choses éternelles , et dans la séparation des créatures. Quand on aperçoit ces marques , il en faut bénir Dieu et les entretenir avec le secours de sa grâce; si on ne les aperçoit pas, il faut en gémir et prier Dieu qu'il mette son amour dans notre cœur
§ 8. De l'amour du prochain. — L'amour du prochain est nécessairement lié à l'amour de Dieu, et on ne saurait aimer Dieu qu'on n'aime aussi son prochain. Dieu l'a commandé, et c'est dans ces deux commandements, dit Jésus-Christ, que se réduisent toute la |loi elles prophètes ( Mat th. XXII, hO). Il est indubitable que, par le prochain, on doit entendre tous les hommes, quels qu'ils soient : on doit aimer les ouvrages de Dieu et tout ce qui porte quelque caractère de Dieu : or notre prochain , ou pour mieux dire , l'homme est non seulement l'ouvrage de Dieu, mais son image, et il nous représente Dieu plus parfaitement que toutes les créatures corporelles telles qu'elles soient ; par conséquent l'amour que l'on a pour Dieu s'étend naturellement sur le prochain. De plus-, on ne saurail aimer Dieu comme il faut , sans souhaiter qu'il soit révéré , adoré et aimé de tous ceux qui en sont capables, et par conséquent que tous les hommes lo révèrent , l'adorent et l'aiment. Or aimer le prochain comme il faut, c'est l'aimer par rapport à Dieu , et par conséquent souhaiter et procurer qu'il révère , qu'il adore et qu'il
aime Dieu. Il faut aussi l'aimer comme soi-t même, et lui procurer tous les bieus que l'on est obligé de se souhaiter et de so procurer à soi-même , et surtout le bonheur éternel et ce qui y conduit.
On peut dire avec vérité que ceux qui sont possédés de l'amour d'eux-mêmes n'ont point de prochain, ou plutôt qu'ils n'en connaissent point d'autre que ceux qui sont liés à leurs passions et à leurs intérêts. Ils n'aiment les gens qu'à proportion qu'ils leur sont utiles et qu'ils entrent dans leurs passions : hors de là ils leur sont indifférents. Us ne prennent part ni à leurs biens, ni à leurs maux. Us ne les regardent point par les liens communs de la nature ni de la grâce. Ils ne les servent point pour eux-mêmes et pour leur faire du bien. Leur charité a toujours quelque vue secrète d'intérêt qui l'attire et la remue. Ainsi elle ne regarde jamais le prochain comme prochain , et l'on peut dire que de toutes les qualités des hommes , c'est celle qui fait le moins d'impression sur l'esprit.
Cependant celui-là seul accomplit la loi qui aime son prochain. Le seul accomplissement extérieur des préceptes ne suffirait pas pour satisfaire à la charité du prochain , parce qu'on pourrait séparer cet accomplissement extérieur d'un amour véritable, et l'allier même avec la haine du prochain. On peut épargner sa vie , son bien , son honneur et avoir en même temps de l'aversion pour lui ; mais on ne le peut aimer qu'on n'accomplisse en même temps tous ces préceptes ; car qui aime véritablement son prochain ne lui nuit jamais , ni dans son bien , ni dans sa réputation , ni dans sa vie , et no lui fera jamais aucune injustice. Ce n'est pas d'un amour endormi et sans action dont il s'agit ici , mais d'un amour effectif et agissant, d'un amour qui est l'accomplissement des préceptes , qui empêche la volonté de se porter à certaines actions , et qui l'engage à d'autres. Or un amour de cette sorte est un amour actuel ; ainsi on ne peut nier qu'où ne soit obligé, parla loi de Dieu, d'avoir pour le prochain une affection véritable , actuelle, effective. H est vrai qu'il n'est pas nécessaire qu'elle soit accompagnée de pensées , ni de réflexions expresses. On peut aimer quelqu'un très-réellement et trèsactuellement, sans lui avoir jamais dit qu'on l'aime et sans se l'être dit à soi-même. Il est donc vrai d'une part que l'amour du prochain pris pour une pensée connue et sur laquelle on fasse réflexion , n'est point nécessaire; mais il l'est absolument étant pris pour un mouvement de la volonté qui le. porte, par amour, à procurer le bien du prochain et à éviter de lui nuire. Enfin on peut apprendre par là que cet amour du prochain n'est point différent de celui de Dieu : autrement il pourrait être impur et injusto, et bien loin de renfermer l'accomplissement de toute la loi, il pourrait porter à ne lapas, accomplir. Cet amour esl donc celui par lequel on désire au prochain le souverain bien» c'est-à-dire la souveraine justice. Ainsi ij
si incapable de lui faire du mal, parce que le mal n'es! pas juste. Enfla il n'esl point différent de l'amour de Dieu , puisque c'est la même chose, ou plutôt que c'est une suite naturelle et inséparable de souhaiter Dieu au prochain et de souhaiter le prochain à Dieu. L'amour de la justice qui est proprement l'amour de Dieu fait naturellement désirer que celle justice soi! connue , soit aimée, soit révérée de tout le monde. On souhaite donc par là naturellement que le prochain la connaisse , l'aime et la révère, el par conséquent on la lui souhaite. On est donc bien éloigné de violer, à son égard, les préceptes de celte justice qu'on ne lui veut faire aimer que parce qu'on les aime soimême.
La charité envers le prochain consiste essentiellement dans la pureté du cœur et dans la disposition de faire pour le prochain tout i c qui est eu notre puissance dans la rue unique de Dieu; mais il n'y a que Dieu qui soit juge de la sincérité de cette disposition, (le qui nous en peut donner quelque assurance, est de ne souffrir dans notre cœur aucune malignité contre nos frères; de former souvent des désirs de les servir , et d'en chercher les occasions , et quand elles se présentent, de les embrasser avec joie; d'éviter une infinité de choses de peur de les choquer ; de préférer leurs intérêts aux noires et d'avoir une véritable douleur de ce qui l'ait lort à leur salut. De plus notre charité pour nos frères doit aller jusqu'à exposer noire vie pour eux. Ce n'est point un conseil, mais un précepte; et ce précepte est prescrit par l'ordre même de la charité. Le salut du prochain vaut infiniment mieux que notre \ie. SI faut donc donner notre propre vie pour le salut du prochain , s'il se trouve quelle lui soit nécessaire. Que s'il faut donner sa vie, (jue ne faut-il point faire de ses biens, de son repos, de son temps? De quelles satisfactions humaines n'est-on pas obligé de se priver? De quelle réserve et de quelles précautions n'est-on 'point obligé d'user pour ne le point scandaliser et ne lui point nuire? Enfin quels exemples de vertus n'est-on point obligé de lui donner? A ces traits on peut juger qu'il y a bien peu de charité dans la plupart des chrétiens.
§ 9. De la piété. —La véritable piété consiste à établir de telle sorte Jésus-Christ dans notre esprit et dans noire cœur, que tout le reste nous paraisse un pur néant, et que nous ne cherchions qu'en lui la gloire , la grandeur, la justice, la sagesse . le repos et le bonheur. Jésus-Christ habile en nous par la foi et y établit une solide piété. Il y habite par la foi opérante par la charité. Il habile davantage dans ceux qui agissent plus par la foi et qui ont plus de charité. 11 habite peu dans (eux qui ont la foi languissante, qui agissent beaucoup par les sens et par les mouvements de la nature. Ce sont îles gens qui ressentent peu l'honneur qu'ils ont d'a- \oir Jésus-Christ au milieu d'eux, puisqu'ils conversent si peu avec lui, qu'ils se tiennent si peu 01) sa présence, et qu'ils sortent m
hÊftIONSTRATION l \ INGÉLIQ1 I
souvent d eu poui se divertir au
dehors , en laissant Jésus-Chris! tout seal,
suis lui ren lie hs hommages qui lui v,,nt dus : (tu plutôt ce sont des gens qui ne laissent à Jésus-Christ qu'une partie de leur COBUr, et qui y font entrer avec lui une multitude de créatures avec lesquelles ils s'amusent et s'entretiennent en laissant Jésus- Christ seul. Ce n'est point ainsi que J •- - > t - - Christ veut habiter dans nos cœurs II \ veut être au large, cl s'il s'j trouve quelque mélange, il veut que nous travaillions a le rendre plus parfaitement maître et possesseur de notre cœur, lit comme c'est en cette possession que consiste la perfection de la piété , elle mérite bien que nous tâchions de la comprendre plus à fond et plus parfaitement.
On peut donc dire que Jésus-Chrisl étant Dieu et homme, il habile dans les cour- d< s chrétiens par la foi , et en tant que Dieu et en tant qu'homme. Il y habite comme Dieu, comme Verbe , comme sagesse, comme verité, lorsque l'âme est attachée à la vérité et à la sagesse, qu'elle la contemple, qu'elle l'aime, qu'elle marche dans sa lumière, et qu'elle règle par elle tous ses désirs et toutes ses actions. Voulez-vous concevoir un homme qui a de la piété, et en qui Jesus-Chrisl habite comme Verbe et comme sagesse? c'est celui qui aime Dieu de toute son âme, le prochain, en tant qu'il a de l'amour pour Dieu, ses ennemis , comme le pouvant aimer quelque jour; qui ait une affection plus tendre pour ceux dont il tire sa naissance temporelle à cause de la liaison de la nature, el une affection plus abondante pour ceux que l'on Instruit dans la piété , à cause de l'excellence de la grâce qu'il a reçue par leur moyen ; qui se porle vers toutes les autres choses par un amour de Dieu réglé selon la sagesse; qui méprise la terre, aspire au ciel, use du monde, et qui discerne par un goût intérieur, les choses dont il faut jouir , de celles dont il faut simplement user, en ne s'appliquant aux choses passagères que passagèrement et autant qu'il est nécessaire pour en tirer l'usage dont il a besoin; mais en se portant aux choses éternelles par un désir étemel. L'n tel homme est véritablement sage el pieux, parce qu'il goûte les choses selon ce qu'elles sont, et qu'il peut dire a\ ec \ ente et sûreté que Dieu a ordonné en lui la charité. Heureux donc ceux qui possèdent pleinement cette sagesse! Heureux encore ceux qui la désirent ardemment ! Jésus-Christ habite dans les uns et dans les autres : et si les seconds sont plus imparfaits que les premiers, ils sont beaucoup plus parfaits que le commun des chrétiens.
.Mais outre cette habitation de Jésus-Christ comme Verbe, il y en a une de Jésas-€hrist comme homme, qui nous fait contempler et discerner les caractères divins de cette sagesse incréée , graves et imprime-, dans l'Iiumanité de Jésus-Christ et dans l'économie de ses mystères. Celle seconde manière n'esl pas moins nécessaire que la première . et même la voie unique d'j arriver. On ne parvient à être uni à Jésus- Christ contint
L'ESPRIT DE NICOLE SUR LES VERITES DE LA RELIGION
Dion, que par la foi et la contemplation de Jésus -Christ homme. Pour s'unir par la contemplation, à la sagesse incréée, il faut s'unir à la sagesse incarnée et rendue sensible par l'humanité de Jésus-Christ. 11 ne faut pas même jamais prétendre s'en séparer entièrement. Jésus-Christ homme est le lait des enfants, et l'altachcà Jésus-Christhomme doit être la base et le fondement de toute solide pieté.
Une personne qui a de la piété cherche toujours son avancement, de peur que les ténèbres ne la surprennent : il ne faut pour ceia que considérer ce que Dieu nous a fait connaître de ses vérités , et les réduire en pratique , malgré les difficultés et les obstacles qui peuvent se rencontrer : et il ne faut point délibérer sur toutes les choses qui sont incompatibles avec la piété, ou qui nous peuvent être une occasion de chute. Il n'y a point de ménagement à garder, quand il s'agit de renoncer à l'immodestie scandaleuse des habits et aux. liaisons criminelles. Il n'y en a point quand il s'agit de faire profession publique d'observer les lois de l'Eglise. Il ne faut pas continuer à s'empoisonner, de peur de ne pas persévérer dans la résolution de conserver la vie. Ces ménagements ne doivent tout au plus avoir lieu qu'en certaines actions qui ne sont pas essentielles à la vie chrétienne : mais dans ce qui est d'obligation , on ne doit point faire difficulté de se conduire de telle sorte que l'on ne puisse abandonner Dieu, sans devenir ridicule. La perfection de la piété consiste à obéir à Dieu et à exécuter ses volontés telles qu'elles soient, sans s'embarrasser si le monde nous méprisera et même nous persécutera; car il est écrit que tous ceux qui veulent vivre avec piété en Jésus-Christ seront persécutés (II Tim. III, 12).
§ 10. De l'humilité. — La justice de Dieu nous prescrivant de nous connaître et de nous humilier ensuite de cette connaissance; et l'humilité de cœur ne pouvant s'acquérir que par des actes d'humilité, il est clair que nous sommes obligés d'avoir l'humilité dans le cœur et de la pratiquer dans nos actions. II n'y a point de devoir plus essentiel, ni plus nécessaire à l'homme, que celui de s'humilier sous la main de Dieu; il est prescrit également par la vérité cl par la justice. La \ èrilé nous oblige de reconnaître ce que nous sommes, et comme créatures, et comme pécheurs. Elle nous fait voir que, comme créaturcs , nous ne pouvons rien et que nous tenons tout de Dieu. L'humilité à cet égard n'est que l'aveu et la reconnaissance de ce qui est vrai, mais par une reconnaissance volontaire. L'âme humble est bien aise que Dieu soit ce qu'il est , et de n'être que ce
Su'ellc est, c'est-à-dire de n'être qu'un néant evant ses yeux, et de dépendre de lui en toutes choses jusqu'aux moindres circonstances de sa vie et de sa mort. Elle nous fait aussi reconnaître ce que nous sommes comme pécheurs; car quoique nous ne devions pas aimer cet étal, nous devons néanmoins l'avouer cl en reconnaître les engagements cl les siiiles.
Mais si la vérité nous humilie sous la main de Dieu , la justice nous y oblige encore davantage : car outre qu'il est juste que chaque créature se tienne dans l'état qui lui convient par sa nature , il est encore juste qu'elle s'y remette, lorsqu'elle s'en est retirée par quelque dérèglement. L'homme ayant donc voulu se soustraire à la dépendance de Dieu , et l'orgueil qui vit en lui étant une révolte continuelle, et une pente à se soulever contre Dieu, et à ne lui pas rendre la soumission qui lui est due dans tous les événements; l'âme animée de l'esprit de justice, s'efforce continuellement de détruire cet orgueil , ce soulèvement injuste qu'elle sent en ellemême; et elle s'abaisse d'autant plus profondément sous la main de Dieu , qu'elle se sent obligée de détruire en elle-même l'inclination contraire que le péché y a imprimée.
Le néant de mérites propres qui subsiste dans l'homme même régénéré, l'oblige de se regarder toujours comme pauvre et dépourvu de tout bien : et plus on est juste , plus on est pénétré de cette pauvreté qui nous convient par nature, cl l'on s'y réduit plus sincèrement par les sentiments d'une humilité sincère.Cemême néant de mérites qui nous doit humilier devant Dieu, nous doit aussi rabaisser devant les hommes, et nous ôte tout droit de nous plaindre des traitements qu'ils nous font. Car la privation de tout mérite qui nous convient par nature , étant jointe à une infinité de péchés , ne nous rend pas seulement indignes des grâces spitituelles et divines, mais même de tous les biens humains tels qu' ils puissent être. Ainsi il est impossible que nous recevions des créatures aucun traitement qui ne soit juste. Elles ne nous sauraient rien ôter qui soit proprement à nous, puisque nous n'avons droit à rien. La volonté qu'elles ont de nous nuire peut être injuste ; mais c'est avec justice que Dieu se sert d'elles comme d'instrument pour nous ôter ce que nous méritons de perdre. Les plaintes, les murmures, les impatiences sont donc contraires à celte pauvreté et à ce néant qui convient à l'homme, et par conséquent à l'humilité. Ce sont des marques certaines qu'on s'attribue quelque chose de ce que l'on a par la miséricorde de Dieu ; et ainsi ce sont des preuves et des convictions de présomption et d'orgueil. Mais ces connaissances ne suffisent nullement pour nous humilier toujours. Elles humilient tout au plus noire esprit, et non pas notre cœur; et notre esprit même s'élève souvent de les connaître. 11 n'y a point d'autre moyen de s'humilier en effet toujours, que d'obtenir de Dieu par des prières la grâce de l'humilité, qui n'est pas différente de son amour. Mais comme il ne veut pas que nous soyons en celte vie dans un sentiment continuel «le sa grâce, puisqu'il est souvent interrompu par nos fautes, le sentiment d'humilité ne peut aussi être continuel dans cette > ie. et il sera toujours interrompu par des actions d'amour propre et de propre estime. Ceux qui commettent le moins de ces fautes sont les plus
parfaits ; el il reste aux imparfaits qui en commettent souvent, d'en prendre de« sujets de s'humilier. Car comme l'humilité même est souvent matière d'orgueil, l'orgueil peut fifre mi grand sujet d'humilité, n'v ayant rien qui fasse mieux connaître à l'âme néant, sa légèreté et enfin sa corruption.
Il y a des raisons véritables ci solides de croire les autres au-dessus de nous, ( t de les regarder comme nus supérieurs. Un homme
de qui noire \ ie el noire fortune dépendent, et qui peut nous rendre on heureux nu malheureux selon le inonde . esl sans doule <;i cela supérieur à nous , et mérite que nous nous abaissions sous lui ou intérieurement ou extérieurement. Or nous sommes , à l'égard de tous les chrétiens, dans celle sorlc île dépendance pour la vie de notre âme el de notre sort éternel. La vie de la grâce d cette vie, el la vie éternelle dans l'autre sont procurées à chacun des membres de l'Eglise par les prières el les mérites de tout le corps. Nous ne pouvons dire à chacun de ces membres que nous n'avons point besoin de lui, et que nous pouvons nous sauver sans lui. Ainsi bien loin d'avoir droit de mépriser aucun membre de l'Eglise, ou quelqu'un de ceux qui le peuvent devenir, nous sommes obligés de nous humilier à l'égard de tous. Si nous en méprisons quelqu'un, il aura assez de crédit pour nous exclure des tabernacles éternels ; son crédit et sa force étant la puissance de celui qui se tient méprisé par le mépris que l'on fait des plus petits de ses membres , et honoré par toutes les marques de respect qu'on leur donne. D'ailleurs tous portent les caractères de l'image de Dieu, et ont un droit ou prochain ou éloigné à son royaume : il ne faut donc qu'avoir quelque idée de la grandeur de cet état , pour n'avoir point de peine à s'humilier sous d'autres hommes qui l'ont. Ce n'est pas une raison de s'élever au-dessus des autres parce qu'ils oui des défauts : chacun a besoin de s'humilier pour son propre bien , et on ne doit pas en être empêché, parce que les outres en ont autant besoin, puisqu'on n'est chargé que de soi-même, et non des autres.
Un chrétien humble, pénétré du sentiment de la dépendance de Dieu el de la connaissance de sa faiblesse, se tient toujours devant Dieu dans une disposition d'humilité. 11 ne se préfère à personne, parce qu'il croit que sa force est en Dieu et non en lui-même ; et quand ses œuvres sont accomplies, il ne perd pas le sentiment de sa pauvreté ; il ne s'imagine pas en être plus riche ; il reconnaît humblement que tout ce qu'il peut y avoir de bon dans ses actions ne lui appartient pas; el s'il en attend la récompense de Dieu , il l'attend comme un elïel de sa boule qui récompense ses dons, et qui veut bien qu'ils deviennent nos mérites. Ainsi dans sa force et son abondance il reconnaît sa faiblesse <i sa pauvreté, parce qu'il sait (pie celle force et celle abondance ne lui appartiennent point et qu'elles sont toujours dans les mains de Dieu et non dans les siennes. Il n'v a rien aussi de plus dépendant que le v rai humble :
PI MONSTRATION É\ i --Il IQI !..
il no! un homme el obéît à tous les
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la source de cette dépm latli e < t de celle indépendance. Comme son amour l'atla< Dieu , qu'il est persuadé qu'il lui doit loi ses actions, (t qu'il est obligé de suivre volonté en foules i il ne fait aucune
a<iion pour obéir proprement anx créato parce qu'il n > en a point qu'il ne doi par le pur motif d'obéir â Dû u : c'esl n q consiste son indépemlai
meut à Dieu le délivre de toute autre servitude ; et cela parait manifestement , lorsque ce que les créatures exigent est contrain I que Dieu demande de lui : car alor elles ne trouvent plus en lui aucum leur obéir; mais il n'y a rien aussi de plus dépendant qu'un chrétien humble, parce que Dieu veut qu'il préfère ordinairement la volonté des autres à la sienne , et surtout il l'oblige d'obéir à ceux qui, selon l'ordre db monde , ont droit de lui commander ; et rien ne peut l'en dispenser, lorsque le commandements des hommes sont confo eux de Dieu. Il obéit , parce que c'est l'ordre de Dieu ; et cette obéissance est non seulement du corps, mais du cœur.
11 ne faut pas se contenter de la connaissance qu'on peut acquérir par h ons qu'on fart sur soi-même et qui portent à l'humilité; mais il faut demander à Dieu qu'il imprime ces vérités dans noire cœur. Il faut de plus y joindre la pratique effective des actions d'humilité , qui est la fuite des louant et de tout ce qui parait grand et élevé dans le monde; et il est très-utile d'y joindn de rechercher, ou du moins de souhaiter les rabaissements extérieurs qui sont très-util à lame , en ce qu'elle prend souvent la posture et l'état extérieur où l'on réduit le corps : et il faul en pratiquer autant qu'il est nécessaire pour établir et pour conserver l'Ame dans une disposition sincère d'humilité.
§ 11. De la patience. — Tout péché mérite punition; ainsi il est juste que le pécheur souffre les peines que Dieu lui envoie . suit pour le purifier , soit pour l'éprouver; c'esl là le rondement de la patience chrétienne. Un chrétien n'est point surpris, quand il lui arrive des misères, des ignominies cl souffrances : et il est an contraire bien persuadé que celles qu'il peut souffrir sont infiniment au-dessous de celles qui lui sont dues. Ainsi toutes les peines, les misère-, les maux. les douleurs, les persécutions sont l'objet «le la patience : mais il ne faut pas réduire ces choses pénibles à ce qui esl seulement pénible aux sens. Il esl quelquefois plu- pénible de souffrir une humiliation qu'une douleur. Il ne faut pas souffrir les maux, il faut encore souffrir les hommes qui les causent . leurs humeurs, leurs caprices, leurs chagrin-.
leurs injustices : el il tant souffrir tout cela avec douceur el avec amour. H ne faut \ souffrir seulement les autres homme-, il faut se souffrir soi-même , la mortalité de su» Corps, les faiblesses et les ténèbres de soq esprit et enfin se- propre- péchés , dont il faut porter l'humiliation, sans s'abattre d
L'ESPRIT DE NICOLE SUR LES VÉRITÉS DE LA RELIGION
sans se décourager. II ne faut pas seulement souffrir, et les hommes , et soi-même , mais il faut aussi souffrir la conduite qu'il plaît à Dieu de tenir-sur nous : elle n'est pas toujours conforme à nos inclinations ; et Dieu ayant ses temps et ses retardements qui ne s'accordent pas toujours avec nos impatiences et nos désirs , il faut les souffrir avec patience.
Un hon chrétien trouve sa joie dans les maux que Dieu lui envoie ; et quoiqu'ils paraissent continuels pendant toute sa vie, souvent sa joie commence longtemps avant la fin de sa vie. Après que Dieu a laissé ses élus boire une partie du calice qu'il leur a destiné, il leur fait trouver du plaisir et de la joie dans leurs souffrances mêmes. Ainsi les gens du monde jugent mal de la vie des justes et des élus. Us les voient dans les humilialions et dans les maux de la vie , et ils no conçoivent rien que Je triste et d'affreux dans cette sorte de vie; mais ils ne savent pas que Dieu adoucit ces maux par ses consolations, et qu'il leur y fait souvent trouver leur joie et leur repos. Il n'en est pas de même des maux que Dieu envoie aux gens du monde et qui les rendent si impatients. Les plaies dont il les frappe sont des plaies d'ennemi, selon le langage de l'Ecriture ( Jér. XXX, IV). Ce sont des maux sans consolation, parce i| u'ils n'espèrent point qu'ils leur soient utiles pour l'autre vie, a moins que Dieu n'emploie es maux pour les convertir et les réduire lu nombre de ses brebis.
Mais , quand on n'espérerait aucune consolation dans cette vie, et que les maux y seraient continuels jusqu'à la mort; dès là que Jésus-Christ nous promet que tous ces maux seront changés , dans l'autre vie , en une joie qui ne finira jamais , la raison ne devrait pas hésiter à prendre le parti de les souffrir avec patience et avec joie: car qu'est-ce que la durée des maux d'une vie, en comparaison de l'éternité? C'est infiniment moins , à proportion, qu'une minute comparée à toute la vie. Cependant qui ferait difficulté de souffrir un petit mal durant une minute , pour acquérir des biens temporels pour toute sa vie? Combien de maux très-réels et très-longs souffre-t-on tous les jours, pour acquérir de très-petits biens? Que de peines dans les études , pour acquérir des sciences dont le fruit est incertain? Que de fatigues et de dangers dans la guerre , pour parvenir à une récompense assez petite, peu assurée et de très- peu de durée ?... L'acquisition pénible des biens de celte vie est ordinairement plus longue que la jouissance. Souvent il faut les quitter dès qu'on commence de les posséder: la plupart même n'y arrivent jamais ; et cependant presque personne ne refuse de tenter d'y arriver et d'en prendre le hasard ; et il se trouve au contraire très-peu de personnes qui veuilleiM sincèrement s'exposer aux petites peines qui sont jointes à l'acquisition des biens éternels.
C'est l'espérance (lui nous rend palienls; c"est l'espérance qui nous console dans nos maux ; c'est ce qui la fait comparer par
saint Paul à une ancre ferme et assurée , qui nous tient immobiles dans les tempêtes et les agitations de cette vie ( Iléb. VI, 29). Mais il y a de deux sortes d'espérances : l'une qui précède la patience , l'autre qui la suit : l'une qui la produit , l'autre qui en est la récompense. Car il ne faut pas s'imaginer que l'espérance d'un homme qui n'a encore rien souffert, soit pareille à celle des personnes qui ont été long temps exercées dans la patience. Celle qui suit la patience est tout autrement vive et forte : elles nous fait goûter, en quelque manière, par avance, les biens qu'elle nous fait espérer; elle en rend le cœur tout pénétré : telle était l'espérance des martyrs. La souffrance est donc une condition nécessaire pour parvenir à l'héritage qui nous appartient, comme enfants de Dieu; et ces souffrances ne consistent pas seulement à accepter humblement et à supporter avec patience tous les maux et tous les accidents qui nous viennent de la part de Dieu, qui ne manque jamais d'en départir à ses enfants une certaine mesure; mais elle est même inséparable de l'état d'un chrétien.
§ 12. De la tempérance chrétienne. — La tempérance chrétienne consiste en général à n'user des créatures que dans les bornes de la nécessité. Dieu ne nous accordant toutes les choses de la vie que pour la nécessité, quiconque en use pour son plaisir et sans nécessité , abuse des dons de Dieu. Il est injuste envers Dieu, puisqu'il ravit ce qui ne lui a point été donné, et qu'il s'en sert contre son intention. Il est injuste en soi-même, parce qu'il s'avilit et se dégrade par celte jouissance des biens indignes de l'excellence de sa nature , et qu'il rend son âme malade par l'attache que la jouissance des créatures produit nécessairement. Déplus s'étant rendu, par son péché, indigne de la possession des créatures , c'est encore une plus grande injustice, que d'en vouloir user contre la volonté de Dieu, qui ne l'accorde à l'homme pécheur dans la nécessité même, que par une indulgence qu'il ne méritait pas.
La jouissance des créatures ne pouvant procurer que des plaisirs petits, passagers, fades, misérables , il s'ensuit que la privation même de ces créatures est infiniment meilleure que la jouissance qui est toujours mauvaise; et elle lui est toujours beaucoup plus préférable , quelque usage légitime qu'on en puisse faire : car enfin cet usage , quelque réglé qu'il puisse être, est toujours dangereux et affaiblissant. 11 attache lame aux créatures, et la dispose à les aimer , à moins qu'elle ne travaille fortement à prévenir ces mauvaises suites parla tempérance. La privation des créatures au contraire a pour effet ordinaire de fortifier lame . de la délivrer, de la guérir. Ainsi, comme cet usage réglé des créatures a quelque étendue, et que l'on peut très-souvent, ou se L'accorder légitimement, ou s'en priver par morlilieaiion ci par pénitence, la réflexion que nous
(ie\ons laire dans ces occasions est que, s'il est bon d'user des créalures , il est nu tue beaucoup meilleur de n'en par user et de
DÉMONSTRATION I \ WMl.n.ii l .
s'en priver. C'est là le parli que la tempérance chrétienne devrait nous faire prendre le plus ordinaire!» wt ; et cela , d'autant plus que notre devoir n'est pas seulement de n'oser dos créatures que pour la nécessité . mail que la tempérance des coupables est de s'en prii er so«w ent par esprit de pénitence , pour en détacher leur âme et pour réparer leurs fautes. Ce n;est pas un petit péché que de s'accorder toutes les commodités qui peuvent passer pour nécessaires ou pour utiles, parce que c'est un grand péché que de ne point faire pénitence. Or la pénitence doit aller jusqu'à s'incommoder, en se privant de beaucoup de choses qui peuvent passer pour Utiles , pourvu qu'elles ne soient pas absolument nécessaires à la conservation de la vie.
11 faut de nécessité être tempérant, selon l'étendue de cette vertu. Non seulement il faut garder une exacte modération à l'égard du boire et du manger, mais il faut user de la même retenue dans l'usage de toutes les choses du monde. Rien n'est plus contraire à la piété et à l'esprit de prière . que les grands divertissements , les grandes agitations, les grandes affaires qui appliquent l'âme fortement. L'esprit se collant aux objets , on ne saurait ensuite l'en retirer, ni le retrouver, quand il s'agit de louer Dieu. L'imagination devient vagabonde , et l'esprit courant après les objets qui se présentent , ne saurait s'appliquer à Dieu , ni veiller sur soi-même. C'est pourquoi il n'y a point de précepte plus généralement recommandé, que celui d'éviter l'épanchement et la dissipation de l'esprit. Mais c'est ce qui ne peut se faire que par une tempérance générale qui nous fasse renoncer à la jouissance de tous les plaisirs non nécessaires, et nous porte à nous modérer dans ceux mêmes qu'on peut appeler nécessaires, et également dans les autres nécessités , en n'y livrant pas notre esprit et notre cœur ; ce qui renferme une grande modération à l'égard de tous les objets des sens.
La tempérance nous empêche de fournir au démon la matière et les instruments des tentations , et la vigilance qu'il faut y joindre nous les découvre et nous fournit des armes pour y résister ; mais il faut commencer par la tempérance. Pour entendre de quelle sorte elle affaiblit les tentations , il faut concevoir que le démon n'est pas proprement le premier auteur. Il n'agit pas immédiatement sur nos âmes. Il faut, afin qu'il puisse les attaquer, que le corps déréglé par nos passions, lui en fournisse la madère. Tout ce qui est déréglé lui appartient, et par conséquent tous les effets que le désordre des (lassions produit dans le corps , sont de sa juridiction. 11 les emploie à ses lins ; il les fait agir dans les temps les plus dangereux pour nous et les plus favorables pour ses desseins; ilfrappe nos esprits par des imaginations vives des objets de nos passions. Ce sont là les armes et les machines qu'il emploie contre nous, pour se rendre maître de notre cœur. Or le propre de la tempérance est de n-gler les passions corporelles, d'en empêcher les excès , et par conséquent , les dérèglements du corps qui
en sont les suites , et tond i d'impure-
té Mnsi elle soustrait au démon ses an elle affaiblit ses tentations, et accoutumant l'âme à se détacher de i as objeti el à d« les point aimer, l'île la met en état de résister avec plus de force aux suggestions du diable, qui tendent i les lui représenter comme ai -
niables.
| 13. De la vertu de pénitence. — La vertu de pénitence est une sincère détestatjon du péché et un désir effectif de le punir et de réparer I injure faite à Dieu, en la manière qu'il l'ordonne. Cette \ertu a pour source l'amour de Dieu comme justice; car celui qui aime la justice, aime ce qu'elle ordonne: or la justice ordonne à l'homme de ne point pécher; elle lui ordonne aussi, quand il pèche, de haïr, de quitter, de punir et réparer son péché: et c'est ce qu'on appelle pénitence. Le désir effectif de la punition est donc renfermé dans la vertu de pénitence : car il est de l'ordre de la justice de Dieu, ou que l'homme ne pèche point, ou que [léchant, il soit puni. Tout pèche, petit ou grand, doit être puni; il faut que Dieu en fasse le châtiment, ou que l'homme le punisse lui-même. Si nous voulons donc obtenir miséricorde, punissons nos péchés : Dieu ne saurait exercer sa miséricorde sur ceux qui pèchent en flattant leurs péchés, et ne les détruisent pas. 11 faut nécessairement que nous les punissions, ou qu'il les punisse; et la seule voie que nous r.yons pour empêcher qu'il ne les punisse, c'est de les punir nous -nu La loi de la justice de Dieu est. que personne ne reçoit la rémission d'une peine plus grande qui lui était due, s'il ne satisfait a Dieu par quelque sorte de peine, quoique beaucoup moindre. Ainsi celui qui est véritablement pénitent, tend uniquement à faire que le péché qu'il a commis ne demeure pas impuni.
La pénitence est une vertu nécessaire à tout le monde ; et c'est une grande illusion que de s'imaginer qu il y ait des personnes dans le monde qui soient obligées, par leur état, de vivre dans ie> délices, el de ne point faire de pénitence. 11 va une pénitence générale qui est imposée à tous les hommes. Elle consiste dans les maladies et la mort du corps, dans les misères de cette \ ie. dans l'éloignement de Dieu, dans l'incertitude du salut, dans l'obscurcissement de l'esprit, dans la résistance pénible aux liassions, et dans une \ ie sérieuse et laborieuse. I. homme pécheur est obligé de souffrir ces peines , et les supporter en esprit de pénitence. 11 doit mourir comme un criminel condamné à la mort par la justice de Dieu, et la recevoir comme la satisfaction de ses pèches; il doit souffrir la mortalité de son corps el les autres misères de celte \io, comme un< nitence que Dieu lui a imposée; il doit sa considérer comme banni de la vue de Dieu , comme exilé dans une terre étrangère en punition de ses péchés : il doit regarder la
rébellion de ses passions comme un mal
qu'il s'est lui-même causé, et souffrir a vee, paix et humilité la peine qu'il ressent. I
L'ESPRIT DE NICOLE SUR LES VÉRITÉS DE LA RELIGION
qu'il faut leur résister et les réprimer ; enfin il doit embrasser dans cet esprit de pénitenceun genre de vie sérieux et laborieux, qui n'ait pas pour fin le divertissement et le plaisir; car l'arrêt de Dieu: [Gen. 111, 19) vous mangerez votre pain à la sueur de votre visage, regarde tous les hommes ( II Thess. 111, 10 ) ; de plus saint Paul déclare indignes de la nourriture ceux qui ne veulent pas travailler, et Jésus-Christ même exclut du nombre de ses disciples ceux qui ne portent pas leur croix et ne font pas pénitence [Matlh. X, 38 ). Personne donc n'est exempt de faire pénitence, non pas même les rois, les grands, les femmes : et cette loi est pour tous les hommes de quelque condition et tempérament qu'ils soient; et comme tous ont fait une infinité de fautes par l'amour des biens créés, tous doivent les réparer en s'en privant. Ces fautes nous obligent à la pénitence, et il n'y a point de pénitence, sans un désir sincère de satisfaire à la justice de Dieu d'une manière proportionnée à nos péchés. Or il n'y en a point de plus proportionnée que de punir, par la privation des créatures, les péchés commis dans la jouissance des créatures. Ainsi la pénitence générale qui consiste dans celte privation est nécessaire à l'homme, et comme satisfaction pour les péchés passés, et comme remède aux faiblesses qui lui en restent parles habitudes vicieuses qu'il a contractées.
L'homme naturellement est ennemi de la pénitence et de la mortification, et en cela il est injuste non seulement envers Dieu, mais encore envers soi-même; non seulement envers son âme, mais encore envers son corps. La vertu de pénitence ne tend point à détruire le corps, mais à le conserver ; elle ne veut détruire en lui que ce qui peut lui causer la mort éternelle ; elle ne veut en bannir que les poisons qui le corrompent, et les ulcères qui s'y forment pour le faire mourir. Il paraît de là qu'elle ne tend qu'à notre bien véritable, et qu'elle ne fait rien que par un motif d'amour, mais d'un amour sage et réglé qui sait discerner les vrais moyens de procurer le bien des âmes. Les hommes sont donc bien déraisonnables d'avoir tant d'éloignemenl de ce qu'on appelle mortification , puisqu'elle ne tend qu'à faire vivre le corps, et à lui procurer les biens dont il est capable. La vie qui est promise à ceux qui mortifient les œuvres de la chair, n'est pas seulement la vie de l'âme, c'est aussi ccllo du corps {Rom. Vlll, 13); mais du corps dans le ciel et non sur la terre. On trouvera d'autres instructions sur ce sujel dans ce qui sera dit du sacrement de pénitence et sur le jeûne.
S \k. De la justice chrétienne. — La justice chrétienne est l'assemblage des vertus qui constituent l'homme juste et saint ; c'est pourquoi il lui est commandé d'être saint, pane que Dieu est saint (Lévit. XI, 44). Or la sainteté de Dieu étant une séparation cl une haine de tout ce qui est impur , corrompu el profane, el renfermant l.i pléni il faut, pour être ju .i. .
approcher de cette sainteté par les vertus chrétiennes, et par la séparation de toute corruption ; ce qui fait que personne ne sera admis à la participation du bonheur éternel, qu'il n'ait été entièrement purifié delà moindre souillure ( Apoc. XXIV, 27).
Le royaume de Dieu est le royaume de la justice, de l'ordre, delà vérité: or il est impossible que l'ordre, la vérité et la justice régnent dans une âme tant qu'elle aimera l'injustice, la fausseté, le désordre. 11 faut haïr l'injustice et aimer la justice; et c'est ce que fait le juste qui est né de l'esprit de Dieu, en qui cet esprit réside et qui le conduit. Ce juste est patient, débonnaire; il ne pense point de mal; il n'est, ni vain, ni ambitieux ; il ne cherche point ses intérêts ; il ne se plaît point dans l'injustice, et il aime la droiture, l'équité et la vérité. Toutes ces dispositions étant dans son cœur, elles se font paraître au dehors dans les occasions ; c'est la voix et le langage de cet esprit. C'est en cette manière que le chrétien né de l'esprit est un homme spirituel , c'est-à-dire qu'il agit par les impressions de cet esprit, et non par celles de la chair. Il est créé selon Dieu dans la justice, parce qu'il rend à Dieu ce qui est du à Dieu ; à soi-même ce qu'il se doit à soi-même; aux créatures ce qu'il doit aux créatures. Il rend au souverain Etre l'hommage et l'amour qu'il lui doit: comme il tient tout de lui, il lui rapporte tout. Il se doit à soi-même la justice de se rendre heureux ; et il se la rend en rapportant tout à Dieu, en travaillant à se guérir de ses maladies, et en se séparant des créatures qui lui nuisent. Enfin il rend aux créatures ce qu'il leur doit. Il les place dans leur rang et dans leur ordre ; il ne les fait point servir d'objet à ses désirs ; il les emploie au plus noble usage qu'elles puissent avoir, qui est de servir de motifs de louer Dieu et de le craindre, et de tenir lieu de miroir où l'on voit ses grandeurs invisibles, sa puissance et sa divinité.
C'est par cette justice que l'homme pratique envers Dieu, qu'il s'établit dans la sainteté , qui consiste dans la séparation de ce qui souille : et comme il n'y a que la cupidité qui le souille et le corrompt, la séparation de la cupidité lui procure la pureté, la justice et la sainteté, il est vrai que, comme celte séparation n'est pas parfaite, aussi la sainteté n'est pas parfaite en ce monde-ci. 11 se glisse encore dans ses meilleures actions une infinité de recherches et de retour d'amourpropre. Tout cela diminue sa sainteté, mais ne la détruit pas absolument, pourvu que le cœur tende toujours à retenir son amour de toutes les choses temporelles et à le tourner vers celles qui sont éternelles, en pratiquant la loi éternelle qui le lui commande. Un juste a toujours le glaive à la main pour séparer l'âme de tous les objets créés, afin de rattacher uniquement à Dieu, c'est-à-dire qu'il a une pente continuelle à la séparation des créatures, el c'esl en quoi consistent la jus lice et la sainteté. On voit quantité de gens qui se détachent de plusieurs objets de pas-
sioDi cl qui s'appliquent aux ceuv rei de charité: nuis cela ne suffit pas pour la saint si l'on ne se sépare de tout ce qui domine l'âme, il faut être séparé pou seulement des plaisirs el des intérêts grossiers, mais aussi de la recherche de L'approbation et de l'amour des créatures, de1 son repds, de ses satisfactions intérieures et même de la dévotion sensible. Un chrétien doit toujours s'efforcer d'avancer dans la sainteté, et c'est dans l'accroissement de l'amour de la justice cl de la haine de l'injustice que consiste cet avancement. 11 y a toujours lieu d'avancer dans celle voie, parce que la charité n'a point de bornes précises, et que l'on peul toujours y faire du progrès, sans que jamais ce progrès soit de conseil et cesse d'être de précepte. Ce sont ces divers degrés d'amour de la justice qui font les divers progrès et les différents avancements des âmes. C'est ce qui les rend plus faibles ou plus fortes, moins capables ou plus capables de résister aux tentations, et c'est de là qu'il arrive ordinairement qu'en ire plusieurs justes attaqués des mêmes tentations, les uns demeurent fermes, elles autres sont renversés; de sorte que, comme on ne sait pas précisément la mesure des tentations par lesquelles Dieu permettra que nous soyons éprouvés, chacun est obligé de travailler toujours à se fortifier dans la vertu, qui n'est aulre que l'amour de la justice. 11 est bien vrai qu'on doit espérer que Dieu ne permettra pas que nous soyons tentés au delà de nos farces ; mais pour obtenir cette grâce, il faut travailler fidèlement et fortement à nous avancer, à nous fortifier et à nous enraciner dans la charité : autrement il est clair que c'est à notre négligence qu'il faut imputer de ce que les tentations nous renversent et se trouvent au-dessus de nos forces; car elles n'y auraient pas été, si nous avions eu soin de nous fortifier par une charité plus abondante. Dieu ne promet celie proportion des tentations aux forces de l'âme, qu'à ceux qui sont fidèles à, travailler el à s'avancer dans la voie de Dieu, et qui lui demandent cet avancement avec persévérance et avec ardeur, el ceux qui ne le font pas doivent s'imputer leur chute et leur ruine.
C'est un précepte de travaillera s'avancer dans la justice et d'avoir une volonté sincère de croître en lumière et en sainteté. Dieu est le maître de ses grâces. 11 faut se contenter de la part qu'il lui plaît de nous en faire; et l'on peut croire même que , lorsqu'il nous lient dans une espèce de disette et de pauvreté de grâces, il peul avoir en cela des vues de miséricorde sur nous, el avoir dessein de nous guérir de l'orgueil par la bassesse et l'imperfection où il nous relient ; mais cela n'empêche pas que, comme c'est l'impure de notre cœur, notre lâcheté et notre tiédeur qui arrêtent le cours des grâces de Dieu, on ii" soit obligé de haïr en soi ces défauts el de faire effort pour les surmonter. Personne n'est dispense de cette sainte violence par laquelle on ravit le royaume de Dieu, et quiconque voudrait renoncer A ces efforts, se Driverait par là, non d'ua accroissement de
DEMI • rRATI (GCUQUE.
grâce, mais .lu royaume même de Dien nui est la récompense de ces efforts.
La cupidité qui ne meurt jamais dans i ne, étant d elle-même s-msiinrn^ et tendant wujoui roltre, .1 ne faut «pie cesser
(le travailler et delà réprimer, pour trouver uisuite quelle aura lait fa ,,,, llM.
dérables. Cesl une pente qui nous fait toujours glisser en bas, â moins que nous ne fassions un effort continuel pour nousélev< ren haut. C'est un torrent qui nous entraîne a moins qne nous nous raidissions contre son cours. C'est un poids malheun qui est toujours en action. C'est une racine aniere qui pousse toujours des rejetons qui défigurerait ni en peu de temps ootre âme, si nous a avions un soin continuel de retrancher ces mauvaises productions ■ rottà nuire œuvre, notre devoir, notre milice. Demander donc si l'on est obligé de lâcher d'avant c est demander si l'on est obligé de satisfaire a son devoir et de faire son"a'uvre en ce monde ; c'est demander si l'on est obligé de ne pas se laisser entraîner dans l'enfer; cest demander s'il est permis de reculer el de retourner en arrière; car ne point travailler a nous avancer dans la justice . .est reculer, c'est se laisser entraîner dans |e précipice, c est suivre le courant qui nous porte dans l'abîme, et, en un mot, c'est tendre a la mort éternelle où la cupidité nous conduit. De tout cela il s'ensuit qu'il est important d avoir en soi la justice; qu'il faut la demander à Dieu; qu'il faut la conserver lorsqu'on l'a reçue, et qu'il faut faire tous ses efforts pour la perfectionner.
§ 15. Idée des justes. — On a peu d'idée dans cette vie de ce que c'est qu'un juste. Un juste est l'ami et le favori de Dieu. 11 est le temple de Dieu, ou plutôt le seul temple digne de Dieu, parce qu'il n'y a que ce temple qui soit capable de recevoir les impressions de sa sainteté et de son amour. Dieu, qui est un feu dévorant, ne peut être dans les âmes des justes, qu'en les purifiant de souillure Dieu, qui esl lumière, ne peut être en cil qu'en les éclairant : Dieu, qui esl charité ne peut elre en elles qu'en les enflammant d'amour : Dieu, qui est saint, ne peul \ être quen les sanctifiant et les consacrant. I ces différents dons rendent les âmes s| grandes, que si nous avions des veux pour les connaître, toutes les grandeurs du monde ne nous paraîtraient qu'un pur néant.
Il faut se représenter, pour concevoir le bonheur inestimable des jusles. qu'ils jouissenl de la lumière de Dieu, qu'ils entendent sa voix, comme ses amis, qu'ils s'élèvent Vers lui par les mouvements de leur amour, qu'ils possèdent les richesses ,ie sl grâce, qu'ils sont délivrés de la sen itude du démon, qu'ils sonl revêtus de l'innocence et qu'ils sont vivants de la vraie vie. qui est celle de la charité. Mais il faut passer encore plus avant pour concev oir quelque partie de leur grandeur, il laul dire qu'ils sont des rois, étant
assoi os à la royauté de Jésus-Christ, qu'ils
sonl les maîtres du monde, puisque toutes les ère, ,!„, -es »e sont plus que pour eux et se
im
L'ESPRIT DE MCQLE SUR LES VERITES DE LA RELIGION
rr.pportent à eux; qu'ils sont les enfants de Pieu, puisqu'il les adopte pour siens, en les unissant avec son Fils; qu'ils sont héritiers du paradis, puisque c'est l'héritage de Jésus- Christ, et que le droit leur en est donné par le gage du Saint-Esprit qu'ils ont reçu; qu'ils sont les temples de Dieu, puisque Dieu habite en eux et que le Saint-Esprit les anime, et enfin qu'ils sont les membres de Jésus-Christ par la participation de son esprit et par l'union qu'ils ont avec son corps même qu'ils reçoivent de la sainte eucharistie. Un chrétien qui est appelé à une telle dignité, a une raison bien puissante pour l'estimer et la conserver cl pour mépriser les choses du monde qui sont si viles et si méprisables.
Un juste connaît la justice et se nourrit de celle justice. 11 est rempli de sagesse, et celte sagesse lui fait goûter la volonté de Dieu, i'y fait trouver ses délices et la fait préférer û toutes les douceurs de la terre. 11 l'a toujours présente dans ses actions : elle lui marque ce qu'il doit faire et ce qu'il doit dire : elle le fait marcher dans des chemins étroits, parce qu'elle lui fait éviter de petits scandales et de secrètes recherches d'amourpropre, qui échappent à la connaissance des personnes peu éclairées. C'est ce qui fait qu'évitant beaucoup de fautes, il ne laisse pas d'en reconnaître beaucoup et de s'humilier parla multitude dont il se trouve coupable. Mais, quelque étroite que la lumière de la vérité rende la voie des justes, en leur faisant découvrir une infinité de volontés de Dieu qui leur retranchent quantité d'actions, et qui leur en prescrivent d'autres, la charité néanmoins qui les y engage, leur élargit cette voie, en leur y faisant trouver leur joie et leur paix. Si la lumière rétrécit leur voie, la charité dilate leur cœur, et ainsi elle les fait courir dans la voie des commandements. On doit donc concevoir qu'il n 'y a pas d'élat plus grand et plus estimable que celui d'un juste.