CHAPITRE XVIIL
La religion prétendue ré formée ouvre la porte à tous vices.
Apprenant des pères (1) que c'est chose ordinaire à ceux qui sont entachés d'erreur de déguiser leur créance et la couvrir par obscurité, rien ne vous pouvant être plus honteux que d'ouvrir par votre doctrine la porte à tous vices, il semble qu'il soit diffi cilc de vérifier que vous êtes chargés de ce crime. Mais fondé en ce quc'Tertullicn (2) remarque que telles gens que vous, peuvent être découverts ainsi que les larrons, à qui il arrive de laisser tomber quelque chose qui sert d'indice pour les convaincre, je ne laisse de l'entreprendre, et je m'en acquitterai au jugement de tout le monde, si je fais voir que vous enseignez que les adultères, les homicides et ceux qui renient Jésus- Christ et qui commettent d'autres crimes atroces, demeurent en état de grâce et de salut: n'y ayant personne qui ne reconnaisse que c'est une grande occasion au fidèle de se laisser aller à ses passions et s'abandonner à tous vices, si pour aucun qu'il puisse commettre, il ne peut être privé de. la grâce de Dieu et de l'assurance de son salut.
Le chrétien, dit Luther (3), est si riche, qu'il ne peut périr quand même il le voudrait, pour quelque péché qu'il commette, s'il veut croire. Et au même endroit: Il n'y a point de péchés qui le puissent damner que la seule incrédulité. Le S. Esprit ( dit l'université de Zurich (k), université calviniste, ce qui est à noter,) demeure perpétuellement aux saints, quoiqu'ils soient quelquefois emportés et surmontés par le poids de la chair. L'université d'Hildeberg (5) enseigne clairement
(1) Tertull. lih. contra Valent, cap. 1. Niliil magis curant quam occultare quod prxdicant.
(2) Tertull. furibHS semper aliqnid excidere solet ad judicium.
(3) Lib. de capliv. Babyl. cap. de D:ip. Clirislianus sive baplizalus eliain nolens non potcsl perderc salulem suam, qiianlisciimqnc peccatis, nisi nolil crederc. Nullacnini peccala enni possuntdainnare, nisi sola increduliias.
(4) Apml Zanchium lil». IL Miscélla. In Tlicsibus. In sanclis, spiiitns perpeluo inanet, quainvis pondère carnis aliquaiulo vineimiiir.
f5) Apud Zanchium lih. II. Misccllan. in Thesil). Labi cleelos aiqne ctiain snbinde sic caderc ut denuo erigendl sint, sciions, et id per resipiscenliam fleri non duhitamue : verum isia ratio seu via est admodum diversa a prima illa vocatiotie seu Insillone, per quant elecii Chrlsio incorporanlur : Taie huer ulramquedilaïui pos e nobis videlur, qualeesi intermor-
« I « i o les dus chargés de crimes atroces ne perdent pas la grâce du Saint-Esprit; puisqu'elle fait entre eut et celui qui n'a pas la Foi, la môme distinction qui se trouve entre l'homme mort et celui qui est malade ; en ce qu'ainsi que l'homme mort, pour revivre a besoin tic nouvelle vie: ainsi celui qui est privé de foi doit recevoir la vie de l'âme qu'il n'a point, lit qu'ainsi que le malade n'a pas besoin de nouvelle vie, mais seulement de renfort de celle qu'il a toujours conservée en lui ; ainsi celui qui est souillé du péché ayant la foi, n'a pas besoin de recevoir de nouveau la grâce du Saint-Esprit, mais bien d'être fortifié en celle qu'il a toujours conservée en son âme.
Mais oyons Calvin (1) sur ce sujet. // demeure quelque semence de la foi en l'homme, même entre les plus grandes chutes, après quoi il dit que cette semence est une parcelle de la vraie et vive foi. Ce qui montre bien que l'homme en cet état est en grâce devant Dieu, puisqu'il dit que sa foi est vive, et qu'il enseigne en un autre lieu, que (2j tout aussitôt que la moindre goutte de foi est coulée ennosûmes, aussitôt nous commençons à voir la face de Dieu calme, sereine ci propice envers nous. CequeBèze (3) confirme disant, qu'une vive étincelle de la foi, quoique seule, est si efficace, qu'elle nous rend vraiment assurés de notre salut, Ce même auteur, interrogé en ses Colloques, savoir si David commettant adultère ne perdit pas le Saint-Esprit, répond (4) qu'il ne le perdit pas, mais le retint. Ce qu'il déclare par la similitude d'un homme ivre, en qui la raison demeure, bien qu'on ne l'y aperçoive pas : et celle du feu couvert de cendre, qui pour être caché n'est pas éteint ; sur quoi, celui avec qui il parle répondant, que pour tout le monde il ne voudrait pas enseigner que les fornicateurs et adultères retiennent en leur adultère la foi et Je Saint-Esprit, il réplique (5) : Je voudrais périr si j'enseignais autrement.
tutim corpus et illud quod morbo seu leviorc, scu graviorc ac lelbali afïeclum est : Illud sane vitali vi, ut iia, dicam, opus habet : hoevero solum desiderat, ut quac adhuc in eo residet vila (nota) labefactala illa quidem et infirma instauretur, recreelur, refocilleiur
(1) In anlidolo Concil. Trid. in Canon. 21. Scmen aliquod fidei manere in homme liect Buffocalum, etiam inter gravissimos lapsus non nego. Id quanlulumcumque est, parliculam faleor esse ver* lidci, adile etiam viv;«.
(2) III. Instil. c. 2. § 19. Ubi primum vel minima fidei gulia menlibus noslris inslillala est, jam faciom Dei placidam, et serenam nobisque propiliam contemplari incipimus.
(3) Bcza in confess. c. A. art. 20. Vera vel sola fidei scintilla baclenus est cllîcax ut vere nos de nosira sainte securos reddat.
(4) In Colloq. Mobel. Thcsi de bapt. Nequaquam amisit, sed retinuit. Iterum, ego dico Davidem in adulterïo perpétra to retinuissc Spiritom sanclum , quod simililudine declarabp : Ebrius non amillil inlellectum seu ralionem, et si ratio sese non exerat : et ignis cincribus leclus minime cxlinctus est, Bedlatet : iia gratia, Rdes cl Spirilas sauclus in lapsibus elecforum ad lempus legunlur, ut non gcnlianlur, quod in Davidis adulteriô (aclum est, Inquo gralia Dei ad lempus lecla, sed non amissu fuii.
• Beza il'id. I- g i vellcm perire, si aliter doccrem.
ÉVANGÉLIQ1 l .
Et ne sert <le rien de mettre en a qu'en sa i réponse aux actes de ce colloque, il nie en termes exprès qu'il ait dit . David en son adultère ait retenu la foi cl le Saint-Esprit, parce que cela justifie seulement que convaincu de sa boute il se contredit lui-même, mais Donqu'il neditpai (pie je prétends, le professant m clairement, qu'il me serait impossible de le coucher est termes plus exprès, lit lorsqu'il se reprend en celte réponse, quoiqu'il nie de parole (pie David ait eu le Saint-Esprit en sou péché, il le dit en effet , puisqu'il reconnaît au même lieu '2 . qu'en son adulh le il
démettrait toujours quelque chose du Saint- Esprit, parce qu'il était élu; attendu que, comme j'ai montré ci-dessus, selon lui-même la moindre étincelle de la foi et du Saint- Esprit justifie l'homme.
Quant à ce qu'il dit, que ses actes n'ont nas été écrits fidèlement, la réponse est prompte : puisqu'au livre (3] qu'il a fait des questions et réponses chrétiennes, il apporte le mène exemple qu'il fait en ses actes, comparant les élus tombés en péchés énorme-, a ceux qui pour être malades ne laissent pas d'avoir la vie.
Quand la chair surmonte l'esprit, dit Paneus (4), professeur d'flildeberg, comme en la chute de David, pour cela le Saint-Esprit ne laisse pas d'être aux saints. Dieu se courrouce, dit Zanchius (5), contre les élus, /< < qu'ils pèchent, mais il ne les hait jamais. Et au même endroit (6), Parce qu hés
sont remis aux élus, et ne leur sont pas intj tés à mort, de là rient qu'au respect des personnes qui sont en Jésus-Chris!, les péchés commis par eux ne peuvent être dits mortels. Ce qui fait qu'aux régénérés qui ont vraiment la foi, toutes choses sont vénielles. Si les personnes sont élues et fidèles en Jésus-Christ, dit Musculus (7), il s'ensuit que leurs péchés ne sont pas mortels, mais véniels.
Or il faut bien noter que le péché véniel parmi vous n'est pas seulement celui qui, comme nous enseignons, est digne de pardon, mais celui qui est pardonné; non \e-
(1) Bcspons. ad acla colloq. part. 2.
(2) llluni dtxi quamvîs adullerum et homiridam , (amen quoniam electus crai aliquid Spiritus saneti in co fuisse servatum.
(5) In Quscst. et Respons. chrislianis .. Nunquam spiritual penilus eripi dico... Non aliter venin Bdetn et ejuseffeela in eleclis inlerrurapi dico, ni in iisqui lelbargo laborant, etinebriis impediunlur anime farultaics, non lameu anima ipsâ lollitor, cum inter lethargum, aut ebrietaiein et moriem ipsaui plurimam inlersii.
(1) Paracus lib. I. de Amiss. gratia; cap. 7. Quoniodo caro vincit spirilum, ut io Davide lapso, non ideo desinil spirilus esse in sai
(5) In depulsione calum. Deus eleclis cum peccant irascilur, sed <os nunquam odit.
(6) Ibid. Quia peccala eleclis condonanlur. nec mortem, ideo respectu personarum quae sunl inChristo peccala ab ipsis admissa morialia dici non possunt : quarc in renalis et vera Dde prœdilis omnîa simi \ uialia.
(7J Locis communibus Til. de peccalo, si pers in Cnrislo elcduc sunl et fidèles, consequilur < I ruin peccala morlaha non esse, sed venialia.
DES PRINCIPAUX PONTS DE LA FOL
Ui
niel, mais venié, s'il faut ainsi parler. Ce que Purœus (1) enseigne clairement, lorsqu'il dit, que être véniel et (ire imputé .sont choses répugnantes, parce que le péché être véniel, c'est le péché être remis et non puni. Ce qui montre bien que tout péché des élus et des fidèles étant véniel, nul ne leur est imputé, nul ne les rend dignes de disgrâce. Et c'est ce que dit plus clairement un de vos écrivains anglais (2) en l'apologie des protestants : Le péché est remis aussitôt qu'il est commis, ou plutôt devant qii il soit commis, lorsqu'une fois l'homme a acquis sa justification, qui est une pleine rémission de tous ses péchés présents et futurs.
Maintenant je demande s'il est vrai que l'homme ayant la foi ne puisse périr, quelque vie qu'il mène et quelque péché qu'il commette ; s'il est vrai qu'il demeure toujours en lui quelque semence du Saint-Esprit suffisante pour sa justification : si jamais Dieu, quoique courroucé contre lui, ne le hait ; si nul péché n'est mortel à son respect; si tout crime n'est pas seulement pardonnable pour lui, mais pardonné; si enfin tout élu qui meurt en quelque péché que ce puisse être, ne laisse pas d'aller droit en paradis. Je demande, dis-je, si telle doctrine n'ouvre pas la porte à tous les vices, et si pour un qui s'abstiendra de commettre un péché, de peur de déplaire à son Dieu cl encourir son ire, trente autres ne le commettront pas suivant leur mauvaise inclination, parce que, bien que Dieu se courrouce, ils sont assurés de ne perdre point sa grâce, et ne s'attirer point sa haine. Je demande en outre si en cette considération telle doctrine n'est pas digne, non seulement de haine, mais d'horreur.