CHAPITRE XV
Des principaux devoirs de lu vie chrétienne.
§ 1. Du culte qui est dû à Dieu. — On doit le culte à Dieu, comme au souverain Être, et ce cullc consiste principalement dans l'adoration en esprit et en vérité , ce qui se fait par une adoration d'amour par laquelle on s'anéantit devant Dieu, en l'aimant. Car c'est l'amour qui fait la vérité du culte et de l'adoration, et sans amour, il n'y a que fausseté. La raison en est , que c'est par l'amour que laine se soumet à ce qu'elle regarde comme son souverain bien Or c'est cette soumission de 1 âme qui fait l'essentiel et la vérité de L'adofation. Sans celte soumission d'amour, tout le reste du culte ne saurait être qu'extérieur et judaïque. Il faut que ce culte soit intérieur, qu'il occupe le tond de nos cœurs cl que Dieu en soit le maître. Dieu ne veut point de devoirs purement extérieure. Les
nommes se contentent des dehors , parce qu'ils ne voient que le dehors; mais Dieu uni voit le fond tl< .-. ra?OTS, ne peut cire sali
fait que par les mouvements du cœur. Le culte intérieur produit nécessairement l'extérieur; mais l'extérieur ne naît pas toujours de l'intérieur. Le culte intérieur est l'essentiel, parce qu'il se répand naturellement au dehors, et que possédant le cœur, il se rend maître de toutes les actions extérieures qui en dépendent ; c'est ce qui paraît dans les prières, dans les louanges, dans les prosternements,dans les génuflexions et surtout dans le sacrifice anguste que l'on offre au Dieu vivant et éternel. Mais pour adorer Dieu dignement, il faut être humble de cœur ; car adorer, c'est estimer, révérer, aimer ce qu'on adore; c'est le mettre au-dessus de soi et lui donner la préférence ; et ce ne sont que les humbles de cœur qui peuvent le fairp.
Selon ce principe, on peut dire que Dieu a peu de véritables adorateurs ; car combien y en a-t-il peu qui préfèrent véritablement Dieu à toutes choses, qui tendent à lui comme à leur souverain bonheur, et qui ne reconnaissent pas l'éminence de sa grandeur infinie par un aveu stérile et tel que l'évidence de la vérité le tire des démons mêmes, mais par une préférence intérieure, par laquelle l'Ame se soumet à lui, comme à son principe et à sa fin ? Tous les amateurs du monde, tous ceux qui sont engagés en des passions criminelles, tous ceux qui sont dominés par quelque amour plus fort que celui de Dieu, tous ceux qui établissent leur félicité dans ce monde et dans les biens périssables, sont incapables d'adorer Dieu en cette manière; et bien loin d'être de véritables adorateurs, ils sont au contraire de véritables idolâtres, puisqu'ils se soumettent aux créatures, qu'ils les aiment comme leur fin, et qu'ils les préfèrent à Dieu.
Aimons donc Dieu si nous voulons l'adorer en chrétiens. Que tous les respects que nous lui rendons naissent de la charité; qu'il n'y ait rien dans nos sacrifices qui ne soit consumé sur l'autel de noire cœur par ce feu sacré. Mais pour l'aimer, il faut le connaître; il faut avoir quelque idée de sa grandeur et de sa beauté infinie, puisqu'on ne saurait «aimer ni adorer ce qu'on ne connaît pas. H faudrait donc que les chrétiens s'appliquassent davantage qu'ils ne font à connaître Dieu et à s'entretenir de ses perfections et de ses grandeurs; et quoiqu'ils ne doivent pas souhaiter de le voir dans ce monde, puisque ce n'en est pas le lieu, ils peuvent pourtant désirer d'en avoir une idée plus vive que celle qu'ils en ont d'ordinaire, afin que celle, idée leur découvrant d'une manière plus claire les grandeurs de Dieu, les aide à s'anéanlif et à s'abaisser avec un amour plein de respect sous celle souveraine majesté.
Dieu est adorable dans tout son être et dans toutes ses perfections : il est adorable dans toutes ses enivres. Nous devons adorer Dieu dans loul ce qu'il a fait à l'égard des créatures, dans tous les conseils de sa jus lice el de sa miséricorde sur lotis les hommes, ei principalement sur nous. Nous devons l'adorer datas l'aruM qu'il a
noire vie et «le notre mort, dans loua les accidents '!<• nuire vie, dans tous set desseins
sur nous ; car tous ses conseils sont éternel*, immuables, pleins de sagesse et de joflice. Enfin il faut adorer Dieu fait homme, qui est Jésus-Christ, dans toutes ses actions. Tout est divin en Jésus-Christ, et par COttsé quent digne de nos adorations. Or adorer Dieu, comme nous avons dit, c'est s'abaisser et s'anéantir en sa présence ; c'est le préférer à soi; c'est désirer son règne sur nous; c'est avouer que nous sommes à lui et pour lui , que nous lui appartenons par toutes sortes de droits, que c'est le comble de l'injustice de vouloir nous soustraire de sa dé^ pendance et vivre pour nous-mêmes; c'est le louer, c'est l'aimer, c'est l'admirer; et tous ces sentiments de l'âme composent tous ensemble cette adoration en esprit et en vérité que Dieu demande de nous.
C'est pour nous mettre à portée de remplir ce devoir qu'il y a des jours consacrés particulièrement au culte de Dieu, tels que sont les dimanches, les fêles et certaines solennités. Ces jours doivent être des jours d'une sainte joie, d'une application particulière à Dieu, d'une séparation plus grande du monde. C'est le temps de pratiquer le sabbat spirituel, non seulement par la cessation de tous péchés, mais en se donnant tout entier aux œuvres qui regardent directement le culte de D'eu, comme sont l'assistance au service divin à sa paroisse, les instructions, les prières, les lectures de piété et autres bonnes ouvres. Les solennités demandent de nous une pureté particulière, et doivent nous exciter à nous purifier avec plus de; soin et d'application. On doit y faire plus de bonnes œuvres et de prières, afin que Dieu soit loue, honoré, adore. Il faut aussi regarder nos temples, où la majesté de Dieu réside, comme des lieux de prière et d'adoration, et où il faut par conséquent être dans la modestie, le respect et le recueillement. Ainsi toutes les actions incompatibles avec ces dispositions sont défendues dans les églises; les entretiens ou d'affaires, ou de nouvelles, les rendez-vous et les parties qui s'y font, les regards vagabonds et déréglés, les égarements d'esprit volontaires, les pensées mêmes qui regardent les affaires domestiques, tout cela étant inalliable avec la prière et l'adoration de Dieu, profane la sainteté de ces lieux.
§ 2. De la parole de Dieu. — La science du saiut est celle qui nous apprend le chemin du ciel, la voie de la vie éternelle, la voie de la justice et la voie du royaume de Dieu. C'est elle qui nous apprend à surmonter les puissances des ténèbres et tout ce qui s'oppose à notre salut. En un mot, c'est celle qui nous enseigne à vivre et à mourir comme il faut et de la manière nécessaire pour être éternellement heureux. C'est proprement l'Ecriture sainte, qui est la parole de Dieu, qui nous enseigne celte science du salut L'Ecriture sainte n'est pas seulement une lettre que le l'ère céleste a adressée a tous 1> hommes, mais c'est une lettre que noire l'ère a écrite à chacun de nous en pajrticu
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lier; car elle est tellement commune à I que Dieu l'a destinée à l'instruction de< baque fidèle, qu'il l'a eue en \u.' en particulier, <t
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que C'est pour lui qu'il a lui écrire les infini, lions qu'elle contient. C'est donc une né- (gligence insupportable de ne daigner me ouvrir cette lettre de notn Père, ni
s'informer de ce qu'il nous v dit : el si i eux [qui feraient paraître ce dédain ,i l'égard de lia lettre d'un roi de la terre mériteraient d'être sévèrement punis, on peut juger dite que mérite le mépris que les hommi - font
de l'Ecriture, en négligeant de s'instruire
des vérités que Dieu nous y a fait annoncer. Mais ce n'est pas assez de l'ouvrir el de la lire; il faut y chercher ce que Dieu a voulu nous y apprendre, car elle est écrite p nr notre instruction et pour notre consolation [Rom. XV, W).
On doit avoir un respect particulier, non seulement pour les vérités de Dieu, mais aussi pour les paroles de l'Ecriture qui les renferment. Ainsi rien n'est plus avantageai aux chrétiens que de se rendre ces paroi' familières, et par la lecture, et par la méditation. On doit les regarder comme les instruments ordinaires de la sanctification des âmes et le canal ordinaire des lumières par lesquelles nous sommes sauvés. 11 faul servir de ces divines paroles pour purifier notre mémoire de toutes les idées vaines dont elle est remplie. 11 faut qu'elles soient le plus ordinaire objet de notre esprit, et que noire cœur ne cesse point de s'en nourrir. Ça été la pratique la plus universelle de tous les saints; et rien ne l'ail plus voir combien on s'est éloigné de la piété des premiers siècles que le peu d'application que l'on remarque présentement à ce saint exercice.
On veut des pratiques relevées, des oraisons passives et sans action, et l'on regarde presque comme uni» dévotion grossière de s'entretenir de la parole de Dieu et de la méditer jour et nuit. Cependant les sainls pères n'en ont point su d'autre, el il n'en ont point conseillé d'autre à ceux qu'ils ont conduits. Ils ont cru que c'était au Saint-Esprit à porter les âmes, quand il lui plait, à la contemplation ; mais ils n'ont point prescrit de règles et île méthodes pour les v élever. Toute leur spiritualité a consisté à les obliger de lire et de méditer sans cesse l'Ecriture sainte, el surtout les psaumes el le Nouveau Testament, et à chercher continuellement la nourriture de leur âme el les règles de leur conduite dans ces divines paroles. 11 faul la lire et l écouter avec plaisir et d'une manière qui nous fasse regarder comme un bonheur de l'écouter. H faul l'écouler en 1 aimant el en l'observant ; car 1 écouter ou la lire sans l'observer, ce n'est même pas l'ecouler; c'est la mépriser. Ces divines paroles nous sauveront ou nous condamneront.
Celui qui les aura reçues avec foi sera sauvé par ces paroles , el celui qui ne lei aura pu reçues en celte manière sera condamne, eu plutôt il l'st déjà condamne.
, (Test mal recevoir la parole de Dieu que de ne lui donner entrée que dausnosoicilb *