‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 287 sur 305 · DE I.A GRACE · texte numérisé non relu

DE I.A GRACE

§ i. De la grâce considérée en elle-même. — Le peu de sentiment que l'on a de la grâce vient de ce que l'on conçoit peu l'excellence des biens qu'elle nous procure, et que l'on a peu d'idée de la grandeur des maux dont elle nous délivre. Sans ce don de Dieu rien ne mérite le nom de bien , et avec ce don il n'y a point de mal véritable. Qu'un homme soit comblé de tous les biens humains; qu'il jouisse de la santé, de la force, de la beauté, de l'adresse, de l'esprit, des richesses, de la grandeur, de la réputation, du crédit, de l'amour de tous les hommes, si Dieu n'y ajoute son don excellent, qui est celui de son amour, tous ces biens humains, toutes les grâces extérieures n'auront point d'autre effet que de le rendre plus malheureux , parce que, sans l'amour de Dieu, il abusera de tous ces biens, et ne s'en servira qu'à irriter Dieu et à s'amasser des trésors «le colère pour le jour de la colère. Qu'un homme au contraire soit accablé de toutes sortes de misères et de maux, cet unique don en fera des biens très-réels et très-effectifs, parce qu'il les rendra des sources de mérites et des semences de couronnes immortelles et incorruptibles dans le ciel. Avec ce don on est bien partout, parce qu'on trouve partout ce que l'on aime. On est partout eu sûreté Démonst. Évang. III.

parce qu'on trouve partout la protection de la justice. Voilà l'idée que l'on doit avoir de la grâce de Dieu.

II y a diverses sortes de grâces intérieures : des grâces de l'entendement, qui éclairent l'esprit, et des grâces de la volonté, qui touchent et remuent le cœur. Il y a des grâces habituelles qui sanctiQent, et des grâces actuelles qui font agir ; mais il est vrai que , quand on parle des grâces proprement (Sues, par lesquelles Dieu agit sur la volonté, des grâces médicinales, on ne doit en reconnaître que d'une espèce , qui sont des mouvements d'amour. Ainsi la grâce n'est qu'un bon amour; c'est pourquoi S. Augustin la définit une inspiration de charité, qui nous fait faire par un saint amour ce que nous connaissons. Tout amour de Dieu ne jusliîie pas ; il n'y a que l'amour parlait : il y a un amour commencé, qui consiste clans les premiers mouvements que Dieu excite dans le cœur, qui ne convertissent pas encore l'âme, parce qu'elle y résiste; mais ces grâces la disposent peu à peu à travailler à sa conversion et à résister à la concupiscence.

On appelle grâce prévenante , excitante , opérante , la grâce qui n'est précédée d'aucune bonne volonté de l'homme, et qui le réveille lorsqu'il est enseveli dans le péché. C'est cette grâce par laquelle Dieu réveille , excite et prévient la volonté des méchants qu'il veut, ou toucher, ou convertir. C'est encore toute grâce qui prévient le consentement de la volonté, en sorte que toutes les grâces que reçoivent les chrétiens dans le cours de leur vie, ne laissent pas d'être excitantes et prévenantes, quand elles préviennent le consentement de la volonté. On appelle grâce subséquente, aidante et coopérante, celle que Dieu donne aux âmes après avoir opéré en eux la bonne volonté, eu sorte qu'excepté la première bonne volonté, toutes les autres grâces sont comprises sous ces termes. C'est encore celle qui opère dans la volonté le mouvement par lequel elle consent à celui que la première grâce a excité, parce qu'il ne suffit pas que Dieu excite la volonté par un mouvement qu'il produit en elle sans elle, c'est-à-dire, sans son consentement libre; mais il faut de plus qu'il aide 1a volonté à consentir, et qu'il coopère avec elle.

§ 2. De la nécessité de la grâce. — L'homme n'étant de lui-même que péché et mensonge, ne peut avoir de bonnes pensées, ni faire de bannes actions sans la grâce. Kilo est nécessaire pour les actions de piété et pour vaincre toutes sortes de tentations, aussi bien les plus faibles que les plus viov lentes : car on ne saurait faire aucune bonne action, ni surmonter aucune tentation, sans amour : or il n'y a point d'autre bon ara >ur que la charité; de sorte que la charité étant la grâce, il s'ensuit qu'on ne saurait faire aucune bonne action sans la grâce. C'est la doctrine des conciles, aussi bien que de sainl Augustin , que personne ne peut aimer Dieu comme il faut, croire en lui. ou faire quelque chose pour lui, s'il n'est p e-

LTrcntc-ncjtf.)

DÉMONSTRATION I \ ANGI l lui i .

venu par la grâce et la miséricorde de Dieu.

La grii e eil néceataire pour ai olr la foi, et

C'est elle qui fait le discernement de < -eux (|lii

cil lie ni et de ceux qui ne croientpas.Onabesoin de l,i loi non seulement pou rdécotn rir tel biens

iuvisihlcscl spirituels. maisaussi pour nous apprendre de i|ui nous pouvons tirer le secours

(]ui nous est nécessaire pour vaincre le monde. Or ce qu'elle nous apprend, c'est qu'on ne l'obtient que par Jésus-Christ. Nous aurions b au connailre Dieu eu lui-même; si nous ne connaissions avec cela le libérateur, nous demeurerions toujours assujettis à l'amour du momie sans pouvoir nous délivrer de sa servitude. C'est Jesus-Christ qui , par sa grâce, peut nous procurer celte délivrance; et pour avoir recours à lui comme auteur de la grâce et libérateur des hommes, il faut le croire Fils de Dieu. 11 n'y a que celte qualité qui lui donne le pouvoir de nous faire vaincre le monde par sa grâce. Ainsi la grâce est nécessaire pour avoir la foi , pour faire de bonnes œuvres, pour surmonter les tentations et pour vaincre le monde.

Il et de foi que nous ne pouvons rien faire de bon sans la grâce de Jésus-Christ : celte grâce est nécessaire pour toute bonne œuvre; mais il ne faut pas s'imaginer qu'il sulfise d'avoir une fois reçu les grâces de Dieu, et qu'on n'a pas besoin de nouvelles grâces pour les conserver. C'est une grande erreur de s'attribuer la force de persévérer dans la vertu sans un nouveau secours de Dieu : car, à quelque degré de vertu qu'on soit élevé, on n'arrive jamais à être indépendant de Dieu pour s'y maintenir. On est toujours faible à son égard; on a toujours besoin de son secours pour se soutenir, et on n'a jamais en soi la force nécessaire pour résister aux tentations, sans avoir besoin de lui demander de nouvelles grâces. Toutes les grâces de. Dieu doivent nous être un avertissement. un motif et une obligation de prier, n'y ayant qu'une nouvelle grâce qui puisse nous empêcher d'abuser de celle qce nous avons déjà reçue. Mais les hommes sont si corrompus, qu'ils ne demandent jamais, comme il faut, la continuation des grâces de Dieu, qui renferme la persévérance, à moins que Dieu ne leur donne la persévérance dans la prière, qui est une grâce spéciale, comme la persévérance dans les autres vertus.

§ 3. De la gratuité (h- In grâce. — lue des choses les plus importantes qu'il y ait pour obtenir les grâces de Dieu , est de bien connaître qu'elles ne nous sont pas dues , et que Dieu peut a\ec justice nous les refuser. afin que nous mettions toute notre confiance, non en nous-mêmes . mais en la bonté de Dieu. Si Dieu nous devait sa grâce, ce sciait parce que nous la méritons; mais comment la grâce pourrait-elle être fondée sur noire mérite, puisque nous n'avons de mérites que par (elle grâce, el qu'elle ne trouve en nous que des démérites ? C'est ce qui oblige les clin liens de reconnaître devant Dieu, (pie s'il les a plus favorisés que les autres, ce n'est point qu'il ait trouvé en eux ce qu'il n'a pas trouve en ceux à qui il n'a pas

fait les mêmes . mais c'est qu'il a

voulu les gratifier par une bonté particulière qu'il a eue poar eux. Sans cette bonté particulière , ils auraient mari lie dans leurs vni< s comme lis autres hommes : ils auraient I comme eux la volouté de leur chair et de leurs pensées ; ils h seraient précipités .mla mort éternelle, el c'aurait été le terme funesta de leur misérable vie. Bans celte i connaissance sincère, ils ne sauraient éviter l'ingratitude, ni la présomption, ni l'usurpation sacrilège de la gloire qui est due à Dieu. Ce néant de mérites propres, qui subsiste dans l'homme régénéré, même avec l'abondance des grâ< I s el des don- de Dieu, l'oblige

de se regarder toujours comme pauvre el Dépourvu de tout bien. Il est le v,>o des dons de Dieu , et il ne sait point certainement en quelle mesure il les a reçus; mais ce qu'il

sait avec certitude, c'est qu aucun <le • dons ne lui appartient; qu'il B'j a aucun droit, el que s il en a quelqu'un, il le lient de la pure miséricorde de Dieu: cl plus on est juste et saint, plus on est pénétré de celle pauvreté qui nous convienl par nalure, et l'on s'y réduit plus sincèrement p ir les sentiments d'une humilité simili-. l.,i g chrétienne est toujours accomi agnéedu sentiment de son néant; el la privation de la grâce est toujours remplie de la fausse i qu'on est quelque chose devant Dieu el devant les hommes. Mais cette reconnais!

sincère de notre néant et de noire pauvreté ne consiste pas dans des spéculations de 1 esprit, mais dans un vif sentiment de noire propre néant qui soit imprime dans le fond du cœur.

Ce qui établit invinciblement la vérité de la gratuite de la grâce, c'est qu'elle ne nous est donnée que par lésue-GhnsI et eu .lesus- Christ. Jésus-Christ est le seul distributeur des grâces, et on ne les obtient que par s, .. mérites. Toutes les grâces ont été données à Jésus-Christ comme à l'unique objet de la complaisance de son Père, et les hi mmes ne peuvent y avoir de part qu'autant qu ils peuvent se trouver en Jésus-Christ, el que Dieu a dessein de les placer dans son corps. Ceux mêmes qui reçoivent des grâces hors du corps de Jésus-Chrisl , ne les reçoivent que pour y entrer. Us ne les reçoivent que parce qu'ils sont de ce corps dans la prédestination de l}ieu. Us ne les reçoivent que pane que Dieu (ait la grâce au corps vivant de Jésus-Christ de vivifier ces membre- morts. Ainsi la source de la grâce i si toujours dans Jésus-Christ, el c'est de lui qu'elle se répand sur le corps qui lui esl uni, et ensuite sur Les membres qui en sont séparés, afin de les \ réunir. Mais.

comme il esl toujours maître de s s dons . il s'ensuit que la grâce est toujours gratuite.

Concluons de là que l'on ne saurai! Irop reconnaître les grâces que Dieu nous accorde par une boule toute gratuite. L'ingratitude dans laquelle tombent une infinité de chrétiens, et même un grand nombre de ceux qui mènent une v ie chrétienne, esl la cause ordinaire des (billes que l'on fait. Elle esl l'cnncinicde l'âme; elle la dépouille de toul mérite;

L'ESPRIT DE NICOLE SUR LES VÉRITÉS DE L\ RELIGION

elle dissipe les vertus; elle fait que Dieu regarde ses bienfaits comme perdus, et elle sèche et tarit la source de la bonté de Dieu. Voilà à quo.i on s'expose en s'altribuant à soi-même et à son industrie ce que l'on a reçu de Dieu; à oublier les grâces de Dieu, lors même que l'on ne se les attribue pas ; à n'être point louché des bienfaits de Dieu, et à n'avoir aucun soin de l'en remercier; à abuser des dons de Dieu contre la fin pour laquelle il nous les accorde. Ainsi la reconnaissance envers Dieu est un devoir et une disposition essentielle, dont il faut toujours s'acquitter : elle consiste principalement à se tenir dans son néant, à rendre à Dieu toutes ses grâces, en ne les regardant que .•omme venant de lui et étant à lui ; à ne se glorifier de rien , et à faire retourner à Dieu la gloire de tous ses dons.

§ h. De r efficacité de la grâce. — La grâce est efficace en 'ce qu'elle nous donne non seulement la possibilité de vouloir le bien et de le faire , mais qu'elle donne tout ensemble la possibilité avec l'effet; c'esl-à- Jire, qu'elle ne fait pas seulement que nous pouvons vouloir et que nous pouvons agir, mais qu'elle fait que nous voulons et que nous agissons. C'est ce qui se prouve par l'Apôtre, qui dit , que c'est Dieu qui opère en nous le vouloir cl le faire (Philip., Il, 13) : et rien ne marque plus clairement que la grâce donne tout ensemble le pouvoir, la volonté et l'effet, que ce que dit Jésus - Christ : Tous ceux qui ont ouï la voix du Père, et ont appris de lui, viennent à moi (Jean, VI, 45).

On appelle grâce efficace celle qui a infailliblement son effet : mais ia même grâce peut avoir son rapport à deux effets, l'un prochain et l'autre éloigné; d'où il peut arriver qu'elle est efficace scion l'un, et inefficace selon l'autre. Ceux qui veulent observer les commandements de Dieu , et qui ne les observent pas, n'ont encore reçu qu'une bonne volonté faible et imparfaite. La grâce que Dieu leur a donnée, a été efficace à l'égard de celte bonne volonté, qui a été son effet prochain : mais elle a été inefficace à l'égard de l'observation effective des commandements de Dieu qui avait élé son effet éloigné auquel la bonne volonté tendait: ce qui vient de ce qu'elle rencontre, dans le cceur de ceux à qui elle est donnée, un amour de îa créature plus fort que n'est ce commencement d'amour de Dieu donné par une grâce faible. Il faut donc que Dieu diminue ia concupiscence, et augmente l'amour. Dieu diminue ordinairement la concupiscence par une multitude de protections, de préservations et de bienfaits qu'on peut appeler des grâces de providence. Il procure que nous ne soyons point frappés de certains objets qui auraient fait des impressions dangereuses sur nous; il en fait agir d'autres sur notn esprit qui répriment la concupiscence, tels que les objels de terreur, et de diverses autres passions humaines qui sont contraires à celles qui agissent sur nous. Il détourne certaines pensées mauvaises ; il rJn lait naître d'autres qui •Hit contraire». Il nous applique à des ob-

jets qui nous détournent de ceux qui nous nuiraient; il nous propose certains engagements qui en rompent d'autres qui nous auraient fait tomber. Enfin il agit d'une telle sorte sur la volonté, par l'amas des objets dont il frappe l'esprit, qu'il la porte où il veut, mémo dans les choses où son amour n'a point de part. Ainsi toute grâce de Jésus-Christ a toujours l'effet pour lequel Dieu la donne par sa volonté absolue, quoiqu'il y ait des grâces qui n'ont point tout l'effet auquel elles tendent par leur nature. Mais les grâces absolument nécessaires, qui sont les principales et qui méritent plus le nom de grâces, sont celles qui convertissent les pécheurs, et les font devenir justes ; qui font marcher les justes dans la voie des commandements ; qui font surmonter les tentations; qui font persévérer les élus , et qui font que tous leurs mérites sont des dons de Dieu.

Toute grâce de Jésus-Christ étant efficace, et ayant toujours infailliblement son effet, au moins prochain, on ne comprend pas comment cela se peut accorder avec la liberté de l'homme. Mais outre que c'est un mystère qu'il faut adorer, il faut reconnaître avec la tradition et S. Augustin, le docteur de la grâce, que l'efficacité de la grâce vient du pouvoir souverain que Dieu a sur les volontés des hommes aussi bien que sur toutes les autres choses créées ; que Dieu fait tout ce qu'il veut par les volontés des hommes mêmes, parce qu'on ne peut douter qu'il n'ait un pouvoir tout-puissant de remuer les cœurs des hommes; qu'il a plus en sa puissance les volontés des hommes, qu'eux-mêmes n'ont leurs propres volontés en leur pouvoir; que par une puissance intérieure et secrète, admirable et ineffable , il produit dans les cœurs des hommes non seulement les véritables lumières, mais même les bonnes volontés; qu'il n'y a point de cœur, quelque dur qu'il soit, qui rejette cette grâce que Dieu , par sa pure libéralité, répand dans le cœur des hommes, parce que son premier effet, et pour lequel Dieu la donne, est doter la dureté du cœur; et par conséquent quand nous aurions de la peine à accorder ce pouvoir de Dieu avec notre liberté, il suffit que nous soyons assurés d'un côté que, selon l'Ecriture , c'est Dieu qui opère en nous le vouloir et le faire selon son bon plaisir, et que c'est lui qui, selon les prophètes, devait faire accomplir ses commandements par les enfants de la nouvelle alliance; et d'un autre côté qu'il fait vouloir les hommes d'une manière conforme à leur nature, qui est de vouloir librement, sans quoi il ne leur ferait pas accomplir ses commandements, ni opérer leur salut; ce qui ne se fait que par des volontés libres. D'où il faut conclure que la détermination de Dieu , quelque efficace qu'elle puisse être, ne détruit point notre liberté. Car Dieu agissant dans notre cœur, y agit conformément à notre cœur, en nous déterminant à vouloir ce que nous ne sommes point déterminés à vouloir par une nécessité naturelle, pane que l'objet auquel il fait que nous nous portons, , ne uous est pas proposé

DÉMONSTRATION I VANGÉUQI I

en cette manière : et par conséquent Dieu qui fait agir notre âme, n'empêche point

qu'elle n'agisse en niêine t en i j c~ rommc leai-

(resse de son action, et qu'elle ne veuille,

parée qu'elle veut, en conséquence «le la

volonté qu'elle a d'être heureuse, par laquelle elle se détermine à vouloir autre chose; <e qui lui suffit pour agir librement, et pour conserver, pendant que Dieu la détermine à vouloir, la puissance de ne point vouloir. 11 est vrai de dire que, quoique la grâce opère invinciblement et insurmontablement, la volonté de l'homme ne laisse pas d'avoir toujours le pouvoir d'y résister; car quoique ce soit librement et non nécessairement que l'homme v consente, il peut n'y pas consentir, s'il le veut; mais c'est cette même grâce qui l'ail qu'il ne veut pas n'y point consentir.

Pour faire un bon usage des vérités de la grâce, il faut surtout s'en servir pour la réformation de son cœur et de ses mœurs , et ne point les regarder comme des idées simplement spéculatives; il faut cire bien aise de les savoir, et faire paraître même du zèle pour les défendre; ce qui doit être réglé par la prudence : mais il faut surtout entrer dans des sentiments d'une frayeur salutaire , qui engage à recourir à Dieu, à lui rendre grâces, cl à vivre devant lui dans un profend abaissement cl dans une dépendance continuelle.

§ 5. De la prédestination. — La prédestination des saints est la prescience ou la préparation des bienfaits de Dieu, par lesquels tous ceux qui sont délivrés, sont certainement délivrés. La prédestination est un mystère où la raison ne peut atteindre; c'est de ce mystère qu'il s'agit lorsque S. Paul s'écrie : O profondeur des trésors de la sagesse d de la scienec de Dieu ! Que ses jugements sont impénétrables et ses voies incompréhensibles! (/{o»).,XI, 33). C'est donc de l'Ecriture et des pères qu'on doit lirerce qu'on doit croire de ce dogme.

Le dogme de la prédestination consiste à croire que Dieu de toute éternité a choisi entre les liommcs corrompus par le péché , et qu'il pouvait damner justement un certain nombre d'hommes auxquels , par une pure miséricorde, il a résolu de donner le royaume du ciel, et de les en rendre dignes par des grâces qui les délivrent infailliblement de leurs péchés, et les conduisent à la gloire qui leur est promise et préparée. Il y a peu de vérités catholiques qui soient appuyées sur un plus grand nombre de preuves; car toute l'Ecriture est pleine de marques de celle préférence gratuite des élus aux réprouvés. Dieu nous a élus, dit saint Paul (l'.phes., 1,4), avant la création du monde, afin que parla charité nous fassions saints el sans tache devant lui. D'où saint Augustin conclut avec raison que Dieu ne nous a pas élus parce qu'il avait prévu que nous serions saints, mais qu'il nous a élus afin que nous le fussions. Le même sa:nt Paul {Rom., IX, 1 1 ), parlant de Jacob et d'Esaù dit. qu'avant qu'ils fussent nés et qu'ils eussent fait aucun bien ni aucun mal, afin que la résolution

que Dit u avait prise par son élection demeurâl ferme, il lui fut dit. non dans la vue des o livres, mais de l,i vocation de Dieu,

l'alué sera assujetti au plus jeune, ainsi qu'il esl écrit : J'ai aime Jacob, et j'ai bal Lsau. Don saint Augustin Confiât que les hommes

ne doivent pas être si téméraires que île juger pourquoi dans la même famille la miséricorde s'exerce mit l'un des frères, et la colère demeure sur l'autre; que Dieu n'aimait rien dans Jacob avant qu'il eût fait aucun bien que sa miséricorde, et qu'il ne b. ltti.il rien dans Bsau avant qu'il eût fait aucun mal que le péché originel. Toute l'Ecriture conspire à [établissent ul de cette doctrine. Jésus -Cbrisl même déclare que c'est l'effet delà volonté de son l'ère el non du choix des hommes, de ce qu'aucun des élus ne péril : La volonté de mon Pire [Jean, VI. 39,, dil-il, gui m'a envoyé est e/ue je m perde aueun de ceux qu'il m'a donnés. M<> brebis ne périront jamais, et personne ne les ravira de ma main : personne ne peut ravir ce qui est entre ht mains de mon l'ère [Jean, X, 28). Rien de plus fort et de plus concluant pour le dogme de la prédestination gratuite des élus.

Une preuve décisive de la certitude de la prédestination gratuite, c'est la nature des moyens dont Dieu se sert pour exécuter le décreï de sa prédestination éternelle. Car si ces moyens sont efficaces comme on l'a prouvé, s'ils produisent infailliblement leur effet, c'est une marque certaine que Dieu veut absolument le salut de ceux à qui il les donne, et qu'il n'a pas la même volonté à l'égard de ceux à qui il ne les donne pas. Or le secours que les élus reçoivent de Dieu ne leur donne pas seulement le pouvoir de persévérer pourvu qu'ils le veulent, mais il leur donne la j ersévéranec même ; en sorte que non seulement c'est un secours sans lequel on ne peut persévérer, niais qui est tel que ceux qui l'ont ne manquent jamais de persévérer.

Si ces vérités sont terribles d'une part , elles sont consolantes d'une autre, el il n'y en a point de plus capables de préserver les âmes du trouble et de rabattement . car qui n'aurait sujet de se désespérer, si la grâce ne lui donnait que le pouvoir de se sauver et de persévérer, sans donner la persévérance même? Qui pourrait légitimement espérer de ne point succomber à tant de difficultés et d'éviter tant de pièges ? Mais quand on considère que , malgré toutes nos faiblesses . nous avons sujet d'espérer que Dieu, qui esl plus fort que le monde et que les démons, nous fera v ainere el le monde et les démons , qu'il nous tiendra la main et qu'il nous délivrera des embûches de nos ennemis . n'a-t-on pas lieu d'attendre qu'il nous sauvera?

Quiconque éprouve en soi les mouvements de la charité , peut avoir aussi une confiance très-légitime que Dieu, qui a commence l'a livre de sa sanctification, ne la laissera pas imparfaite, et celle confiant e doit augmenter à proportion du temps qu'il y a qu'il mare be dans celle voie de justice el delà hdélile qu il a eue â avancer toujours et à s'enracine i cl. .us

L'ESPRIT DE NICOLE SUR LES VÉRITÉS DE LA RELIGION

la charité à proportion qu'il se sent détaché du monde et du désir qu'il a des choses du ciel. Si cette confiance ne bannit pas entièrement toute crainte, elle exclut au moins le trouble et l'inquiétude. Elle suffit néanmoins pour une juste reconnaissance qui est proportionnée aux fondements que nous avons de l'avoir. Or tous les chrétiens en ont de fort grands , et d'autant plus grands, que celte reconnaissance sera plus vive. Plus ils se sentiront touchés de ce bienfait ineffable , et plus ils auront sujet de croire de l'avoir reçu. La crainte même ne doit point leur oter celte confiance, ni par conséquent celle gratitude, parce que cette crainte, en les humiliant, esl un des moyens par lesquels Dieu accomplit leur prédestination. Enfin les péchés passés ne doivent point la détruire ; parce que la volonté qu'ils ont de ne plus les commettre est un gage que Dieu les leur a pardonnes. Il n'y a proprement que la volonté de pécher qui nous la doive ôter. Mais il n'est pas étrange que ceux-là ne puissent avoir une juste confiance d'être un jour heureux , qui sont dans la volonté actuelle d'être malheureux , qui est inséparable de tout péché.

§ 6. De V incertitude du salut. — Il est étonnant que les vérités de la grâce et de la prédestination fassent si peu d'impression sur la plupart des chrétiens, et qu'ils vivent comme s'il n'y avait rien à espérer ni à craindre. Il y a dans les hommes une inclination naturelle à tirer avantage des marques extérieures de la religion cl à se promettre les récompenses qu'elle propose , pourvu qu'ils en conservent l'extérieur. On voit quantité de gens qui violent visiblement les préceptes de Dieu et ne laissent pas avec cela d'avoir du zèle pour la religion, et de travailler jusqu'à un certain point à leur conversion , mais qui se trompent grossièrement, parce qu'ils mettent le capital de la vie chrétienne et l'espérance de leur salut dans la profession extérieure de la religion. II y a de plus une illusion dont on a peine à se défaire ; on ne saurait s'imaginer que Dieu veuille faire périr tant de monde. Les péchés qui nous causeraient de la terreur , s'ils nous élaient particuliers , cessent de nous effrayer, quand ils sont communs. On dort en repos, quand on se regarde entouré d'une multitude, comme si Dieu était obligé de l'épargner. Mais l'exemple des Juifs qui ont tous péri dans le désert, à l'exception de deux, par un effet de la justice de Dieu, devrait bien déraciner cette erreur de l'esprit des chrétiens. Ainsi on peut craindre avec raison que de toute cette foule de chrétiens qui s'assemblent dans les églises , et de ces villes nombreuses où il n'y a personne qui ne fasse profession de la vraie religion, il n'y ait quelquefois aucun adulte de sauvé.

Il est étonnant que les menaces de l'enfer ne fassent point sur nous l'impression qu'elles y devraient faire, et il y a sur ce point quelque chose d'incompréhensible dans l'insensibilité des hommes. Car si on leur disait que de tous les hommes il y en aura scule-

ment un seul dedamné,iln'y en a aucun qui ne dût avoir beaucoup de crainte quecemalheur ne tombât sur lui ; et le peu d'apparence de ce malheur ne les en devrait pas exempter. Qui peut donc comprendre la stupidité des hommes , puisqu'on ne leur dit pas seulement qu'il y aura un homme éternellement damné, qu'on ne leur dit pas seulement qu'il y en aura plusieurs, mais que c'est beaucoup , si d'un grand nombre de chrétiens , il y en a quelques-uns de sauvés ?

Encore si on leur donnait des marques bien claires par lesquelles ils pussent connaître et s'assurer qu'ils ne sont point de ce nombre malheureux de réprouvés. Mais , hélas ! ces marques sont fort obscures; et pour le connaître , il n'y a qu'à diviser les chrétiens en deux classes; l'une de ceux qui ont fait certains crimes qui les ont privés du droit au royaume de Dieu et leur ont fait mériter l'enfer, l'autre de ceux qui n'ont point commis de ces sortes de crimes et qui ne s'en sentent point coupables. A l'égard de ceux qui se sont rendus certainement criminels, l'incertitude est très-grande , car ils n'ont pu sortir de cet état que par une vraie pénitence ; mais cette pénitence est toujours fort incertaine, principalement dans la manière dont on la fait aujourd'hui. Elle ne saurait être véritable, si elle ne renferme un amour sincère de Dieu qui nous le fasse préférer à toutes choses. Or il est difficile de discerner en nous le règne de cet amour. On peut s'abstenir des actions criminelles par divers motifs. La coutume, la crainte, le désir d'un repos humain peuvent faire cet effet, car il y a quelque chose d'incommode, même pour cette vie, dans la pensée qu'on est dans un état certainement criminel , et l'on peut fort bien en vouloir sortir par le seul motif d'éviter cette inquiétude : il n'y a rien en tout cela de divin. Une infinité d'hérétiques s'acquittent fort exactement des devoirs de leur religion , par des motifs qui ne sauraient être qu'humains , puisqu'on ne transporte point la charité hors de l'Eglise catholique, et il ne faut point douter qu'il n'y en ait plusieurs parmi les catholiques qui no sont que de ce genre, et qui, après être morts par le péché, se convertissent d'unemanière qui n'a rien que de naturel, et ne s'acquittent des actions de religion que d'une manière humaine.

11 ne se rencontre guère moins d'incertitude dans ceux que l'on appelle innocents , parce qu'il y a quantité de crimes dont on ne peut dire avec une entière certitude qu'on est exempt. On peut perdre la vie de l'âme par une pensée criminelle. On peut la perdre par l'ingratitude, par l'orgueil, par l'envie, par le manque de charité envers le prochain, par la recherche continuelle de soi-même , cl enfin par la privation vie l'amour de Dieu. Oui peut s'assurer qu'il n'est engagé dans aucun de ces péchés spirituels, puisqUQ c'est le propre de tous ceux qui y sont de no pas le savoir? Le diable répand toujours des ténèbres sur les âmes qu'il y fait tomber ; ainsi nous n'avons point de certitude, que le

jugemer.i favorable que nous portons de nulr« ii.it ne soit point m effetdu ces ténèbres. je ne prétends point pousser les âmes jusqu'à une entière défiance. Qui ne voit point en soi de crimes visibles doit aspéter qu'il est du nombre de ccuxqui possèdent le Sainl-

Espril et à qui ie royaume de Dieu appartient!

mais celte sorte de eonliance, n'étant point

jointe à une charité extraordinaire, ne doit nullement exclure la crainte qui doit nous porter à nous en assurer de plus en plus : et c'est pourquoi on ne saurait trop s'v e\i iler, parce qu UBe des plus mauvaises marques que nous puissions avoir est le peu de crainte que nous ressentons.

On appréhende d'ordinaire qu'an excitant en soi des sentiments de crainte on ne diminue sa eonliance et sa charité: mais on se trompe en cela. La charité et la confiance s'affaiblissent beaucoup plus par les distractions d'une vie relâchée que par la crainte. Nos prières ne sauraient être accompagnées d'une grande confiance , lorsque notre cœur nous reproche une vie de paresse et de négligence. La crainte, corrigeant donc la paresse et la négligence, nous conduit directement à la eonliance. Les grâces de Dieu s'obtiennent dans un certain xirdre , et en pratiquant une certaine suite de moyens. Or la voie de la charité c'est la crainte , selon qu'il est dit que la crainle est le commencement de la sagesse; et cela ne doit pas seulement s'entendre des commencements de la charité , niais de son accroissement même et de sa perfection ; car on n'y arrive que par une vie exacte et en s 'éloignant de tout péché. Or il est rare que l'âme se soutienne dans celte vie exacte et appliquée à tous ses devoirs, si elle n'est vivement pénétrée de la crainte de Dieu. Les chrétiens, par leur profession même , sont destinés , ou à être excessivement malheureux , ou à être souverainement heureux. Il n'y a point de milieu pour eux , leur punition sera mesurée sur la grandeur des bienfaits de Dieu , dont ils auront abusé. Ainsi il y aura un terrible renversement dans le. monde futur. Lés chrétiens paraissent en celte vie les plus favorisés de tous les hommes, et il parait une effroyable inégalité entre eux et ces nations que Dieu a laissées dans l'ignorance de la vraie religion. Cependant il se trouvera à la lin du monde que presque tous les chrétiens seront les plus misérables de tous les hommes , et que les païens mêmes , quelque misérables qu'ils \ soient . et quoiqu'engagés dans la damnalion éternelle, seront l'objet de leur jalousie, parce qu'ils seront infiniment moins malheureux que les chrétiens.

Voilà Le danger que nous courons tous, et il est étrange qu'il fasse si peu d'impression sur notre esprit. De là il s'ensuit que nous devons être devant Dieu dans un tremblement continuel, de peur qu'il ne nous abandonne à nous-mêmes , et qu'il ne cesse de nous donner ce secours spécial sans lequel on n'agit jamais comme il faut. Nous devons reconnaître humblement que la grâce de la persévérance ne nous est point due; que nous

DÉMONSTRATION I \ VNGI LIQ1 I .

n'en serons jamais assurés i n cette rie; que les moindres péchés peuvent donner nu juste sujet a Diea de nous abandonner . et qu'ainsi

nous n'avons jamais sujet d'être en l elfe dans une pleine assurance.

I T. lia petit itniiln u. — H |

pçiut de vérités plus étonnantes dans ! ligioo chrétienne que celle qui nous i larque le petit nombre des dus; et il n'v eu ,i point néanmoins «pie le Saint-Esprit ait eu pi soin d'exprimer en ternies clairs. Jésus-Christ li naeigoe formellement dans l'Evangile seulement en disant qu'il v a beaucoup

d'appelés et peu d'élus Maiih. , \\.

mais aussi en s'ecrianl avec admiration que le chemin qui mène à I ; \ ie est étroit, et qu'il v en a peu qui le trouvent [Malth.,\\\ \\ . Saint Pau! le l'ait aussi par des comparai étonnantes, qui donnent lieu de oir le

nombre de ceux qui seront sauvés comme étrangement petit, et par conséquent le nombre des réprouvés comme étant extrêmement grand. Il compare les chrétiens qui tendent au salut, par la profession de la religion chrétienne, à des gens qui courent dans une lice, parmi lesquels il n'y en a qu'un qui obtienne le prix (I Cor., IX. -ï: : et il se sert encore d'une comparaison plus forte, qui est celle des Israélites qui sortirent de la captivité d'Egypte, parmi lesquels il n'y en eut que deux qui arrivèrent à la terre qui leur avait été promise [Hébr., III. lo . M lis si c< rites sont terribles eu elles-mêmes, il est encore plus terrible que la plupart des chrétiens en soient si peu effrayés; ils les lisent ou les entendent lire avec indiffél semble presque qu'elles ne les regardent point et qu'ils soient tous assurés d'être celui qui obtient le prix dans la lice, ou l'un des deux qui arrivèrent à la terre promise. Tous ceux qui courent ont la même espérance d'obtenir le prix, et néanmoins il nj en a qu'un qui l'obtienne. Qui nous assurera donc que nous sommes plutôt du nombre de (eux qui courent avec succès . (pue de ceux qui courent inutilement ?

II y a dans l'homme une inclination à surer sans raison ou à se faire des raisons de certaines choses extérieures qui ne sauraient lui donner aucune assurance solide. Combien y a-t-il de chrétiens qui s'assurent insensiblement sur la profession extérieure du christianisme, sur ce qu'ils sont dans le corps de la \enialde Eglise ?el ils s'imaginent qu'en suivant avec cela toutes leurs passions, ils ne laisseront pas d'être saines, l'eu de personnes . à la vérité, ont prO| Osé celte erreur en forme de dogme ; mais cependant il \ en a peu qui ne la suivent en effet dans la pratique, puisqu'il v en a ; u en qui on ne voie celte même sécurité, quoi-

3 u'il n'y ait guère de différence entre la vie es chrétiens et la vie «le ceux qui ne i. point. Si nous écoutons avec la foi et le

pectque nous devons cette étonnante vérité, le moins que nous pouvons faire est de nous informer avec tout le soin qui nous sera possible, pourquoi de tant de personnes qui ( "tirent il \ en a si peu qui obtiennent le prix ,

L'ESPRIT DE NICOLE SUR LES VÉRITÉS DE LA RELIGION

et de tâcher ensuite de nous distinguer de ceux qui ne l'obtiennent pas? Hfaul atteindre le but , et il est inutile de courir si on ne l'atteint pas. Le souverain malheur est de vouloir trouver Dieu et de ne trouver que soi-même; de tendre au salut et d'arriver à sa perte; de s'imaginer de marcher dans le chemin du ciel, et de ne marcher en effet que dans celui de l'enfer. 11 est donc d'un devoir indispensable de s'informer pourquoi de tant de chrétiens il y en aura si peu de sauvés , et quel droit nous avons de pétendre être plutôt du nombre de ceux qui le seront que de ceux qui ne le seront pas. L'indifférence qui fait qu'on ne s'en met pas en peine est une des plus grandes marques de la stupidité des hommes, et l'une des plus mauvaises dispositions pour être du nombre de ceux qui seront sauvés. Ce qui fait que les chrétiens n'arrivent point au salut , c'est qu'ils ne font point , pour l'obtenir, ce qu'on fait pour obtenir les récompenses du monde, c'est-à-dire, que le désir qu'on a de se sauver n'a point la même activité et la même force que celui qu'on a dans le monde pour l'objet de ses passions. Ainsi ce désir étant faible et languissant , il n'est pas étrange qu'il soit facilement surmonté par d'autres passions plus actives qui viennent à la traverse. Cela veut dire, en un mot, que la faiblesse de notre amour est la cause ordinaire de l'inutilité de notre course et par conséquent de notre perte. Et comme c'est ce qu'on aperçoit dans une infinité de chrétiens , il n'est pas étonnant qu'il s'en trouve si peu qui se sauvent. Quoiqu'il soit très-certain que le nombre des réprouvés est prodigieux et le nombre des élus petit, il n'en est pas moins certain que le ciel aura beaucoup d'habitants» et que le nombre des élus sera fort grand. Car quand même presqu'aucun des adultes ne serait sauvé, ce qui est faux, puisqu'il y en aura un grand nombre qui le seront, le ciel sera toujours rempli des enfants des catholiques et des hérétiques qui font un nombre prodigieux; car on peut dire que c<is enfants baptisés sont plus des trois quarts du nombre des élus; ce qui nous fait connaître d'une manière admirable les richesses de la grâce et l'étendue infinie des mérites de Jésus- Christ. Avec tout cela il n'en est pas moins vrai que le nombre des réprouvés est infiniment plus grand : et c'est ce qu'on ne peut se persuader, parce qu'on se confie à celte pensée frivole, que Dieu ne voudrait pas perdre tant de chrétiens. Il laisse périr tous les idolâtres, tous les mahométans, tous les hérétiques, sans préjudice de sa miséricorde : il peut donc bien , sans cesser d'être plein de miséricorde cl de bonté, en faire de même à l'égard de tous les catholiques qui n'auront pas eu soin de garder exactement ses lois, ou de réparer leurs péchés par une sérieuse pénitence. Il est important de faife de sérieuses réflexions sur ces grandes vérités, et de demander à Dieu avec instance qu'il nous fasse entrer dans la voie qui eoiduit au salut le plus sûrement cl le plus directement.

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