VÉRITÉS DE LA RELIGION
invariables, parce que l'esprit n'.y fait plus de réflexion , qu'il les suppose vrais sans les examiner, que l'âme s'endurcit et devient en quelque sorte inflexible, et que si elle conçoit quelquefois le dessein de se corriger, elle retombe dans sa manière d'agir ordinaire par la pente violente qui l'y entraîne, et de là vient qu'on emploie si mal son temps.
Un chrétien qui vit de la foi a soin de faire un bon usage du temps ; il s'en sert pour acquérir des richesses infinies pour l'autre vie; il met une infinité de trésors en dépôt entre les mains de Dieu, qui les luïrendra au jour qu'il rendra à chacun selon ses œuvres. Il faut donc se hâter de bien user du temps , et nous servir de toutes les occasions d'avancer dans la vertu, de nous instruire de nos devoirs, de nous enraciner dans la charité, parce que les jours sont mauvais, que les secours spirituels que Dieu nous donne nous sont souvent soustraits, et que nous sommes souvent obligés de vivre de ce que nous avions amassé par le passé ; et cet avertissement est si important qu'on peut dire avec vérité que la plupart du monde périt pour ne l'avoir pas observé, c'est-à-dire pour n'avoir pas usé des occasions favorables que Dieu leur avait données pour avancer dans la vertu. Si l'on avait eu soin de mortifier ses passions dans les occasions qui se sont présentées, on ne tomberait pas comme on fait souvent dans des fautes, des faiblesses et une multitude de besoins qui rendent incapable d'une vie réglée.
Il est certain que l'on perd son temps en une infinité de manières. Ce temps est perdu ; il faut gémir de cette perte , mais il faut tâcher de le racheter. La vie est si courte et si pleine de nécessités incommodes, qu'il reste toujours bien peu de temps à employer aux besoins de son âme. Que si l'on se le laisse encore ravir, ou par les embarras, ou par des amusements volontaires, il est impossible de penser sérieusement à son salut. L'unique moyen d'éviter ce terrible inconvénient est de racheter le temps. Il faut racheter le temps, non seulement en renonçant aux amusements inutiles, mais en souffrant même des pertes temporelles pour nous procurer du repos. Acheter, c'est donner quelque chose pour en avoir une autre. Racheter le temps, c'est donc donner quelque chose pour se procurer du temps. Dieu veut que nous rachetions un bien si précieux que celui-là , et il est juste que notre salut nous coûte quelque chose ; mais la plupart des hommes sont si aveugles sur cela , qu'il leur semble qu'ils n'ont rien à faire lorsqu'ils n'ont qu'à penser à leur salut. Mais s'ils avaient tant soit peu de lumière , ils verraient qu'ils ont une infinité de choses à Taire dans la retraite la moins occupée. Ils ont à louer Dieu de tout ce qu'il est en luimême ; ils ont à admirer sa providence dans tous les événements du monde ; ils ont à le remercier de tous les biens qu'ils en ont reçus; ils ont a travaillera connaître toutes les blessures qu'ils ont reçues dans le commerce
DEMONSTRATION l\ ANGELIQUE
du monde ; ils oui à les guérir doucement par la séparation de tout ce qui pourrait les
aigrir ; ils ont à se mortifier dans loutei leurs passions cl à se fortifier contre toutes leurs faiblesses : ils ont à ralentir l'impression «les objets de leurs passions, en appliquant leur esprit à (les objets saints et innocents ; ils ont à se nourrir de la vérité et à réformer une infinité de faux principes qu'ils ont dans l'esprit. Savoir vivre en repos est une des plus uliles sciences du inonde, mais c'est aussi l'une des plus rares. L'esprit humain ne se plaît que dans l'agitation et dans le tumulte, qui l'empêche non seulement de racheter le temps, mais de le sentir. 11 faut de plus s'assujettir à un règlement de vie , et c'est ce dont on va parler dans l'article suivant.
§ 13. Du règlement de vie. — Le principal exercice d'un chrétien qui se dispose à passer sa journée chrétiennement est de pré voir, autant qu'il peut, toutes les actions qu'il doit y faire, de les régler par les maximes de l'Evangile, et de ne s'y porter que pour observer ces divines lois. Mais il ne suffit pas de les consulter une fois le jour ; il faut renouveler ce regard vers la loi de Dieu , au moins à toutes les actions qui dépendent de quelque nouvelle règle, à laquelle nous n'avons pas fait une attention expresse. Ainsi nous ne devons former aucun dessein nouveau , ni entrer dans aucune proposition sans avoir consulte la règle de nos devoirs, et sans avoir demandé à Dieu la grâce de connaître ce que nous devons faire en cette rencontre ; et cela ne doit pas seulement s'entendre des grands desseins et des engagements importants qui sont rares, mais de tous les petits engagements qui se présentent et de toutes les petites affaires où nous prenons part. 11 ne faut pas seulement considérer comment il faut faire les choses, mais s'il faut les faire; et pour examiner ce point, il ne faut pas avoir tant d'égard à la justice et à la bonté des choses en elles-mêmes , qu'au devoir particulier qui nous y engage.
11 est facile à chacun de partager son temps en prières , en lectures et en travail. On doit , par exemple, se prescrire un certain nombre de prières, en se souvenant d'en faire toujours quelques-unes en particulier pour demander à Dieu la grâce d'être délivré de certains défauts el soutenu dans certaines tentations. Si l'on veut méditer, il n'y a qu'à prendre un psaume et le réciter lentement. La lecture , ou de l'Evangile , ou de quelque autre livre de piété, qui soit faite en s'arrèlant de temps en temps pour penser à ce qu'on lit, et pour demander à Dieu qu'il l'imprime dans notre cœur ; l'exposition simple que l'on fait à Dieu de ses misères et de ses défauts ; la prévision et la disposition de ses actions faites en vue de Dieu , tout cela servira de méditation, sans se fatiguer beaucoup.
On doit choisir les li\res par deux motifs ; savoir: pour s'instruire et pour s'élever à Dieu, et pour se <li\ erlir .saintement cl utilement. 11 y en a une infinité de ce secoud
genre, dont les principaui sont l'histoire ecclésiastique el les histoires des saints. Qa j a-t-il de plus capable «le satisfaire l'esprit d'une personne raisonnable, quede voir •le quelle sorte Dieu a conduit son Eglise , comme il a \oulu qu'elle fût toujours attaquée 'i toujours victorieuse ? Qu) a-t-il de plus admirable que «le voir dans la vie de tous les saints, que Dieu a suscites de temps en temps dans l'Lglise , ce caractère général d'avoir beaucoup aimé la gloire de Dieu et le salut des hommes et de m; s'être point aimes eux-mêmes? Comment pourrait-on ne pas prendre plaisir à lire la vie des personnes qui nous voient, qui nous aiment, < t qui sont prêtes d'offrir à Dieu tous fis bons désirs que nous aurons en lisant leur rieî
Pour le travail, chacun doit le proportionner à son étal el au temps qu'il peut y employer; mais rien ne contribue plus au repos et au. bonheur de la vie que de savoir s \ divertir et y passer, sans ennui et utilement, autant de temps que l'on veut el qu'il est nécessaire. Le travail a son avantage, sans parler de l'intérêt qu'on peut \ avoir; il sert infiniment à éviter bien des e mils, en nous rendant indépendants des compagnies, des entretiens, des visites, des divertissements du monde; en nous donnant moyen d'éviter les spectacles et les discours dangereux qui laissent dans lame des impressions fâcheuses ; en nous délivrant de la nécessité de quantité d'engagements où la plupart du monde ne se précipite que parce qu'il ne saurait s'occuper du travail et qu'il s'ennuie. Mais il n'y a qu'à se résoudre a essuyer peu à peu et par degrés quelque petit ennui, et de se séparer des objets qui dissipent et ébranlent beaucoup l'esprit ; et l'on verra que peu à peu l'esprit s'accoutume à la retraite, qu'il se passe aisément des occupalions du monde, qui ne divertissent pas tant l'esprit qu'elles le dérèglent.
Le règlement de vie doit aller aussi à retrancher peu à peu les inutilités des visites actives el passives, et des conversations de pure civilité. Il faut se vider l'esprit des nouvelles inutiles, des actions d'aulrui dont on n'est point chargé : car c'est l'habitude que l'on contracte à nourrir son espril de ces objets qui fait qu'il ne peut subsister en ne se nourrissant que de ceux que la retraite peut lui fournir; et généralement il faut renoncer â loul ce qui dissipe trop notre esprit, qui le fail sortir de son assiette, qui le rend évapore, qui le remplit d'idées et de pensées confuses et tuniuiluaircs. 11 faut s'accoutumera se faire au milieu des compagnies mêmes une retraite intérieure, dans laquelle on entrât le plus souvent que Ion pourrait, soit pour > consulter Dieu sur ce que l'on voit et que Ton entend, soit pour lui demander son secours dans les choses dont nous sommes émus . soit pour lui exposer nos misères et nos besoins.
Il faut de plus s'appliquera régler certaines nécessités suspectes 1 1 qui n • naissent que de notre faiblesse. On doit mettre de ce genre une bomie partie des visites et do entretiens
L'ESPRIT DE NICOLE SUR LES VÉRITÉS DE LA RELIGION
du monde, certaines lectures où il y a plus de curiosité que d'utilité, certains divertissements , certaines parties , certains amusements. Si l'on est encore trop faible pour renoncer à tout cela tout d'un coup , il faut au moins se séparer d'abord de ce qu'il y a de plus dangereux. Il faut éviter, par exemple, les conversations toutes mondaines qui remplissent l'esprit de l'amour du monde, comme on évite un air contagieux. Il faut éviter celles où la médisance règne, où l'on apprend des nouvelles qu'il est utile de ne pas savoir et qu'il n'est pas permis de redire ; celles où le libertinage se mêle , qui diminuent l'horreur des vices, où l'on tourne la vertu en ridicule, où l'on fait galanterie de se mettre au-dessus de beaucoup de devoirs de la vie chrétienne et où l'on n'excepte quo les vices honteux. Tout cela n'est bon qu'à endurcir le cœur et à le disposer par là au péché. Que si l'on ne renonce pas tout d'un coup à toutes les autres qui ne nuisent que par leur inutilité et par un vain amusement, il faut au moins avoir dessein de s'en séparer peu à peu , et de se fortifier contre cette faiblesse : car ce sont des épines qui empêchent l'accroissement de l'amour de Dieu, qui rendent nos prières tièdes, et qui répandent un certain dégoût sur les exercices de piété.
L'attention à faire la volonté de Dieu nous maintient dans une vie réglée, égale et uniforme, etnous fait pratiquer avec fidélité les mêmes exercices dans les mêmes temps ; car si nous avons pour but de suivre Dieu , nous jugerons avec raison que nous nous rendons plus conformes à sa volonté en suivant un ordre établi dans les choses indifférentes, qu'en le quittant par inclination et par fantaisie. Moins nous avons de part aux choses, et plus nous avons sujet de croire que c'est Dieu que nous suivons en les faisant ; et celles qui sont d'elles-mêmes égales et indifférentes deviennent inégales et différentes, lorsqu'on y ajoute celte raison d'uniformité dans les mêmes exercices.
§ 14. De la retraite. — Il est constant que la retraite est nécessaire à tout chrétien qui veut faire son salut. Mais faut-il pour cela rompre avec les hommes et se cacher dans une solitude inconnue? Une retraite entière n'est ni possible, ni utile à tout le monde. Il y en a bien qui y trouveraient des tentations encore plus dangereuses que celles que l'on trouve dans le monde, parce que Dieu ne les y appelle pas; et la charité même n'auloriscrait pas toujours ce dessein. Que deviendrait le monde, si tous les gens de bien s'en séparaient? Kl quelle espérance de salut y resterait-il, puisque les vrais chrétiens étant la lumière du monde (Matth., V, 14, 16), selon L'Evangile, il n'y aurait plus que des ténèbres épaisses, s'ils se portaient tous à s'en retirer? Il y en a donc qui peuvent et qui doivent même demeurer dans ce commerce du monde. Il y en a qui y sont attachés par des liens qu'il ne leur est pas permis de rompre, il v en a qui n'ont pas la force de s'en séparer; mais ce qui est certain
sentiments faux et corrompus qui sont mê lés dans la plupart des discours des hommes, et par leurs mauvais exemples. Il faut donc allier nécessairement ces deux choses , si l'on ne veut pas périr en demeurant dans le monde : la chose est bien difficile, mais elle n'est pas impossible.
La retraite est nécessaire pour résister aux tentations. C'est par là que l'on sépare l'âme du commerce des hommes, qui fait entrer dans nos esprits l'image de leurs pensées el de leurs mouvements , et on lui donne lieu de s'appliquer aux vérités qui en découvrent l'illusion et aux objets auxquels elle doit s'attacher. L'amour des créatures naît des idées que nous en avons ; et comme ces idées se renouvellent et deviennent plus fortes en s'y appliquant , elles s'affaiblissent et s eftacent en cessant de les renouveler et en appliquant lame à d'autres objets : car la capacité de l'âme est étroite cl bornée en cette vie ; peu de choses suffisent pour la remplir. Ainsi l'application aux objets du monde bannit le souvenir de Dieu, et en s'appliquant au contraire aux vérités de Dieu, on affaiblit l'idée des choses du mondée 11 faut vider le cœur pour le remplir; et rien n'est plus propre à le vider que la retraite. C'est un grand bien que de pouvoir s'en procurer une réelle; mais ceux qui sont dans l'impuissance de le faire doivent y remédier, en se faisant au moins une retraite dans leur cœur parmi le tumulte des affaires. Si l'on ne peut éviter de s'occuper des affaires , il faut éviter de s'y plonger c'esl-à-dire, d'y mettre tout son esprit et tout son cœur. 11 faut toujours faire eiusorte que Dieu demeure le maître de notre cœur. Si l'on peut vivre de celte sorte dans le monde, à la bonne heure. Si l'on peut y posséder son âme, travailler à la mortification de ses passions , adorer, prier et écouter Jésus-Christ , je n'ai rien à dire. H est vrai que cela est difficile, et c'est ce qui fait la difficulté de se sauver dans le monde, parce qu'il est nécessaire de faire de grands efforts pour se séparer de l'application aux créatures et pour s'appliquer à Dieu : or peu de personnes ont celle force , et il est bien plus aisé de se séparer entièrement que de vivre dans celle violence continuelle.
La plupart du monde aurait donc besoin de se séparer de ses affaires, ou en tout , ou en partie ; mais c'est à quoi toutes les passions et tous les intérêts s'opposent : on se justifie même sur ce que ces emplois sont permis d'eux-mêmes et n'ont rien qu'on puisse condamner ; cependant tous ces emplois, avec les occupations qu'ils attirent, étant joints avec les dispositions d'une Ame malade, languissante, pleine de plaies el de passions, sans lumières, sans force pour résister aux tentations, sont souvent d'étranges obslaclcs au saint. (Test ce qui produit d'étranges embarras dans les conseils que l'on peut donner à ces personnes. On ne sait à quoi on doit 1 o
i orter. Elles sonl trop faibles pour suivre Tans de renoncer absolument & leurs emplois, el eues sont .encore trop faibles pour vivre dans ces emplois d'une manière chrétienne et qui puisse contribuer à la guérison de Ictus .unes. Ainsi un les abandonne ordinairement a elles-mêmes ; et ce qui en arrive, est qu'elles ne guérissent pas, etquainsi elless sont exclues du royaume de Dieu. Il s'ensuit de tout cela qu il laul toujours se procurer une retraite pour faire son salut, parce que c'est la nue Dieu parle au cœur el que c'est un moyen de se sanctifier.
g lo. De l'aumône. -L'amour du prochain est la source de l'aumône. En effet, quand on aime son prochain, peut-on le voir dans la nécessite et ne pas l'assister ? Et c'est surtout es riches qui sont dans L'obligation de faire 1 aumône, a proportion du bien que Dieu a donne a chacun. 11 faut bien concevoir que non seulement nous n'avons aucun droit réel sur les hiens du monde, parce qu'étant toujours essentiellement à Dieu, ils ne peuvent jamais appartenir aux créatures, mais que nous sommes aussi bornes par les lois de Uieu dans l'usage de ces biens : car il ne faut pas s imaginer que Dieu nous les donne pour en disposer comme nous voudrons. 11 est trop juste pour en avoir fait une distribution si inégale. Ces biens étant des moyens destinés par la Providence à la subsistance des hommes, il n'en donne à quelques-uns plus qu'il ne leur en faut que pour les distribuer aux autres. Un riche, comme riche, n'est donc qu un simple dispensateur des biens de Dieu ; et dans celte dispensation même il ne lui est pas permis de se conduire par ses caprices et ses fantaisies. 11 faut qu'il ait égard aux nécessites du prochain, aux engagements de la Providence et , en un mot , à l'ordre de la charité.
On doit donner aux pauvres son superflu, et c est sur quoi on forme bien des difficultés, chacun croyant n'avoir rien de superflu. Combien y en a-t-il qui se font des nécessités, et qui croient qu'il suffit d'avoir du bien pour le dépenser à ce que l'on veut ?mais tout cela n est qu une pure illusion. Dieu ne rend personne maître de son superflu, parce qu'il ne peut permettre à personne de jouir des créatures pour elles-mêmes. 11 ne reconnaît point ces nécessités imaginaires qui n'ont leur source que dans la vanité, la curiosité ou dans l'amour du plaisir, il est vrai quVm trouvera peu de personnes qui aient du superflu, si i on a égard à ce que la coutume, la délicatesse et les passions du monde ont renferme "ans les nécessités de L'étal el de la condition : mais on ne le peut pas dire, sron retranche ne ce qui passe pour nécessaire tout ce que 1 aniour de la pénitence, de l'humilité et de la pau\ rele en doit faire retrancher. Si on garde, par exemple, une exacte modestie dans ses meubles, dans ses babils, dans son train, ".-«us sa table et beaucoup d'autres choses : cest par ces retranchements qu'on trouvera ou superflu, et c'est le défaut de ces retran ' 'cmenls qu on ne veut point faire qui fait quon no trouve point, et c'esl surtoul le
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duser beaucoup davantage des eréato elles leur servent d'occasion de s j alla Les nécessités des pauvres sont au contraire plus resserrées : ils s'accoutument à se passer de bien des choses qui p saires aux riches, el parcelle habitude ils s en détachent. On ne peut pas même dire qu ils soient privés de l'avantage qu'ont riches d exercer la libéralité el la charité. • pourvu que les pauvres la pratiquent a | i portion de leur peu de bien. Dieu ne compte pas pour moins leurs petites œuvres de charité que les plus grandes aumé riches ; et quand ils n'en feraient aucune, Dieu J ur tiendra compte de loutes celles don! il i ?rra dans leur cœur une volonté sincère Ils i»e sont donc prives que d l'éclat des aumônes el de la satisfaction humaine qu'on peut trouver dans l'approbation qu'elles attirent et dans la reconnaissance de ceux à qui on les fait, c'est-à-dire qu'ils ne sont prives que de ce qui ordinairement en peut faire perdre le fruit. D'ailleurs s ils ne peuvent point donner de leur bien, ils peuv ent et doivent y substituer d'autres œuvres de charité et ce miséricorde.
Il y a un avantage considérable à faire l'aumône. Quiconque fait la charité reçoit inliniment plus de Dieu qu'il ne donne au prochain. Il ne donne que des biens temporels. des biens qui ne sont point à lui, et qu il n'a reçus que pour les donner, li ne fait que rendre proprement ce qu'il doit. Mais il reçoit de Dieu un présent inestimable que Dieu ne lui devait point, un présent qui de soi-même esl éternel, et dont il peut jouir à jamais. Dieu lui tait 1 honneur de l'associer aux soins charitables qui! a de ses créatures, et de le rendre 1 instrument de sa providence en vers elles. II lui met entre les mains le rachat de ses pèches et le prix de son royaume; et il le lui met gratuitement, sans qu'il ait aucun droit à une si grande grâce. Qui ne voil que les murmures et les difficultés qu'on fait paraître en pratiquant la charité ne viennent que de ce qu on n'est pas assez pénétré de ces ventes J Car si on en était touche comme on le devrait, on regarderait les pauvres comme les occasions qui nous ont adiré les grâces de Dieu ; on croirait leur avoir une extrême obligation. Ainsi bien loin de pratiquer durement a charité envers eux. on la pratiquerait avec humilité, avec reconnaissance. a?ec amour et avec joie.
Il y a des règles à suivre dans la pratique le I aumône. On doit ne donner en aumôjes que ce qui est à soi. et ce dont on peut Usposer avec justice, et l'on doit préférer d acquitter ses dettes avant que de i les charités. Il j a des aumônes qu'il suffit
L'ESPRIT DE NICOLE SUR LES VÉIUTÉS DE LA RELIGION
de faire à ceux qui nous les demandent ; mais il y en a d'autres où il faut prévenir ceux à qui on les doit faire, comme sont les pauvres honteux. On doit préférer les pauvres qui sont dans un plus grand besoin, les infirmes et les impotents, et surtout les bons pauvres et ceux que saint Paul appelle les domestiques de la foi (Gai., VI, 10). 11 faut préférer les plus grandes nécessités à celles qui sont moins pressantes. Dans les grandes nécessités, on ne doit pas se contenter de donner de -son superflu ; il faut donner même de son nécessaire d'état. Il ne faut pa9 se contenter d'assister une fois ceux qui sont dans le besoin : car si le besoin se renouvelle, nous sommes obligés de donner le même secours. .La charité intérieure est une dette perpétuelle ; elle ne lient jamais entièrement quiN tes ceux qui sont obligés de satisfaire aux devoirs auxquels elle engage.
§ 16. Du jeûne. — Il y a un jeûne naturel et général qui est fondé sur l'amour réglé de nous-mêmes, et que Dieu commande. Nous devons toujours nous mettre dans l'esprit que nous sommes malades, et que notre devoir est de nous guérir, et que c'est pour cela juc la vie nous est donnée. Ce doit être notre principale occupation ; et si l'on nous demandait ce que nous avons à faire en ce monde, nous ne pourrions répondre plus juste qu'en disant que nous avons à nous y guérir. Dieu nous a ressuscites par le baptême ou par la pénitence : mais la grâce de l'un ou de l'autre sacrement nous laisse encore infirmes et languissants; et celui qui néglige celte infirmité qui reste, celui qui ne travaille pas à se fortifier, retombe infailliblement dans la mort. Cette maladie qui reste à i homme, lors même qu'il a recouvré la vie, consiste dans une pente violente vers les biens créés, qui est ce qu'on appelle la concupiscence. Il faut donc détruire et diminuer cette inclination par la séparation et la privation des créatures ; c'en est le principal remède. Qui aime le plaisir doit se priver du plaisir : qui aime les richesses et les honneurs doit se priver des richesses et des honneurs. Cette séparation en affaiblit les idées; elle en dégage l'âme, elle lui donne lieu de s'attacher à d'autres objets; et il n'y a point en cela d'acception de sexe, d'état cl de conditions. Comme on ne dit pas qu'un prince, qu'une dame de condition qui a la lièvre n'a pas besoin de remèdes, parce que c'est un prince OU une dame de qualité ; on ne doit point dire aussi que ces personnes étant malades dans l'âme par l'amour des créatures, puissent s'exempter sur leur condition de la mortification qui est le remède de cette maladie.
Ce devoir devient encore plus pressant et plus nécessaire par une autre raison. C'est que nous avons l'ail tous une infinité de Fautes par l'amour des bie is ■ réés, et ainsi nous devons les réparer en nous en privant. Ces fautes nous obligent à la pénitence, et il n'y a point de pénitence sans un désir sincère iu s faire à la justice de Dieu d'une manière proportionnée à nos péchés. Or il n'y ni a point de plus proportionnée que de pu-
nir par la privation des créatures les péchés, commis dans la jouissance des créatures. Ainsi le jeûne général qui consiste dans cette privation est nécessaire à l'homme, et comme satisfaction pour les péchés passés, et comme remède aux faiblesses qui lui en restent par les habitudes vicieuses qu'il a contractées.
Qu'on ne dise pas qu'on est bien obligé en général de satisfaire à Dieu, mais qu'il ne s'ensuit pas qu'on doive le faire de telle et telle manière ; car il est bien vrai qu'on peut satisfaire à Dieu par une pénitence d'un autre genre pour des péchés qui n'y ont aucun rapport, lorsque c'est l'impuissance qui nous y réduit; mais lorsque les forces ne manquent point, on ne peut avoir une volonté sincère de remédier à une passion, si on ne veut pas employer les moyens propres pour affaiblir celle passion, celui qui est malade d'intempérance, ne guérira jamais que par des actions contraires à l'intempérance. Celui qui est malade de l'amour de l'argent, ne guérira jamais que par des actions de libéralité et par des aumônes. Chacun est donc obligé de mortifier ses passions ; car il ne nous est pas permis dedemeurer volontairement dans celle maladie, et de ne faire aucun effort pour la diminuer.
Le jeûne ecclésiastique que l'Eglise nous impose dans certains temps de l'année, n'est qu'une détermination et un moyen d'observer plus facilement le jeûne général que la loi naturelle nous prescrit. 11 ne regarde en particulier qu'une espèce de jeûne qui est celui des aliments; mais l'Eglise ne nous le prescrit qu'afin de nous engager par là dans ce jeûne général qui consiste à nous séparer de tous les objets de nos passions. On peut dire même que c'est une espèce de remède général ; car le jeûne des aliments affaiblit les passions. 11 prépare l'âme à la prière, car il la dégage du poids du corps qui appesantit l'âme. Bien loin donc de nous plaindre de ce précepte de l'Eglise, nous devons être touchés de sa charité. Elle ne nous l'impose pas pour nous charger d'un nouveau joug; mais c'est au contraire pour nous soulager dans l'obligation indispensable que nous avons de nous séparer des objets de nos attaches. El celte obligation indispensable mémo n'est point un joug qui nous rende malheureux, puisqu'elle n'est fondée au contraire que sur ce que nous sommes obligés d'éviter notre malheur éternel et de nous procurer un véritable bonheur. L'amour du monde, c'est-à-dire des plaisirs, des richesses, des honneurs , esl la grande misère des hommes. Ils ne sont donc obligés d'en jeûner et de s'en séparer, que parce qu'ils sont obligés de rétablir leur âme dans l'étal heureux dont elle esl déchue. Le temps de carême surtout esl un temps favorable pour cela; < 'esl un moyen de fléchir la miséricorde de Dieu, cl il faut en user dans l'esprit de componction et de pénitence.
Cependant il n'y a rien de plus mal observe* que les jeûnes prescrits par l'Eglise, et la plus grande partie (les chrétiens s'en exemple tous de i ainp prétextes, maglré la condescendance.