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de l'Eglise qui les a si fort modérés : car anciennement que les fidèles avaient de la ferveur, ils ne prenaient leur unique repai que vers le soir ; ils s'abstenaient de vin, de liqueurs, d'huile, de poisson et de plusieurs autres aliments par esprit de pénitence ; au lieu qu'aujourd'hui on permet tout cela, et on accorde de plus un petit repas sur le soir, qu'on appelle collation, parce qu'on a avancé peu à peu le dîner vers midi. Ainsi la règle qu'il faut suivre, c'est de ne faire toujours qu'un seul repas suffisant, et se contenter, vers le soir, d'une légère collation. On doit éviter de prendre quoi que ce soit hors du repas, pas même de l'eau , ce qui romprait le jeûne ; et A plus forte raison du chocolat, du café , ou d'autres liqueurs, comme l'ont permis quelques ca suis tes relâchés ; car le vrai jeûne, qui consiste dans la mortification, doit renfermer également l'abstinence du manger et du hoire.
Quoique le jeûne soit d'une étroite obligation, il y a cependant des personnes qui en sont dispensées légitimement, comme les malades ; et l'on peut dire que la maladie est encore plus propre que le jeûne pour réprimer la concupiscence, et pour satisfaire à la -peine due au péché. Les enfants sont encore dispensés du jeûne, parce qu'il nuirait à leur santé, en les empêchant de croître et de se fortifier. Néanmoins il ne s'ensuit pas de là que les enfants un peu grands soient entièrement dispensés du jeûne ; s'ils ne peuvent l'observer en entier, ils en peuvent observer une partie et se mortifier avec discrétion , sans nuire à leur santé : comme ils ont beaucoup de fautes, ils en doivent faire pénitence, et ne pas s'exempter de toute mortification. Il en est de même de tous ceux qui, par quelque nécessité réelle , à cause des travaux pénibles, du grand âge, ou de quelque faiblesse, sont légitimement exempts du jeûne ; car ils ne doivent pas se dispenser, sous ce prétexte-là , d'y suppléer par quelque autre mortification dont ils sont capables, comme il leur sera facile d'en trouver, s'ils veulent s'y appliquer, surtout s'ils ont l'esprit de pénitence ; et c'est parce que cet esprit de pénitence est rare, qu'on voit si peu de personnes qui observent régulièrement les jeûnes.
S 17. De la civilité chrétienne.— La civilité humaine n'étant proprement qu'une espèce de commerce d'amour-propre , dans lequel on lâche d'attirer l'amour des autres, en leur témoignant soi-même de l'affection, on peut dire qu'il n'appartient qu'à la charité d'être civile, parce qu'il n'y a qu'elle qui puisse l'être sincèrement : car honorant et aimant comme elle fait Jésus-Christ dans le prochain, peut-elle craindre de l'honorer ou de L'aimer avec excès? Que si nous ne ressentons pas toujours pour les autres toute la tendresse que nous leur faisons paraître , il suffit que nous soyons convaincus que nous devrions la ressentir, et que nous lâchions de l'acquérir par ces témoignages même d'affection que nous leur rendons. Car cela fait qu'ils ne sont pas faux et trompeurs, puisqu'ils sont
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conformea .1 in.tr.' désir el à notre inclination.
La civilité consista à céder aux autres autant que l'ordre du monde peul le permettre, à les préférer .1 soi, à les 1 sic de soi. L'orgueil qui nous raba livement au-dessous d'eus ne peul :
frir ; mais la charité qui nous relève au-dessus de plusieurs n'a point du peine à se rai 1 de celte sorte, non par grimace on par déguisement, mais par un jugement véritable qu'elle nous fait porter de nous-mêmes I charité a donc tout ce qui lui esl nécesi pour être sincèrement civile ; et l'on p ut dire qu'elle renferme une civilité intérieure enfers I0U8 les hommes, qui leur serait infiniment agréable s'ils la voyaient. Hais esl :i bonde la leur faire paraître? et peut-on avoir des motifs légitimes de la produire au dehors, puisque celui d'attirer leur affection pour s \ plaire est mauvais el corrompu? Il esl vrai que s'il n'y avait que celui-là, elle se porterait plutôt à cacher son affection qu a la découvrir, mais elle en a beaucoup d'autres : et le premier esl, qu'en se répandant en > îs témoignages extérieurs d'amitié envers les hommes, elle se nourrit et se foriilh ellemême. Elle fail paraître qu'elle les aime, afin de les aimer davantage : car la charité est un feu qui a besoin d air et de matière, et qui s'éteint bientôt s'il est toujours étouffé. C'est une verlu qui a besoin d'être exercée comme les au très; ainsi, comme elle fail la vie, la saute et la force de nos âmes, nous devons chercher des occasions de la pratiquer; et il n v en a point de plus fréquentes que celles que nous fournil la civilité : elle nous coûte peu, et nous donne néanmoins moyen de gagner beaucoup par cet exercice continuel de la charité.
Mais si la pratique de celte civilité chrétienne est utile pour nous, elle ne Test pas moins pour les autres. S'ils sont spirituels . l'affection qu'on leur témoigne redouble leur charité ; et s'ils sont charnels , elle Datte, à la vérité, leur amour-propre , ce qui est un mal qui vient de leur mauvaise disposition ; mais elle les préserve d'un beaucoup plus grand où ils tomberaient, si l'on n'avait soin de les soutenir en leur faisant paraître de l'affection. Car si l'on n'a soin de les entretenir en cette manière par les devoirs de la civilité humaine, ils s éloignent absolument de ceux qui les traitent 'avec indifférence, et il. perdent toute la créance qu'ils avaient en eux ; de sorte que l'on devient incapable de les servir. Il est donc de la charité de les soutenir dans celte faiblesse, en leur faisant paraître qu'on les aime el qu'on les estime, en
attendant que la charité succède à celle dis
position imparfaite. U fini lâcher de rendre la piété aimable aux personnes même du monde, afin de les v attirer doucement. Or il esl impossible qu'elle soil aimable, si elle est farouche, incivile, grossière, et si elle n'a soin de témoigner aux homme- qu'elle 1 s
aime, qu'elle désire de les servir et qu'elle «•si pleine de tendresse pour eu\. Si on ne les serl pas elYeelivein.nl par ce moyen, au moins on ne les choque pas. cl l'on prépare
L'ESPRIT DE NICOLE SUR LES VÉRITÉS DE LA RELIGION
toujours leur esprit à recevoir la vérité avec moins d'opposition. Il faut donc tâcher de purifier la civilité, et non pas de la bannir. 11 faut attirer l'affection des hommes, non pour y prendre une mauvaise complaisance, mais afin que cette affection nous mette en état de les servir, et parce que cette affection même est un bien pour cax, qui leur donne de l'estime de la piété, qui les y dispose s'ils n'en ont pas, et qui sert à la conserver s'ils en ont. 11 faut cependant tâcher que notre civilité soit différente de celle des gens du monde , qu'elle soit toute véritable et toute sincère, et qu'elle ne soit ni légère, ni flatteuse; qu'elle ne se répande point en paroles, en compliments, en louanges; qu'elle ne nous emporte pas une partie considérable de notre temps ; qu'elle ne soit point une source d'amusements et d'inutilités ; qu'elle inspire la piété, et qu'elle ressente la modestie ; et que si elle fait paraître aux hommes la bonté et la douceur de Jésus-Christ, ce ne soit que pour leur inspirer la fuite et l'aversion de l'esprit du monde, et pour les porter à mener une vie toute chrétienne. Il faut néanmoins obseiver que la règle de la civilité n'est pas si générale qu'on ne puisse s'en dispenser clans certains cas : car il y a des gens dont on ne saurait se défaire que par quelque espèce d'incivilité, et qui nous accableraient de visites et de billets si on leur témoignait delà complaisance. 11 faut donc, par nécessité, faire paraître à ces personnes quelque froideur, de peur qu'elles ne nous ravissent ce que nous avons de plus précieux, qui est notre temps, et peutêtre notre salut.