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remplit son esprit des mauvaises maximes du monde ; si on n'a pas -"in d'entretenir el de fortifier sa foi par la méditation de la loi de Dieu et par de fréquent» actes de foi ; d'où il arrive qu'elle s'affaiblit et s'obscureit; si l'on manque à faire profession de sa ' des maximes de l'Evangile, toutes les fois que l'honneur de Dieu et l'utilité du prochain le demandent.
Si l'on mène une vie de jeu, d'oisiveté, de divertissement , de curiosité; si on mène une vie molle et sans pénitence , si on aime les pompes, les vanités , les honneurs et les grandeurs du monde , si on est dur aux pauvres , si on néglige de s'instruire . si on n'écoute point la vérité au fond de son coeur, qu'au contraire on évite d'y penser, et qu'on se répand au dehors pour éviter ses reproches ; si on agit par passion , par caprice et par humeur.
Si l'on s'occupe trop du luxe des habits , des meubles, de la beauté; ce qui produit une infinité d'actions d'orgueil et de vanité; si on aime l'indépendance . pour être maître de ses actions et n'être pas assujetti : -i l'on cherche à avoir la préférence sur les autres . et les surpasser en quoi que ce soit ; si l'on agit dans la vue d'acquérir L'estime et les louanges des hommes, et de régner dans l'esprit des autres par l'amour, la confiance ou la créance; si l'on veut faire passer ses propres opinions pour les faire recevoir aux autres; si l'on tâche de rabaisser les autres dans toutes les choses dans lesquelles on a désiré les surpasser.
Il y a encore les omissions de vertu et de devoir, sur lesquelles il faut s examiner, parce qu'elles sont des occasions prochaines de péché, savoir, la négligence à prier, la négligence aux exercices de piété, la négligence à s'instruire des devoirs de son étal , la négligence à veiller sur soi-même , la négligence à se purifier des pèches véniels, ; toutes ces choses étant telles qu'il est presque impossible que l'amour de Dieu subsiste avec ces mauvaises dispositions. Mais il faut surtout demander à Dieu qu'il dissipe nos ténèbres , qu'il nous éclaire , afin que nous puissions bien connaître l'état de notre âme.
§ 16. De l'absolution. — L'absolution des pèches que les prêtres donnent par le pouvoir qu'ils en ont. n'est pas simplement une déclaration que les pêches sont remis , mais une vraie rémission des péchés : de sorte qu'elle précède même ordinairement le jugement de Dieu , selon ce que dit Jésus-Cbrisl : Tout ce que vous délierez sur la tem d, lu dans le ciel [Malth. XVI. Itl. Cette rémission réconcilie réellement le pécheur a\ Dieu, parce que par elle les péché* sont gffecti vement remis; ce qui n'arrive que lorsque l'absolution est donnée à un pu h bien disposé ; car si celui qui reçoit l'absolution n'a pas les dispositions nécessaire! pour être absous, l'absolution ne lui sert de rien , et elle le met au contraire en pire état qu'il n'était, parie que, comme il croit être absous , il n'a plus soin de demander à Dieu les dispositions nécessaires pour obtenir la
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rémission de ses péchés ; ainsi , comme c'est un bien inestimable qu'une absolution qui efface nos péchés , qui nous donne la qualité d'enfants de Dieu , qui nous fait rentrer dans tous les droits que nous avions perdus par le violement de notre baptême, qui nous retire de la mort du péché; c'est au contraire un malheur terrible de recevoir une absolution qui nous donne une fausse sécurité qui éteint nos gémissements, qui nous fait croire que nous sommes vivants , quoique nous soyons toujours dans la mort , et qui nous ôle même le soin et l'empressement de recouvrer la vie.
Autrefois les pénitents jouissaient d'un grand avantage , lorsqu'élani retenus longtemps par la discipline de l'Eglise dans l'exercice des humiliations qu'on leur prescrivait avant l'absolution , les sentiments qu'ils avaient conçus de la grandeur de leurs péchés et de la misère horrible où leur âme était réduite , avaient le temps de s'enraciner et de former ainsi une puissante digue contre les rechutes. Le changement arrivé dans la discipline de l'Eglise ne permet pas , à la vérité, qu'on demeure si longtemps dans cet intervalle entre la confession et l'absolution. L'Eglise, pour de bonnes raisons, permet d'abréger ce temps ; mais , comme il est de nécessité de ne pas retomber, il faut nécessairement que la résolution de ne plus pécher ait déjà quelque solidité et quelque force avant l'absolution , autrement elle serait bientôt suivie de rechute; et le seul effet qu'elle produirait dans l'âme serait de la rendre inconvertible , parce que les vérités qu'on vient à mépriser, après en avoir été touché passagèrement , ont presque perdu leur force. La pointe est émoussée , parce que l'esprit y est accoutumé. Ainsi la question : s'il est nécessaire de différer l'absolution à ceux qui se confessent de péchés mortels est bien aisée à décider ; car il est bien vrai que ce retardement n'est ni essentiel , ni absolument nécessaire; mais ce qui est essentiel , est que la délestalion du péché et la volonté de le quitter soient solides et effectives ; que ce ne soient pas des pensées passagères , qui n'aient fait dans les âmes qu'une impression légère et superficielle ; en sorte qu'elles ne soient pas en état de résister aux tentations ordinaires. Si l'on trouve des âmes que l'on juge avec prudence être dans ce degré de disposition et dans cotte maturité de pénitence incontinent après la confession des péchés mortels , à la bonne heure , qu'on leur donne l'absolution aussitôt ; mais si la volonté de se donner à Dieu et de quitter le péché n'a encore aucune force ni aucune racine, et que l'on juge avec vraisemblance qu'elle s'évanouira bientôt, leur donner l'absolution en cet étal, c'est les mettre en un péril prochain de devenir plus dures et plus inconvertibles qu'elles n'étaient.
Que pcul-on donc penser et juger de ces pénitents impatients qui ne sauraient souffrir qu'on les retienne quelque temps dans les liens de la pénitence, pour les porter à
prier avec plus d'ardeur? Combien sont- ils éloignés de cette prière persévérante qui ne se rebute point , et qui ne doit point avoir d'autres bornes que la vie même? Ils cherchent, à ce qu'ils disent, l'assurance delà rémission de leurs péchés par l'absolution du prêtre, et ils ne voient pas que rien ne peut leur en donner une plus juste assurance que d'avoir prié longtemps pour l'obtenir. Qui prie longtemps désire longtemps; et la persévérance dans la prière renferme la persévérance dans le désir d'une vie nouvelle. Or ce désir affermit l'âme dans le bien et rend plus solides toutes les bonnes résolutions. Rien au contraire ne donne plus lieu de douter de la sincérité de la pénitence que cette impatience que certains pécheurs font connaître en ne pouvant souffrir qu'on leur tarde tant soit peu l'absolution, pour s'assurer davantage qu'elle ne leur sera pas inutile. C'est une étrange manière de désirer la rémission de ses péchés que de s'éloigner des moyens les plus propres pour s'en assurer. Qu'il est à craindre que cette impatience ne naisse de ce qu'on se lasse du peu de contrainte où l'état de pénitence nous tient ! Qu'il est à craindre que les prières qu'on est obligé d'y faire ne nous fatiguent et ne nous ennuient, et qu'on ne lâche de s'en décharger le plus tôt que l'on peut, tant on a peu de sentiment de la grandeur de son mal !
On ne peut douter qu'il n'y ail beaucoup de pénilents à qui il est infiniment plus avantageux qu'on leur diffère l'absolution , et surtout aux jeunes personnes ; parce que si leur conversion ne fait que commencer, ils n'ont pas lieu de s'assurer qu'ils sont effectivement convertis , car les signes extérieurs ne suffisent pas. Ainsi ils ont à craindre que s'ils recevaient l'absolution en cet état elle ne leur fût inutile , ou par le défaut d'une contrition véritable , ou par celui d'une résolution effective ; au lieu que le délai de l'absolution leur donnant lieu de prier souvent Dieu, de veiller sur eux avec plus d'application , de pratiquer des œuvres de pénitence , ils peuvent obtenir de Dieu , par la pratique de ces moyens , les dispositions nécessaires pour recevoir l'absolution avec fruit. Leur véritable intérêt dans cet état est donc qu'on leur diffère l'absolution ; parce que par là on les met dans la voie de parvenir à la rémission de leurs péchés, et on leur fait éviter le danger d'une absolution précipitée, qui, bien loin d'être un avantage pour eux, est au contraire un très-grand malheur. Tout dépend essentiellement d'avoir un guide prudent et éclairé, qui sache juger des dispositions des âmes , qui sache prudemment se servir de la puissance de lier et de délier, et qui n'applique le mérite du sang de Jésus-Christ qu'à ceux qu'il juge suffisamment disposés. Si on a le bonheur d'avoir un tel guide, alors il faut s'en remettre à son jugement ; mais il est bon de lui témoigner que l'on n'a point un désir empressé de recevoir l'absolution ; que l'on en souffrira le délai non seulement sans peine, mais comme une grâce , et que l'on aime.
beaucoup mieux D'être pas sitôt absous, et ■voir du temps pour gémir devant Dieu et pour fléchir sa miséricorde par ses prières
et par sa pénitence, que de recevoir une absolution précipitée, qui laisserait des sujets légitimes de craindre qu'on n'eût pas reçu en effet l'absolution de ses péchés, faute d'avoir eu les dispositions nécessaires pour cela. S'il arrivait qu'on eût un confesseur peu éclairé, comme cela arrive souvent, et que souvent même on ne se donne pas la peine d'en trouver, il est alors plus à propos dans ce cas de s'éprouver soi-même avant que de se confesser, et de s'affermir par la pratique des œuvres de pénitence dans la résolution de quitter le péché.
§ 17. De la satisfaction. — La satisfaction est une réparation que le pécheur fait à Dieu par des œuvres pénibles et humiliantes, pour l'injure qu'il lui a faite par ses péchés. Tout péché, petit ou grand, doit être puni; et il faut que Dieu en fasse le châtiment, ou que l'homme pénitent le punisse lui-même. La loi de la justice de Dieu est que personne ne reçoit la rémission d'une peine plus grande qui lui était due, s'il ne satisfait à Dieu par quelque sorte de peine, quoique beaucoup moindre. 11 est bien vrai que Jésus-Christ a satisfait pleinement pour nos péchés ; mais il a plu à la justice de Dieu de n'appliquer la satisfaction de Jésus-Christ qu'à ceux qui se conformeraient à cette loi de sa justice ; ce qui n'empêche pas la plénitude de la satisfaction de Jésus-Christ, puisque la volonté même que les hommes ont de satisfaire à la justice de Dieu ne leur est donnée que par les mérites de Jésus-Christ, que notre pénitence n'est capable de plaire à Dieu qu'en tant qu'elle est unie aux souffrances de Jésus- Christ, cl qu'elle n'obtient la rémission de la peine duc à nos péchés que par les mérites de Jésus-Christ.
Cette nécessité que le péché soit puni est la source de ce déluge de maux dont Dieu a inondé le genre humain, qui ne sont pas seulement des effets de la justice de Dieu, mais qui, supposé cette justice, sont de grands dons de sa miséricorde et de sa libéralité; puisque ce sont des moyens qu'il nous accorde pour nous acquitter envers lui de nus dettes, et pour éviter les peines auxquelles sa justice nous condamnerait dans l'autre vie. Dieu se sert de ces maux pour plusieurs autres lins. Ce sont des remèdes de nos maladies spirituelles , des préservatifs contre les rechutes; cl l'on peut en dire autant des œuvres de pénitence auxquelles il nous oblige. Mais ces lins de Dieu supposent toujours la première, qui est la punition du pèche : car si l'homme n'avait point de pêche. Dieu ne se servirait point de ces moyens pour le préserrer des rechutes et pour achever sa guérison. Il faut que l'humiliation soit jointe à la satisfaction : car l'humiliation étant la peine !a plus due à l'orgueil du pécheur, il est impossible que le vrai pénitent ne l'accepte el ne l'aime. Il est juste que le pécheur soit humilié, puisqu'il s'est élevé lemment contre Dieu. (Jui ne sent pas en
soi ces dispositions a grand sujet de douter de sa pénitence; et c'est ce qui n'arrive que
trop souvent, puisqu'on voit quantité de pé« heurs qui ne veulent point accepter les pénitences qu'on devrait leur imposer, qui n'en veulent que de douces et de légères, et qui avec «lia s en acquittent très-négligemment et très-superficiellement.
11 serait bon de se rappeler les anciennes pénitences que l'Eglise, dans ses beaux joins, imposait aux grands pécheurs, qui duraient plusieurs années, et quelquefois toute la vie. Or quoique cela ne se pratique plus maintenant, néanmoins comme 1 esprit de l'Eglise est immuable, on doit conserver dans l'intérieur de son cœur la disposition que l'Eglise désirait d'imprimer aux pénitents par ces pratiques extérieures : et c'est cette disposition intérieure qu'on appelle l'espril de pénitence, el qui comprend diverses vues et diverses dispositions qu'un pénitent doit avoir toute sa vie. Tout pénitent doit supposer que la vie qu'il reçoit par le sacrement de pénitence , principalement en ce cemps où l'absolution n'est pas précédée par de grandes œuvres de pénitence et par de longs exercices de piété, que cette vie, dis-je, étant extrêmement faible, la grâce qu'il a acquise par l'absolution ne lui donne pas le pouvoir de conserver cette vie , s'il n'a le soin de l'augmenter par de continuels exercices de piété. Les grands péchés sont comme des maladies mortelles et des fièvres continues. L'absolution en ôtc le danger ; mais il reste dans l'âme de grandes suites et de longues infirmités qu'il faut travaillera guérir.
Mais quand même par les exercices de la pénitence on aurait acquis une sauté ferme et une grande force contre les tentations, on doit se traiter en pécheur et se tenir dans un grand rabaissement intérieur, par lequel on se met au-dernier rang de l'Eglise , et ce rabaissement doit être fondé sur plusieurs vérités : 1° sur l'incertitude du pardon : car il y a certitude que l'on a perdu la grâce par le péché mortel ; mais il n'y a point de certitude qu'on l'ait recouvrée, et cette incertitude, qui n'empêche pas la juste confiance, doit humilier les pénitents et les obliger à se rabaisser au-dessous des innocents. De plus , cette incertitude est beaucoup plus grande, si l'on n'a pas fait une pénitence longue et austère. 2° 11 est fondé sur ce que les pères ont cru qu'il était rare que la grâce dans laquelle on est rétabli par la pénitence, soit égale à celle du baptême : ce qui a fait dire au concile de Trente qu'on ne parvient point sans de grands travaux et beaucoup île larmes, à ce renouvellement entier que l'on a acquis par le baptême; ce qui a fait appeler la pénitence un baptême laborieux. 3" Il est fondé sur ce que I homme , j>ar le péché, s'etant rendu indigne de l'usage des créatures, ce droit d'user des créatures ne lui est pas rendu en son entier dans la pénitence, et qu'il y a bien des choses dont les innocents peuvent user, et que les pénitents doivent s'interdire. V Parce (pie les pénitents ne doivent pas oublier leurs pèches , après
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même en avoir obtenu le pardon : or ce souvenir des péchés n'a pour fin que d'entretenir l'esprit des pénitents dans une humiliation continuelle, étant inutile de se souvenir de ses péchés si on ne s'en humilie. 5° Enfin il est juste que les pécheurs considèrent, que si l'on n'impose pas présentement des pénitences aussi rigoureuses que l'on faisait autrefois , ce n'est pas que l'Eglise juge qu'il y eût de l'excès dans la sévérité de l'ancienne Eglise , ni que les crimes ne méritent pas d'être punis à présent avec cette rigueur qu'on pratiquait autrefois : mais c'est qu'elle trouve les chrétiens d'à présent trop faibles pour la porter. Or quand on n'adoucit la rigueur de la pénitence que par condescendance à la faiblesse des hommes il est juste qu'ils se croient obligés de payer, quand ils sont fortifiés , ce dont ils n'ont été dispensés qu'à cause de leur faiblesse. Ainsi, s'agissanl de satisfaire le même Dieu pour les mêmes crimes, si l'on ne le fait pas par des exercices aussi pénibles qu'autrefois, il faut au moins tâcher de récompenser cela par une humiliation plus longue et diverses mortifications qu'une vertu ingénieuse sait trouver.
Il y en a qui s'imaginent qu'on peut remettre à satisfaire à Dieu dans le purgatoire; mais c'est une erreur. Car la justice de Dieu n'accorde la rémission des péchés en celle vie qu'à condition qu'on en fera pénitence en celle vie. La volonté de faire pénitence est essentielle à la contrition : car si le désir est véritable, il produit des fruits dignes de pénitence; et il pourrait fort bien arriver qu'en remettant en l'autre vie la satisfaction qu'on doit à Dieu on changeât le purgatoire en enfer. Il est difficile de plus que ceux qui ne mènent pas une vie de pénitence , conservent la justice , quand même ils l'auraient reçue : car ils négligent le principal moyen auquel Dieu attache c^fle grâce, et ils s'exposent à tomber dans un état pire que le premier.
§ 18. Des confesseurs et des directeurs. — S'il est important pour le salut d'avoir un bon guide, c'est s'exposer au danger de périr que de s'adresser à un guide aveugle, selon ce que dit Jésus-Christ : Si un aveugle conduit tin autre aveugle , ils tombent tous deux dans le précipice ( Mal lit. XV, 14). Un confesseur peu éclairé et peu capable de son ministère donne lieu de craindre à un pénitent qu'il ne fasse que l'entretenir dans le pèche, en lui donnant des absolutions précipitées ; qu'il n'ait pas assez de lumières pour découvrir ses maux et pour l'aider à les connaître ; qu'il ne le porte pas à satisfaire à Dieu par une pénitence proportionnée, et que, faute d'eu pratiquer de telles , il ne retombe facilement dans le péché ; qu'il ne le pousse trop tôt à la communion; qu'il ne sache pas les moyens de le faire avancer dans la vertu; qu'il ne s'attache qu'aux péchés grossiers , cl qu'il n'ait que peu de lumières sur les dispositions essentielles au christianisme.
Il est aisé de concevoir de là quelles sont les qualités que doit avoir un bon confes-
seur ou un bon directeur : ce qui fait voir de quelle importance il est de faire un bon choix. La voie ordinaire de la conversion des âmes ne consiste pas dans les seuls mouvements de la grâce, mais dans l'union de la conduite du bon directeur avec cette grâce. C'est lui qui doit appliquer les âmes à leurs devoirs, leur faire connaître leurs dangers, régler leur pénitence, les préserver des excès, les tirer des occasions, leur prescrire les remèdes convenables à leurs maladies. Cependant on peut dire que le secours d'un directeur éclairé, autrefois si ordinaire, est présentement plus rare que la grâce même, et qu'il est bien plus commun de trouver des âmes touchées de Dieu, que des gens capables de les aider à se retirer du vice, et à marcher dans la voie de Dieu. Il faut faire souvent de grandes recherches, pour'trouver un directeur vraiment éclairé et capable de jeter les âmes dans la piscine de la pénitence. Avila veut qu'on le recherche entre mille; saint François de Sales entre dix mille : et il y a apparence qu'à mesure qu'on avancera vers la fin des siècles, cette disette de bons directeurs deviendra toujours plus grande.
On ne peut douter que ce manque des secours ordinaires ne soit une grande marque de la colère de Dieu sur les hommes, et l'un des plus grands châtiments qu'il puisse exercer sur eux. Car comme il ne s'éloigne pas souvent de sa conduite ordinaire, quand les moyens ordinaires de conversion sont rares, les conversions le sont aussi. Mais c'est encore bien pis, quand non seulement on a à chercher les directeurs, mais que les vrais directeurs étant rares, il s'en trouve une infinité de faux qui s'offrent d'eux-mêmes, et qui tiennent un langage lout contraire. Mais comme rien néanmoins n'empêche le salut des âmes que Dieu s'est choisies par son élection éternelle, il sait bien remédier à cet inconvénient à leur égard. Ou il les conduit par lui-même, et supplée ainsi au peu de lumière de ceux qui les conduisent; ou il leur fait trouver la lumière dont elles ont besoin dans les ténèbres mêmes de leurs directeurs, qu'il éclaire pour elles, et non pour euxmêmes. Pour les autres, il est vrai que la disette des bons directeurs leur est étrangement préjudiciable, cl que rien ne contribue davantage à leur perte; mais elle ne les excuse en aucune sorle dans leurs péchés, parce que ce sont eux qui l'attirent par leur négligence. Ils ne manquent de bons directeurs, que parce qu'ils n'en désirent pas, qu ils n'en cherchent pas, et qu'ils n'en demandent pas à Dieu autant qu'une aussi grande chose doit être demandée. Leur aveuglement et le peu de soin qu'ils ont de leur salut fait qu'ils prennent le premier venu, et qu'ils se livrent aussi facilement aux plus aveugles qu'aux plus éclairés.
Ceux qui cherchent sincèrement à se sauver demandent à Dieu avec une grande ardeur <|u'il leur fisse distinguer ceux à qui ils doivent s'adresser pour bar conduite. Ils ne prennent pas pour cela le premier veuu :
ils cherchent de bonne loi ceux qui sont les plus habitée cl les plus attachés aux règles de l'Eglise. Les écran doubles an «ouïr, un'. étant possédés d'un désir secret de satisfaire leurs passions, se dispensent facilement île cette recherche. Ils craignent de rencontrer des directeurs qui les incommodent, et ils trouvent mille raisons pour se contenter de ceux qui ne s'opposent point à leurs désirs. Les CCBUrs sincères portent toujours, en consultant, un vrai désir de connaître la vérité, qui se reconnaît clairement par la manière dont ils consultent : cequi donne une grande liberté et une grande confiance aux directeurs à qui ils s'adressent, et auxquels ils se soumettent, de leur proposer ce qu'ils jugent être de plus droit et île plus vrai, parce qu'ilsjugent que ces avis seront bien reçus. Au contraire les esprits doubles et corrompus font en quelque sorte violence à ceux qu'ils consultent, pour les attirer à seconder leurs inclinations. Ils courbent la règle dont ils veulent se servir, lis ne découvrent qu'à demi les raisons qui pourraient leur faire donner l'avis dont ils ont de l'éloignement. Ils font paraître dans un grand jour toutes celles qui favorisent leurs inclinations. Ils font sentir au directeur que le moyen de leur plaire est de ne leur pas donner de certains conseils. Enfin ils font si bien par tous ces petits artifices qu'ils réussissent à se tromper eux-mêmes en trompant ceux dont ils ne demandent l'avis que pour se flatter de leur approbation , et marcher ensuite avec plus de confiance dans la voie de leurs inclinations.
Il est bon de s'adresser à un directeur éclairé, pour apprendre à se connaître, en lui exposant non seulement ce que l'on croit avoir fait de mal, mais en le rendant juge de toute sa vie et de toutes les actions particulières dans lesquelles il se glisse sou\ ut beaucoup de fautes qu'on n'y découvre pas par ses propres lumières; mais il y a un abus assez ordinaire à réformer, c'est l'attache aux directeurs. L'attache qu'on y a, bien loin de nous aider à nous avancer dans la voie de Dieu, y sert souvent au contraire d'un très-grand obstacle. On fait son propre honneur de celui de la personne à laquelle on est attaché. On tend insensiblement à rabaisser tous ceux dont la réputation l'obscurcit. On a peine à souffrir ceux qui n'en jugent pas comme nous , et l'on veut que le jugement que l'on en porte soit la règle de celui des autres. Si l'on lait quelque bien par son conseil, Dieu y a beaucoup moins de |>art que l'homme qui le conseille. On n'a de [ardeur que quand ou Bait qu'il sera informé (\^ C{x que l'on fait, et l'on n'a que de la langueur quand il ne donne pas le mouvement à ce que l'on entreprend. Enfin il se glisse tant de misères dans ces attaches aux directeurs, qu'on ne saurait trop les éviter : car ils ne sont utiles qu'autant qu'on voit en eux plus Dieu que l'homme.
S 1'.). De t'r.itrctnr-oHction. — Le sacrement de l'extrême-onction consiste dans loin lion que font les prêtres aux fidèles
IV Wf.ïl lut I .
dangereusement naïades . arec de l'huile consacrée par l'éréque â ecl effet, et jointe aux paroles par lesquelles il- recoin ni l mission de leurs péchés, I : . Ii i de bien mourir, ou le rétablissement de leur saute Ce sacrement doit être administré a qui sont da aux rieillards que leur faiblesse mi t en danger de mourir : mais non aux oui n'ont pas attein l'âge de raison, ni aux fous, ni «à ceux qui sonl condamnés mort, ni aux pécheurs publics, ni aux eoromuniés. Il faut le recevoir lorsqu'on i -t en danger, et c'est un péché considi : que d'attendre à le donner quand le malade est entièrement désespéré : car c'est vouloir que Dieu fasse un miracle visible , el en quelque sorte le tente.-. Dieu procure SOUVi ut la sanlé aux malades par i • ment; mais c'est d'une manière qui ne parait pas miraculeuse, quoiqu'elle puisse l'être en effet. Ce sacrement peut se réitérer, lorsque celui qui l'a reçu, étant revenu en convalescence, retombe ou dans la même maladie, ou dans une autre. L'usage de le conférer avant le saint viatique, parait être le mieux fondé, en ce que l'eucharistie fa il effets d'autant plus grands sur li qu'elles sont plus purifiées de leurs pi i qui est le propre effet de l'extrême-onction.
Les effets de ce sacrement sont de rendre la santé aux malades, ou en tout, ou en partie, si elle est utile à leur salut: de remettre les [iccliés véniels et même les mortels, si le pénitent en avait sans le savoir : d'éclairer I âme et donner la confiance el la foi, pour soutenir son et it d'infirmité et l< approches de la mort. Comme rien n'est plus nécessaire que de bien mourir, puisque l'éternité dépend de ce moment, le moyen ordinaire pour obtenir la grâce de bien mourir étant le sacrement de l'extrême-onction. ce serait une très-grande faute de le négli et de n'avoir pas soin de le demander. I! est à craindre que ceux qui se privent de ci cours ne succombent aux dernières tentations dont on est attaqué à l'heure de la mort, soit par les douleurs de la maladie, soit par les objets du monde, soit par le souvenir des pêches, soit par l'attente du jugement de Dieu et de ses suites, soit par les attaques du démon, qui sont alors plus vives et plus dangereuses. Comme il f.mt être en étal de grâce pour recevoir ce sacrement avec fruit, puisqu'il n'est institue que pour effacer les restes des péchés, el supnh l'imperfection de la pénitence, on doit se confesser auparavant aux prêtres, et en recevoir l'absolution , si l'on peut le faire.
tj 90. Dt s maladies. — Comme il faut de nécessite mourir, et qu'ordinairement les maladies conduisent à la mort, il est bon de considérer la nécessité et l'utilité des maladies. Les maladies, les douleurs, les afflictions sont devenues depuis le péché de
l'homme des moyens nécessaires au salut. pane «pie c'est la voie que Dieu a choisie pour la purification de l'âme, qui ne peut être
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admise à la jouissance de Dieu, qu'elle ne soit parfaitement pure de toute souillure. Ainsi cette purification de l'âme par la maladie et par la souffrance est destinée par la justice de Dieu à purifier les âmes et leur appliquer les mérites du sang de Jésus-Christ, sans quoi Dieu réserve pour l'autre monde une autre purification qui comprend tous les châtiments que la justice divine exercera sur les âmes qui sortiront de ce monde avec quelques taches. Mais il faut bien concevoir que les peines que l'on souffre ici-bas sont incomparablement plus douces, plus efficaces et plus utiles que celles de l'autre vie. Elles sont plus douces, parce que la justice de Dieu s'y exerce avec un plus grand mélange de miséricorde, et que Dieu proportionne les peines à la faiblesse des hommes, qu'il en tempère la rigueur suivant la force de la créature qu'il veut punir et purifier. Elles sont plus efficaces, parce qu'on y satisfait à de grandes dettes par beaucoup moins de souffrances. Elles sont plus utiles, parce que les maux de cette vie, en satisfaisant à la justice de Dieu pour nos péchés, sont en même temps des remèdes et des préservatifs qui guérissent nos passions et nous préservent de l'enfer.
Un chrétien affligé de maladie doit penser que c'est Dieu qui le fait souffrir et que c est sa justice qui l'afflige ; mais il doit y ajouter que Dieu ne l'afflige pas seulement en Dieu, mais en père, et qu'il ne l'afflige que par l'amour qu'il lui porte; qu'on ne souffre rien dans ce monde que l'on n'ait mérité par ses péchés et qui ne soit le remède de ces mêmes péchés; que la maladie est en même temps un remède salutaire de nos passions et de nos plaies intérieures; qu'elle humilie l'âme sous la main de Dieu; qu'elle lui fait connaître l'impuissance de l'homme par lui-même , et la puissance de Dieu; qu'elle la détourne des objets qui relèvent, et l'applique à ceux qui la rabaissent, qui sont ses péchés et son néant; qu'elle la détache du monde , et la fait aspirer au repos de l'autre vie. Sans cela l'âme s'attacherait à cette vie; elle y mettrait sa paix et son bonheur, et elle ne chercherait point une autre patrie. C'est ce qui oblige Dieu à mêler l'amertume des maladies à la douceur dangereuse de cette vie, pour nous porter à en désirer une autre dont la douceur n'ait rien que de salutaire. 11 est juste que dans nos maladies nous laissions faire Dieu , et que nous nous regardions entre ses mains comme un malade entre les mains d'un médecin qui veut nous guérir. Il y a plus , c'est qu'elles sont le moyen pour acquérir les véritables biens. Dieu veut que nous achetions le (ici. et les maladies qu'il nous envoie en sont le prix. Comment nous pouvons-nous donc plaindre de ce que Dieu nous donne de quoi acquérir cet inestimable bien?
Il n'est donc rien de plus injuste que de s'impatienter dans les maux que Dieu envoie. Cela vient de ce que l'on ne connaît pointasses l'énormité des péchés , et de ce que l'on n'es! pas assez persuadé que nos moindres fautes
méritent tous les maux de cette vie : car si l'on sentait un peu vivement le poids de ses péchés, on trouverait que Dieu nous traite toujours avec une grande miséricorde, et l'on embrasserait même avec joie les maux que sa justice nous envoie , comme n'ayant aucune proportion avec nos péchés, et nous donnant un moyen favorable pour y satisfaire. L'impatience vient encore de ce que l'on ne conçoit pas assez combien la prospérité est dangereuse , combien elle attache au monde , combien elle remplit l'âme de confiance en elle-même, combien elle éloigne de la voie de Dieu : car si on était pénétré de ces vérités , on se réjouirait de ce que Dieu se sert des maladies pour nous détacher de ce qui peut nous être très-dangereux, et on les regarderait comme les plus grandes marques de l'amour que Dieu a pour nous, puisqu'il ne les envoie que pour purifier l'âme dès ce monde, afin de n'avoir qu'à la récompenser dans l'autre.
Dans le temps de la maladie, un chrétien qui a eu soin de s'y préparer d'avance , doit entrer dans un esprit de recueillement et de prière; fermer la porte à l'impression des maux extérieurs, et s'humilier soi-même en se confessant pécheur. 11 doit entrer dans un anéantissement intérieur, et adorer la puissance et la souveraineté de Dieu, en reconnaissant l'impuissance, la faiblesse et lo néant de la créature. Il doit regarder la maladie comme la voix de Dieu qui nous avertit de penser à nous, de réfléchir sur notre vie, d'examiner avec plus de soin notre conscience, de lâcher d'y découvrir ce que notre amour-propre n©us a peut-être caché.
C'est le temps de former des résolutions plus effectives de nous corriger et de faire pénitence. C'est le temps ou de retourner à Dieu si l'on s'en est éloigné, ou de s'avancer dans la voie de Dieu si l'on y marchait trop lentement. C'est encore le temps de s'unir particulièrement à Jésus-Christ souffrant, de le prier de sanctifier nos souffrances par la sainleté des siennes , de nous soutenir par sa force et de nous donner part aux dispositions d'amour et d'humililé,avcc lesquelles il a offert les siennes à Dieu son père. Enfin c'est le temps le plus précieux dont il faut profiter pour se détacher des biens périssables, et pour tendre à ces biens éternels et infinis que nous attendons de la miséricorde de Dieu.
§ 21. De l ordre. — L'ordre est un sacrement par lequel on reçoit une puissance spiriiuelle pour exercer les ministères ecclésiastiques qui appartiennent au culte de Dieu, a la sanctification des hommes, â rétablissement et au gouvernement de L'Eglise. Jésus- Christ n'ayant pas voulu sauver les hommes, en ne les faisant dépendre que de lui seul, ni en les instruisant entièrement par lui-même, ce qui aurait été une voie toute miraculeuse et contraire à l'état delà foi par laquelle il \eiil Bauver les hommet, a voulu former une
sainte société; et comme toute société demande une subordination de ceux qui gouvernent et de ceux qui sont gouverm
DÉMONSTRATION Ê\ \n«.i'.L1QUE.
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était juste que cette société lui appartenant, les ministres qui la gouverneraient reçussent
de lui la puissance de gouverner Les fidèles, et ilf faire avec autorité tout ce qui est nécessaire pour la sanctification de L'Eglise : d'ailleurs la vertu et les mérites des membres de celte société sont inégaux. Il était donc de l'équité et de la providence de Dieu qu'il établit nue les uns a qui il était plus utile d'obéir obéiraient, et que ceux qui sont plus élevés que les autres par leur mérite et par l'accès qu'ils ont auprès de Dieu tiendraient lieu de pasteurs. Voilà Tordre naturel et conforme au dessein de Dieu, qui est pourtant souvent troublé par les passions des hommes. Les fidèles sont donc intéressés à avoir de bons ministres, et ils doivent pour ecteffet recourir à Dieu pour attirer ses grâces, et sur ceux qui choisissent et ordonnent les ministres, et sur ceux qui sont choisis et ordonnés. Or l'on ne s'acquitte guère bien de ce devoir de prier pour les ministres de l'Eglise, parce qu'on ne connaît pas l'importance de leur ministère et les qualités qu'il exig'c, et que le commun du monde n'a que des idées basses de la vocation et des fonctions ecclésiastiques, dont on ne connaît pour l'ordinaire que ce qu'elles ont d'extérieur et qui flatte la cupidité des hommes.
Il y a sept ordres : trois majeurs, qui sont la prêtrise, le diaconat et le sous-diaconat ; et quatre mineurs, qui sont, ceux d'acolyte, d'exorciste, de lecteur ci de portier. Les prêtres sont ordonnés pour baptiser, prêcher, consacrer, confesser, bénir et faire d'autres fonctions ecclésiastiques. Les diacres sont pour servir les prêtres, et les sous-diacres pour aider les diacres. Les acolytes préparent ce qui est propre au sacrifice et à la décence de l'autel. Les exorcistes étaient chargés de la fonction de chasser les démons. Les lecteurs lisaient devant le peuple la partie de l'Ecriture que l'évèque ou le prêtre devait lui expliquer. Enfin les portiers étaient chargés de ne laisserentrerdans l'Egliseque ceux des fidèles qui devaient y être admis.
Outre la vocation particulière aux ordres et aux ministères ecclésiastiques, qui est un acte de la providence de Dieu, qui destine et fait connaître ceux qu'il a choisis pour le service de 1 Eglise, et qui est ordinairement manifesté par les évêques, il convient de ne porter à l'état ecclésiastique et aux ordres que ceux qui ont les qualités nécessaires pour pouvoir s'acquitter dignement des emplois ecclésiastiques. Voici un détail de ces qualités : le mépris du monde et réloignement des désirs séculiers, et un goût pour les choses spirituelles et divines ; l'amour de laretraite; estimer pins les moindres fonctions, que les plus grandes dignités; l'amour de la prière, qui est le vrai canal des lumières de Dieu; une certaine droiture d'esprit, qui fait bien juger des choses et éviter les excès des entêtements; l'exemption des passions qui s'irritent beaucoup par le commerce du inonde, et par les emplois ecclésiastiques ; l'amourde l'élude propre à un ecclésiastique; la patience courageuse, pour ne pas se dé-
fini
cuurager par les contradictions, les oppositions el les difficultés; la douceur desprit pour supporter les défauts du prochain, et le ramener doucement ; la lumière qui fait comprendre la rérité et empêche de s'égarer; la déliante de soi-même, de son propre prit, qui porte à n'être pas téméraire dans ses avis, et à prendre conseil, quand on ne voit pas assez clair; certaines \erlub qu'il faut avoir pour s'acquitter des ministères, comme la prudence, la chasteté, le zèle du salut des âmes, et surtout une charité qui nous fasse aimer Dieu plus que nos intérêts, plus que nos parents, plus que nousmêmes.
Les prêtres sont les ministres de Jésus- Christ pour l'utilité des fidèles; ils sont les instruments delà rémission des péchés; mais ils doivent en être des instruments rivants. Ils doivent allumer l'amour de Dieu dans le cœur des autres par le moyen de celui dont ils doivent être eux-mêmes remplis. Ce doit être un feu qui allume un autre feu. Ce n'esl pas que la charité de l'Eglise ne supplée au défaut de celle des mauvais ministres, et ne rende les sacrements efficaces, lors même qu'ils sont administrés par des personnes qui n'ont point le Saint-Esprit dans le c<r-ur; mais quand cela arrive c'est par un désordre contraire à l'intention de Jésus-Christ, parce cjue ces ministres, vides de l'esprit de Dieu, ne devraient penser qu'aie recouvrer, et non à s'ingérer, pendant qu'ils en sont privés, à l'administration des sacrements. Aussi voit-on d'ordinaire qu'il y a peu d'efficace et de bénédiction dans ce que font ces prêtres déréglés à l'égard des âmes, parce qu'encore qu'il soit certain que leur ministère a son effet à l'égard de celles qui sont bien disposées, il arrive souvent aussi qu il ne l'a pas; parce qu'au lieu qu'un ministre animé du Saint-Esprit contribue beaucoup, par ses paroles et par ses prières, à les faire entrer dans de bonnes dispositions, un ministre privé de grâce n'y contribue en rien.
11 en est de même des prédicateurs dont les pensées et les paroles devraient être formées par le Saint-Esprit. Si les prédicateurs étaient bien persuadés de cette vérité . ils n'auraient pas tant de confiance dans leur esprit propre, dans leur travail, dans leur industrie. Comme ils mettraient leur unique confiance dans les lumières que Dieu donne aux prédicateurs fidèles, pour les communiquer aux âmes, leur principal soin serait de les attirer par la pureté de leur cœur et la sainteté de leur rie : car enfin tous les amas qu'ils peuvent faire sont inutiles à eux et à leurs auditeurs, si Dieu n'en est auteur. Il faut que Dieu les enflamme pour enflammer ceux qui les écoutent. La recherche de cette lumière et de celle chaleur divine est donc la véritable relhorique «les prédicateurs évangéliques. Pourquoi voit-on si peu de fruit de tant de prédications? c'est que. comme la Lettre tue ceux que le Saint-Esprit ne vivifie pas, on a droit de conclure qu'y ayant si peu »: personnes 1 iriGéeS, les prédicateurs, bien loin de communiquer la vie à leur
L'ESPRIT DE NICOLE SUR LES VÉRITÉS DE LA RELIGION
diteurs, les enfoncent plus avant dans la mort. Ils s'accoutument à entendre , sans sentiment et avec indifférence, les vérités les plus terribles ; et par là ils deviennent en quelque sorte incapables d'en être touchés. Ainsi bien loin que les prédicateurs soient des instruments des miséricordes de Dieu, ils ne sont presque plus que les exécuteurs de sa justice. Si c'est par la faute du ministre que son ministère est privé d'efficace et de vertu; s'il en empêche l'effet par le relâchement de sa vie ; s'il n'accompagne pas ses paroles de l'onction qui devrait rejaillir de la disposition de son cœur; s'il n'attire pas par ses prières la bénédiction de Dieu sur les vérités qu'il annonce; s'il y mêle des intérêts humains; si ses paroles ne sont pas des effusions de son cœur, mais de simples productions de son esprit, on peut dire qu'il se rabaisse et s'avilit à proportion que son ministère est grand ; qu'il se déshonore à proportion que son ministère est glorieux ; qu'il se rend criminel à proportion que son ministère est saint et sanctifiant. Car si le ministère évangélique est efficace, quel crime est-ce que d'anéantir cette efficace et d'éteindre ce feu destiné à embraser les cœurs! Si c'est un ministère de vie, quel crime est-ce que d'en faire un ministère de mort! S'il est destiné à purifier les âmes, quel crime est-ce que de s'en servir pour les corrompre! S'il a pour but de porter dans les âmes la vérité cl la charité, quel crime est-ce que de ne l'employer qu'à imprimer l'idée de la vanité, de ses passions, et souvent de ses erreurs !
Un des grands abus de ceux qui exercent le saint ministère est d'en borner les fonctions ou à la prédication de la parole, ou à l'administration des sacrements. Un vrai ministrede Jésus-Christ abien d'autres fonctions. Il prie en ministre , et sa prière fait partie de son ministère. 11 converse avec le monde en ministre de Jésus-Christ, et ses paroles doivent toujours porter la vérité et la charité dans les âmes. Il vit en ministre, parce que tout doit prêcher en lui, tout doit y édifier , tout doit y coopérer à rétablissement du royaume de Dieu. Malheur à celui qui n'est ministre de Jésus-Christ que dans la chaire , à l'autel ou au tribunal de la pénitence ! Le ministère est bien plus étendu, et il s'étend à toutes les actions de la vie. Toutes les actions d'un prêtre font un tout avec les actions propres de son ministère. Elles les rendent efficaces, elles font impression sur les COBUTS ; et ainsi elles sont toutes en quelque sorte des actions sacerdotales. Un prêtre qui exerce saintement son ministère, possède une grandeur réelle qui l'élève au-dessus du commun des chrétiens, parce que la grâce d'un prêtre doit être par elle-même plus éminente que celle des laïques. C'est ce qui doit nous faire concevoir une haute estime de l'éminence de l'état des prêtres, et doit nous donner une grande soumission pour leurs lumières et pour leurs avis. Il est vrai que le principal fondement de cet honneur, c'est qu'en les reconnaissant pour ministres de Jésus-Ghrisl , on ne les juge pas indignes de leur ministère;
mais quand même on reconnaîtrait leur indignité par une connaissance particulière, il ne serait pas permis, tant que l'Eglise les souffre dans le ministère, de leur refuser l'honneur et la déférence qui sont dus à leur dignité.Ce serait usurper lejugementdc l'Eglise, et donner la liberté à chacun de suivre sa fantaisie dans la révérence qu'il rend aux prêtres. Ainsi, quoiqu'un méchant prêtre soit dans l'obligation de se séparer lui-même de son ministère et de ne plus en exercer les fonctions, néanmoins, tantqu'il lesexerce, les fidèles sont obligés de l'honorer : car les fonctions ne laissent pas d'être saintes et dignes d'honneur, quoique exercées par un ministre indigne.
§ 22. Du mariage — Le mariage estl'union légitime d'un homme et d'une femme, par laquelle ils s'obligent mutuellement à une société de vie inséparable. Dieu est l'auteur du mariage considéré comme contrat naturel.
Les législateurs en sont auteurs en tant que c'est un contrat civil ; mais Jésus-Christ est Tunique auteur du mariage, comme sacrement de la loi nouvelle. C'est lui qui pour rappeler le mariage à sa première perfection, y a ajouté la force de conférer la grâce, afin de réparer les défauts que le péché y avait causés, en modérant par cette grâce la concupiscence, en unissant les cœurs des personnes mariées, et en sanctifiant leur âme.
Comme il peut arriver au sujet du mariage bien des inconvénients , des abus , des troubles et embarras de conscience, il est trèsimportant à tous les fidèles de savoir à quoi s'en tenir. Il y a des conditions nécessaires pour que le mariage soit légitime. II faut que le consentement soit libre et non forcé; qu'il soit exprimé par des paroles qui se rapportent au temps présent ; qu'il se donne devant le prêtre, qui doit être le curé ou un autre prêtre commis par le curé ou l'évêque , et en présence de deux témoins au moins; que les parties qui contractent le mariage n'aient poir.t d'empêchements qui annulent le mariage.
Les principaux empêchements sont, le vœu solennel de religion ou de chasteté perpétuelle, la parenté jusqu'au quatrième degré ; le défaut d'âge , la fille n'ayant pas douze ans et le garçon quatorze, le défaut de consentement du père et de la mère à l'égard de leurs enfants mineurs, le défaut de la présence du propre curé et de deux témoins.
On doit considérer la bonne ou la mauvaise entrée dans le, mariage comme une des choses qui contribuent le plus à la sainteté ou au dérèglement des chrétiens dans toutes sortes d'étals. Car non seulement les personnes mariées font la plus grande partie des chrétiens, mais ils sont en partie la source de la sanctification ou de la corruption de toutes les autres parties de l'Eglise. Ce sont les personnes mariées qui remplissent par leurs enfants, l'Eglise, les monastères , les villes, les étals, de personnes réglées OU deréglées, selon la bonne OU mauvaise éducation qu'ils leur donnent, et selon qu'ils suivent ou qu'ils ne suivent pas les règles de Dieu dans le choix de la vocation eldcïupro-
fèssion à laquelle il les porte. L'ordre ou le désordre qui se rencontre dans les mari ;i souvent aussi la même source : car ou j entre d'ordiBaire mal quand on a été mal élevé, et on est d'ordinaire mal élevé, quand on esl né de parents mal entrés dans le mariage et qui ont abusé de c sacrement : de sorte qu'il se fait un cercle et u.i enchaînement de vertus ou de vices qui augmentent à i infini Or on entre mal dans l'état du mariage en le choisissant témérairement et imprudemment et sans vocation dans le choix de la personne avec laquelle ou veut s'unir, en y entrant avec de mauvaises dispositions, en accompagnant cette entrée de circonstances qui éloignent l'esprit et la bénédiction de Dieu, dont s'ensuit la profanation de ce sacrement et de tous les autres, cl une suite de crimes et de désordres.
On doit regarder la délibération sur l'entrée dans l'état du mariage comme une des plus importantes et des plus difficiles actions que l'on fera jamais en sa vie, et dans laquelle on aplfîs besoin de l'assistance de Dieu. Cette difficulté vient du peu de connaissance que les jeunes personnes ont des embarras des divers états de la vie, dont elles ne connaissent qu'une appareil ce et une face trompeuse: car elles ne voient dans le mariage qu'un certain dehors qui les y attire, que ce qui est conforme à leurs passions ; mais elles ne voient point les peines et les dangers de cet état, et les devoirs auxquels il les oblige. Elles ont encore à craindre la coutume et l'impression des discours des gens du monde qui donnent des idées avantageuses du mariage; et il arrive soin eut que les pères et mères, loin de diminuer la difficulté de cette délibération, l'augmentent souvent beaucoup, en destinant leurs enfants au mariage par de purs intérêts humains, et sans avoir bien considéré l'état intérieur de force ou de faiblesse où ils sont. C'est pourquoi les jeunes gens surtout doivent prendre conseil de ceux qui peuvent leur en donner , et s'adresser principalement à Dieu par la prière et par toutes sortes de bonnes œuvres, afin qu'il les conduise dans un pas si dangereux.
Ce qui fait pour l'ordinaire que les mariages ne réussissent pas , c'est qu'on n'a pas assez d'égard pour le choix de la personne avec qui l'on doit s'unir. Souvent on n'a d'égard qu'à de certaines oualités extérieures de figure, de naissance, (te biens, de talents ; et l'on considère peu les qualités essentielles qui contribuent beaucoup davantage aux biens solides du mariage, qui sont la paix , l'union d'une famille, la bonne éducation des enfants. Ces qualités sont d'avoir l'esprit réglé, raisonnable, capable de société, maître de ses passions; de n'être pas d'une humeur bizarre, emportée, capricieuse; d'avoir de la lumière sur les devoirs du christianisme ; d'être établi dans la pratique d'une vie chrétienne ; (le n'être pas prévenu des maximes du monde, ni possède de l'amour des divertissements, de l'éclat des vanités; d'aimer la retraite, le travail et la vie réglée : d'être oapable de soutenir patiemment les diverses
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traverses du mariage; de s'assujettir au genre
■ auquel ou i de gouverner
le bien d'une famille, et de ne pas l<- dissiper
par le luxe, les dépenses superflues et la négligence ; et principalement d'être eu état d'élever ses enfants selon Dieu, i n les portant à la vertu par ses instructions et par son exemple. De tels mariages réussissent ordinairement, parce que Dieu répand sur eux ses bénédictions.
5 23. Det 'I des mrrrs à Vé-
gard de leurs enfant Les pères et lesi doivent considérer que Dieu étant le créateur de leurs enfants, il est non seulement leur maître, mais aussi leur père. Us doivent de plus être persuadés qu'ayant donne leurs enfants à Dieu, en les offrant an baptême, ils n'ont plus droit sur eux au préjudice de Dieu : car ayant été reçus par le baptême au nombre des enfants de Dieu , cette adoption divine doit sans doute prévaloir infiniment sur tous les droits de la nature ; ainsi toute leur autorité doit cesser en concurrence de celle de Dieu, et ils ne doivent plus se considérer comme les maîtres de leurs enfants , mais simplement comme charges de leur éducation. Dieu, en les recevant au nombre 6 enfants, les a faits princes, et ce sont ces princes qu'il a commis à leur gardeetà leurs soins. Ils ne sont plus tant leurs pères et leurs mères, que leurs anges gardiens visibles, et ils sont obligés envers eux aux mêmes fonctions que les anges gardiens exercent envers chacnn de nous. Ils doivent continuellement se représenter que tous les avantages humains qu'ils peuvent procurer à leurs enfants, ne sont rien en comparaison de la grâce que Dieu leur a faite de les adopter pour siens; et qu'ainsi ils ne doivent jamais balancer à choisir qu'ils soient piolet prives de ces avantages humains que de les exposer à perdre la grâce: qu'ils doivent avoir beaucoup plus de soin de leur conserver l'innocence que de les préserver de la peste, de la mort et de tous les maux humains.
Comme ceci est d'une grande importance, il faut, pour réussir, éloigner des enfants tout ce qui peut corrompre leur innocence, tant ce qui les porte directement au vice qui' ce qui en fortifie la source, qui est la concupiscence. Il faut frapper leur esprit de tous les objets qui peuvent les portera la vertu ou diminuer leurs passions. Kntin tous ceux qui ont des enfants doivent considérer le soin de leur éducation comme la plus grande et la plus importante de leurs affaires : ils doivent en faire leur principal objet, consulter les personnes éclairées auxquelles ils pourront s'adresser pour s'informer de la manière dont ils doivent se conduire . et se servir en ce point du principal moyen qu'ils ont d'opérer leur salut dans l'état du mariage. En effet il est bien honteux de v oirdes pères et des mères employer tant de soins pour tonner leurs enfants à des sciences et à des emplois humains, et d'en emplover si peu à les porter à la vertu.
Un autre point essentiel qui regarde les
L'ESPRIT DE NICOLE SUft LES VÉRITÉS DE LÀ RELIGION.
pères et les mères , c'est la vocation de leurs enfants à un certain état. Comme il n'y a rien de plus important aux enfants pour rendre à Dieu ce qu'ils lui doivent que le choix d'un état dans lequel ils doivent passer leur vie, c'est Dieu qui doit disposer de ce choix, et non pas les pères et les mères de la terre, et c'est sa volonté qui doit en être la règle. De là il s'ensuit deux vérités si importantes pour la conduite de la vie, que l'on peut dire que c'est le violement de ces deux vérités qui est la cause d'une grande partie des maux et des désordres du monde. La première est qu'il n'est pas permis aux pères et aux mères de choisir un emploi et une vocation à leurs enfants, sans consulter Dieu, sans savoir s'il les y appelle, et en ne considérant autre chose dans ce choix que des intérêts humains et des raisons temporelles; qu'il n'est pas permis, par exemple, de destiner un de ses enfants à l'Eglise, l'autre aux charges du monde; l'un au mariage, l'autre à la religion, par la seule considération de l'âge, de la coutume et des intérêts de famille; parce que l'un est l'aîné, l'autre le cadet; parce que l'un a des talents pour le monde, et que l'autre n'en a point ; parce qu'une fille est belle, et que l'autre ne l'est point, et quantité d'autres raisons aussi frivoles. La secondeestqu'il n'estpas permis, lorsque Dieu se déclare par avance, et qu'il donne à un enfant une forte inclination de le servir dans l'Eglise ou dans la religion ; qu'il n'est pas permis, dis-je, de s'opposer à ce choix de Dieu quand il est marqué; et que bien loin de s'y opposer, les pères et les mères sont obligés de le favoriser, de se croire honorés de celte vocation, et de faire tout ce qu'ils peuvent pour ne point la troubler et même pour la seconder.
§ 24. De la vocation à un état. — Il est indubitable que nous dépendons de Dieu pour notre être etpour notre manière d'être, el de plus que toutes nos actions doivent être rapportées à Dieu et qu'on est obligé de les lui consacrer toutes : si cela est vrai pour les actions particulières, combien l'est-il plus pour certaines actions qui sont le principect la source d'une infinité d'aulres? D'ailleurs les tentations qu'on éprouve dans la vie naissent du genre de vie que chacun choisit : or c'est par ces tentations que les hommes sont ordinairement discernés ; que les uns en sont renversés, les autres demeurent debout, selon queecs tentations sont ou ne sont pas proportionnées à leurs forces. Il est clair que le genre de vie est ce qui nous attire de plus grandes ou de moindres tentations, et par conséquent c'est la source de notre salut ou de notre perte. Ainsi une femme qui a un mari déréglé, des enfants désobéissants, qui se trouve engagée dans la compagnie de gens peu réglés, environnée d'objets qui lui inspirent l'amour du jeu et des divertissements, et qui eslauv cela faible en vertu, on ne peut nier que son saint ne soit tout autrement en danger que si elle avait embrassé un autre engagement moins exposé aux tentations. De même nu homme achète une charge qui demande du travail, de l'équité el du désintéressement;
mais cet homme est faible, timide, intéressé, paresseux et peu éclairé : qui doute qu'élant dans cette disposition cette charge ne soit un très-grand obstacle pour son salut? On doit en dire de même d'un ecclésiastique qui a peu de lumières, de piété et de fermeté, et qui avec cela se charge d'un ministère qui en demande beaucoup. Car c'est une règle reconnue de tout le monde qu'il n'est pas permis de s'engager ou de demeurer dans un emploi qu'on ne saurait exercer sans péché, ou qui, par la disposition où l'on se trouve, est une occasion prochaine de péché.
S'il est important de faire un bon choix d'un genre de vie, on peut dire aussi qu'il n'y a point d'action plus difficile dans la vie chrétienne. La raison en est que ceux qui font ce choix sont d'ordinaire des jeunes gens sans lumières el sans expérience, qui ont peu d'amour pour le vrai bien et beaucoup de passions; qu'ils connaissent encore très-peu la nature des professions et des étals ; les tentations, les peines el les dangers qui y sont attachés, et qu'ainsi ils sont peu capables d'en juger; qu'ils connaissent peu les devoirs de la vie chrétienne, les obligations essentielles au christianisme et à chaque état, et qu'ainsi ils sont peu capables de prévoir les difficultés qu'il y a à les pratiquer dans ces différents étais ; qu'ils connaissent peu leurs forces, et qu'ils ne sont pas capables déjuger de ce qui les surpasse ou de ce qui y est proportionné; que leur vie est d'ordinaire peu capable d'attirer la grâce et la lumière de Dieu, dont ils ont cependant besoin dans un choix si important. On répond à cela que l'on peut se sauver dans loutes sortes d'étals , qu'il y a du danger partout quand on n'a pas bonne volonté, et qu'on se sauve partout quand on l'a; mais il y a bien de l'illusion dans celte réponse. 11 est vrai qu'on peut se sauver dans tous les états, niais on ne s'y sauve pas sans des efforts que peu de gens font. D est vrai que ceux qui y sont pourraient se sauver par le moyen des grâces qu'ils recevraient de Dieu; mais Dieu n'est pas toujours disposé à donner à ceux qui s'engagent dans ces états de leur propre choix, de ces grâces puissantes sans lesquelles on ne s'y sauve pas effectivement. 11 est donc vrai que quoiqu'on puisse s'y sauver, on s'y sauve rarement, et que Dieu guérit peu de malades spirituels dans ces sortes de conditions. C'esl même une miséricorde à lui d'agir de la sorte; car s'il répandait également ses grâces en toutes sortes d'étals, il n'y aurait point de prudence à choisir un état plutôt qu'un autre ; el si le salul était également facile dans les étais commodes, on ne choisirait jamais un élat austère, puisqu'on n'y trouverait pas plus de sûrelé que dans un élat plus facile. Ainsi < 'est un effet de sa honte que sa grâce soit rare dans ces conditions que l'on a choisies par des \ ues charnelles et intéressées, afin que ceu\ qui le cherchent
sincèrement soient portes a chercher el à se procurer une plus grande sûreté.
Dans le choix que Ton a à faire d'un étal , il faut p. référer celui où l'on peut faire sou
DÉMONSTRATION ÉVANCÉI IQl i:.
salut avec moins do difficulté ; c'est ce qn il sera aisé de comprendre par le détail des genres de vie qui sont dangereux par euxmêmes. Tout genre de vie où l'on est (enté d'abandonner son devoir par de grands intérêts , par de grandes craintes et par de grandes récompenses, eioù ces occasions sont Fréquentes , est très-dangereux. Tout genre de vie où l'on ne saurait vivre chrétiennement sans aller contre le torrent , sans mener une vie singulière, sans se distinguer beaucoup de ceux qui sont dans le même ordre que nous , et sans attirer leur mépris, leur railleries et leurs contradictions , est un étal dangereux. Tout genre de vie où l'on prend part à des choses de conséquence, et où les fautes qu'on peut y faire peuvent porter de grands préjudices au prochain, est trèsdangereux , parce que plus les choses sont de conséquence, plus il y a de témérité à s'exposer à les régler et à les décider , si l'on n'a toute la lumière et les talents nécessaires pour cela : c'est par celte raison que les places à charges d'âmes et les supériorités ecclésiastiques sont Irès-dangereuses.Onpeut porter le même jugement des ministères où l'on est obligé de décider de la fortune et de la vie des hommes, et même souvent de celle de tout un royaume. Tout genre <le vie et tout emploi qui nous jette hors de nous , qui nous oblige à une vie tout extérieure , [qui nous charge d'affaires et nous laisse peu de temps pour penser à notre salut , et qui nous remplit beaucoup des choses du monde , est très-dangereux. Un état de vie est dangereux quand il favorise les inclinations naturelles, comme la pente qu'on a à la mollesse et à la vie des plaisirs; car il est difficile de résister à une tentation intérieure et extérieure, quand elle est continuelle. On voit par là combien il y a d'états dangereux et combien on doit avoir soin de s'en éloigner; et on ne peut entrer dans la plupart qu'autant qu'on aurait confiance d'en pouvoir, avec la grâce de Dieu , surmonter les tentations et remplir les devoirs.
Il y a moins de difficulté à s'abstenir d'entrer dans un état lorsqu'on voit qu'on n'y a pas de vocation que de le quitter lorsqu'on y est entré, parce qu'on trouve toujours des raisons pour y rester. Cependant si l'on est convaincu de la témérité de son engagement on doit s'en repentir et se résoudre même à quitter cet état, s'il peut être quitté , comme sont les emplois libres et diverses professions dans lesquelles il est clair qu'on ne peut pas faire son salut. A l'égard des états qui lient nécessairement, on doit accomplir les devoirs de l'état, quelque défaut qu'il y ait dans l'entrée dans cet état. On peut dire qu'en quelque état que soit quelqu'un, dans quelque malheureux engagement qu'il soit entré, dans quelque temps et quelque moment qu'il fasse réflexion sur lui-même et qu'il reconnaisse son malheur, i! y a toujours une voie par laquelle il peut retourner à Dieu , qui commence à cet elat et à ce moment, et qui se termine au ciel , c'esl-adirc, qu'il y a une suite de devoirs et d'ac-
lions que la vau-essc divine lui prpseril se tirer de cet état. Et C€ qu'il est Obligé «!■• faire sitôt qu'il l'a reconnue esl <le pratiquer le devoir qui est le plus proi he de lui et qui commence celle voie. Apre* qu'il \ aur.t*.'i-
tisfait, il doit chercher la rolonle de Dieu louchant C6 qu'il doit faire a l'heure vivante, et le pratiquer avecGdélilé; et en
agissant ainsi il retournera infailliblement a Dieu.