L'ESPRIT DE NICOLE SUR LES
d'autres objets et d'autres biens dont la grandeur et la beauté nous rend toutes les créatures méprisables.
Par là il est clair que veiller, c'est avoir les yeux de l'esprit ouverts à la lumière éternelle qui nous découvre les objets de l'autre vie, c'est-à-dire Dieu, l'enfer, le paradis , l'éternité, l'usage que nous devons faire des créatures pour nous sauver, l'usage que le diable en fait pour nous perdre , les fins de Dieu en nous les donnant, les desseins du diable en nous les présentant, les obligations où elles nous mettent de louer, de remercier et de prier Dieu. Or, comme ceux qui veillent n'ont pas seulement les yeux ouverts pour découvrir les objets qui se présentent, mais aussi les oreilles pour entendre ce qu'on veut leur dire ; veiller selon l'esprit, c'est aussi avoir les oreilles du cœur attentives à la voix • de Dieu et écouter tout ce qu'il nous dit par lui-même, par les créatures et par tous les objets tant spirituels que corporels que notre esprit peut concevoir; car Dieu nous parle par toutes ces choses , et il n'y a que notre surdité qui nous empêche de l'entendre ; c'est l'idée que nous devons avoir de la vigilance chrétienne. Mais il faut la mettre en pratique et s'exercer en la présence de Dieu en concevant que Dieu remplit, soutient, meut, conduit le monde visible , qu'il nous parle par toutes les créatures , qu'il est la règle unique et inviolable de nos actions et qu'il peut seul nous défendre des tentations qu'elles nous causent, et à s'accoutumer ainsi à ne voir plus ces créatures , sans voir en même temps en elles et par elles celui auquel elles ont un rapport si intime et si essentiel.
§ 12. Du bon emploi du temps. — Une personne qui veut faire un bon usage du temps , c'est-à-dire de ce qu'il y a de plus précieux, doit prendre pour première règle de sa conduite, de ne pas vivre au hasard et de ne pas se laisser emporter sans réflexion par les objets qui se présentent à ses sens et qui frappent son imagination , mais de vivre de dessein et par raison, de se conduire en toutes choses par la lumière de la vérité, et de ne rien faire sans intelligence. Dieu ne nous a donné le temps que pour l'employer à son service et à acquérir l'éternité bienheureuse; c'est ce qui doit nous engager à en faire un usage légitime, en l'employant à de bonnes œuvres. Le temps de la jeunesse est un temps très -favorable pour opérer son salut; et l'accroissement de l'âge, et surtout la vieillesse, y apportent de grands obstacles. Celuilà est heureux qui a porté le joug du Seigneur dès sa jeunesse (tcanent., 111,27): car il surmonte sans peine mille difficultés qui s'augmentent dans la suite de l'âge et deviennent comme invincibles. Il évite les mauvaises habitudes dont on ne se délivre qu'avec des violences extrêmes. Il plie sou esprit et son corps à l'obéissance de la loi de Dieu, au lieu que la vio déréglée , et même la vie «le fantaisie, remplissent l'esprit d'une infinité de fausses idées il <!>• faux jugements, qui étanl souventréitérés , deviennent en quelque sorte.