I.c sacrifice de la messe n est point dillc
L'ESPRIT DE NICOLE SUR LES VERITES DE LA RELIGION
rent de celui de la croix; c'est le même sacrifice en substance, parce que c'est la même victime, le même Jésus-Christ qui offre sa mort et son sang à son père sur nos autels, comme il l'offrit sur le Calvaire; mais la manière est différente aussi bien que les fins de l'oblation. Il s'est offert sur le Calvaire en mourant effectivement; il s'offre sur nos autels d'une manière mystique qui représente seulement sa mort. Il s'est offert sur le Calvaire avec effusion de sang; il s'offre sur nos autels sans effusion de sang. Il offrit sur le Calvaire sa mort présente; il offre sur nos autels sa mort passée et consommée. Il offrit sa mort sur le Calvaire en sacrifice de rédemption et pour mériter toutes les grâces qu'il devait faire aux hommes ; il s'offre sur nos autels en sacrifice de propilialion , et pour appliquer aux hommes les grâces qu'il leur a méritées sur le Calvaire. Le mérite de ses grâces s'acheva sur le Calvaire ; l'application de ses grâces s'obtient par le sacrifice de l'autel, qui est une continuation de l'oblation de Jésus-Christ et le même sacrifice.
Le culte que la religion chrétienne rend à Dieu est renfermé dans le sacrifice que Jésus- Christ offre en qualité de pontife , ce sacrifice comprenant non seulement le corps du Médiateur, mais aussi toutes les bonnes œuvres des membres de l'Eglise, parce que Jésus- Christ les y offre en offrant l'Eglise mémo avec lui. Ainsi ce sacrifice universel comprend tout le culte qui est rendu à Dieu par les membres de l'Église; et comme il est offert par Jésus-Christ dans le ciel, il est aussi offert sur la terre parles ministres de l'Eglise, et par Jésus-Christ, souverain prêtre. Mais soit que Jésus-Christ offre ce grand et universel sacrifice dans le ciel ou sur la terre, il l'offre toujours comme pontife des biens futurs : ce qui l'ait voir qu'on n'assiste jamais comme il faut au sacrifice de la messe, ni d'une manière utile, si l'on ne se joint à Jésus-Christ, pontife des biens futurs. C'est à la \érilé une pratique très-sainte que d'assister tous les jours à la sainte messe, et l'on ne saurait Irop porter les fidèles à s'unir à l'Eglise pour offrir avec elle tous les jours ce sacrifice; mais il faut les avertir en même temps que ce sacrifice étant offert par Jésus -Christ comme pontife des biens futurs , il se rapporte uniquement à ces biens; de sorte que peux qui ne les désirent point ne sauraient se joindre au sacrifice de Jésus-Christ, ni rapporter ce sacrifice qu'à quelque lin basse, terrestre et indigne de sa bonté. De là il s'ensuit, non qu'ils ne doivent pas assister à ce sacrifice des chrétiens, mais qu'ils doivent y assister avec des dispositions chrétiennes. Car on pèche en n'y assistant pas quand l'Eglise le commande , ou en y assistant sans les dispositions qui v sont essentielles , qui consistent dans l'amour et le désir des biens éternels pour lesquels il est offert.
C'est ce «| ui fait voir encore que la manière d'offrir utilement le sacrifice de la messe, qui est le même que celui de Jésus— Christ sur la croix, ne dépend pas piincipalemenl des pensées de dévotion que V onu
pendant le sacrifice , ni des prières que l'on y forme. 11 faut à la vérité tâcher d'exciter sa i'oi et sa dévotion par de saintes pensées et de saints désirs, et même par des paroles pieuses et saintes prononcées vocalement ; mais quand on serait même privé de ces secours par des distractions involontaires , pourvu que Dieu voie dans le cœur ce désir des biens futurs et cet amour de la vie éternelle, on coopère au sacrifice de Jésus- Christ, et l'on sacrifie avec le prêtre. Mais pour être en état de sacrifier en celte manière, il faut que hors de l'église et dans les actions ordinaires on ait effectivement cette intention ; car il ne faut pas prétendre qu'il soit possible de se rapporter à Dieu dans l'église, et de n'avoir que le monde dans le cœur en toutes ses autres actions. C'e:|' hors de l'église et dans les actions ordinaires de la vie que l'on prépare ce qui doit être offert à Dieu dans l'église. Qui ne cherche pas Dieu hors de l'église ne le trouve pas dans l'église : le sacrifice est une suite de la vie. Qui ne vit point pour Dieu ne se sacrifie point à Dieu ; et l'on ne vit point pour Dieu dans une certaine heure, lorsque l'on donne tout le reste de son temps à ses passions sans rapport à Dieu.
Il est aisé de comprendre , par tout ce qui vient d'être dit, de quelle manière il faut assister au sacrifice de la messe. Car puisque ce sacrifice qui se fail sur nos autels est le même, quant à la victime et à l'oblation de la victime, que celui que Jésus-Christ a offert sur le Calvaire, et que Jésus-Christ s'y offre par la. continuation de la même oblalion qu'il a faite sur la croix, et qu'il fera toujours dans le ciel , il est clair que nous devons assister à la messe comme nous aurions dû assister au sacrifice de la croix; , si nous y avions été présents, Jésus-Christ s'est offert pour adorer la sainteté de Dieu , pour réparer l'outrage qui lui avait été fait par le péché des hommes , pour réconcilier l'homme avec Dieu , pour lui obtenir les grâces et les [tiens nécessaires pour opérer son salut. Nous devons entrer dans les mêmes vues et les mêmes motifs, el offrir cette sainte victime dans les mêmes fins. Si nous ne les concevons pas si distinctement, unissons-nous au moins de cœur à l'esprit de Jésus-Christ sans les comprendre. Joignonsnous à l'Eglise dans celte oblalion , et demandons à Jésus-Chris! quelque part de l'esprit qu'il inspire à l'Eglise pour l'offrir.
§ 9. De lu pénttehce, — Jésus-Christ a institué le sacrement de pénitence pour remettre les [léchés commis après le baptême. La vertu de pénitence, c'est-à-dire, le désir sincère de nous réconcilier à Dieu el d'apaiser sa justice, quoique bonne et essentielle , nous ohlige n'avoir recours à la pénitence comme sacrement, puisque ('est le moyen établi de Dieu dans la loi nouvelle, pour recevoir la rémission des pêches commis après le baptême. Pour obtenir la rémission des péchés , il ne suffit pas d'avoir quelque regret de les avoir commis, m quelque résolution de ne les plus commettre; il faut
i«l itONSTRATION Ê> \m.I LIQl l
qne le regret naisse de l'amour de Dieu dominant dans le cœar. Il faut que cette résolution soit Ferme et routante , et qu'elle euferme la volonté effective de faire tout ce qui est nécessaire pour se tirer du péché. Or c es deux dispositions ne l'acquièrent pas facilement; et Dieu, dans sa conduite ordinaire, ne les donne pas d'abord, mais par suite de beaucoup de prières, d'exercices de piété et de pénitence; de sorte que l'état qui nous fournil plus de moyens pour acquérir ces dispositions, nous rend la rémission des péchés plus sûre et plus facile, et c'est ce que fait le sacrement de pénitence : car l'obligalionde se confesscretde pratiquer cette action humiliante, est un excellent moyen pour obtenir le degré de contrition nécessaire pour recevoir la rémission de ses péchés. Les paroles elles prières du prêtre, qui agit comme minisire de Jésus-Christ, y servent beaucoup ; la pratique actuelle des exercices de pénitence, lorsqu'il juge à propos de différer l'absolution, est d'une grande utilité : car il ne faut pas considérer tout ce qui se l'ail dans l'administration du sacrement de pénitence comme de simples actions de vertu de pénitence, mais comme des actions qui font partie d'un sacrement, et auxquelles Dieu a attaché ses grâces. Ainsi bien loin d'envisager toutes ces choses comme un joug dur et pesant que la loi nouvelle nous impose, nous devons au contraire les regarder comme un moyen sûr et facile . que celle même loi nous fournit pour obtenir le pardon de nos péchés, en obtenant les dispositions nécessaires pour les recevoir.
C'est encore un grand secours que ce sacrement fournit, que l'absolution du prêtre : car quand elle est donnée par un ministre sage et prudent, qui examine avec soin la disposition de son pénitent, et qui sait les règles de l'Eglise, elle donne à ce pénitent une juste confiance de la rémission de ses péchés; au lieu que dans l'ancienne loi, comme la rémission des péchés dépendait d'un certain degré d'une disposition intérieure, on n'en était presque jamais assuré, à moins que Dieu n'en donnât une assurance par quelque prophète, comme il fil à David. Enfin un grand avantage du sacrement de pénitence est que les satisfactions ordonnées par un prêtre, et pratiquées avec soumission à l'Eglise, sont tout autrement capables d'obtenir la miséricorde de Dieu, et île satisfaire à sa justice, que les satisfactions volontaires que ceux qui avaient péché dans l'ancienne loi étaient obligés de pratiquer, comme on le voit par l'exemple de la pénitence de David. Ainsi le principal effet que doivent produire les premiers mouvements de pénitence par lesquels Dieu louche le cœur d'un pécheur, c'est de rechercher le pardon de ses péchés par les moyens institués de Dieu , et de se soumettre avec, amour et reconnaissance à cette loi que Jcsus-Chrisi lui a imposée par une boute toute gratuite.
$ 10. De la conversion. — On pécheur, pour sortir de l'état misérable dans lequel il est, doit commencer à se trouver mal dans
-ou premier état et dans le règne du péché, pour aspin me de Di< u <|ni v est con-
traire; et c'est l.i cell pénitence qui doit i ommencer la conversion. Dieu s< sert ordinairement, pour opérer la con\ .1 un certain ordre de moyens <t de remé li - par
lesquels les âmes changent de disposil
dans le cours <h- la nature. Il veut donc que le pécheur connaisse d'abord s ,,, mal . ,|U n le haïsse, qu'il en désire la délivrance, qu'il fasse divers etlorls pour l'obtenir, qu'il s'adresse à lui comme au médecin unique de ses maux, et qu'il observe Gdèlcuu ni sa pries, 'fouies ces démarches affermissent l'âme dans la volonté de rctourm r a I);. u , et rendent ensuite celte volonté - ilide, durable ci effective. La manière ordinaire dont Dieu se sert pour convertir les âmes i -t de les bien établir dans l'humilité par nne connaissance de l'état misérable où le péché les a réduites. Il veut qu'elles sachent non seulement qu'elles sont mortellement I mais qu'elles sont dans l'impuissance de se guérir par elles-mêmes , que lui seul l >t capable de les délivrer de leurs maux : que son secours s'obtient par l'humiliation et par la punition volontaire du péché. Tous , , | degrés ont besoin de quelque temps ; ,| il ne faut pas s'imaginer qu'il ne faille qu'un instant pour y Faire passer l'âme et la faire entrer dans ces dispositions. Ce n'est point ainsi qu'elle agit el qu'elle change : il faut qu'elle demeure assez longtemps dans l'application à certains objets, pour en être touchée d'une manière durable, foutes les pensées qui durent peu et qui ne sont pas souvent réitéra ne forment point de dispositions permanentes. Dieu s'accommode donc à celle manière d'agir de notre âme, et il n'accorde ordinairement sa paix et sa réconciliation qu'après avoir retenu longtemps les âmes dans des sentiments d'humiliation et de pénitence, et souvent il se sert de moyens humains el de certaines révolutions daiis les choses extérieures, pour donner aux pécheurs la pensée de se convertir. C'est le doigt de Dieu qui dispose ces événemens : mais il les dispose d'une manière secrète et qui ne parait point miraculeuse.
L'amour de Dieu est le principe de la vraie conversion. L'âme ne se détourne de Dieu qu'en cessant de l'aimer et en aimant autre chose. Elle ne retourne à Dieu, qui i si ce qu'on appelle conversion, que par le renouvellement de cet amour. Demander si l'on peut rentrer en grâce avec Dieu, se réconcilier à lui et se convertir sans aimer Dieu. c'est demander si l'on peut retourner à Dieu en demeurant détourné de lui et en aimant toujours la créature. Car tout mouvement de
l'aine avant l'amour pour principe , si noire conversion ne nait de l'amour de Dieu, ce sera nécessairement de l'amour de la créature qu'elle tirera sa naissance; puisque, comme dit saint Augustin, la cupidité charnelle règne partout où l'amour de Dieu ne se trouve point. C'est demander si l'on peut se réconcilier avec Dieu en demeurant en ne, mi de Dieu : car quiconque aune encore quel.
L'ESPRIT DE NICOLE SUR LES VÉRITÉS DE L.\ RFXIGION
que créature plus que Dieu, est encore ennemi de Dieu; et l'on ne saurait cesser d'aimer quelque créature plus que Dieu, qu'en aimant Dieu plus que la créature. Enfin c'est demander si l'on peut recouvrer la vie de l'âme en demeurant dans la mort : car quiconque n'aime point Dieu, dit saint Jean, demeure dans la mort (I Jean, III, ik). Or celui qui demeure dans la mort n'est point ressuscité, ni converti. Il faut donc de l'amour pour se convertir à Dieu, et le retour du pécheur à Dieu doit être un retour d'amour. ,
On ne se convertit point à Dieu, et on ne devient point enfant de Dieu d'enfant du diable qu'on était auparavant, en demeurant tel qu'on était. Il faut changer d'amour, et par conséquent d'actions : et c'est ce qui fait voir l'illusion de ceux qui prétendent être convertis à Dieu, sans qu'il paraisse en eux aucun changement effectif; qui aiment les biens du monde avec la même passion qu'ils les aimaient ; qui les recherchent avec la même ardeur qu'ils les recherchaient ; qui ne sont pas moins sensibles aux injures qu'ils ne l'étaient auparavant; qui ne donnent pas plus de temps qu'ils ne faisaient aux actions de piété, et qui occupent, comme ils faisaient, tout leur esprit aux choses du monde. Car quelle marque ces gens-là ont-ils qu'ils ont vaincu le monde, puisque l'esprit du monde n'est pas moins vivant, ni moins agissant en eux qu'il ne l'était ? Il est vrai qu'ils s'abstiennent de certaines actions criminelles ; mais cela n'empêche pas que le monde ne règne en eux, puisqu'il est l'objet du gros de leurs actions, et qu'ils font avec inclination, avec joie, avec diligence, tout ce qui regarde le monde; et avec langueur, avec chagrin, avec négligence tout ce qui regarde Dieu. Il faut donc en conclure que si le monde n'est point vaincu en nous, nous n'avons point de part à cette renaissance divine, qui ne s'établit dans le cœur qu'en bannissant l'empire de l'amour du monde.
Une personne vraiment et solidement convertie est toujours dans la disposition d'une profonde humiliation devant Dieu , et même devant les hommes. Un véritable pénitent se met au-dessous des autres , et se regarde comme le dernier de tous. Délivré du joug de ses passions qui le dominaient, il reçoit la force de servir Dieu, et on le voit s'acquitter avec fidélité de tous ses devoirs. Quiconque est sérieusement converti, a droit deconelureque Dieu l'aime ; eteeseraitun grand dérèglement que de croire ne pouvoir pas obtenirla rémission de ses péchés de celui dont on est assuré d'être aimé ctdonton adéjàobtcnu lechangcmentdc son cœur. Il cstdoncimpossiblcqu un homme vraiment pénitent ne joigne à sa douleur l'espérance de la miséricorde de Dieu, puisque sa douleur même n'est fondée que sur la bonté de Dieu qu'il a offensé. 11 se punit donc, il se frappe la poitrine ; mais il se punit par amour et avec espérance d'obtenir miséricorde. Il se scnl converti, mais il sent bien que sa conversion est une grâce toute gratuite à laquelle Dieu n'a pu être
DÉMONST, ÉVANG. III.
porté que par une miséricorde qui n'avait aucune cause dans l'homme même. On peut voir sur ce sujet l'article de la vertu de pénitence, col. 1180.
§ 11. De la difficulté de la conversion. — Il faut savoir et être fortement persuadé qu'il est très-difficile à un pécheur de sortir du précipice où il s'est jeté, surtout lorsqu'il a fortifié ses crimes par l'habitude. Cependant afin qu'il ne tombe pas dans un autre précipice encore plus dangereux, qui est celui du désespoir, il doit savoir aussi que la résurrection d'une âme morte par le péché, qui est impossible aux efforts purement humains, n'est nullement impossible à Dieu ; et quoique cette grâce soit rare en soi, elle n'est plus rare quand on la demande et qu'on la recherche avec les dispositions nécessaires : car la rareté ne vient point de ce que Dieu ne soit pas porté à l'accorder; elle vient de ce qu'il est rare de la rechercher et de la demander comme il faut. Que les pécheurs la demandent avec la ferveur, la persévérance et l'humilité nécessaire ; qu'ils pratiquent les exercices propres à surmonter l'habitude du péché ; qu'ils fuient avec le soin qu'il faut les occasions de la fortifier ; qu'ils se mettent dans un genre de vie qui produise en eux une habitude contraire; et non seulement il ne sera pas rare d'obtenir la rémission des plus grands péchés, mais il sera certain qu'on l'obtiendra par cette voie. D'où vient donc que cette guérison est si rare? C'est qu'on veut l'obtenir sans peine , sans effort, sans l'usage d'aucuns remèdes qui aient de la force et de l'efficace. On veut guérir des cancers , des ulcères malins et invétérés, des gangrènes toutes formées, avec de l'eau chaude et des remèdes anodins. C'est ce que prétendent les personnes charnellesetaveugl.es; et la principale difficulté de leur conversion consiste à les détromper de cette déraisonnable prévention. Elles voudraient qu'il leur en coûtât peu pour se convertir; elles craignent toujours de faire parler le monde et de s'engager à ce qu'elles ne pourront soutenir; elJes veulent qu'on les mène lentement et peu à peu, qu'on les ménage; et elles craignent plus d'avancer dans la voie de Dieu que les vrais pénitents ne craignent de reculer. Comment pouvoir se convertir dès qu'on ne veut renoncer à rien, quon mène une vie faible et languissante, que l'on craint de se séparer des amusements , des compagnies, des plaisirs, de peur de faire parier, de se rendre ridicule, de tomber dans l'ennui? Tous ces ménagements de prudence humaine éloignent la grâce de Dieu et font que l'on ne se convertit pas.
L'ordre que Dieu garde dans la conversion des pécheurs est de les faire passer, pour l'ordinaire, de la crainte à l'amour, et de les retenir même longtemps dans les divers degrés de ces deux dispositions : car ce changement ne se fait pas tout d'un coup. 11 faut que l'amour du monde s'affaiblisse peu à peu par la cessation des actions et le calme des passions, et que l'amour de Dieu, qui est ordinairement très-faible au commencement,
{Quarante.)
DÉMOtfSTtUTIDfl !\ \n<.i.i .lui !..
Il ,
«.'augmente el se fortifie peu à pea jus^u a se tendre le maître du cœur. Qui n'a pas le loisir de passer par ces degrés n'a pas propre*ment Le loisir de se convertir. Tout ce qui arrête donc la pénitence dans le premier degré, qui est celui do la crainte, la rend inutile pour le saint. C'est une pénitence stérile
et avortée quand On en demeure là. La pénitence à laquelle on se porte dans un âge peu avancé a bien de la faiblesse dans ce commencement ; mais elle a le temps de se fortifier peu à peu et d'arriver à sa matarité, c'est-à-dire au degré nécessaire pour justilier rame, lorsqu'on emploie les moyens propres pour y parvenir. .Mais malheureusement on diffère à se convertir à la fin de sa vie : et c'est ce qui trompe quantité de gens. Non seulement Dieu n'a pas promis de donner sa grâce à ceux qui diffèrent jusqu'à la mort de se convertir; mais il a menacé au contraire de ne pas le faire, et même de se rire à la mort des pécheurs (Prov. I, 20). Sa. miséricorde même l'oblige à accorder très-rarement coite grâce, de peur de donner occasion aux. pécheurs de différer leur conversion de jour en jour sur cette attente.
On dira peut-être que la conversion étant une œuvre de la volonté, on se convertit quand on le veut. Or le moyen de ne pas vouloir ce qui est nécessaire pour être sauvé ? C'est encore là une très-dangereuse illusion. On se convertit, à la vérité, quand on le veut : mais comme la volonté pleine de se convertir doit renfermer un véritable retour à Dieu, une volonté sincère de le prendre pour sa dernière fin et pour son souverain bien , et une détestation effective du péché comme péché, c'est-à-dire comme opposé à la justice et à la sainteté de Dieu , il est très-facile de prendre le change et de se tromper, ou dans la nature de ce désir de conversion, ou dans le degré de ce désir. La tromperie dans l'essence de ce désir consiste en ce que l'on prend souvent des désirs purement naturels pour des mouvements naissants d'une grâce surnaturelle. Car il faut remarquer sur ce sujet qu'il y a des mouvements équivoques dans la volonté, qui portent les mêmes noms et qui produisent extérieurement les mêmes effets, mais qui ne se distinguent pas sensiblement, quoiqu'ils naissent de principes étrangement différents. L'amour-propre forme des résolutions de quitter le péché, et la charité en forme aussi. L'amour-propre prie et a recours à la miséricorde de Dieu ; la charité prie et a recours à la miséricorde de Dieu : tout cela s'appelle conversion, cl ne se dislingue pas facilement. Ce qui arrive donc dans ces prétendues conversions est que l'on prend ordinairement des conversions naturelles pour des conversions surnaturelles, des mouvements d'amour-propre pour des mouvements de charité. Une plus longue vie donnerait lieu de les discerner, parce que la charité a des marques qui donnent lieu de la reconnaître dans un juste espace de temps. Mais tout cela demeure confus lorsque les désirs de conversion ne se l'ont paraître qu'à l'extrémité de
la \ ie . et l'on ne peut alors en juger que par les app qui portent toutes i en
que ces marques «le conversion que les ni.,urani» donnent sont presque toujours de purs effets d'une crainte naturelle . quoique pouvant cire quelquefois d<
ministres de Jésus-Chris! ne n Fusent pas. à la vérité, à ces mourants cé-
ments de l'Eglî :is four dont
une assurance que l Eglise n'a pas, ci les pères déclarent qu'elle n< peut avoir.
Enfin quoique l'on ne se trompe pas dans la nature de ce désir, c'est-à-dire que l'on n'ait effectivement quelque mouvement de
âce, on peut encore se tromper dans le deui de cet amour et de ce désir, en prenant un léger commencement d'amour qui laisse encore le cœur sous la domination du péché, pour un amour capable de le délivrer de cette malheureuse servitude, el saui lequel il en demeure toujours esclave, et ne saurait ainsi obtenir la rémission de péchés. Et c'est encore ce qui arrive souvent à la mort, où l'imagination étant occupée fortement des objets de terreur et des pressantes exhortations, on croit souvent que les sentiments dont on est alors frappe sont absolument les maîtres du cœur, quoiqu'ils ne dominent que l'imagination, et quête co'iir y ait peu de part. C'est ce qui oblige les pécheurs, non seulement à travailler pendant que Dieu leur en donne le temps, mais à se hâter même de Iras ailler sérieusement à leur salut, afin que leur amour ail le temps de croître et de parvenir à un état où l'on puisse dire qu'ils sonl convertis. Agir autrement c'est tenter Dieu . et le tenter d'une manière très-dangereuse, en Voulant qui I fasse. un miracle dans l'ordre de sa grâce pour nous sauver. Kl ainsi tous ceux qui attendent à se convertir à la mort, outre leurs autres péchés, commettent encore celui de tenter Dieu, qui en fait souvent le comble.
§ 12. De la fausse pénitence. — Il n'est rien de si commun et par conséquent de m dangereux (pie la fausse pénitence, parc qu'on se forme une fausse idée de l'état de la justice et de l'essence de la vie chrétienne. On est quelquefois louche du désir de changer de vie. et si ce désir a quelques effets, il se termine d'ordinaire à corriger quelques actions grossièrement criminelles, el à pratiquer quelques devoirs extérieurs de pieté. Mais quant au changement du cœur, à la mortification des passions, au renoncement à l'amour du monde, à 1 ambition, au plaisir, c'est à quoi l'on ne pense point du tout. L'idée qu'on a de la vertu est trop superficielle, et l'on va jusqu'à regarder la dévotion comme peu solide ou au moins comme non nécessaire. Ces! ce qui fail qu'on se fait un jeu de passer par des révolutions det.it de crime cl d'étal de justice ; aujourd hui en ^ràee. demain dans le pèche; aujourd hui ressuscité, demain retombé dans la mort, en faisant subsister la vie chrétienne avec une \ icissilude continuelle de mort el de vie. H esi vrai que la grâce pool se perdre par la violence des tentations mais cela ne* a
L'ESPRIT DE NICOLE SUR LES VÉRITÉS DE LA RELIGION
pas à des changements fréquents. L'Eglise a toujours supposé que ces faux pénitents, loin d'avoir perdu la grâce qu'ils avaient reçue , ne l'avaient pas seulement recouvrée ; qu'ils étaient toujours demeurés dans la mort, et n'en étaient point sortis , parce que leur pénitence était fausse et illusoire , et que c'est se moquer de Dieu que de retomber sans cesse dans les mêmes crimes dont on vient de lui demander pardon. Peu de personnes sentent l'infection de leurs péchés, et en ont la juste horreur qu'elles devraient avoir. Elles sont au contraire assez bien avec elles-mêmes; et à en juger par leurs actions qui sont les vrais interprètes de leur cœur, le péché leur parait un fort petit mal : ainsi il y en a peu qui désirent sincèrement d'en être délivrées. Car ce désirsincère,siellesl'avaient,les ferait entrer dans les moyens naturels de se procurer cette délivrance , les ferait renoncer sincèrement à tout ce qui peut les retenir dans le péché, et les porterait à embrasser les œuvres de pénitence.
Ces faux innocents dont le monde est plein, sont la pépinière d'une foule de faux pénitents : car les péchés spirituels dont ils sont coupables éloignant d'eux les grâces de Dieu, les disposent souvent à plusieurs péchés grossiers qu'ils ne peuvent se dissimuler, et qui Jes obligent de recourir aux remèdes de la pénitence. Mais comme leur pénitence n'a pour objet que ces péchés extérieurs, et ne va presque jamais jusqu'à la source qui les a produits, ils se croient pleinement justifiés lorsqu'ils ont renoncé à ces sortes de péchés ; ce qui arrive souvent par des considérations purement humaines. Pour les autres vices spirituels, ils ne font partie ni de leur confession, ni de leur pénitence. Ils leur demeurent toujours inconnus ; et leur prétendue conversion contribue même à leur cacher davantage leur état, parce que ce changement extérieur passe dans leur esprit pour un changement entier, et qu'ils n'ont point d'autre idée d'une conversion solide , que celle de ce changement extérieur qu'ils trouvent en eux.
On peut juger combien cela s'étend, et par conséquent combien il y a de faux pénitents, si l'on fait réflexion que presque tout le monde perd la grâce du baptême par des plaies mortelles, et que cependant il y en a peu dont on puisse juger solidement qu'ils l'aient recouvrée. On voit à la vérité quelque changement extérieur : quantité de personnes qui ont été déréglées, se lassent des vices et renoncent à la vie licencieuse. Ils se dégoûtent des passions de la jeunesse : ils veulent acquérir la réputation de gens d'honneur et de probité : il s'y mêle même quel- 3ue crainte de l'enfer ; ils trouvent donc bon 'assurer leur salut par des moyens aussi aisés que le sont la confession et la participation des sacrements, et ils trouvent malheureusement des directeurs faciles qui les entretiennent dans leurs sentiments. Ils deviennent à la vérité plus exacts à certains devoirs extérieurs de religion : mais ils n'en sont pas moins attachés à leurs intérêts et à
leur fortune ; ils n'en sont pas moins remplis de l'amour des choses du monde ; ils n'en n'en sont pas plus appliqués à la prière et à la mortification, et ils font consister touteleur pénitence à la cessation des vices grossiers. Comme la plupart des gens du monde sont engagés dans des dérèglements qui les mettent au-dessous des Juifs et des païens, leur pénitence ne fait que les rétablir dans ce qu'on peut appeler une honnêteté païenne ou une vertu pharisaïque. Comment iraientils plus avant, puisqu'ils n'ont point d'autre idée du christianisme que celle-là? Ils ne savent ce que c'est que tout le reste, et n'ayant jamais eu soin de s'en instruire, ils regardent tout ce qu'on en dit comme des imaginations. Ils croient même qu'il leur serait honteux de commencer à apprendre les éléments d'une religion dont ils ont fait profession toute leur vie. Ils aiment donc mieux supposer qu'ils en Sont suffisamment instruits, et prendre tout ce qu'ils ne savent pas pour des spéculations non nécessaires. Ainsi ils n'ont aucune pensée de se détacher du monde , de se priver de la jouissance et de la possession des créatures, de s'abaisser et de s'humilier. Estimer heureux ceux qui souffrent, qui sont méprisés ou opprimés, être prêt à tout perdre pour la justice, mortifier ses passions, sont des vertus auxquelles ils n'aspirent pas par les désirs, et auxquelles ils ne s'imaginent point être obligés. Ainsi ce n'est jamais le sujet de leur examen : cela n'entre jamais dans leurs réflexions, ni dans les desseins qu'ils se proposent quelquefois de corriger leur vie.
Ce genre de fausse pénitence est encore accompagné d'un autre défaut qui suffirait seul pour la rendre vaine et trompeuse. C'est qu'on s'Imagine qu'il suffit d'abandonner les vices et les emplois criminels, et qu'on n'est point obligé de réparer le passé autrement qu'en s'en confessant et en accomplissant ces légères pé-nitences qu'on impose dans le tribunal : mais c'est une illusion très-dangereuse. Je ne dis pas que l'accomplissement actuel de la satisfaction, avant ou après l'absolution, soit essentiel à la réconciliation : et je demeure d'accord qu'un homme vraimont converti, qui meurt après l'absolution sans avoir accompli ce qui lui avait été ordonné, ni y avoir rien ajouté, meurt dans la voie du salut. Mais ce que je dis, c'est qu'il n'y a point de conversion sincère sans un désir effectif de satisfaire à Dieu par de dignes fruits de pénitence; et que si ce désir est réel, il produit dans la suite son effet, et engage à une vie pénitente proportionnée â nos forces. Si la coutume, l'ignorance ou la juste condescendance des confesseurs dispense les pécheurs des satisfactions laborieuses, un vrai pénitent ne s'en croit pas dispensé pour cela. Ce qu'il ne peut faire en une manière, il le fait en une autre. S'il n'est pas capable do faire des œuvres extrêmement pénihles , il répare ce défaut en substituait des mortifications d'esprit aux mortifications du corps. Enfin il ciilfc sans peine dans cette maxime, que Dieu n'étant pas moins juste en ce temps-
ci qu'au temps do l'ancienne Eglise, i! ne demande pas moins des pécheurs une volonté effective de satisfaire à sa justice ou d'une
manière ou d'une autre ; que plus on les dispense des austérités, plus ils doivent récompenser celte dispense pur d'autres sortes de pénitences et de bonnes œuvres; (pue jamais Je sacrement de pénitence ne peut changer de nature, ni se confondre avec le baptême; qu'il doit toujours être, jusqu'à la fin do monde, un baptême laborieux; et que la vie, l'esprit et le cœur d'un pénitent qui revient à Dieu après de grands péchés, doivent être toujours tort distingués de la disposition des innocents, qui ont conservé la sainteté de leur baptême. On voit par là quels sont les principaux défauts qui rendent la pénitence fausse et trompeuse , et qui attirent sur les chrétiens qui se laissent séduire par cette illusion, l'exclusion du royaume de Dieu.
§ 13. De la contrition. — La contrition étant une partie essentielle du sacrement de pénitence, il est nécessaire de faire voir en quoi elle consiste. La contrition est un regret intérieur et une détestalion effective de ses péchés, avec une résolution sincère de ne plus les commettre à l'avenir, et de satisfaire à Dieu. La vraie contrition renferme ces quatre conditions : 1° la haine de la vie pasisée ; 2° l'amour de Dieu comme source de toute justice; 3° la cessation du péché, et la résolution véritable et sincère de ne plus le commettre ; 4° enfin un désir effectif de satisfaire à la justice de Dieu et do punir le péché.
1° Ce n'est pas assez de changer de vie et de s'éloigner du mal; il faut de plus témoigner à Dieu son regret par la douleur de la pénitence, par les gémissements d'une âme humiliée, par le sacrifice d'un cœur contrit. Il n'est pas nécessaire, à la vérité, que cette douleur soit sensible ; mais ce doit être au moins une douleur effective. L'âme doit avoir une lumière qui lui fasse connaître la misère effroyable de l'état du péché, et qui lui découvre ce qui l'y retient, et un désir réel et efficace de se séparer des occasions qui pourraient l'y faire retomber. Le défaut do sensibilité peut être suppléé par une résolution forte d'obéir à Dieu ; mais il est vrai néanmoins que c'est ordinairement un grand défaut en nous, que cette douleur soit si peu .sensible. Car cela vient souvent de ce que nous concevons faiblement l'énormité du péché, et que nous avons peu d'idée de la sainteté et de l'ingratitude de l'homme. C'est une grande preuve que notre âme est bien dure et bien peu capable d'être remuée autrement que par les sens. Celte douleur étant si peu sensible, n'a guère de force pour résister aux passions. Ainsi, à moins que nous n'y joignions unerésolution très-forlo, fondée sur la loi, il est difficile que nous ne soyons emportés par l'habitude du péché que nous aurons contractée; et c'est ce qui nous oblige d'avoir d'autant plus recours à Dieu, que nous reconnaissons davantage, par cette Insensibilité, la profonde corruption kU' notre nature.
- la contrition doit naître de l'amour de
h* Mo\S!K\î!0\ ÉVANGÉLIQU6.
Dieu. L'amour appartient à la loi nouvelle : on ne hait le péché qu'autant que l on s Dieu: la ferme résolution de ne plus tomber dans le péché ne peut se former sans aimer Dieu : on no peut avoir une véritable contrition si l'on n'a recours a lésus-Chrlsl : qui suppose qu'on l'aime : la contrition nous fait prier el nous fait demander pardon a Dieu d'une manière chrétienne, ce qu'on ne peu! faire sans amour de Dieu : la contrition csl Un non mouvement, une bonne volonté; pr, il n'y a point de bon mouvement, ni do bonne volonté sans charité. Il est donc aise de conclure par toutes ces raisons, qu'il faut m, saireinentque la contrition naisse de l'amour de Dieu, et que c'est une disposition m , saire pour obtenir la rémission des péchés dans le sacrement de pénitence.
Tout degré d'amour de Dieu n'est pas suffisant pour cet effet : ii faut que ce soit un amour qui nous fasse préférer Dieu à la créature; un amour qui ronde à Dieu l'empire de notre cœur; qui nous engage à regarder Dieu comme notre fin, et qui nous fasse renoncera la volonté do tout perde mortel. Il faut aimer Dieu sur toutes choses, pour réparer le péché de ne l'avoir pas aimé sur toutes choses. 11 faut s'assujettir à Dieu et lui donner dans notre cœur, la place qu occupait la créature, ce qui ne peut s,- faire qu'en le préférant à tout, et par conséquent en l'aimant par-dessus toutes choses. 11 ne s'ensuit pas de là que pour être justifié il soit nécessaire d'avoir une charité parfaite qui justifie même avant le sacrement; mais il faut que cet amour fasse régner Dieu dans le cœur. Un amour peut être dominant et sur toutes choses, soit lorsqu'il est capable par lui-même de surmonter toutes les passions de l'âme sans l'aide d'aucun mouvement de crainte , soit qu'il ait besoin do la crainte et d'autres motifs plus bas, pour surmonter la cupidité. Or cette dernière sorte d'amour n'est pas une charité parfaite et ne justifie pas de soi-même sans le sacrement . de sorte que ceux qui n'ont la charité et l'amour de Dieu qu'en ce degré, ne son) pas juslilies avant la réception actuelle du sacrement, et le sont par la réception du sacrement. A l'égard de l'atirition , il suffit do dire que si elle naît de pure crainte, elle ne suffit pas ; si clic naît de crainte et d'amour, qui no font pas encore proférer Dieu à toutes choses et qui subsistent avec une cupidité dominante . elle ne suffit pas encore: mais si l'atirition est un regret qui naît de la crainte et d'un amour qui fasse préférer Dieu à toutes choses, quoique par le secours de la crainte, cette attrilion suffit avec le sacrement.
La véritable contrition doit renfermer encore ces quatre qualités : elle doit être intérieure, surnaturelle, souveraine et univi iselle , et c'est ce qui arrive quand l'amour de Dieu règne dans le cœur. Si cet amour est intérieur, la contrition sera par nécessité intérieure: s'il est surnaturel . elle sera surnaturelle ; si cet amour est dominant dans le cieur. et qu'il lass,- préférer Dieu à toutes choses, la douleur qu'il produit sera SOUVe-
L'ESPRIT DE NICOLE SUR LES VÉRITÉS DE LA RELIGION
raine , c'est-à-dire , que l'âme sera plutôt dans la disposition de souffrir toutes sortes de maux, et d'être privée de tous les biens du monde , que d'offenser Dieu mortellement. Enfin si la contrition naît d'un amour qui nous fasse préférer Dieu à tout, elle sera universelle, c'est-à-dire, qu'elle s'étendra à tous les péchés mortels , puisqu'il est impossible de préférer Dieu à toutes choses , sans haïr tout ce qui peut nous en priver, ce qui est l'effet de tout péché mortel.
3° Il n'y a rien de plus essentiellement nécessaire pour obtenir la rémission de ses péchés que la résolution de les quitter, et cette résolution est encore une suite de l'amour de Dieu dominant. Elle doit être effective, et non pas une simple velléité ; et pour cela il faut pratiquer certains moyens. 11 y en a de généraux et de particuliers. Les généraux sont la prière, la vie réglée, la retraite, les saintes lectures; la vie pénitente et laborieuse. Les particuliers sont les exercices de pénitence opposés aux dérèglements dans lesquels on est tombé , comme l'aumône à l'avarice, le jeûne à la débauche, la mortification du corps à l'impureté, l'humiliation à l'orgueil, et ainsi des autres. On est aussi obligé de fuir les occasions du péché : car Dieu ne donne ordinairement ses grâces, pour éviter le péché, qu'à ceux qui pratiquent les moyens convenables pour cela ; et agir autrement , c'est tenter Dieu. Or il y a de ces occasions de péché qui le sont par elles-mêmes, et qui entraînent naturellement dans le péché, et il y en a d'autres qui ne sont telles que par rapport à la faiblesse et à la disposition du pénitent; mais , comme il faut éviter tout ce qui fait perdre la grâce de Dieu, il faut les éviter également, et surtout les premières , sans quoi on n'est pas digne d'absolution.
k° Enfin il faut avoir le désir et la résolution de satisfaire à Dieu pour ses péchés ; et cette disposition est si essentielle, comme on le fera voir en traitant de la satisfaction, que le défaut de satisfaction et de pénitence qu'on remarque dans ceux qui reçoivent l'absolution immédiatement après la confession , est souvent une preuve que leur âme n'était pas effectivement convertie , et que tous les mouvements qu'elle ressentait n'étaient que superficiels et n'avaient pas changé le fond du cœur.
§ 14. De (a confession. — La confession est une accusation et une déclaration que le pénitent fait de ses péchés à un prêtre qui a juridiction sur lui pour en recevoir la pénitence et l'absolution. La confession doit être une déclaration des péchés, parce que le prêtre faisant l'office de médecin dans le sacrement de pénitence , si nous voulons guérir les maladies de notre âme, qui sont nos péchés , il faut les lui découvrir 'de même que nous découvrons les maladies de notre corps à ceux que nous croyons pouvoir y apporicr quelque remède. Il est important de surmonter fa peine que l'on a de confesser ses péchés : on a une fausse honte qui lait rougir de confesser ce qu'on n'a pas rougi
de commettre : on a de la confusion du remède , lorsqu'on n'en a point eu du mal même ; et l'on craint de découvrir ce qui ne peut être caché. C'est par cette fausse honte que l'on prend le plus faux des partis , qui est de cacher pour un temps ce qui sera éternellement découvert , et qui aurait été effectivement caché pour l'éternité , si on l'avait découvert durant le temps. C'est là aussi ce qui empêche quantité de pécheurs de recevoir la rémission de leurs péchés , et qui de plus fortifie leurs mauvaises habitudes et les endurcit dans le mal.
La confession, pour être bonne et utile, doit avoir ces trois conditions , savoir: d'être entière , d'être véritable , et d'être propre à la personne qui se confesse. Elle doit être entière , c'est-à-dire qu'on doit n'y omettre volontairement aucun péché mortel commis depuis le temps où l'on croit avoir perdu la grâce de Dieu, parce qu'on ne peut être en même temps ami et ennemi de Dieu ; et c'est ce que l'on prétendrait , si l'on soumettait aux clés de l'Eglise certains péchés pour en obtenir le pardon , et que l'on ne voulût pas y soumettre les autres, qui ne pouvant pas ainsi être pardonnes, non plus que les autres, nous tiendraient toujours dans la disgrâce de Dieu. Pour rendre sa confession entière , il faut s'examiner sérieusement et de bonne foi , comme on va le dire, et se faire même instruire par quelque personne éclairée. Il faut de plus confesser les circonstances qui changent l'espèce du péché, et qui servent à faire connaître la grandeur du péché et la véritable disposition de l'âme. Il faut en marquer le nombre, autant qu'il est possible, et déclarer, par exemple, la durée d'une passion , les fautes qu'elle taisait commettre ordinairement tous les mois, chaque semaine, chaque jour. La seconde condition de la confession est qu'elle soit vraie. C'est pécher contre la vérité de la confession, d'exprimer les choses plus fortement qu'on ne les pense, soit en bien, soit en mal , soit pour s'accuser, soit pour s'excuser. Il faut éviter avec, soin de s'excuser : car c'est l'orgueil qui en est cause ; et il ne faut s'accuser que de ce dont on se croit coupable , et selon le degré qu'on le croit. Il faut parler douteusement des choses dont on doute, et avec certitude de celles dont on est assuré ; et il faut , autant que l'on peut, ne pas se juger témérairement , non plus que les autres. La troisième condition nécessaire à la confession est qu'elle soit propre, c'est-à-dire, que l'on s'accuse soi-même et non pas les autres , et qu'on y ménage, autant qu'il est possible, l honneur du prochain , à moins qu'il ne soit nécessaire , pour quelque utilité ou pour l'intégrité de la confession, de découvrir ceux qui sont coupables des mêmes crimes , mais jamais pour se décharger sur d'autres d'une partie de sa faute.
A l'égard de la confession des péchés véniels, quoiqu'elle ne soit pas absolument nécessaire, elle est cependant utile . cl peut être pratiquée avec un très-grand fruit. H faut pour cela avoir une douleur sincère du
DÉMONSTRATION ÊVANGÊLIGUE.
les ftvoir commis, et un d^sir véritable de ren corriger ; mail , comme il est impossible d'éviter tout les péchés véniels, la résolution de les éviter doit être plutôt un dessein de travailler à les éviter et un désir sincère de n'en plus comincltijp, qu'une espérance ferme qu on les évitera absolument. Pour ce qui est des péchés véniels , dont on n'a pas résolution de s'abstenir, comme ils sont volontaires et par conséquent beaucoup plus considérables que les autres, on doit en gémir devant Dieu, en avoir une extrême appréhension , les dire à son confesseur, non pas tant pour en demander l'absolution que
fiour lui faire connaître l'état de son âme, et ui en laisser le jugement.
Il est certain que quelquefois il y a quelque sorte de danger d'ans la confession des péchés véniels ; mais il ne faut pas pousser ce danger si loin qu'on en détourne les âmes qui craignent Dieu , en leur faisant croire qu'on s'approche souvent du sacrement de pénitence avec des péchés véniels , et qu'on en revient avec des péchés mortels; car il n'est pas difficile pour les bonnes âmes de pratiquer ce moyen d'une manière utile. La raison en est qu'à l'égard des péchés mortels on ne peut se repentir utilement de l'un que l'on ne se repente de tous ; et il ne suffit point d'avoir dessein de se corriger de l'un, si l'on n'a une résolution effective de s'abstenir de tous les autres. Mais il n'en est pas de même des péchés véniels ; car il peut se faire qu'on ait de la contrition à l'égard de l'un, sans en avoir à l'égard de l'autre , et qu'on veuille s'abstenir de l'un quoiqu'on demeure encore attaché de volonté à l'autre ; cependant , pourv u que l'on ait la contrition de quelques péchés véniels , le défaut de contrition à l'égard des autres ne rend pas l'absolution nulle, et il en est de même de la résolution de les éviter. 11 est difficile qu'une personne qui est dans la grâce de Dieu n'ait pas les dispositions suffisantes à l'égard des péchés véniels, pour empêcher qoe le sacrement ne soit nul, puisque l'amour de Dieu qui règne dans le cœur des justes y produit toujours, tant qu'il y est, quelque désir de se perfectionner et d éviter ce qui déplaît à Dieu ; et ainsi , quoiqu'il faille exciter les Chrétiens à se confesser avec plus de regret et avec plus de désir d'éviter les pèches véniels dont ils se confessent , il ne semble pas à propos de tant les effrayer par la crainte de faire des confessions sacrilèges ; mais on peut leur faire sentir qu'ils peuvent faire des fautes lorsqu'ils se confessent de ces péchés avec trop peu de disposition.
§ 15. De {'examen di conscience. — Comme il arrive souvent que l'on se confesse mal , parce qu'on n'a pas assez de soin d'examiner sa conscience , il est à propos de mettre ici sous les yeux les pèches auxquels on ne fait point assez d'attention ; bien des gens se contentant de remarquer ceux qui sont sensibles par eux-mêmes. Il faut donc examiner de bonne foi si, au lieu de s'occuper des vérités de la foi , on donne presque te-ut son esprit ,ui\ chosefi du monde ; si on