‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 283 sur 305 · MO · texte numérisé non relu

MO

1er sa conduite; ainsi il s'oppose aux miséricordes de Dieu sur lui, et il en tarit la source autant qu'il lui est possible. On peut voir à ce sujet ce qui a été dit sur la haine et la vengeance.

Comme ce n'est pas assez de ne point haïr ses ennemis, qu'il faut encore les aimer, ce ne serait pas les aimer comme il faut, si l'on conservait en soi du ressentiment; il- faut de plus être dans la disposition de leur pardonner, et c'est même une condition essentielle pour que Dieu nous pardonne nos offenses. Qu'est-ce que les offenses que les hommes peuvent commettre contre d'autres hommes, en comparaison de celles-là ? Elles ne regardent que de viles créatures, et ainsi ne sauraient être fort considérables. Elles ne peuvent être en fort grand nombre, parce que les hommes ne pensent pas longtemps à nous, et qu'ayant beaucoup de passions différentes, ils ne peuvent s'occuper longtemps et fréquemment de nous nuire. Souvent même elles ne sont pas réelles, et ne sont fondées que sur la témérité de nos jugements; car il n'y a rien de plus ordinaire que d'attribuer aux autres des pensées et des desseins qu'ils n'ont point eus, et de juger injustement d'eux, au mêniè temps que l'on se plaint de leurs jugements injustes. Souvent aussi, lorsqu'ils ont mauvaise opinion de nous, ce n'est ni par haine, ni par malice, mais par une simple prévention , et parce qu'ayant l'esprit borné, ils ont considéré certaines choses d'un biais qui ne nous était pas favorable. Or il n'est pas juste de prétendre qu'on doit être exempt de ces préventions à notre égard , puisque pour peu que nous nous fassions justice, nous devons reconnaître que nous n'en sommes pas exempts à l'égard des autres. Il en est de même des injures, des injustices et des mauvais traitements. Voilà la nature des choses que nous avons à pardonner aux autres, et nous devrions être ravis d'avoir à exercer envers eux cette petite miséricorde, pour reconnaître la miséricorde infinie que Dieu exerce envers nous. On peut dire même que les hommes ne nous font jamais d'injustice, quelque mauvais traitements qu'ils nous fassent, parce que, quoique leur volonté puisse être injuste, nous ne souffrons pourtant rien de leur part que nous ne méritions de souffrir. S'ils nous font certains reproches fans et calomnieux, ils ne nous en font pas une infinité d'autres qu'on pourrait nous faire avec vérité. Ils ne nous oient rien que nous ne méritions de perdre, et dont il ne soit utile d'être privés, si nous recevions cette privation de la main de Dieu, et non de celle des hommes. Pourquoi donc avons-nous de la peine à leur pardonner, puisqu'ils ne nous font réellement que du bien, et que s'ils y mêlent quelque injustice de leur part. c est un mal pour eux et non pas pour nous? La disposition où nous devons être à l'égard de ceux qui nous ont offensés, doit être sincère. On'doil rentrer d;ms le même degré intérieur de charité que nous avions pour eux. avant qu'ils ne nous eussent offensés : car si notre charité demeure plus faible et

moins agissante envers eux, c'est une marque qu'il reste en nous quelque chose du ressentiment de l'offense qu'ils nous ont faite. Nous devons reprendre à leur égard la même application que nous avions, ou que nous devions avoir à les servir, si nous sommes également en état de le faire. Il ne suffit donc pas de ne point leur faire de mal; il faut aussi leur faire du bien autant qu'on le peut, et c'est ce qu'emporte l'imitation de Dieu à notre égard, qui en est le modèle. Ainsi ceux qui ressentiraient des mouvements de ressentiment et d'aigreur, doivent craindre que la charité ne soit attaquée dans leur cœur, qu'elle n'y soit en danger et que ce cœur ne soit bien malade. Ils doivent travailler à se fortifier dans la charité, et demander sans cesse à Dieu qu'il leur fasse faire, par sa grâce , ce pardon avec plénitude , et qu'il retranche de leur cœur tout ce qui s'y oppose. § 8. Du support ou tolérance du prochain. — La charité que l'on doit avoir pour son prochain doit porter à tolérer ses défauts . C'est un précepte de porter les fardeaux les uns des autres, et de s'enlre-supporter (Gai., VI, 2; Ephés., IV, 2). Non seulement on a eu besoin de tolérance avant qu'on eût fait quelque progrès dans la piété, mais on en a toujours besoin : car il n'y a personne qui n'ait ses humeurs et ses fantaisies, et qui ne fasse souffrir les autres par quelque endroit. Nous sommes nous-mêmes obligés d'avoir de la tolérance pour nous-mêmes, de nous souffrir en paix et d'attendre avec patience que Dieu nous guérisse de certains défauts, et de ne pas nous impatienter de nos propres imperfections : à plus forte raison devons-nous avoir pour les autres les mêmes égards et la même tolérance. Pour s'établir dans cettedisposition , il est bon de se souvenir que nous avons eu besoin nous-mêmes qu'on nous supportât.

Cette tolérance est tellement nécessaire, que Dieu a voulu en faire un des principaux exercices de la vie chrétienne; car c'est pour cela qu'il permet que dans les plus saintes compagnies il se glisse des méchants, et qu'il a voulu qu'il y eût un disciple avare , voleur et traître dans la compagnie des apôtres : le dessein de Dieu étant que nous ayons partout des images de ce que nous sommes par nous-mêmes, des preuves de ce que nous devons à Dieu , des objets de notre charité et des sujets propres à exercer notre patience. Le moyen de souffrir avec moins de peine les défauts des autres, c'est, d'un côté, de bien connaître sa propre faiblesse, sa propre corruption, ses propres ténèbres, ses infidélités et son peu de fermeté pour le bien ; ce qui fait qu'on s'étonne et qu'on s'impatiente moins de trouver ces mêmes défauts dans les autres : c'est, de l'autre, de tâcher il élever son âme jusqu'au sanctuaire où Dieu règle, selon ses desseins éternels, les événements du monde, et fait même servit les péché* des hommes à l'exécution de ses conseils; car celui qui est ainsi élevé audessus des créatures, et qui n'est plus oc-

DEMONSTRATION ËVANGÉI IQl !

cupé <|iic de Dieu, t'inquiète el s'émeul peu ,i,. ce qui se passe dans ce monde , [iarcc qu'il Bail que Dieu en saura tirer sa gloire. Un chrétien dans cette disposition souffre en paix et avec patience les défauts el les lautis des autres ; il fait plus : il témoignée l es personnes le respect, l'estime et l'affection qu'il a pour elles , et s'excite même a en avoir ; car ce monde n'étant pas destiné à la punition des crimes, et les crimes n'étant pas encore incorrigibles, nous ne devons pas laisser de nous acquitter envers ceux qui sont dans un désordre actuel des devoirs de la société civile, de l'amitié humaine , et de la charité chrétienne. Nous devons, par ces dispositions, tacher de les attirer, essayer de leur gagner le cuuir, et de les disposer par là à revenir à eux-mêmes et à reconnaître la vérité.

Ce n'est pas assez pour conserver la paix, et avec soi-même, et avec les autres, de ne choquer personne ; il faut encore avoir une patience à l'épreuve de toutes sortes d'humeurs et de caprices. Il faut s'attendre qu'en vivant avec les hommes on y trouvera des humeurs fâcheuses, des gens qui se mettent en colère sans sujet, qui prendront les choses de travers, qui raisonneront mal, qui auront un ascendant plein de lierté , ou une complaisance basse et désagréable. Les uns seront passionnés, les autres trop froids. Les uns contrediront sans raison , d'autres ne pourront souffrir qu'on les contredise en rien. Les uns seront envieux et malins, d'autres insolents, pleins d'euxmêmes et sans égards pour les autres. On en trouvera qui croiront que tout leur est dû, et qui, ne faisant jamais réflexion sur la manière dont ils agissent envers les autres, ne laisseront pas d'en exiger des déférences excessives. Quelle espérance de vivre en repos, si tous ces défauts nous ébranlent, nous troublent, nous renversent et font sortir notre âme de son assiette ? 11 faut donc les souffrir avec patience et sans se troubler, si nous voulons posséder nos âmes : mais celte patience n'est pas une vertu bien commune.

Un des principaux moyens de L'acquérir, c'est de diminuer celle forte impression que les défauts des autres font sur nous, et considérer (pie les défauts étant aussi communs, c'est une sottise d'en être surpris et de ne pas s'y attendre : que quelque grands que soient les défauts que nous trouvons dans les autres, ils ne nuisent qu'à ceux qui les ont et ne nous fout aucun mal, a moins que nous n'en recevions volon— tairement l'impression : que nous ne devons pas seulement regarder les défauts des autres comme des maladies, mais aussi comme des maladies qui nous sont communes , car nous y sommes sujets tomme eux : il n'y a point de défauts dont nous ne soyons capables; et s'il y en a que nous n'ayons pas effectivement, nous en avons

peut-être de plus grands. Les défauts des

autres, si nous pouvions les regarder d'une

> ue tranquille et charitable, nous seraient

des instructions d'aotanl [dus utiles quo

nous en Mirions bien mieux la difformité des nôtres, dont 1 amour-propre noos Cache toujours une partie ; et pai la toute notre application se portant 1 nos propres défauts, nous en deviendrions beaucoup plus

disposés à Supporter ceux (les autres. Nous

retrancherions de nos actions foui ce qui

peut choquer les autres, n'y faisant paraître que ce qui peut gagner les écran I t vertu chrétienne aplanit toutes les inégale tés de nos humeurs, et en retranche toutes les rudesses ; elle e\ile la gécheresge en soi , la BOnffre dans les autres et y remédie même, autant qu'elle peut. Voilà le moyen de vivre en paix avec loul le inonde.

| '.). De la correction fraternelle. — La correction fraternelle est un devoir important dans la vie chrétienne. 11 est vrai néanmoins que tout le monde n'y est pas également propre ; car il y a des gens qui n'ont aucun talent pour faire impression sur l'esprit des autres par les corrections : il J en a qui n'ont point en eux le sel de la sagesse pour les assaisonner, et qui ne doivent pas s'j li :sarder , parce qu'ils n'ont point ass< prudence pour les faire comme il faut. Mais souvent, si ce n'est pas une faute de faire la correction au prochain, c'est une très-grande faule de s'être mis dans l'impuissance de le faire. On mène une vie de passion et d'intérêt : il parait , par toutes les actions, qu'on n'aime que soi-même : on n'a aucun soin de se corriger de ses défauts , et on rebute ceux qui nous avertissent. Qui doute que dans < el état on ne soit fort mal propre à corriger I s défauts d'autrui ? C'est donc une charité générale que nous devons à tous les chrétiens de vivre avec tant de modération, de bonlé et de désintéressement, que nous nous rendions par là capables de leur faire connaître leurs défauts dans les occasions que nous en aurons.

A l'égard des fautes que l'on doit reprendre dans les autres, il faut-du discernement. Les grandes fautes , les fautes de pure malice sont trop difficiles à guérir pour être exposées à la correction du commun des chrétiens: ce sont des plaies profondes qui demandent des médecins particuliers. Mais à l'égard d< s fautes d'ignorance el de surprise, de celles qui n'ont besoin que d'instruction, et qui subsistent dans ceux qui les Ont commises . avec une volonté si mère de suivre la vérité quand ils en seront instruits : la correction de ces fautes regarde , en quelque sorte, tous les chrétiens , sans qu'ils aient besoin pour cela d'engagement, ni de mission particulière. Car encore qu'il faille être spirituel pour s'en acquitter comme il faut . tous Isa chrétiens devraient élre dans un degré de vertu el de lumière spirituelle qui les en rendit capables. Ainsi l'on ne se doit pas croire exempt de faute de ce qu'on ne corrige point le prochain . lors même que . par un jugement véritable, on ne s'en croit pas capable; car soin eut celle incapacité vient du relâchement de noire vie, qui n'est pas assez édifiante pour faire impression sur l'esprit des autres pai nos paroles

L'ESPRIT DE NICOLE SUR LES VÉRITÉS DE LA RELIGION

Pour faire utilement la correction fraternelle , il faut observer certaines conditions. 11 faut user envers le prochain d'un certain ménagement pour ne pas irriter ses passions. II faut éviter d'exciter son aigreur par la dureté de nos paroles , sa colère par des exagérations , son orgueil par des marques de mépris. 11 ne faut pas l'accabler par une multitude de représentations qui lui ôtent l'espérance de pouvoir se corriger des défauts qu'on lui reproche. Il ne faut pas lui faire paraître qu'on est prévenu , de peur qu'on ne lui donne lieu de se défendre par là des défauts qu'on lui marque , et de n'attribuer nos avertissements qu'à notre prévention. Il ne faut pas qu'il y ait lieu de croire qu'où les lui donne par quelque intérêt, ou par quelque passion particulière, et enfin par un autre motif que par celui de son bien. 11 lui faut faire paraître au contraire , si l'on peut , qu'on est plus obligé qu'un autre à lui donner cet avis , afin qu'il ne semble pas qu'on s'y soit porté gratuitement et par un secret désir de l'incommoder et de lui déplaire. Enfin comme on a toujours divers défauts qui se présentent en foule à l'esprit de celui qu'on reprend, il faut que celui qui fait la correction l'accompagne de tant d'humilité, qu'il ne paraisse pas qu'il en prenne aucun ascendant sur celui qu'il reprend, ni qu'il se croie exempt des défauts qu'il se trouve obligé de reprendre dans les autres. Tout cela doit se pratiquer fort diversement, et les différentes qualités des personnes leur donnent droit de reprendre fort différemment. Un supérieur, un père de famille, un maître, un ami, un inférieur, une personne familière , une personne inconnue , doivent reprendre en des manières fort différentes. C'est surtout la prudence cl la charité qui doivent régler tout cela.

11 parait, par tous ces égards qu'on doit avoir, qu'il n'y a guère d'actions plus difficiles dans la vie chrétienne (pie celle qu'on appelle correction fraternelle, et chacun peut aisément s'en convaincre par le peu de bons effets qu'il en a tirés , quand il a voulu la pratiquer. La cause de cette difficulté est qu'il s'y agit de faire voir à des gens ce qu'ils ne veulent pas voir, et d'attaquer l'amourpropre dans ce qu'il a de plus cher cl de plus sensible , en quoi il ne cède jamais sans beaucoup de combat et de résistance. Il n'appartienl qu'à la grâce de dissiper ces ténèbres volontaires et de dompter cette révolte de l'esprit et du cœur. Il s'ensuit de là qu'on ne doit jamais reprendre personne , ni lui mettre des défauts devant les yeux , par humeur , par dépit, ni par aucun mouvement humain ; car outre que la correction est toujours maligne et choquante , quand elle est jointe à ces dispositions , on témoigne de plus par là qu'on se croit capable, par soi-même, de remédier aui maux spirituels du prochain ; ce <] vi i est une grande erreur , et pire d'ordinaire que la faute que l'on reprend. C'est pourquoi le principe que l'on doit avoir est que c'est à la charité, et non à la nature ,

d'entreprendre de faire la correction.

Tout cela fait voir qu'une personne qui n'est pas chargée , par un devoir particulier, de reprendre les autres et de les avertir de leurs défauts , ne doit s'y porter qu'avec beaucoup de précaution ; qu'elle ne doit jamais le faire avec promptitude et d'une manière qui surprenne celui qui est repris , et qu'ordinairement elle ne doit s'y porter qu'après en avoir consulté Dieu et ceux dont elle peut prendre conseil , et après avoir pensé aux voies et aux moyens propres pour y réussir. En agissant autrement , on se met en hasard de faire perdre aux autres la charité, sous prétexte de leur procurer la correction de quelque défaut. On augmente leur mal au lieu de le diminuer; on se met même en danger d'éteindre ou de diminuer en soimême la charité par les paroles aigres que l'on s'attire de la part de ceux que l'on reprend ; et l'on témoigne que ce qui a porté à cette correction n'est pas tant la charité ,

3 ni est toujours prudente, que quelque saillie humeur et d'impatience.

§ 10. Du bon exemple. — On doit le bon exemple au prochain. L'honneur de Dieu est intéressé à l'observation de ce précepte , qui ordonne non seulement de ne scandaliser pas le prochain par de mauvaises actions, mais de l'édifier par de bonnes : et la charité du prochain y est tellement attachée que l'on peut dire que c'en est la plus générale , la plus importante et la plus difficile partie. C'est la plus générale, parce qu'elle oblige toutes sortes de personnes, sans exception : les grands, les petits; les riches, les pauvres; les savants , les ignorants. Tout le monde n'est pas en état de faire l'aumône aux autres, parce qu'il y en a bien qui ne sont en état que de la recevoir eux-mêmes. Tous ne sont pas capables d'instruire le prochain par leurs paroles : mais il n'y a personne qui ne puisse l'édifier par de bonnes actions et le porter à glorifi r Dieu et à pratiquer la vertu. C'est une aumône spirituelle dont personne n'est incapable et dont on a toujours, quand on le veut, un trésor inépuisable.

Il est certain aussi que l'édification du prochain est la plus importante de toutes les œuvres de charité, parce que rien ne porte plus directement au mal que les mauvais exemples, et que rien n'attire plus fortement au bien que les bons. Les paroles cl les raisons p ment solliciter à l'un ou à l'autre ; mais l'exemple y entraîne par une force presque invincible : c'est un fleuve qui nous porte, un torrent qui nous entraîne. Ce fleuve est très-puissant pour le bien quand il s'y porte : il bannit entièrement certains vices ; il ôte toute la peine de certaines actions trèsdifficiles qui sont passées en coutume. Ainsi il ne faut pas douter que dans les premiers temps du christianisme, lorsqu'il n'y avait rien que d'édifiant dans la vie du commun des chrétiens, leur exemple n'ait autant Ben i qu'aucune autre chose à \ attirer les peuples.

Il est vrai que la pratique de ce devoir, dans toute sa perfection , est si difficile qu'on

peut dire qu'elle comprend le plus haut point de la vie chrétienne ; car pour ne point

DÉMONSTRATION ÊV MGÉJ loi i

scandaliser le prochain, non seulement il ne faut exposer aucun péché à ses yeux , mail il faul supprimer devant lui toutes ses humeurs et toutes ses passions. Les passions ont toujours quelque chose île contagieux : elles Impriment leur Image dans l'esprit de

CeUX qui les voient , el celle image en excile de semblables. Ainsi I édification du prochain demande qu'on paraisse toujours devant lui sans humeur, sans p;:ssi<in, et sans autre intérêt que celui de la justice. Elle demande aussi qu'on ne lui parle jamais qu'avec vérité et qu'on la lui rende aimable par la douceur. Elle demande encore qu'on lui fasse voir dans les actions de sa vie la pratique des règles qu'on lui propose, et qu'on ne se lasse' pas reprocher de parler d'une manière et d'agir d'une autre ; ce qui ne saurait se faire sans une vertu très-émincnle, dont il faut approcher le plus près que l'on peut.

Les bons exemples ont cet avantage de se répandre comme une odeur dans tous ceux qui en sont spectateurs , et d'être par cela même une instruction vivante , el qui de toutes les manières d'instruire est celle qui est la plus efficace et la plus générale, puisqu'elle appartient à tout le inonde. Ainsi personne n'est exempt de cette obligation de remplir la maison de Dieu de l'odeur de ses parfums , qui sont les bonnes actions , et personne ne peut dire qu'il n'en ait pas le moyen ; car il n'y a personne qui ne puisse édifier ceux qui le voient, par sa patience, par son humilité, par le règlement de ses paroles et de ses actions. La charité, quand elle est dans le cœur, esl un trésor inépuisable dé ces sortes de parfums ; et ce ne peut être que le défaut de charité qui nous mette dans l'impuissance de contribuer , en celle manière, à l'utilité de l'Eglise. 11 faut pour cela mener une vie réglée selon toutes lès lois ûe Dieu , et qu'il en paraisse dans les actions une exécution fidèle. Ce sont là les bons fruits que Dieu demande de nous , el qui ne manquent jamais d'édifier le prochain. Mais c'est en vain qu'on prétend contenter Dieu ou édifier les hommes , quand on manque à l'accomplissement de ses devoirs. Dieu a imprimé dans le cœur commun des hommes un discernement assez juste de la vraie \eriu, et quand ils suivent simplement la lumière qu'ils y trouvent, ils ne se laissent pas duire, et ils sont portés à suivre les bons exemples.

Quoiqu'on doive cacher ses vertus et ses bonnes actions, de peur de s'attirer l'estime des hommes , il esl cependant ordonné de briller devant les hommes par sa lumière, afin de les édifier et les porter à glorifier Dieu (Mal th., Y, 16 ). 11 y a des vertus qu'on doit tenir cachées ; mai - il \ en a qui sont des espèces de charité qu'on doit au prochain. Ainsi l'humilité est édifiante , parce qu'elle esl contraire à l'amour— propre. L'austérité esl édifiante, parce qu'elle enferme la haine de Sof-méme et la fuite du plaisir. La gravité «*st édifiante , parce que e'est la marque d une ame où la raison domine et qui nesl pas emportée par les saillies des passions

IttM

La modestie, soit dam les parole*, loJtdans les habits , est édifiante , parce que , esl h marque d'une âme en oui l'humilité el la pureté régnent. L'égalité a'espi it esl édifiante, pane que c'est une marque, ou que I esl exemple des passions, ou (lu moins quel e en est fort maîtresse. La douceur esl fiante, tant parce qu elle marque une âme tranquille , que parce qu'elle Bail pai qu'on aime ceux envers qui on I i qu'elle n'irrite point l'amour-propre du chain. La patience esl édifiante , parce quelle marque une âme soumise et résignée à la volonté de Dieu, qui ne s'estime pas indigne du châtiment de Dieu ou des hommes . mail qui s'y soumet humblement. Mais il n \ g rien de si édifiant que la charité, la COU sion pour le prochain et principalement pour ses ennemis, parce qu'il n \ a rien que les hommes aiment mieux que d être aimés . i I par conséquent rien ne donne plus d'entrée dans leur cœur que l'affection qu'on leur témoigne ; c'est particulièrement parcelle rertu que les premiers chrétiens ont surmonté et détruit le paganisme, et c'est parelle que l'on gagne les cœurs à Dieu.

§ 11. De lu vigilance chrétienne. — La \igilance chrétienne est un des moyens les plua propres pour la conduite de la vie, et des plus recommandés dans l'Ecriture sainte , pour pouvoir résister aux tentations qu'on éprouve continuellement; et c'est elle qui fournit des armes pour y résister. Ces armes consistent principalement en trois chos< s qu'elle nous découvre. Elle nous fail connaître d'abord les tentations , et elle nous donne lieu ainsi de regard* r les créatures , par lesquelles le diable veul nous attirer, non seulement en elles-mêmes , mais comme étant entre les mains du démon qui les empôur nous perdre. Elle nous lait voir qu'il s'en sert comme d'un poison pour nous donner la mort, comme dune épée pour nous percer le cœur, comme d'un feu pour nous embraser ; qu'ainsi quelques altrails qu'elles puissent avoir en elles-mêmes, elles doivent nous causer de l'horreur elant employées contre nous par ce cruel ennemi. F.lle nous montre ensuite qu'il n'y a que Dieu qui puisse nous secourir contre cet ennemi, el elle nous oblige par là à recourir continuellement à lui . de peur de tomber dans les pièges de notre ennemi: car c'est la vigilance qui tient nos yeux ouverts du mie de Dieu , comme c'est le sommeil el la négligence qui les ferme. Enfin elle nous tient attentifs aux vérités de foi , opjposé< » aux illusions du diable; car il ne nous représente pas les créatures telles qu'elles sont en ellesmêmes, il nous les fait voir au travers «les fausses opinions qui nous les t'ont paraître plus grandes et plus aimables qu'elles ne le sont en effet, et qui nous en cachent les défauts et tout ce (pu pourrait nous en diminuer l'estime et l'amour. Or c'est La foi qui détruit ces faussas opinions , non seulement par les ventes qu'elle nous enseigne, qui

nous apprennent le vrai prix ci le vrai usage des créatures, mais en nous découvrant

Page 1