AVERTISSEMENT
Cet ouvrage a été composé , il y a du temps, par un auteur rccommandable par sa piété , par la solidité de sa doctrine, et par son zèle pour la vérité. Il l'avait fait pour défendre une position qu'il avait mise dans une de ses thèses, dans laquelle il soutenait la nécessité de la foi en Jésus-Christ, et concluait contre le salut des païens cl des infidèles. Jl parut en ce temps-là quelques discours sceptiques sur diverses matières, parmi lesquels il y en eut un sur la vertu des païens , dans lequel on insinuait que Socrate , Platon, Aristote , Diogène, Zenon et quelques autres philosophes- ou païens qui avaient moralement bien vécu, avaient pu recevoir en Vautre vie la récompense de quelques actions vertueuses qu'ils avaient faites dans ce monde, par la seule connaissance naturelle d'un Dieu et de sa Providence , sans avoir eu la foi en Jésus-Christ. L'auteur, animé d'un saint zèle, et alarmé d'une proposition si scandaleuse , qui tendait au déisme et à la destruction entière de la religion chrétienne, composa ce traité, et établit avec beaucoup de solidité la nécessité de la foi en notre unique Médiateur, Jésus-Christ Dieu-Homme. L'ouvrage s'est trouvé après sa mort parmi ses papiers , et en a été tiré pour le donner au public dans ce temps-ci , où il peut servir à, la décision des questions très-importantes sur des matières qui s'agitent présentement. Il y a lieu d'espérer que le public recevra agréablement cet ouvrage, qui sera utile non seulement aux théologiens, à qui il fournit des raisons très-convaincantes pour répondre aux sophismes des infidèles , mais aussi aux personnes qui veulent s'affermir dans la religion chrétienne, puisqu'il en contient les preuves évidentes et fondamentales.
Comme toutes ces preuves sont tirées de la sainte Ecriture et des saints pères de l'Eglise, on a trouvé à propos de rapporter au bas des pages et dans le texte les passages tout au long , afin que le lecteur pût, sans recourir à d'autres livres, confronter les originaux. On a mis à la tète de cet ouvrage, en manière de préface, la tradition des saints pères sur la nécessité de la foi en Jésus-Christ , qui semblait être nécessaire pour justifier l'uniformité de la croyance de l'Eglise et de ses docteurs sur celte matière.
L'auteur avait laissé sans réponse quelques objections de ceux qui soutiennent que les païens vertueux ont pu être sauvés sans la foi en Jésus-Chrisl ; itour y suppléer, on a cru devoir éclaircir à la fin de cet ouvrage quelques passages des pères qui restuient à expliquer.
Si l'auteur avait mis lui-même au jour ce traité, il aurait peut-être changé quelque chose au style. Quoi qu'il en soit, on n'a voulu y rien réformer, et l'on est très-persuadé que le public aimera mieux que l'on ait donné l'ouvrage d'un aussi grand homme, tel qu'on l'a trouvé , que si l'on avait hasardé d'y faire quelque changement qui, donnant un nouveau tour aux expressions, aurait pu ôter la force aux pensées.
ïpriftia
CONTENANT LA TRADITION DES SAINTS PÈRES DE L'EGLISE, TOUCHANT LA NÉCESSITÉ DE LA FOI EN JÉSUS-CHRIST POUR ÊTRE SAUVÉ.
Quoique l'auteur do ce traité ait prouvé Christ a toujours été nécessaire pour être
par plusieurs passages très-clairs de l'Ecri- sauvé, parce qu'il n'a pas néanmoins fail
turc et des saiiils pères, et par des raisonne- une, tradition complète , ni répondu à toutes
jncnls très - solides , que la foi en Jésus- les difficultés «pion pouvait alléguer pour
donner quelque couleur à l'opinion contraire, on a jujjé à propos tle recueillir ici les principaux témoignages des pères grecs et latins qui prouvent clairement la vérité que l'auteur a entrepris de soutenir, et d'ajouter à la liu de ce traité une réponse aux objections que l'on a faites, ou que l'on peut faire contre la nécessité de la loi en Jésus-Christ et en laveur du salut des païens, qui ne sont point réfutées dans cet oui rage.
La vérité que L'auteur établit dans ce traité est que, depuis la chute du premier homme, il est de nécessité absolue, pour être sauvé, d'avoir la foi en Jésus-Christ, et que dans tous les temps, dans tous les licu\, tant sous la loi de nature que sous la loi de Moïse, et depuis la promulgation de l'Evangile, personne n'a pu être s;iu\é sans celle foi. Il faut avouer qu'elle n'a pas toujours éié également claire, ou, comme les liiéogiens parlent , explicite ; mais l'auteur soutient avec raison qu'on ne doit pas la réduire à une simple connaissance naturelle de la providence de Dieu. C'est en ce sens qu'il rejette la foi implicite, et non pas dans le sens de saint Thomas, selon lequel cette foi n'est pas une connaissance naturelle, mais une créance fondée sur la révélation de Dieu, et ne se réduit pas à une simple connaissance de la providence générale de Dieu, mais à connaître et à croire en particulier en Jésus-Christ sauveur cl libérateur de l'homme. Saint Thomas va encore plus loin, et dit même que, depuis le péché, i! a été de tout temps en quelque manière nécessaire' de croire explicitement le mystère de l'incarnation, même quant à la passion cl à lu résurrection de Jésus-Christ, et que sans cela les hommes n'eussent pas préfiguré, et avant lu loi et sous la loi, la passion de Notre—Seigneur par des sacrifices, dont les plus considérables d'entre le peuple, qui étaient dépositaires de la vraie religion , connaissaient clairement la signification, et dont les simples avaient une connaissance voilée, par la créance où ils étaient que Dieu avait caché sous ces sacrifices les dispositions de la venue de Jésus- Christ , et étant persuadés qw Dieu délivrerait les hommes de la manière qu'il l'avait révélé par son Saint-Esprit à ceux qui étaient les maîtres de la religion. Ainsi, selon saint Thomas, il n'y a jamais eu de vraie religion sans la foi de l'incarnation et de la passion de Jésus- Christ: mais il n'a pas toujours été nécessaire que tous ceux qui faisaient profession de la vraie religion eussent cette connaissance dévoilée. 11 fallait qu'il \ eût des maîtres de la religion, des personnes inspirées de Dieu , comme les patriarches . les prophètes, les prêtres, etc. , que saint Thomas appelle majores, qui eussent eelle foi claire et distincte; mais il n'était pas nécessaire que les simples eussent tous les mêmes connaissances : il a suffi avant et sous la loi de Moïse, tant aux Juifs qu'à quelques particuliers parmi les Gentils, qu'ils crussent, pur une vraie foi, que Dieu les de-
DEMONSÎHATJON Ê\ ANGÉLIQUE.
livrerait de la manière qu il I avait rél
ersonnea inspirée* ■!< Dieu, et m
i! I i religion; de la même manière qu'il \ a encore drs articles de lui mm lesquels notre religion te serait pas la vraie relig
qui sont crus distinctement par les personnes éclairées, dont néanmoins tous I dèles ne sont pas reconnus avoir une connaissance distincte et particulière, et <air lesquels il suffit qu'ils soient dans 1 1 position de croire ce que l'Eglise croit. C'est ainsi, selon saint Thomas, que plusieurs d'entre les Juifs ont eu la foi en J Christ, et ont été sauvés par son m parce qu'ils étaient dans la disposition de croin; sur la venue du Messie futur, ce que leur religion les obligeait d'en croire, ce que les prophètes en avaient prédit, <t . -■ que les personnes éclairées et inspirées de Dieu parmi eux en croyaient. A l'égard des Gentils qui ont été sauvés, saint Thomas - mtiont que plusieurs ont connu J< par une révélation particulière , comme Job, la Sibylle, etc. Et que si quelques-uns de ceux qui n'ont pas eu cette révélation ont été sauvés, ils ne l'ont pas été sans la foi au Médiateur, parce que, quoiqu'ils n'aient pas eu de foi explicite en Jésus-Christ, ils ont eu toutefois une fui implicite en la providence de Dieu, croyant qu'il était le libérateur des hommes , par les moyens dont il lui plairait de se servir, et selon que /' de Dieu l'avait révélé à quelques-uns qui naissaient la vérité. Remarques que s tint Thomas doute très-fort s'il y a eu des Gentils sauvés sans avoir connu le M révélation : Si qui lamen salvali faeriut, quib \s revelatia non fuitfacta; et qu'il as (lii'en cas qu'il y en ait eu, il ne suffisait p;s qu'ils eussent connu la providence générale de Dieu par la lumière naturelle, mais qu'il fallait encore qu'ils eussent cru par la foi que Dieu, par une providence spéciale, serait le libérateur des hommes de la manière que son esprit l'avait révèle à quelques personnes qui connaissaient la vérité. Enfin depuis que la loi de la giv été révélée, saint Thomas décide nettement que généralement tous les hommes sont («nui, pour être sauvés, d'avoir la foi explicite des mystères de Jésus-Christ. Post taupus autem gratiœ revelatœ, tam majores quant minores, tenentur habere (idem explicita» de musteriis Christi. C'est la doctrine formelle de ce saint dans l'article septième de la seconde question de sa seconde Seconde (1), où il traite
(!) Divtts Thomas 2 2 qtuest. 2. art. 7. tract er professe kanc quaslioneni, utrum explicite eredere my< slerium xncarnationis Clirisii,sit de neccssiluie sa -
liais apud omnes.
conçu no.
Cura incarnalionis nnysterion lueril ab sterne disposiluin, ul suain domines assequerenlur sslulem, oporluil omni lempore credi aliquo modo explicite mysleritini incarnalionis Clirisli.
In corpore tut l Uiil proprie et par se periinet ad olij ciinii lidei, per m11"1' liomo ic.uaiuii.iein conse* quilur. Via auuun bumiui'tu veoieudi ail beaiiiudi, Dcm, esi myslerium incarnalionis et pa&>ionis Uiriaii.
TRADITION DE LA FOI EN J.-C
exprès la question ; et c'est suivant ces principes, qu'il a décidé en tant d'autres. en-
.ipes, qu
droits (1), que personne n'a jamais pu être justifié ni sauvé que par la foi de l'incarnation de Jésus-Christ.
Et iileo mysterium incarnation is Christi aliqualilcr oporluil oimii leniporc essecrediluni, : ptiJ omîtes tlivèrsimodo lamen secundum diversitatem temporum. cl.persouarum... Posl peeçatum fuit explicite croditum mysterium incamationis Chrisii, etiam quantum ad passionem et resurrectîonem... Aliter enim non préfigurassent "Christi passionem quibusdam sacriflciis. et anle legem, et sub lege, quoi uni sacrifioiorum signilicalum explicite majores cogiioscobant : minores autem sub velamiue illoriun sacriliciorum , credentes ca divinilus esse disposila de Christo venturo, quo daminodo babebanl. velaiam cogiiilionem... !><lst tempus autem graine revelataj, lam majores, quant minores teneniur habere (idem cxpiieilam de mysleriis Christi prœcipuc quantum ad ea quoccommunilçr in Ecclcsia solemnizanturel publiée propoilunlUr, swcut sunt articuli incamationis , de quibus supra diclum est.
Objicit sibi Divm Tliom. ad. 5. Multi gentilium adepli sont salutem per minisleriiun Angelorum , ut Dionysin; dieil , 9. cap. Cxlesl. Ilicrarch. sed, geuliles non habuerunt lidem de Clnisto, nec explicitant, nec implicitam, utvjdclur, quia nnlla cis revclnlio facta fuit. Ergo videtur quod credere explicite incarnai ionis Christi mysterium non fui rit omnibus necessarium ad saluiem.
Ad lertium dicendnm, quod multis gentilium facta fuit revelalio de Christo , ut palet per eu qiuc pra>. dixernnt. Nain Job, Sibylla, etc.. si qui lamen salvali fuerunt , quibus revelalio non fuit farta , rïon lïierunl, salvati absque lide mediaioris: quia elsi non habuerunt fidem explieitam, habuerunt lamen (idem implicitam in divina provideniia, credentes Denincsse lihcralorcm bominum secundum niodossibi placitos, cl scciindum quod aliquibus vcrilalcm cognoscentibus révélasse!.
(1) i. 2. q. <J8.<i.2. ad. 4. Aderat auxilium a Deo lioniinibus simul cum lege, per quod salvari poleranl; scilicet lides Mediaioris, per qttain jusiilieati sunianliqui patres, sicul etiam nos ju-iilicamur.
1.2. q. 10G. a. \. ad. 3. Nullus unquam habuit graliam Spiriius sancli, nisi per fidem Chrisli cxpiieilam vcl implicitam.
2. 2. q. 17 i. a. 6. î'J corp. Fides noslra in dttohus principaliler eonsistit, primo quidem in vera Dei cognilione : secundo in mysterio incamationis Christi.
3. q: 49. a. S. ad. 1. Sancli patres operando opéra juslil'ue, mer lieront inlroilum regni cœleslis per uili in passion is Christi.
5. q. 52. a. 5. ad. 2. Sancli paires dura adbuc viverenl, libcrali fuerunt per lidem Christi ab onini peccalo, lam originali, quam acliiali.
Ibid. art. G. mi corp. Christi descensus ad inferos, ilbs solis libcralionis conlulit fructum, qui fuerunt passioni Christi conjiuieli per lidem earilalc formatai». Illi autem qui eranl in in fer no damnaioruin, aul |K inlus lidem passionis Christi non babucriint , sicul infidèles unde nec a peccatis suis eranl nuiu-
dali.
Ibid. q. (il. a. 5. in corpora. Nullus sanelificari po- U'sl posl peeealuni, nisi per Christum , qiiem propo- G lit Deus propilialorem per lidem in sanguine ip-
MIIS.
Ibid q. 08. a. 1. ad. 1. Nunquam homines potucii i m talvari etiam ante Christi adventura, nisi lièrent incmbi a Christi : sed anle aiheniiim Chrisli, homines Clnisto incorpoiabanlur per (idem luturi advenius ejus.
HurtUi 2. 2. q. 2. a. 8. »« corp. Mysterium incarnalionis Christi anle Christum fuit explicite credilum
Après cet avertissement, qui nous a paru nécessaire pour faire voir que le sentiment de l'auteur de ce traité, est conforme à la doctrine de S. Thomas et de l'école , nous allons nous acquitter de la première partie de ce que nous avons promis, en rapportant ici les principaux, passages des pères grecs et laiins sur la nécessité de la foi en Jésus- Christ, particulièrement avant quel'Evangile eût été annoncé au monde.
S. Ignace dans son épître aux Philadelphiens, (1) parlant des prophètes de l'Ancien Testament, dit : Qu'ils ont annoncé VEvc.nqile qu'Us ont attendu de Jé&us-Chxi&t, qu'ayant espéré et cru en lui, ils ont été sauvés par l'unité qu'ils ont eue avec Jésus-Christ; cl qu'ils sunt renfermés dans l'Evangile de notre espérance commune. C'est à la foi en Jésus-Christ que ce père attribue uniquement le salut des prophètes : In quem cum credidisscnl salvati sunt : c'est parce qu'ils ont appartenu à Jésus-Christ et à son Evangile, hors lequel il n'y a point d'espérance de salut.
L'auteur a fait voir si clairement que saint Justin, non seulement n'avait rien avamé qui fût contraire à la nécessité absolue de la loi en Jésus-Christ pour le salut, mais même qu'elle s'ensuivait de ses principes, que. ce serait inutilement que nous répéterions les mêmes choses avec beaucoup moins de force et d'éloquence. Qu'on lise là-dessus le chapitre premier delà seconde partie, paye 175. et suiv.
Saint ïrénée est un des pères qui étaldissent et répètent le plus souvent ce grand principe, que c'est par la seule foi en Jésus-Christ que les hommes ont toujours été sauvés.
C'est, dit-il, livre II, chap. 5. par l'invocation du Fiis de Dieu, que les hommes étaient sauvés et délivrés des esprits impurs , même avant la venue de Notrc-S.igneur : IIujus invooatione etiam anle advntum Dnmiui nostri salvabanlur homines, et a spiritibus nequissimis, et a dœmoniis universis, et ab universa apostasia. Dans le III livre, chap. 18. en parlant du cantique de Siméon, il dit, (2) Que ce saint vieillard confessait que l'Enfant Jésus qu'il partait entre ses mains, était le Fils de Dieu, la lumière de toutes les notions, et lu gloire d'Israël, et qu'il avait été la cause
a niajoribus; implicite autem cl quasi obunibrale a ininoribus.
//);'(/. art. 7. ad. 1. Senipcr fuerunt eadein speranda apud boniincs a Chrislo... Adhxc speranda homines non perveneriinl, nisi per Chrisltn».
(1) S. Ignat. Episl. ad Phitadelph. Propbolas quia diligamus, in Evangelium annunliaveruiit, in Christum spefaverunl. lu quem cum credidissent, salvati sunt in uiiitate Jesu Christi, cl annumcrali in communia spei Cvangelio.
(2) S. Irenœus, lib. Ml. adver s. hœres. cap. 18. Inf.inlcm quem in manibos poi labal Jesuin , naluin ex Maria, ipsum eonfiiens esse Christum Filium Dei , lumen omnium, et gloriam ipsius Israël, cl paeem et refrigorium cor um, qui in dormitionani ierunt. .lam enim spoliab.il homines, aulereus ignoranliain ipso» riini, su. un .niiein Rgnllionem eis donans, cl disper lilionem faciens coi uni qui coguusccbanl cum.
du repos et du rafraîchissement de eeua qui étaient morte, les ayant délivrés de leur ignorance, et leurayant donné sa connaissance, séparant dès lors ceux gui le connaissaient.
Dans le chapitre ~20. du même li\re, il établit celle maxime fondamentale de noire religion, (1) Que les hommes nepeuvent recevoir que par Jésus-Christ ce qu'ils ont perdu en Adam; et qu'il n'est pas possible (/ni- celui t/iti avait été une fois vaincu et abattu par la désobéissance, devint victorieux, et que celui qui était tombé dans le péché, eût part au salai. Le Vils de Dieu, dit-il, a fait l'an et l'autre par son incarnation. C'est pourquoi il nous exhorte delà croire fermement, parce que vous serez sauvés si mas confessez Jésus— Christ de bouche et que vous croyiez de cœur, '/ai- Dieu l'a ressuscité d'entre les morts. VA expliquant sur la fin de ce chapitre , d'une manière admirable toute l'économie de l'incarnation : (2)
(I) Idemibid. cap. 20. Oslendimus cuim quia non lune cœpil Filins Dei existons setnper apild Palrem , sed quando incarnalus est et liomo faelus , longam hominum exposilionem in seipso recapilulavit , in cnmpendio nohis salulem prxstaus, ni qnod perdideramusin Adam, id est, secundum imaginent et similitudinem esse Dei, hoc in Clirislo Jesn recîpereiiins. Quia enim non oral possibile eum liominein qui semel viclus fuerat cl elisus per inobedientiam , replasmare , ei oblinerc bravium Victoria; : ilerum aulem impossibile erat, tu salutcm perciperet, qui sub peccalo ceciderat. Utraqnc opéra tus est Filins Vcrliuin Dei existons, a Pâtre descendons, cl incarnalus, etusquead mortem descendons, et dispensationem consummans salmis nosiroe, eni crederc nos indubilale adhortans, ilerum dicit. Nedixeris in corde luo: Quis ascendet in cœlmn?.... Quoniam si confilearis m orc ino Dominnm Jesum, cl credideris in corde luo, quoniam Dons illum excilavit a morluis, salvus cris.
d) Idem ibid. Est enim piissimus et misericors Dominus, et amans bumanum genus , liaerere ilaque fecit cl adunivit (qucmadmod.um praediximus) boininem Doo. Si enim homo non vicissel iniraicum hominis, non juste victus cssci inimicus. Rursus aulem nisi Dons donasset salutcm, non firmiter liabercmus eam ; et nisi homo conjunclus fuissel Deo noslro, non p ituissel parliceps fieri incorruplibilitatis. Oporiucrat enim mediatorem Dei et hominum, per suam ad ulrossque domeslicilalem , cl ad amiciliam ci concordiam ulrosque reducere, ci lacère ul el Deus ossumerel liomincm, cl homo se dederel Deo. Qua enim ratione filiorum adoptionis ejus participes esse possenius , nisi per Filimn eam quae est ad ipsum, recepissemus ab eo communionem, nisi Verbum ejus communicasset nobis, caro faclum ? Quapropler et per onmcm venil rciaiem, omnibus resliluens eam quae csi ad Deum communionem. Igilur qui dicunt cum putative manifesiatum , neque in carne natum , neque vere hominem Tactum, adhucsub veleri sunl damnalione, advocalionem praebenles peccalo, non devicta secundum oos morte , qua; régna vil ad Adam usque ad Moysen ( llom., V, 14) eliam in cos qui non peccaverunt in similitudinem Iransgressionis Ad e. Veniens aulem le\ , qua: data est per Moysem, et tcsliflcans de peccalo, quoniam peccalor est regnum nuidem ejus abslulit , laironem el non regem cum delegcns, et bomicidam cum ostcndil. Oneravil aulem hoininem qui liabebal peccalum in se, reum mortis osiendens eum. Bpiriialis enim cum lc\ esseï , manifestavil tanlummndo peccalum , non aulem inleremil : non enim spirilui dominabaïur peccalum , sed homini.... Sic igilur Verbum Dei liomo faelus est, qucmadinoduni cl Moyses ait [Deul, XXXII. i | ;
I \ wi.î 11. .1 i
Dieu, dit- il, plein de miséricordt et a\ b pour le genre humain qu'il aime, a uniPhomme à ban. Car si l'ennemi eût été vaincu pat homme, la victime n'eût pas été juste; et si ce n'eût pas été un Hua qui nous eût do le salut, nous ne l'on ion pas d âne mon ferme et stable, et l'homme n'eût pas pu avoir part à l'immortalité, s'il n'eût été uni l>
II fallait doue que le m* liateur de Dieu et hommes réunit les hommes avec Dieu, en rendant l'homme agréable à Uieu et en faiêOMt connaître Dieu aux hommes. Car comment
aurions-nous eu part à l'adoption des enfemts de Dieu, si nous n'eussions eu cette communication que nous aco,is m ec lai par le Fils; et
si son Verbe ne nous l'eût communiquée ptM l'incarnation ? C'est pourquoi ceux qui disent qu'il n' a été homme qu'eu apparence, sont encore sous l'ancienne damnation, et se rendent les avocats du péché ; parce que la mort n'a point encore été vaincue. Elle a régné depuis Adam jusqu'à Moïse, même dans ceux qui n'ont peu péché en imitant la transgression d'Adam. La loi qui est venue el qui a été donnée pur Moïse, a rendu témoignage au péché; die a montré que l'homme était pécheur; elle lui a 6lé son royaume, elle lui a fait voir qu'il était un brigand et un meurtrier, et non pas Ainsi elle a chargé l'homme qui avait le péché en soi, en montrant qu'il était coupable de mort. Caria loi étant sjiirilurlle, a découvert le péch':, mais elle ne l'a pas fait mourir; parce que le péché ne dominait pas sur I' prit, mai s sur l'homme. C'est le Verbe qui, rétablissant l'homme dans son ancien état, a fait mourir le péché, anéanti la mort, et vivifié l'homme ; et c'est pour cela que ses œuvres sont véritables.
Suivant les mêmes principes, il dit dans le chapitre 33, (1) Que comme Eve, par sa désobéissance, s'est causée lu mort, elle l'a aussi causé à tous le genre humain ; de même Marie a été par son obéissance, la COUSi de son salut et de celui de tout le genre humain. Que Jésus-Christ, qui est le premier né des morts, recevant dans son sein les anciens pères, les a régénérés dans la vie divine, étant le chef des vivants comme Adam l'a été des morts.
Il marque encore plus expressément 1 t nécessité de la foi en Jésus— Christ, dans un passage tiré du chapitre 5, du IV livre cité par saint Augustin, qui porte, (2) Que la loi
Dcus vera opéra ejus. Si aulem non faelus ca parebat quasi caro; non oral verum opusejus. Quod aulem parebat, hoc et erat : Deus bominis anliquant plasmalionem in se recapilulans, ul occiderel quidein peccalum, evaeuarcl aulem moilem , el vivilie.uei ii'omiuem : cl propler hoc \cr.i opéra eju>.
(t) Idem ibid. cap. ôs. Sicui ÎA a inobandiens facia, et sihi et universo generi humano causa lacta est mollis : sic el Maria hsbens praedeslinauini virum, lamcn Virgo obaudtens , et sihi el universo ncri bumano causa fada esl salulis... Priniogeniius enim morluorum nains Dominus , ci in sinum siimn recipiens prislinos paires , regeneravtt cos in vilain Dei, ipse inilium vivenlium foetus, quoniam Adam iuilium moneniium faelus esl,
[t) Idem ibid. I. IV. c. "> Non enim probibeba) cos crederc in Filimn Dei, sed adhorlabatur dicc -,
TRADITION DE LA FOI EN J-C
nous apprend que l'homme ne peut guérir de l'ancienne plaie du serpent, s'il ne croit en celui, qui selon la ressemblance de la chair du péché, a été élevé sur le bois de la Croix, qui attire tout à soi et qui vivifie les morts.
Dans le chapitre 13 du même livre, il dit (1) qu'Abraham a été sauvé par la même foi, par laquelle nous sommes sauvés ; et qu'il a vu en esprit le jour de l'avènement de Jésus- Christ et l'économie de sa passion, qui est le moyen par lequel lui et tous ceux qui ont cru comme lui ont été sauvés. Il dit la même chose dans le chapitre 38 du même livre.
Mais rien n'est plus exprès sur ce sujet, que la conclusion qui se trouve dans le chapitre 39 (2). Que Jésus-Christ n'est pas venu seulement pour les hommes qui vivaient du temps de l'empereur Tibère, ni pour ceux qui ont vécu depuis, mais généralement pour tous ceux qui dans leur temps ont craint et aimé Dieu, qui ont vécu avec justice et avec piété, et qui ont désiré voir Jésus-Christ et entendre sa voix. C'est pourquoi, ajoute-t-il , il ressuscitera tous' ceux-là dans son second avènement, et les mettra dans son royaume, parce que c'est le même Dieu qui a conduit les patriarches par ses voies, et qui a justifié la circoncision et le prépuce par la foi. Car comme nous étions préfigurés et annoncés par les premiers, ils reçoivent par nous, c'est-à-dire dans l'Eglise, l'accomplissement des promesses et la récompense pour laquelle ils ont travaillé.
Ce passage fait voir, premièrement, qu'il a toujours été nécessaire, pour avoir part au salut, non seulement d'aimer Dieu et de faire de bonnes œuvres, mais aussi de connaître Jésus-Christ, et de désirer son avènement. Secondement, que les anciens justes
non aliter salvari hommes ab aiitiqua serpenlis plaga, nisi credant ineum, qui secundum simililudinem carnis peccali in ligno marlyrii exalt.ilur a lerra , et oiniiia trahit ad se et vivifient morluos.
(1) ldemibid. cap. 13. Juste auleni et apostoli ex Abraham genus habcuics ; dcrelinquenlcs naviculam et palrem , sequebantur Verbum Dei. Juste au • tejn et nos eamdem (idem accipienies quam habuil Abraham, tollcntes crucem , quemadmodum ligua
lsaae, sequimur eu m Prophela ergo cum cssel
Abraham et viderctin spiritu dieni advenlus Domini, et passionis disposilionem, perquem ipse quoque et oinnes qui similiter , ul ipse credidit , credunt Deo , salvari inciperent, exultavit vehemenler.
(2) Idem ibid. cap. 59. Non enim propter eos solos, qui temporibus Tiberii Ci saris crediderunt ei, venil Chrislus; nec propter eos solos, qui nunc suit t. hommes, providentiam i'ecit Pater ; sed propter omîtes omnino hommes, qui ab iniiio secundum virtulein suam in sua geucratione, et limuerunt et dilexei uni Dciim , et juste et pic conversali sunt erga proximos, ci concupierunt videre Cliristnm et audirc voeem cjus. Quapropter omnes hujusmodiin secundo advenlu , primo de somno excilabit , et eriget tam eos, quam reliquos, qui judicabuntur, et cousiituel in regnum suum. Quoniam quidem unus Deus , qui patriarchas quidem dîrexil m dispositiones suas , justi- (icat autem circumeisionem ex lidc, et pr.rpulium per (idem. Quemadmodum ehim in primis nos praeti gurabamur et proenunliabamur; sic rursus in nobis ilii deformantur , hoc est, in Ecclesia , e| reeipjqnt nicrcedein pro bis qux iaboraverunt,
ont appartenu à l'Eglise et ont été sauvés par la foi en Jésus-Christ.
C'est ce qu'il ajoute dans le chapitre 42, Que Jésus-Christ a réuni dans la même foi d' Abraham, ceux qui devaient entrer dans l'édi~ flee de Dieu (1), sur quoi il allègue cette excellente parabole (2) que les patriarches et les prophètes onteomme semé en le prophétisant; et .que l'Eglise a fait comme la moisson, en recevant le fruit, afin que celui qui sème et celui qui moissonne jouissent l'un et l'autre du royaume des cieux.
Enfin, saint Irénée dit en termes exprès (3), que Jésus-Christ étant descendu sous la terre pour annoncer l'heureuse nouvelle de sa venue aux morts, ceux-là seuls crurent en lui, qui avaient espéré en lui, et qui avaient eu connaissance de sa venue, tant justes, que prophètes, que patriarches. C'est dans le chapitre 45 du même livre : Crediderunt autem in cum omnes qui sperabant in eum, id est, qui adventum ejus prœnuntiaverunt , et dispositionibus ejus servierunt justi, et prophetœ, et patriarches, quibus similiter ut nobis remisit peccala. Tous ceux qui n'ont point été de ce nombre, n'ont point obtenu leur délivrance quand Jésus-Christ est descendu aux enfers. Il n'y a que ceux ' qui ont cru à l'avènement de Jésus-Christ qui soient purifies et spirituels ; et il n'y a que ceux qui sont justes et spirituels qui auront part au salut. C'est encore la doctrine de ce père , dans le livre V de son ouvrage. Ces principes tant de fois répétés par saint Irénée, ne nous laissent pas lieu de douter qu'il n'ait tenu ia nécessité de la foi en Jésus- Christ pour être sauvé, en quelque temps que ce soit, comme une vérité certaine et catholique.
Nous n'avons rien à ajouter à ce que notre auteur a dit pour justifier saint Clément d'Alexandrie de l'erreur qu'on lui impute , que les païens ont pu èlrc sauvés par les lumières de la seule philosophie, sans la connaissance de Jésus-Christ, et pour faire voir que ce père est dans des sentiments entièrement opposés.
Origine expliquant le troisième chapitre de l'Epi tre de saint Paul aux Romains, dit (4) que ces paroles de l'Apôtre, que les Juifs ont eu cet avantage, que les oracles de Dieu leur ont été confiés, ne doivent pas s'eutendre de la lettre de la loi ni des Juifs qui n'en avaient pasl'intelligence; mais du sens de laloi connu
(1) Idem ibid. cap. 42. Chrislus lapis summus angularis omnia suslinens, et in unam (idem Abrahae colligens eos, qui ex ulroque lestamenlo apli .sont in xdilicalionem Dei.
(2) Idem ibid. Disseminaverunt enim sermonem de Cbristo patriarebœ et prophcUti ; demessa est aulein Ecclesia, hoc est frucluin pnecepit.... uti et qui séminal, et qui metit simul gaudeant inCbrisli regno, qui omnibus adcsl , de quibus ab iniiio benc seiiM! Deus, alinbuens adosse ei» Verbmu suum.
(5) Idem ibid. cap. 45. Ea propter Dominum in ea qu.c sunt sub terra: descendisse, evangelizanleni et illis adventum suum, rcmissim peccalorum exiglentem bis qui credunt in cum.
Ci) Qrigenei in Ep'ul, «d liom. lib. u. cap. r>. R< •
l.l'iUOV'.llwi.ON ÉVAtfGËUQUE.
Ii9
à Moïse, aux prophètes et aux outres ,
liriluelles qui, ayant l'intelligence de ce que Moïse a écrit, croyaient en Jéaua-Chri i. Le même auteur, dans levingtet unième lome de ses Commentaires sur s.iint ïean , <l que ces paroles de saint Paul : J'ai été crucifié avec Jésus-Christ l ne doivent ; as seu- I- ment s'entendre des saints qui ont été depuis l'avènement de Jésus-Christ, mais qu'elles appartiennent aussi aux anciens : et qn on ne doit pas dire qu<< les saints de l'Ancien Testament soient différents des saint i qui ont \ écu depuis l'avènement de Jésus-Christ. Qu autres paroles: Je vis, mais et n'est pas moi qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi, ne sont pas seulement dites des saints quionl vécu depuis l'avènement de Jésus-Christ, mais aussi de ceux qui l'ont précédé. Enfin il assâreque les chrétiens enseignent quele n'ont jamais été sans avoir part à l'écononomie spirituelle de l'avènement de Jésus- Clirist.
quiro lamen quid est qnod diettur primis eis crédita esse eioquia Dei, ulrumne de liueiis boc dieal et libris, an de sensu el inlelligenlia leg'is? Videinus enim plurimos Judxoruui ab inbnlia usque ad gc«eclulem sem|ier discernes el nunquam ad scicnliam veriiatis pervenicnlefi : cl quomodo vkh-bilur verum esse qnod dicilur, quia amplius ali(|uid babeanl in co qnod primis eis eluqnia Dei' crédita sunl', in quibus non inielligunt nequequs loquuntar.neque de quibus iiilirmani. Si vero sapiens iJle dicilur qui inielligilsectindum Salonaonera quae ex proprio oie sunl , el qui in labiis portât inlellecium : de Moyse ci prophetis caHerisque horam siinilibus hwc inlelligenda sunl dici, quibus crédita sunt eioquia Dei : quia el ipsos Ju.i. fuisse,elhabuissec'ircunicisioiicm, noiipoiesldubuari. Scd eisi quisapud eus sapiens el inlelligeiis auditorct mirabilis consiuariusfuitjquosauferrediçilurDoininus MiJerusalcmoffensusimpieialibuspopuli.Sicenhndii il 1-aias : Ecce dominalor Dominus Sabaolh auferel ab Jérusalem el a Juda , el posl aliquania : Et proplieiani, inquil, et aestiniaiorem , et senaiorem , et quinquagenarium, el mirabilera consiliariuin, ei sapieniem archilectum ci prudeulem audiiorem. Itis L«rgo talibus exisiimanduin est primis crédita essedivina, el bis lalendum esl fuisse amplius niuluuu per omneni modum : sed et si qui alii his similcs meruiii , sicul in Regnum libris scriplum Aposl inemoravil ; rcliqui milii seplem millia virorum qui non curvavcrunl genua sua anie Baal. Sed el ipsi aposloli Chrisli, et ipse vas élection i6 Paulus es Jndacis cl ex circumeisione vouions amplius kabehat bis quos docebal ci ex gentibus per omneœ modem crédita namque eis sunl elo [uia Dei. Scd ei boc ipsum quoi) dicil, quia crédita sunl illis eioquia Dei, conslderanduni esl, quia non dixeril lilleras esse créditas, scd eioquia Dei. Onde via uobis dalur inleUigendi , qnod bis qui leguni el non inleUiguul, el qui le tnnl , el non credunt, liliera sola sil crédita , illa de qna dicit Aposlolus , quia lillcra occidit. Eioquia nuieni Dei illis sunl crédita, qui intelligentes el ered bis quae Moyses scripsil credum el Christo : sicul ci Dominus dicit : Qnod si credidisselis et ipsi Moysi, ci-ederetis inique et inihi : de me enim illa Bcripsii.
(1) Idem, Comment, in Jouimem. tum. XXI. Vido vero, an non lauiuni sanclortt», qui posl Chrisli tévsntuoa fuere Bit se* illa : Ohm Vhristo cruàfkmssum, i equa ad priores eliam pertineai , no diflerre dicunus sancias, qui posl Clu-isii advcniuni lucre, a Mose cl pairiarcnis. \ox illa quoiuie : » unijotiut <'ijo , .. H
TertulHen écrivant contre Manion. pr (■outre cet hérétique, que le Dieu de l'Ancien Testament n'est pas différent de celui i
chrétiens, parce que JésUS-Chrlsl lia point
changé la foi de l'Ancien Testament , mais seulement aboli la loi : qu'il n'a point ordonné d'honorer un nouveau Dieu, mais seulement établi une nouvelle loi ; et en un mot, que la foi au Créateur et en son Christ a toujours subsisté, et que l'on n'a changé que 8e conduite et de discipline : Stabat les sem- I < eatore et Christo cjus, scd conversmtio et disciplina nutabat.
Saini Cyprien dans l'Epttre73 à Jubaïen, établit comme un principe indubitable I .que la loi en Dieu le Père ne saurait servir de rien sans la foi en Jésus-Christ, son Fils, I l connaissance de l'un étant absolument inul sans celle de l'autre , Sun ant celle parole de Jésus-Christ même : Personne ne vient au l </uc par moi ; el la déclaration qu'il fait, que la connaissance de ces deux personnes est nécessaire pour le salut, quand il dit : La vie éternelle consiste à vous connattn comme le seul et véritable Dieu , et à connaître Jésus- Christ que vous avez envoyé.
On trouve la même vérité prouvée par plusieurs passages de l'Ecriture dans le second livre des témoignages de l'Ecriture sainte adri ses à Quirin , dans l'article vingt-sept , où il \eut prouver comme le titre le porte - : Que Von ne peut parvenir au Père que par J< > - Christ son Fils ; ce qu'il montre par ces paroles de Jésus-Christ : Je suis la voie, la ve'rii<:, el la vie; personne ne vit nt à moi que par m et par quantité d'autres passages qui élablis-
dicatur non solum de san< lis, qui post Chrisli ad lu m lucre; verum eliam de las, qui anl a. Observa eliam el boc dicunn serva loris : Det» Abraham cl Dens Isaac , ci Ueus Jacob : Doit amem non est nwrtuorum , sed viventium , num forie Abraham, ci Isaac , cl Jacob propier boc >ini vivenles , quoniam cl ipse cum Chrislo conscpulii resurrexeroni; non lànien corporalis sepuliurxJesu, rclcorporalis resurrectio lar. II.cc liacicnus île co
quo.l esl : Abraham hoc non [<cii. Qu'.d autem ci aliud, nisi quxrcre inlcrflccre bomiuem , qui verilalem loculus fueril quain a Dco audieril? iradiinus enim , et doccnius nunquam dcluisse sanctis spirilualem Jesu adventum, alque dispensalionein.
il i .S. ( tipiiiuius Epitt. 73, quoz esl ud Jubuiun. Il Judcis qui jaciilant se palrem babere, osieBderelur quod ta î li il eis paier profuturus esset , nisi iu Filium erederent quem illc misisset. Nam qui Deum Patrem Crealorem sciebaut , Filium quoque Curistam s* re debebanl; ne sibi blandirentur, cl plaudercnl d«' solo Paire sine Fdii cjus aguilione; qui et dicebat : Ncnn »enil ad Palrem nisi per me. liuorum autem cogniiio.c'ii) esse quaî salvel , idem ipse manifestai dicens : lixc esl viia xlcrna : m cognoscanl le solum et vcruni Dcum , ci quem misisti Jesum Clirisimn. tluiii ergo ex ipsius Chrisli prxdicaiione ci coatestalione Pater anie cognoscendus sil . qui misa : lune deinde Chrislus, qui missus est : nec pnssii esse salulis. nisi duuhus simul cognitiB,
Idem tib. II. Testimouii. ud Quirin. i. pcr\ eniri non possli ad Deum Palrem, ni>i per Y hum cju> Jesum Christ uni, in Evaiuj - ■ <
via, ei verilas, ci vtta ail ad Pau n i
per me. Egosum ostiuoi : per me si quis imro. salvabitur.
ISï
sent la nécessite absolue de la foi en Jésus- Christ pour tous les états.
Saint Hilaire ne parle pas moins expressément dans son neuvième livre de la Trinité: il dit (1) , que le docteur de la loi qui reconnaissait un Dieu que l'on devait aimer sur toutes choses, n'était pas loin du royaume de Dieu : mais qu'il ignorait néanmoins le secret de cette loi , ne sachant pas qu'il fallait taire profession de reconnaître le Fils de Dieu ; Ensuite ayant rapporté ce passage de l'Evangile, que la vie éternelle consiste à connaître Dieu et Jésus-Christ , il prouve contre les hérétiques que l'on ne peut pas séparer le Fils du Père, parce qu'on ne peut pas séparer la foi de l'un de celle de l'autre pour le salut. La vie éternelle, dit-il C'A), consiste à croire en un seul vrai Dieu, mais toutefois en croyant aussi en Jésus-Christ ; et si vous séparez le Christ du vrai Dieu, vous ne trouverez point la vie éternelle dans la confession du vrai Dieu. Enfin , je ne comprends pas comment on peut séparer de la foi du vrai Dieu, celui qu'on ne peut en séparer pour le salut. « Non inlclligo quomodo nobis a Deo vero separandus ad ftdem sit , qui non sit separabilis ad salut em. » 11 ajoute que c'est inutilement que l'on croit en Dieu le Père si l'on ne croit en Jésus-Christ son Fils, qu'il a envoyé ; et que la foi en Dieu sans Jésus-Christ est absolument nulle : Solum enim verum Deum Patron inutiliter credimus , nisi credamus et quem misit Jesum Christum... cum pldes nulla sit in solum verum Deum credidisse sine Chris to.
En quoi consiste, dit-il dans un autre endroit (3), la vie éternelle? A vous connaître , ô Dieu seul , et Jésus-Christ que vous avez envoyé! Il faut connaître le vrai Dieu pour avoir la vie; mais cela seul ne donne pas la vie ; il faut aussi connaître Jésus-Christ : ces deux parties de la confession des fidèles ne peuvent point être séparées ; l'espérance de la vie est fondée sur l'une et sur l'autre.
C'est par celte foi qu'il soutient (k) qu'A-
(I) S. Bilarius Hb.lX.de Trinilale. Non longe igiinr a Dei regno est scriba unuin Deum confiions, qui ultra omnia cssci diligendus : sed admonetur sua ipsius professione, cur sacramcnlum legis ignore.l, ci Christum Domiimm filium Dei nesciai per ualivitatis natuiiin in Iule un i us Domini confilendum,
(v2) Idem ibid. Il oc est aiilein vila a:tcrna, ni sciant le solum Deum verum, et quem inisisli Jesum Cliri- Btum. Vilac aelcrnae (idem vel lequi o hacrelice disce vel credere , cl sépara a Deo Christum , si potes, a Paire Filium, a Deo vevo super omnia Deum, a solo umim. Unus enim Domiuus est Jésus Christiis. Si vila a.'lcrna est in Deum solum verum credidisse, sed non sine Christo : separato Chrislo a solo Deo vero, in conlessione solius Dei veri, vila aeterna non capilur.
(3) Idem ibid. lib. III. In quo tandem xternilas vitas csl? Ut cognoscanl te solum verum Deum , cl quem misisti Jesum Christum.... Vila est verum Deum no8se:»ed nudum hoc non facil ad vilam. Quid ergo? conneclilur, et quem inisisli Jesum Christum... Non uabet intcrvallum confessio < redcnliuni, quia in ulroque spes viiae est.
(4) Idem ibid. lib. IV. Toto igitur scrmnnc stio Abraham ûdem, oh quam justificatifs est, docei : Dominum suum ex tribus agnilum , et solum adora iiuii .i Deum confes us est ei judicem. Ibid, lib. Y.
TRADITION DE LA FOI EN J.-C
braham a été justifié en adorant comme Dieu le Verbe qui lui apparaissait sous la forme d'un homme , voyant et croyant dans celte figure la vérité que les apôtres ont préchée. 77 a vu, dit-il, et cru sous la forme de l'homme, un Dieu qui , dans la plénitude des temps devait être homme. Ce Dieu n'avait pris cette forme que pour une figure de la vérité.
Saint Ambroise enseigne en une infinité d'endroits quela loi de Moïse aété inutile aux Juifs charnels qui n'ont point connu Jésus-Christ; c'est sur quoi il s'étend fort au long dans le troisième livre de son Exposition sur S. Luc. 11 y remarque que la grâce apré cédé la loi [Y), et que la foi précède la lettre; que Job, Melchisédcch, Abraham, Isaac, Jacob et les autres patriarches vivaient par la foi sans la loi ; qu'ainsi la première et laplus ancienne pratique de la piété est selon l'Evangile ; parce que notre foi est en la croix et au sang de Jésus-Christ; qu'Abraham en voyant le jour de sa venue, en a conçu de la joie ; que Noé a pressenti par une connaissante spirituelle la grâce figurée dans le type de l'Eglise (c'est-à-dire l'arche) ; qu Isaac a accepté volontairement d'être offert comme lui en sacrifice ; que Jacob Va adoré après l'avoir vaincu ; qu'haïe a vu la rougeur de ses vêlements ; et que Jesus-Christ est venu pour rétablir l'ancienne simplicité de la foi et rompre celle haie qui séparait les hommes de Dieu, et pour rendre inutile la loi, afin de réunir les deux peuples en un seul. Mais quoi, dit-il, celte loi des Juifs était-elle inutile ? A Dieu ne plaise. Elle est bonne , parce qu'elle est spirituelle ,:
Per enm nnnique (idem Justificatifs est, cl constitutif est Abraham Pater geniium : per quam Deum cui crediderat adoravil. El infrn. Deus in homine, cl \idetur, et creditur, et adoratur, qui secundum plein' tiidineni lemporis essel in homine gignendus. Nainque ad visum speeies pnciiguralx verilatis assumitur.
(I) S. Ambrosins in Expoait. Evtuigel. sec. lib.Ul. num. 21. l'rior gratia quam lex : pi'ior lides quam lillera. El ideo gratis lypus nianum ante pi.emi-.ji : quia gratis actus ante praecessil, qui fuit in Job, M icjtisedech, Abraham, Isaac, ei Jacob, qui per fidem sine lege vivehml. Num. 23. Prima igitur disciplina pielatis secundum Evangeliuni; quia per crueem ri sangiiinem credimus Chnsli , enjus Abraham diem vidil cl gavisus es'; cujus Noc grattant in typo Ec- (!-■■ i.e liguralani, spiriiali cognilioue pra-scnsil : cujus Isaac vieem in saerilicio non reeusavil : quem Jacoh cum vincerci, adoravil : cujus Jsaias ruborcm vidil veslimentoriim. Num. 26. Ergo Doiniuus Jcmis qui postei secundum carnem \vnii in lueem , veteris illius mimiiioneiii sepis instaiirans, in majorum nos
acluin cl antiqiiain siinplieiialem lidei refonnavit
Tulit enim illiim ohieem qui uniluicm menus et corporis sericmqiic vila; siinplicis dividebat; alque ipso iaeliis csl pax noslra, qui l'oeil ulraquc unuin , cl médium parielem sepis suivit. Quam puietem expolui Aposlolus inimiciiiascssc in (.une. lias ergo miiiimiiiis uilit Doininus, el |iacem rel'udil, legemque inandatorum in decretis ovacuavit , ut duos couderei in iiiio novo homine: in quo non solum cxleriorem, et iiileriorcm , sed etiam Juda nui siguilical et Ci
cum, ut essot omnia cl in oimiihns Chnsius Quid
ergo? Lex iiiulilis. Absil Butta auiem lex est,
quia gpirilalit. Ei ergo non hona, qui non pinai spiriialem ; qui mente exiguui liumilisque factus, oam qux super legem est, majcslalnm sctlioel Chrisli videro non potuil,
DÉMONSTRATION ËVANGÉUQUE.
mais elle n'est pas bonne à celui qui ne lu croit pas spirituelle, qui ayant l'esprit borné et grossier, n'a pu apercevoir la majesté de J Christ qui est au-dessus de la loi.
On peut lire sur ce même s nj<*t Les lettres 73, 74, 75 et 76 de ce père, où expliquant plusieurs difficultés sur la loi, il reconnaît et établi! comme un principe certain, que la loi de Moïse était inutile sans la foi, et que ce n'est que par la loi en Jésus-Christ et par son sang que les hommes sont délivrés de 1 esclavage, qu'ils reçoivent la grâce, qu'ils deviennent enfants de Dieu, cl qu'ils ont part à l'héritage du Seigneur. Quiconque, dit-il (1), n'a point la foi, n'u point non plus l'esprit de liberté ; et où il n'y a point de liberté, il n'y a point de grâce; où il n'y a point de grâce, il n'y u point d'adoption ; et où il n'y a point d'adoption, il n'y a point d'espérance de succession.
L'auteur du Commentaire surlesEpîtres de saint Paul, attribué faussement à saint Ambroisc, mais d'un ancien auteur, expliquant ces paroles de saint Paul (2) : Personne ne sera justifié devant Dieu par les œuvres de lu loi , fait cette réflexion : L'Apôtre ne dit pas que les hommes n'ont point été justifiés devant Dieu , parce qu'ils n'ont pas observé la loi de la justice ; mais parce qu'ils n'ont pas voulu croire le mystère de Jésus-Christ. Car c'est par la foi en Jésus-Christ, et non pas par la loi que Dieu a résolu de justifier l'homme. Le même auteur sur le chapitre S de l'Epitrc aux Calâtes , dit (3) que la loi a été donnée aux Juifs afin qu'ils sussent qu'ils étaient pécheurs, et que leurs péchés étant découverts , [ils eussent recours à la miséricorde de Dieu ; en sorte que celui qui, ayant été promis à Abraham étant venu, n'a rien exigé d'eux pour obtenir la rémission de leurs
(1) Idem Epist. 7o, nutn. 5. Qui non habet (idem, non habet spiri Lus liberlatem : ubi aulem nulla liberlas, nulla gralia ; ulii nulla gralia, nulla adoptio; ubi nulla adoptio, nulla suceessio.
(2) Auclor Comment, in Epist. ad Rom. falso S. Ambrosio ascripl. Quoniam quidem non jusiificabilur ex operibus tegis omnis caro coram Deo, c. 5, v. 20. Non ideo minime juslilicalos hommes asseril apml Deuin ; (plia legem justilix non scrvaveruiii in praeceptis : sed quia sacramenlum mysieiii Dei, qnod in Chrislo est, credere nolucrunt. l'er hoc enitn decrevit Deus jusliGcare hominem, non per legem; quia lex ad lempus juslificat, non apml Deum .... Nam omnem carnem dicens omnem hominem significavit, sicut et propheia Isaias ait : Et videbit omnis caro satuiare Dei, id est, videbit omnis homo Christum Dei, in quo salus omnium continelur.
(3) Idem in Comment, in Epist. ad Gâtai. Sed concliisil teriptura omniasub peccato, ut promissio ex fuie Jesu Christi darelur credenlibus , c. 5, D. 23. Hune sensum et ad Romanos posuit, dicens : Conclusii Deus omnia sub peccato; ut omnium miserealur. Rom. îi, 52. Uoc dicii quod supra memoravi , quia lei ad hoc data est, ut peccalores reos se scirent apml Deum. Manifestais enim peccatis suis, conclusi sunt Ut B6 eveusare non possent, sed qmernvnt miscricordiam; ut venions qui promissus eral \brahte, lidem solam al» eis posecret, quam babuît Abraham, ut cl malorum suorum veniam , ci iusliAcationem mererentur.
péchés et mériter la justification, que la loi qu'avait eue Abraham.
Saint h : a le chapitre II de l'épUre
aux Galates, expliquant ces paroles de! I poire : Sachant que l'homme n'eut point jut fié par 1 - de la loi , mai» par la foi
Jésus-Christ, les entend des anciens II aussi bien que de ceux qui uni vécu depuis ! i naissance de Jésus-Chris) l .Quelau dit-il, prétendent que si ce que saint l'aul nous assure en cet endroit est véritaàL per-
sonne n'est justifié par les a la loi .
niais seulement par la foi de J- tUS-Chl ist . s'ensuivrait que les patriarches . l< i propht et les saints qui ont vécu avant l'avènement de Jésus-Christ, ont été imparfaits. Mais il / avertir ceux qui proposent cette diffit « tous ceux qui ont cru pouvoir être ju fiât par les œuvres de la loi, ne l'ont punit été; <( que les saints de l'ancienne loi ont été justifU par la foi en Jésus-Christ... C'< H par ta f< Jésus-Christ que toute cette chair est justifi dont il est dit qu'elle verra le salut de Di Qu'on ne dise point que s. Jérom i.
que des Juifs , et que la foi en Jésus-Chrisl n'était pas nécessaire aux Centils avant venue ; que les philosophes n'en ont pa;; eu besoin pour être justifiés. Car ce père en pai ainsi dans un autre endroit : Pythagore, ditil (2) , Zenon, les brachmancs des Indes, et gymnosophistes ont été l'admiration des nations ; mais n'ayant pas eu le sel de J Christ, tout leur travail a été inutile et leur édifice périssable.
Saint Grégoire de Nazîanze décide en termes exprès la question que nous traitons dans l'oraison 22. C'est, dit-il yi , un sentiment mystique et élevé , mais dont je suis tr fort persuadé , aussi bien que le sont tous les
(1) S. Hieronymut lib. 1, Comment, in Epist. ad Calai, cap. 2. Scicntes aulem cpiod non justificalur homo, etc. Aiuni quidam si veriim hoc sil qitotl Tanins affirmât, ex operibus legis neminem juslificari , sed ex ude Jesu Christi patriarchas, cl prophcl
el sanctosqui anle Christi, advenlum faerunt, imperrectos fuisse. Quos admonerc dehemus , eo> hic dici jiislitiam non conseculos, qui tantum <\ operibus juslificari posse secredant. Sanctos aulem, qui ami- (|iiiius fuerinl, ex Gde Christi jusiilicatos; siquidem Abraham vidit diem Christi, et Isaias vidii gloriam Clnisii , etc... Non justificalur ex operibus illa, de qua scrihilur : Omnis caro fœnum , et omnis gloria cjus quasi flos (œni , justificalur aulem ei lidc Jesu Christi caro illa , de qua in resurrei I lur sacramento : Omnis caro videbit talulm h S et jiixta liumiliorem intcllectum, jusiificabaïur qoondam r\ lege non omnis caro, sed lantum lu homincs, qui in PahTslina eranl. Nunc aulem ea Dde Christi juslilicntur omnis caro, dum Eccli loto orbe fundaliir,
(2) Idem lib. IV. in Ezcch. c. 13. Quorum fuil Py. lhagoras, cl Zeno, ludiorum Brachmanes, ci Gymuo- Bopliisl e, qui ol> viclus conlinenliam , mireculum sui geiiiibus tribuunt. Sod quia Christi non habenl condimentùm , vanus est eorum l.ibor ci perilura aedifi- ( alio
(ô) S. Greg. Nasianx. Oral. 22. Ilie serno est mini quidem atque omnibus Dei amore prxdil home 1er prubabilis, neminem, videlicel connu i| j anie Christi advenlum numéros omnes virlul s i veruul . id cilra Christi Gdem esse consc* uluin.
TRADITION DE LA FOI EN J C
fidèles , qu'aucun de ceux qui ont été justifiés ou qui sont morts saintement avant la venue de Jésus-Christ n'ont eu ce bonheur sans la foi en Jésus-Christ. Car quoique le Verbe ail été depuis annoncé avec plus de liberté en son temps, il a été connu auparavant des âmes qui ont eu le cœur pur. J'ai traduit les termes ,
afàSpx 7ii8«vo{ UyOi kp.oUot-1 nû.7 1 toî; yiïoBloi-;. Probabï—
lis admodum sermo mihi atque omnibus Dei amatoribus ; par ceux-ci : Sentiment dont je suis très-fort persuadé, aussi bien que le sont tous les fidèles. Parce que c'est en effet le sens propre du terme grec nie^of, et du latin probabilis , qui ne signifie pas la probabilité douteuse des nouveaux auteurs ; mais une doctrine certaine et à laquelle on doit ajouter foi , dont on doit être persuadé. C'est en ce sens que le savant M. de Billy a expliqué dans sa note ce passage de saint Grégoire de Nazianze, dont il confirme la doctrine sur la nécessité de la foi en Jésus-Christ par des passages de saint Augustin, d'Origène et de saint Léon. Et il est aisé de montrer qu'on ne le peut entendre autrement. Car s'il s'agissait d'une doctrine douteuse et seulement probable au sens des modernes, ce saint pourrait bien dire que c'est son avis particulier : mais il ne dirait pas que c'est le sentiment de tous les amateurs de Dieu , c'est-à-dire de tous les fidèles. Une doctrine que tous les fidèles croient n'est pas seulement une opinion probable ; c'est un dogme certain dont il n'est pas permis de douter. Or, selon saint Grégoire de Nazianze, ce n'est pas seulement son avis particulier, c'est le sentiment de tous les zélés pour la vérité qu'aucun des anciens n'a été justifié sans la foi en Jésus- Christ. C'est donc un sentiment certain, c'est la doctrine de l'Eglise.
Saint Augustin établit aussi ce sentiment comme une doctrine certaine parmi les chrétiens, et prononce généralement que , (1) qui que ce soit n'a pu appartenir à la céleste Jérusalem, c'est-à-dire, être du nombre des élus parmi les Gentils, qu'il n'ai' connu par révélation le Médiateur de Dieu et des hommes , Jésus-Christ homme.
C'est ce qu'il établit comme le fondement de notre religion dans le traité du péché originel contre Pelage : Toute la foi chrétienne , ait-il (2) , consiste dans la cause de deux hom-
(1) S. Augusl. lib. XVIII, de Civil. Dei, cap. 47. Divinitus autem provisum fuisse non dubito, ut ex hoc uiio sciremus eiiam per alias génies esse poluisse,qui secundum Deuinvixerunleiquo placueiunt, pertinentes ad spirilualem Jérusalem. Quod nemini concessum fuisse credendum est, nisi cui divinitus revelatus est unus medialor Dei et homimim liomo Christus Jésus : qui venlurus in carne sic antiquis sanclis prrcnunliabatur, quemadmolum nobis venisse nuntialus est, ut una cadeinque per ipsum fides omnes in Dei civitatem, Dei domum, Dei leinplum pradestinalos perducat ad Deum.
(2) Idem Iractal. de Pecc. orig. cap. 24. In causu duoruni bominum , quorum per unum venundati suiii us suli peccato, per altcrum redimimur a peccalis; per unum prcecipilali stimus in mortcni , per alteriim liberamur ad vilain; quorum ille nos in se perdidit, faciendo voluntalem suam, noii ejus a quo faclus cal ;
DÉMO>ST. ïiVAHG. 111.
mes, dont l'un nous a livrés au péché, et Vautre nous a rachetés du péché : Vun nous a précipités dans \îa mort, l'autre nous en a délivrés Vun nous a perdus en faisant sa volonté, et non celle à», celui qui l'avait créé ; et l autre, nous a sam°s en ne faisant pas la sienne propre. Car il n'y a qu'un Dieu et qu'un seul médiateur de D(eu et des hommes, qui est Jésus- Christ hommt . Parce qu'il n'y a point d'autre nom sous le ciel accordé aux nommes , par lequel nous puissions être sauvés ; et que Dieu a prescrit cette foi à tous les hommes en le ressuscitant d'entre les morts. C'est pourquoi la doctrine chrétienne ne laisse pas lieu de douter : « Veritas christ iana non dubitat ; » que sans cette foi, c'est-à-dire sans la foi du Médiateur de Dieu et des hommes, Jésus Christ homme ; sans la foi de l'a résurrection que Dieu a prescrite , et que l'on ne peut croire sans connaître son incarnation et sa mort, les anciens n'ont pu être justes ni purifies de leurs péchés, ni justifiés par la grâce de Dieu.
11 instruit aussi les catéchumènes de cette vérité, comme un des principaux articles de leur foi (1) :
Les anciens justes , leur dit-il dans son instruction , ont connu et prophétisé Jésus^ Christ qui devait venir, l'ayant connu par la révélation , et n'ont été sauvés que croyant qu'il viendrait, comme nous sommes sauvés par la foi que nous avons qu'il est venu.
Enfin ce père était tellement persuadé que celle vérité était un dogme de foi, qu'il ne fait point de difficulté d'assurer (2) que c'est une aussi grande hérésie de nier que les anciens justes aient été justifiés par la foi en Jésus-Christ, comme de soutenir qu'ils l'ont été par la nature ou par la loi , sans la grâce. Nous reconnaissons , dit-il à Julien, votre hérésie. Pelage a assuré que les anciens justes
iste nos in se salvos fecit, non faciendo volunlalem suam, sed ejus a quo missus est : in horum ergo duoruni bominum causa proprie fides christ inna consislii. Unus est enim Deus , et unus medialor Dei et bominum homo Christus Jésus. Quoniam non est aliud nomen sub cœlo datum hominiens, in quo oporlcal nos salvos lieri : et in illo delinivil Deus fïdem omnibus, suscilaiis il I uni a moi mis. Ilaquesinc ista fide, hoc est", sine fide ttnlus mediatoris Dei et bominum hoininis Cbrisli Jesu , sine fuie, inquam, resnrrcctionis ejus, quant Deus omnibus definivit' qux utique sine incarna lione ejus ae morte non potest veraciter credi ; sine fide ergo încarnaliotiis et morlis, et resurreclionis Cbrisli , nec anliquos justos, ul jusii essent, a peccatis poluisse mundari, et Dei gralia juslificari , veritas christiana non dubiiat.
(1) Idem lib. de Culecliis. rudib. cap. M. Ipsum [Chiislum] antiqtti saneli ventnrum m revclaiiono spiriiûs cognoverunt, et prophelaverunt : et sic s:ilvi l'acli sunl credendo quia véniel, sicut nossalvi cflicimur credendo quia venit.
(2) Idem lib. 2. operis imperfecti num. 18-S. Agnosciuius lueresim vestram : definivil enim Pelagnis, quod non ex lide incarnationis Cbrisli anliqui vixorinl jusli ; quia videlicel nonnum in carne vener.it Christus. Cum profecto id fuluruin non praenunliahsent, nisi priores utique credidissent , sed in hune absurdilaiera dcscendisiis, dum defenditis esse poluisse per ruturam legcmque juslitiani : ntrumlibi i autem si verum est, ergo Christus gratis inorluus csl.
(Six.)
n'ont pas reçu la vie par la foi en l'incarnation de Jésus-Christ, parce que Jésus-Christ n'était pis encore venu dans sa chair. Et comment les prophètes eussent-its avance' celte vérité . ne l'eussent crue?... Mats vous êtes lombes dans cette absurdité , en soutenant qu'on a pu avoir la justice par ta nature ou pur la loi. Si l'un des deux était vrai, Jésus-Christ serait mort inutilement.
Le môme saint répondant à l'argument de Porphyre contre les Chrétiens : Pourquoi le Sauveur avait été tant de siècles sans paraître , et avait laissé périr tant d'âmes dans les siècles passés? dit (1) : Que depuis le commencement du monde , tous ceux qui ont cru au Fils de Dieu, qui en ont eu quelque connaissance, et qui ont vécu selon ses préceptes, en quelque lien qu'Usaient été , ont été sauvés ur lui. Car comme nous croyons, dit-il, en ui demeurant dans le secret de son Père , et venu en sa chair; les anciens croyaient aussi en lui, demeurant dans ce sein, et devant venir en sa chair. La variété des temps n'a rien changé à l'objet de la foi, et le salut n'est pus différent! i.i C'est toujours la même religion, quoique sous différents noms et différents signes, quoiqu'elle soit en un temps ylus obscure , et plus claire en l'autre , et qu'il y ait plus ou moins de personnes qui en fassent profession.
Saut Léon a pris cette pensée de saint Augustin , et l'a exprimée avec beaucoup d'élégance dans son troisième sermon de la Nativité.
Faisons (2), dit-il, cesser les plaintes de
(I) Idem Epist. olim 49. nunc. 102. n. 12. itaque ab exordio gencris humaiii, quicum<|iic in einn crediderunt, cumqiie ulcumque intellexerunt, et seeund'.im ejus pràeeepta pie et juste vixerunt, quandolibet, cl ubilihei l'uerint, per cuin proculdubio salvi facii suni. Sicul enim nos in euni credimus , el apud l'a- • Hem inanenicm, et qui in carne jam venerit : siecredebani in euni aniiqui , el apud Palrêm inanculem, ei in carne veniurùm. Nec qma pro lemporum varielaie nunc faclum annuniialur, quod lune Cuiurura pranuuliabaïur, ideo (ides ipsa varia ta , vel salus
ipsa diversa non esl Proiude aliis lune nominibus
et signis, aliis auleui nunc, el prius oeeultius, posica niaiiilesiius cl prius a paucioribus, postea a plu ribus, una lamen eadenique religio véra significaïur el observai ur.
(i) S. Léo serin. 3. de Ifalivit. cap, i. Cessent igitur illoruiri querel.e, qui impio murmure diviuis dispensalionibus obloqusnles, d; Domiuic.c Nalivitalis larditule causanlur, lanquain pr.uteriiis temporibus non sil impensum , quod in ultiina mundi aeiate est gestum. Verbi iiicarnaiiu bue conlulii facienda, quod iicla, et s.icrauienluui salulis luuuaiKC in Dalla un- (|tinn aniiq mate cessavji. Quod pnedicaveruni aposloli, bue aiiiiunliaverunl propbeiae, née seroesiim-
pletum, quod semper esl brcdiluiii Non iiaque
uovo eonsino Deus rébus humauis, nec sera miseranone cimsuluii : sed a Conslilulione inuihli uiiam eaindemque omnibus causant salulis insiiiùit. Graiia enim Dei qui Semper est universiias jusiiflcaia san- CLorum aueia est Clirislo naicenie , non coepta. Ci hoc magne pieialis sacrameulnm , quo lotus jam inuudus implelus esl, tain poiens etiam in suis signilicaiionibus fuil, ut non minus adepti siut, qui in illud credidere promissuin , quam qui suseepere doliatum.
COU i qui murmurent
lite de i it que ht
oit été difl longt mps, et que l'on n*oJ \rdé dam
été répandues d m < ces dern , ce plaintes, en : n
du Verbe a eu l„ , ,i,t étant future,
qu'elle n eue après être accomplie; et que le sacrement du salut n'a jam ions (an-
tiquité I. plue > Les
annoncé ce que lès apôtres ont prêché; on a vu l'accomplissement de ce qui a toujow
cru linsi Dieu n'a pas pourvu au genre
humain d'une nouvelle manière, et
corde n'a pond été trop tardive , parti
a établi dès le C0\ 'ent du monde la
cause du salut. Car la g Ace par In • tous les saints ont été justifiés , nété augmentée, mais n'a pas commencé à la naii de Jésus-Christ.... et le salut a été no à ceux qui ont cru ce mystère; parce qu'il leur était promis comme à ceux qui t'ont reçu quand on le leur a d ><■■
II dit encore , dans un autre sermon . Que c'est par ii foi en Jésus-Christ Dieu et homme que toit* les saints qui ont précédé la venu" au Sauveur ont été jn , deve-
nus par ce mystère le corps de Et dans un luire endroit, Que tes anciens justes n'ont jamais espéré le s l 2 . si ce n'est par Jésus-Cfo 'que ce d -
de la miséricorde de Dieu ait été dans l> clés passés couvert de que; \ 3 , ,/
n'a pas été tellement obscurci qu'il n'ait été connu des saints qui oui vécu ju / t'èi l'avcnement de Jésus-Christ ; auxquels le saut qui devait être apporté par Jésus -Christ était promis par les prophètes et par des significations de ce qui se ferait. Que ce ne sont pas
(1) Idem serm. 29. c. 7. Omnes sancti, qui Salvatoris nostri teinfpora pnecesscrant , per banc fidem jusiilicaii, el per hoc sacrameniuin Christi suu. e rpus effeeli.
(i) idem serm. 62. c. 2. Niliil ergo ab anliquis signilica'ionbus m rhr.>ii ma religio ne di ersum nec unquam a pr.eeedeuiibus jusiis , niai m Domino Jesu Clirislo, salvaiio speiaia esl: di pciisaiinnibus pro divins voluniatis raiione varialis, sed in i i coruscanlibus el legis leslimoniis, et propli lis, el obtaiinnibus hostiarum; quia illos populos erudiri, ul que révélai» non eâ| ërein , obuinlii-.ua Buscipereni : ei niaj ir bvaugclii esseï auctonias, cm loi signis inique iiiyMeriis, veieris Teslamenli pagina; deservissenl : de quibns Doininus proliiebaïur, quod non vouera; l\ere,seJ
adimplere.
(3) l(l>'in serm. 65. c. 2. Iloe consilium i cli;e etju^iilie Dei, liect m pr.uieritis serulis qui busdam velatn nibus lueril obumbra un , u u Umen iti obtectum esl . in saucroroin . qui ab inilio usque ad advenlum Domini I aid.ibil.-s evtu i uni , hitèiteciui negarctur: cnm et pr plu lich verbis, et rera (arum signiflcalimubus , Salus qux in Chhsto erai Ventura, pronussa su : iroani non s>lum qui pnedîcabanl , adepli sunl , >e>l omnes eiiam qui pr.edicanlihus credrderuni. U n.i enim lides iustilical an non teinj) >runi sanclos, el ad esantam ipe n ei Mem pertinet . quidquid per mediaiorera Dei el homimm Jesuni CbristUOl , vel nos conlitemur laclum vel paires nostri adoravere lacienduiu.
TRADITION DE LA FOI EN J.-G
seulement ceux qui ont prêché ou prophétisé Jésus -Christ qui ont été sauvés, mais ceux qui ont cru à ceux qui le prêchaient ou le prophétisaient , parce que la même foi justifie les saints de tous les temps.
Théodoret établit, dans ses Commentaires sur les Epîtres de saint Paul, plusieurs principes sur lesquels la vérité que nous soutenons est fondée. Car premièrement , expliquant ces mots de 1 epître aux Romains : La justice de Dieu est révélée de foi en foi (1) , il dit que l'Apôtre nous enseigne par ces paroles Que Dieu a pourvu aux hommes dès le commencement , qu'il a prédit ce mystère par les prophètes, et qu'avant les prophètes il l'avait caché en lui; qu'il n'y avait qu'à croire aux prophètes pour être conduit à la foi de l'Evangile. Secondement, il dit sur le troisième chapitre de la même lettre : Que la loi a fait connaître le péché (2), mais qu'elle n'a point donné la justice; et que ce n'est que par la foi en Jésus-Christ que les hommes la peuvent obtenir, soit Juifs, soit Grecs. Troisièmement, il remarque : Que Jésus a été prédit plusieurs siècles auparavant par la loi et par les prophètes (3), et que l'Apôtre montre que Je patriarche Abraham a obtenu la justice par la foi. Quatrièmement, que cette foi d'Abraham n'était pas seulement la foi en Dieu, mais en la promesse du Messie qui devait descendre de sa race, et par lequel seul les Juifs et les Gentils reçoivent la bénédiction. Le Seigneur, dit-il sur l'épître aux Galates {k) , a promis à Abraham qu'il bénirait
(1) Théodoret. in Episl. ad Rom. Justitia enim Dei in ipso revelaïur de fide in fidem , c. 1. v. 17. Docel aulem nos divinus aposlolus , quod Deus ah inilio nobis ila providil , caque per propbetas produit, et aille proplielas habuil in se absconsum de iis consilium. Hoc eliam enim alibi dicil. Myslciium absconmm id Deo qui omnia creavit. El rursus ( 1. Cor. 2. 7.) loquimm sapicntiam m Dco abscondilarti , quam prxfiniil Dens anle sccula in gloriam noslram. Et liic itaque non dixit, dulur jusiilia, sed revelaïur. Qu;e enim prius absconsa fueral, manil'esiaiur credentibus. Ex fide in fidem, inquil. Oporlcl enim credere propbelis, et per illos deduci ad fidem Evangelii.
(2) Idem ibid. Per legem enim cognilio peccati c. 3. v. 20. Lex, inquil, peri'eeiiorem peccali cognilionem hominibus indulit, el ut ipsum vehcmenlius accusarclur effecil... Nunc aulem sine lege justitia Dei mani' festata est, etc. Quia enim dixil, jusiilia Dei manifeslala est, deindo quedani inierposiiil bue dicto necessario repelilo, osteiulil i»er (Idem in Doininutn Cbristum cos illa frui sive sint Judafi , sive Graici , qui cam assequi desiderant.
(3) Idem ibid. Muftis enim jam relro seculis et lex et propliclue lide pnedixerunt... Et oslendit ( aposlolus ) patriarcliam Abraham jusliliam per lidem acquisisse.
(4) Idem in Epist. ad Galat. Pollicitus est autem univcrsoium Dens se per semen Abrahaj génies benediclurum. Hoc aulem semen ipse est Cbristus Doininus. Per ipsum enim pr«mi*sio finem accepil , et génies benedielinneiii COnseCUtte sunt. Alii aulem iiinnes, el si ad Mimmaiu viriuiem pcrvcnerinl, sive Moyses, sive Samuel , sive Elias, cl, ul semel dieam, onmes qui ab Israele gémis dedueunl, ejus quidem gemen dicuntur secunilum naluram , sed non sunt illud semen qttod ai min. benodielionem genlibus... Per iiiillum aulem alium génies liane benediclionctn
les nations dans sa postérité. Cette postérité est Jésus-Christ Noire-Seigneur, car c'est par lui que cette promesse a eu son accomplissement , et que les nations ont reçu la bénédiction. Tous les autres , quoique parvenus à une très-grande perfection, comme Moïse, Samuel, Elie, et encore tous les Israélites, sont sa race selon la nature , mais ne sont pas celui de la race qui devait apporter la bénédiction aux nations.... Ce n'est que par Jésus-Christ que les nations ont reçu cette bénédiction... L'Ecriture reprend également ceux qui ont vécu avant la loi, et ceux qui ont été sous la loi; les uns pour avoir transgressé la loi de nature, et les autres pour avoir enfreint la loi de Moïse. Le salut promis à la foi a apporté le remède aux uns et aux autres.... Nous sommes appelés les enfants d'Abraham, parce que nous sommes joints à Abraham par la foi , et que nous avons reçu la bénédiction qui lui a été promise. Or, il ne se peut pas faire que la tête soit à une personne et le corps à une autre.... C'est par Jésus-Christ , et non par la loi, que les hommes obtiennent l'héritage.
Saint Prosper décide nettement la question que nous agitons, dans son commentaire sur le psaume CIV : Les anciens justes (1) , dit-il, ont été dits être à Jésus-Christ , parce qu'ils vivaient dans cette foi qui devait être révélée dans les derniers temps. Car depuis le commencement du monde, aucun des saints n'a été justifié que par Jésus-Christ. Cette décision est générale, et ne souffre point d'exception.
Saint Fulgence assure la même chose comme un point constant de la doctrine de l'Eglise contre les pélagiens. Personne (2), ditil, n'est délivré du péché originel , ni par la nature ni par la loi, mais par la seule foi en Jésus-Christ, Fils de Dieu.
L'Apôtre nous apprend (3), dit-il quelques
asseculrc sunt... Arguil enim divina Scriplura lam eos qui ante legem, quam eos qui in lege fueruni, illos quidem legem naiui;c, lios vero mosaïcam legem esse transgressos. Et his aulem el i 1 lis reniedium attulit", saluicm promissam per fidem... Cliristo enim induli, qui est vere Filins Dei, jure eliam appellamini Filii Dei. lia rursus nos eonjungit Abrabse. Si nos enim corpus Cbrisli , ipse autem csi nosirum capul : appcllatur auicm semen Abrahic, per ipsum ergo eliam Abrabne per fidem coiijuncli siunus, et promissi benedielionem collegimus : lieri aulem non poiest ut eaput quidem illius ceiisealur, corpus vero allerins... Non enim qnicnmuue Filius jam est lucres. Tu aulem es el filius el hures. Hœc aulem es conseculus per libristum, non per legem.
(1) l'rosper in Psal. civ. Qui ( veleres jusli) ideo jam lune Llirisli dicli sunt... Quia et ipsi in ca vivebant lide qu;e erat novissimis lemporibus revclanda. Ab inilio enim omnibus sanclis non nisi in Cliristo juslilicalio fuit.
(2) S. Fnlgentius, lib. de Incarnat, et gratin Domini nosiri Jesu Çhristi, c. 17. /Vb hoc peccato quod originaliier carnalis nalivilas trahit, neniinem facilitas naimalis, n'etninem liliera sacra: legis, sed sola fldes cripit Jesu Cbrisli Filii Dei.
(3) Idem ibid., cap. 25. Juslificari autem sine fide neminem possc idem beaius Aposlolus oslendit, dicens : Scienles autem quod non jusli ficabilur tiomo ex operibus legis, nisi per fidem JesuChristi ; et nos iu Qtr\slum Jcsum credimus, ul juslitxcemur ex fide C7»h
DÉMONSTRATION Év ANGÉLIQUE.
pages après, que personne ne peut tire justifié tant la foi en Jésus-Christ, et que nous devons croire m lui pour être justifiés.... Qui oserait dire que des nations qui n'ont point eu la foi, ont été justifiées, Abraham n'ayant été justifié que par la foi en la promesse de la bénédiction des nations que Dieu lui faisait? Si quelqu'un disait que les nations n'ont pas été justifiées par la foi, mais par les œuvres, il faudrait qu'il niât qu'elles appartinssent à celui de la race d'Abraham à qui les nations ont été promises, Abraham étant, comme ledit l'Apôtre, le père des croyants.
Saint Grégoire le Grand, dans l'homélie XVII sur Ezéchicl , dit : Que généralement (1) tous les élus, tant ceux qui ont pu être parmi les Juifs que ceux qui sont de l' Eglise, ont tonjours cru et croyent encore au Médiateur de Dieu et des hommes, soit qu'ils l'aient précédé, soit qu'ils l'aient suivi , et ont toujours crié Hosanna, qui signifie, Sauvez-nous. Car c'est à lui que ceux qui l'ont précédé ont demandé leur salut, et que ceux qui sont à présent le demandent, et confessent que celui-là est béni qui vient au nom du Seigneur. Car les peuples qui l'ont précédé et qui l'ont suivi , ont eu la même espérance. Et comme les uns ont été guéris par l'attente de sa passion et de sa résurrection, de même nous sommes sauvés par sa passion et par sa résurrection qui subsiste éternellement. Il ajoute que la porte du salut est et a toujours été la foi en Jésus-Christ mé-
sli, et non ex operibus legis, propter quod ex operibus
legis non justiftcabiiur omniscaro Quisaudeal illas
in hoc loco pentes accipere, quas consialnon esse jusiificaïas ex fide, cum ipso lesteiur Apostolus : quia omne quod non esl ex fide, pecculum est; et quia sine fide impossibile esl placere Deo? Quod si Abraham ex iide justilicatum esse constat, cujus semini génies Apostolus promissas esse commémorai; quisquis asserit génies non ex (ide, sed ex operibus jusliticari posse, quid superest, nisi ut eas neget ad Abraluc semen, cui gentes promisse sunt, perlinere? Cum Abraham (sicut Apostolus dicit) pater sit omnium creden-
tium. ... ... ,
(t) S. Gregorius Magnus in Esechiel, hb. n, nomil. 17. Et quia omnes electi sive qui in Judaea esse potuerunt, sive qui mine in Ecclesia exisiunt, in mediatorem Dei et hominum crediderunt et credunt, qui praeunl et qui sequunlur, Hosanna clamant. Hosanna autem latina ïmgua, salva nos dicilur. Ab ipso enim salutem cl primes qu;esierunt, et présentes quxrunl : et benediclum qui venit in nomine Domini confitentur, quoniam una spes, una fides esl precedentium aique scquenlium populorum. Nam sicut illi expectata passione ac resurrectione ejus sanaii sunt, ita nos preterita passione illius, ac permanente in secula resurrectione salvamur. Quein enim priores noslri et judaico populo crediderunt aique aniavcrunt venturum, hune nos et venisse credimus et amamus, cjusque desiderio accendiniur, ut cum facie ad faciem conlemplemur. Thalami erso ejus bine et indc suui ; quia corda amanlium fidem quae in îllo est, et a priori parte sacculi, et ab ultima complectuntur. Sequitur : ( El mensus est porlam a tecto thalami utque ad tectum ejus, lalitudinem viginli et quinque cubilorum). Sœpcjam diximus, porlam Ddem et per eamdem fidem ipsum Dominum ac Redemplorem nosirum, Mediatorem Dci ci hoininum Jesum Chrisium posse signari : quia per fidem qua in co esl, iniroitus ad vilain palet.
diateur, parce que c'est par lui qu'on entre à la vie.
Agobard, archevêque de Lyon , écrivant contre l'arrien Frédégise, «lit que, selon l'Apôtre, les Gentils du temps de la loi étaient sans Christ (1), dans le temps que les Juifs avaient l'espérance au Christ qui leur était promis. Car, dit— 0, dire, comme fut l Apôtre, « qu'ils étaient sans < hrist t\ éloigi ■ <'e la religion d'Israël, » n'est-ce pas dire indirectement qu'Israël n'était pas sans Christ dans le temps de la promesse? Il prouve encore par plusieurs antres passages de saint Paul : Que les anciens justes parmi les Juifs ont été chrétiens (2) , et soutient que c'est un grand blasphème de dire le contraire. Il assure la même chose des Gentils qui ont été prédestinés à la vie éternelle (2). Enfin il conclut cet ouvrage par ces paroles : Jésus-Christ par son précieux sang nous a tous rachetés, Gentils, patriarches , prophètes : car tous les hommes sont justifiés par la foi en Jésus- Christ : « Omnes enim ex fide Chrisli justificati sunt. »
Dans la fameuse dispute sur la mort de Jésus-Christ pour tous, qui fut agitée dans le neuvième siècle avec tant de chaleur entre les Eglises de France, on convenait de part et d'autre, comme d'une vérité de foi, que tous ceux qui avaient été sauvés , soit Juifs, soit Gentils , avant la venue de Jésus- Christ, avaient été sauvés par la foi en Jésus- Christ. C'est ce que Hincmar, chef d'un des partis, prouve exprès dans le chapitre XXXI] de son Traité de la prédestination , où il allègue les passages de saint Ambroise, de saint
(1) S Agobardus lib. adversus Fredegisum num. 18. Eccc Apostolus docel génies sine Christo fuisse illo temporc, quando promissions spem habibat Israël. El quid est diccre, Eralis sine Cltrislo, aliénait a conversalione Israël (Ephes., n), nisi oblique demonslrare, non fuisse sine Cbrisio Israël lemporo promissionis? etc.
(2) Idem ibid., mon. 16. Deindc vero cum vesiris syllugismis aliirmare niiimini cbristiànos non fuisse omnes sanclos palriarchas et prophclas, reges et sacerdoits, in Veteri Tesiamenio, dicenies nohis : Si eos cllriitianot dicendo, eos esse affirmait vultis, mullum est absurdum ut christiani estent, priusquam (hristvs. Ecce quibus verbis negalis sanctos Veteris Teslamcnii chrislianos fuisse. Sed mullo pejus negalis illo tempure non esse Chrislnm. Crédite, venerabllis magister, quia si dixisseUS, non dicebantur christiani, par va forsiian cssci hlaspheniia. Cum aulem dicilis, no» étant christiani, injuste lanlain muliiiudinem sancloruni blaspiicmalis. Simili eliam modo si de Domino Jcsu Chrisio diceielis, Nec dum ab omnibus fidelibus manifeste vocabatur Christus, tolcrabilcesscl. Al ciiin dicilis, i/OJi erat Christus, lam grandis blasphemiai est, ut non inullum dislel ab i lia Pauli Samosateni pnedicaiioBe.
(3) Idem ibid., num. 20. Similiter in Veieri Tesiamenio, non solum omnes sanclos palriarchas, sed et mulios eiiain in gcniilitaïc posilOB crediinus invisibili chrismale unclos ; per quam unelionem membra Chrisli, el unum corpus cum omnibus ad xlernaui vilain predeslinalis lièrent, etc.
(i) Idem ibid., num. 22. Ipse quippe (Christus) prelioso sanguine suo, el nos cl illos paririarchas scilicei el prophetas, de maledldo louis redemit. Omne* enim ex Dde Chrisli juslilicali tant.
TRADITION DE LA FOI EN J.-C
Augustin, de saint Léon cl de saint Grégoire, que nous avons rapportés pour autoriser cette vérité. D'un autre côté , Prudence, et lEglise de Lyon, dont le sentiment a été approuvé par le concile de Valence de l'an 855, qui en a fait un canon, déclarent nettement comme un dogme de foi : Que (1), de tous les hommes qui ont vécu depuis le commencement du monde jusqu'à la venue de Jésus-Christ, il n'a racheté, sauvé et délivré des enfers, que ceux-là seuls qui, lorsqu'ils étaient encore sur ta terre, ont espéré fidèlement qu'il viendrait, et ont cru qu'ils recevraient de lui le salut, savoir, les patriarches, les prophètes et les autres justes (2).
Paschase Ratbert, dans son Commentaire sur l'évangile de saint Matthieu, dit en plusieurs endroits que c'est la foi seule en Jésus-Christ qui justifie (3) ; que ni la loi de la nature, ni la loi des Juifs, n'a pu justifier sans cette foi ; que tous les justes de l'Ancien Testament , depuis le commencement du
(1) S. Remigius et Ecoles. Lugd., lib. de trib. Episl., cap. 18. Unum tamen est quod nos el (idelissime cre-
dimus et rarissime novimus Quoniam solos illos
ex bis, qui ab exordio munili usque ad passioncm ejus exlilerunt, eadem passionc sua rcdeniisse et salvasse, atque ab inferni clausiris eduxisse credendus est, qui et lideliter eum speraverunt venturum, el lideliter per eum rcdcmpiionem et liberatinnem ad salutem se accepturos esse crediderunt, sanclos videlicet palriarchas et prophelas, cl cœleros juslos.
(2) Concil. Valent. III , cuti. 4. Item de redemtione sangu'mis Chrisli, propter nimium errorem qui liac de causa exorius est; ila m quidam, sicul eorum scripta indicant, eliam pro illis impiis qui a mundi exordio, usque ad passionem Domini, in sua inipietaie inortui, œlerna damnalione puniti sunt, effusum eum definiant, contra illud prophelicum : Ero mors tua, o mors; ero morsus Mus, inferiic : illud nobis simpliciler et lideliter lenendum ac docendum placet juxla evangelicam el apostolicam veritatem, (piod pro illis hoc dalum pretium leneanius, de quibus ipse Dominus nosier dicit : Sicul Moijses exaltavit serpentent in deserlo , ila exaltari oportet Filium hominis , ut omnis qui crédit in ipso non pcreal, sed habeal vilain œlernam. Sic enim Deus dilexit nnuiduni, ut Filium suum unigenitum darel, ut omnis qui crédit in eum, non pereal, sed habeal vilam œlernam.
(2) Pascliasius Ilatbertus in Maltli. , lib. v, c. 8. Nemo pulct quod sine Ckrislo ad Deuni possit pervenire. Et paulo posl : ad Christum auiein non nisi fide venitur, quai lides polest eonlingere ad sa-
lulem Quatuor viriuies scimus générales esse
prudcniiain, juslitiam, foriiludinem ci temperanliani, quibus subvecla anima deferlur ante Salvalorcm ; ila lamen *i ex lide inanenl. Quidquid ergo non ex lide, peccalum est.
(5) Ibid., lib. vu. Génies per solam fidem vencrunt ad Christum... Genlibus nulla ex loge salus, neque ex prophelis, sed per solam Dei graliam.
(4) lbid. , lib. xx. Omnes sancli Veleris Testa meuli, qui ab iniiio seculi fiicrunt, ad lias pertinent nuplias, quas per (idem, elsi a longe conqicxcruul, quicumque Christum pro salule huniani geucris ventu l'uni , in came crediderunl.
(a) lbid., lib. xi. Habenlibus Evangelii graliam, eliam legis bonor pro fide Chrisli cl lucro Evangelii addilur. El non habenli lidcm Chrisli qiue videbalur liabcre, auferuniur. Auferlur et lillera quu; occidil, quam gloriabatur se habere : auferlur el honor legis, el omnis ejus observatio supcrsliliosa.
monde, ont été justifiés par la foi en Jésus- Christ.
Saint Bernard, traitant exprès la question présente dans son Traité à Hugues deSaint- Vietor, n'est pas , à la vérité, de l'avis d'un auteur qui avait avancé que tous les anciens justes qui ont vécu avant la venue de Jésus-Christ , ont eu une science des futurs mystères égale à celle qu'en ont eue ceux qui ont vécu depuis. En sorte qu'aucun des simples justes n'ignorât aucune des choses que l'histoire évangélique expose (1), comme, par exemple, l'incarnation du Verbe, sa naissance d'une Vierge, sa doctrine, ses miracles, sa croix, sa mort , sa sépulture, sa descente aux enfers, sa résurrection, son ascension, et que tous les justes de tous les temps eussent une connaissance aussi distincte de toutes ces choses qu'on l'a eue depuis et que nous l'avons à présent. Enfin , qu'il n'y a eu de justes et de sauvés que ceux à qui toutes ces choses ont été clairement révélées. Quoique saint Bernard, dis-je, n'approuve pas ce système, il convient premièrement qu'il y a eu des patriarches et des prophètes à qui ces mystères ont été rêvé—
(1) S. Bemardus, Tract, de Bapl., qui olim erat episl. 77, c. 3. Asseril praterea, ut dicis, ille quem dicis omnes antiques juslos , quotquot videliect Chrisli advenlum praecesserunt, lanlam omnino habuisse praescientiam l'uturorum, quaniam nos, qui pôst sumus, pra-ieriiorum scienliam : ila ui nullus vel simplicium justorum aliquid prorsus ignoraret ex omnibus quaa modo nobis evangelica pandil hisloria. Verbi gratta, Verbum incarnatum, parium virginalem, doctrinam Salvaloris miracula , crueem , inorlem , sepulluram, descensuin ad inferos, resurrectionem, et ad cœlos ascensionem; sic omnino omnibus illorum temporum juslis, et apcrie omnia et distincte singulà fuisse prsecoguila, quemamodnm suo sunt lempore poslcxliibiia et modo cognila nobis, adeo ut nec jusii fuerinl, née salvi sini, quibus ila clara omnia cl perspicua non l'uerunt. El id quidem falsum... aut enim numerum clectorum illius lemporis sub paucitale redigit rarissimorum spiritiialium, quos pro sua; sanclilalis spécial! excellenlia insignes illuslresque illis temporibus cxl'uisse, ac singulari inuncre spiritus singula, uii ventura erant, praividere cerlissime poluisse Scripiura commémorai, el sic nimis abbreviat manum Dei, dum prœler paucos illos perfectissimos neminem eo lempore putat poluisse salvari; aut certe si el illa tempora multiludinem salvandorum eliam prater istos habuisse non difliiclur; magnam, sed inaudilam divini muneris largilalcm veleri populo collalam asseril. Et posl alla. Quod si prophelx et qui illustriores videbantur in illo populo , non omnes omnia liquido sequalitèr aguoscere valucrunt, sed alii plus, alii minus, prout eis spiritus dabat, dividens singulis proul volebat, idque absque pra?judicio sua: sanclilalis alque perleclionis, quanlO magis simpliciores quique jusli sine delrimcnto salutis, salvaiionis tempus, modum et ordincm nescire poiucrunl; quai lamen cerla spe et lide, uli promissa fueranl, ccrlissime tcnnerunl? Quanti hodieque profeclo in populo chrisliano vitai .eterna: seculique fuluri , quod indubilanter credunl, et speranl, et ardenler desulerant, formant lamen ac staium ne cogitare quidem vel lenuilcr norunt? lia ergo m ii 1 1 1 ante Salvaloris advenlum, Dcum omnipotenleni lenenles el diligentes sua» salutis graluiium proniissorcm, credenles in promissione fidelem, sperames ceriissinium redemplorcm, in bac lide et ex peelationc salvali sunl, liccl quando el qualitcr et quo ordme salus repromissa lierct, ignorent.
DÉMONSTRATION ÈVANGÉLIQUE
lés , quoique les uns aient eu plus de lumière et les autres moins. Et secondement , il tient un il u été nécessaire que tous les justes, même lis plus simples, (quoiqu'ils pussent iynortr sans courir risque de leur salut , le temps, la manière et l'ordre de leur rédemption, eussent néanmoins une foi et une espérance certaine de l'accomplissement de ces choses de la manière quelles avaient été promises : « Simpliciores quique justi sine detrimento salutis, sulvalionis tempus et ordinem nescire potuerunt, quœ tamen certa spe et fi.de uti promissa fuerunt , firmissime tenuerunt. » Paroles qui font voir clairement que saint Bernard ne réduit pas cette foi implicite en Jésus-Christ nécessaire au salut , à une simple connaissance naturelle de la providence de Dieu , mais qu'il demande une foi et une espérance en la chose promise. Et comme plusieurs chrétiens , ajoute-t-il , croient et espèrent la vie éternelle , et la désirent avec ardeur sans en connaître la manière ni l'état, de même (ce sont encore ses paroles) plusieurs, avant la venue de Jésus-Christ, croyant Dieu tout-puissant, aimant celui qui leur avait promis leur salut , le croyant fidèle dans ses promesses, espérant qu'il serait leur Rédempteur, ont été sauvés dans cette foi et dans cette attente, quoiqu'ils n'aient pas su comment et de quelle manière le salut qui leur avait été promis leur arriverait. Qu'on donne toi nom qu'on voudra à cette foi , c'est une vraie foi en Jésus- Christ, c'est une foi fondée sur la révélation de Dieu, c'est une foi par laquelle on espère en un Rédempteur. Tout cela est bien éloigné de la foi implicite des nouveaux auteurs.
Saint Bernard cite ici un passage de Bède qui autorise le même sentiment : Les prophètes (1 ) , dit-il , ont connu et prêché le trophée de la croix de Jésus-Christ avant les apôtres ; mais l<s prophètes Vont fait quelquefois par des discours figurés qui voilaient le mystère, au lieu que les apôtres et leurs successeurs, après que la lumière de l'Evangile a été découverte, l'ont prêché toujours ouvertement; de sorte que tout le peuple chrétien doit savoir et confesser la foi qu'en ce temps -là peu de personnes et seulement les plus parfaites connaissaient, quoique le peuple de Dieu portât dans ces cérémonies légales les mystères de la foi.
C'est sur les autorités de saint Augustin , de saint Grégoire et de saint Bernard, que le Maître des Sentences s'est appuyé pour établir comme une vérité certaine en théologie, que sans la foi au Médiateur aucun homme,
(1) Idem ibid. Dcnique Beila sparte docet, aperta omnia omnibus nequaquam fuisse qune de ChristO futur:» eram : unum, iuquii, idemnue dominic ■ erucis iroph mm prias prophète et Moyses, quant Bpsstoli noverantel praedicabaat; sed prophâta hoc al iquoiiesliguralisvelaiisquescrmoiiilms, aposioli aillent aposinloruiiiqiie suires>"ies, patefacia luee Evaugelii, semper api'i le pi;rdi< alianl : ila M mine omnis populus chrislianus seire et conlilcii délirai , fuient qiiain eo leinpine panel admodum et parfcotiores quique noteront: quunvis munis populos Dei etiam tune ejusdem mysieria lidei, in legalibus cxremoniis typice ponarei.
ni avant ni après sa venue, n'a pu ni ne peut être sauvé: Sine fide Mediotortê nullum homiiti m vel ante tel post fuisse salvum, Sanctorum auctoritates eêntestantur , et après avoir rapporté des passages de sainl Augustin et le saint Grégoire, il conclut : /fis alii pluribus testimoniis penpicue docetur, nulli unijuain salutem esse factam, nt.se" per fidau Mediatoris. Entrant ensuite dans le o des choses que devaient croire les simples cl les personnes éclairées à qui le mystère de L'incarnation n'avait ps vêlé imna<
tement, et qui ne le connaissaient que p tradition, il dit (1) : Qu'il n'y a eu nui personne juste ni sauvée qui n'ait eu un vélation distincte ou voilée , c'est-à-dire ou claire ou en mystère : distincte , comme Abraham et Moïse, et autres personnes plus éclairées qui avaient une connaissance plus distincte des articles de foi; voilée, aux simples à qui il avait été révélé qu'ils devaient croirr c \ que les principaux d'entre eux leur a qnaient, sans toutefois avoir une connaissance bien claire de ces choses. Comme dans /' Eglise quelques personnes qui sont peu éclairées , ne pouvant distinguer ni expliquer clairement les articles (/e foi, croient cependant tout t est contenu dans le Symbole, ajoutant ainsi foi aux choses mêmes qu'ils ignorent, et ayant une foi voilée et obscure : de même, en ce tempslà, ceux qui étaient les moins éclairés adhéraient, pur la révélation qui avait été faite aux principaux d'entre eux, majoribus sui-, à qui ils s'en rapportaient pour leur croyance. Il demande ensuite s'ils diraient croire tout ce que nous croyons à présent du M tcur. Jl dit que quelques-uns estiment qu'il était nécessaire qu'ils crussent la naissance, la mort, la résurrection et l'avéuemint de J Christ au jour du jugement; ce qu'il semble que l'on peut conclure des paroles de saint Augustin, qui met ces quatre choses; mais </ue
(\) Magistrr tententiarum, lib m, distinct. 2.V ergo dicetur de illis simplicibus quibus nos erat revclatum mysterium incarnationis, qui piésredebanl quod eis iradiumi fnii? Dici polesl nullum fuisse jiisium vel salvum, cui non e«sel facta révélai tincia vel velata, vel in aperio, vel in navsieiio, Distincts ni Aliralir el Moysi, alijsque majoribus qui distim lionem nrtlctilorum Gdei habebaol : velala m simplicihus, quibus revelatum erai è i i sse 1 1 edi qunc credebanl majores el docebant, sed eorura. d:slinctionem npcriaiu non hahehuH : sirul el in Enlesia aliqui minus capac es siin!. qui arliculo» symboli distinguera et assignare non valent : omnia lamen credunt qux in gymholo conlinenlur. Crcdu il oi i i quœ ignorant, hanenles Ddem velalam in mjslerio : ila et lune minus capai - es revelalione mIh racla,
majoribus credendo inhxrebant, quibus lidem > i
quasi commîtlebanl... Sed quxrilur, cum sine Iule Mediatoris, antiquis non fuerit salus, sicnt pec modérais, utriiiu opnrtueril illos credere omnia illa do média lore quse nunc crediraus? Quibusdàm vide* lur i|iin(| suiïcecrit illis quaiuur tant un 1 1 lieel nativiiaiein. inorlem, lesuriee.iimeiii, adventuia ad judicium, quod ex prxinis>is verbis Aua eolligunl, ubi ista quatuor posuit. Aliis auleui iridelur habita lidr trniiiaiis, id de luyslerio incarnations fidei suffecisse, ut l>ci Filius crederelur nascilurua de homine et judicaturus.
NECESSITE DE LA FOI EN J. C
les autres pensent qu'il suffisait qu'ils crussent que le Fils de Dieu (levait naître homme, et qu'il devait être juqe des hommes.
Ce" sentiment du Maître des Sentences a été suivi, comme nous l'avons déjà prouvé, par saint Thomas et par tous les anciens théologiens. Ils sont tous convenus comme d'un principe indubitable que la foi en Jésus-Christ, fondée sur la révélation , a toujours été nécessaire pour le salut. S'ils ont eu quelque doute ou quelque différence de sentiment, ce n'est que sur l'étendue distincte et claire de cette connaissance : les uns prétendant qu'elle devait être expresse et distincte de tous les articles que nous croyons dans tous les justes; et les autres croyant qu'il suffisait qu'elle fût telle dans les chefs de la religion, et que les simples eussent en général la foi en un Médiateur et en un Rédempteur qui devait délivrer les hommes de la manière qu'il avait été déclaré
aux personnes à qui Dieu avait révélé plus particulièrement ce mystère. Mais jamais aucun n'a réduit cette foi à une simple connaissance naturelle de la providence de Dieu, ni cru que les hommes pussent avec cette seule connaissance être justes et parvenir à la vie éternelle Ce système n'a été inventé et soutenu que par des nouveaux théologiens peu versés dans la doctrine des pères, ou par des pyrrhoniens en matière de religion. Ce sont ces écrivains que l'auteur du Traité que nous donnons au public , attaque fortement , et dont il renverse l'erreur par des principes incontestables et par des raisonnements sans réplique. On n'a pas jugé nécessaire de mettre son nom; mais tous ceux qui liront cet ouvrage seront persuadés que celui qui l'a fait était un théologien fort éclairé, qui savait parfaitement le fond de sa religion , et qui avait un zèle ardent pour la défense de la vérité.
DE Lia. NECESSITE DE LA FOI