‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 41 sur 305 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Que les philosophes et les païens vertueux n'ont pu être sauvés par la seule connaissance de Dieu et de sa providence, sans la foien Jésus-Christ, et de soutenir le contraire, c'est ruiner lu nécessite de la foi en Jésus- Christ établie par les saintes Ecritures.

C'est un sentiment qui a élé soutenu par quelques personnes en ee siècle; même par des auteurs qui font profession de la religion chrétienne el catholique, que ceux d'entre 1rs païens qui ont vécu moralement bien et ceux qui ont <l<;leslé l'idolâtrie aussi bien que la multiplicité des dieux, sont parvenus au bonheur éternel.

Il ne semble pas nécessaire de marquer en particulier qui sont ceux, qui ont enseigné celle doctrine fausse cl erronée, qu'ils ont même tâché d'autoriser par le prétendu sentiment de beaucoup de pères , tant anciens que modernes; unis il est aisé de montrer que ce serait vouloir se jouer des plus claires et des plus évidentes paroles de l'Ecriture,

sainte, que de les employer pour soutenir un sentiment aussi faux et aussi dangereux que celui-là; et que si on le pouvait faire ainsi par des gloses qui en ruinent le texte, il n'y aurait plus rien d'assuré dans notre religion.

Et c'est, en effet, de celle sorte que les hérétiques en renversent toutes les plus saintes et les plus indubitables maximes. Car si l'on demande aux calvinistes, par exemple, si l'eucharistie n'est pas le corps du Fils de Dieu ; ils ne craindront pas d'avouer que Jésus-Christ l'a dit si clairement, que personne ne le peut nier; mais ils ne manqueront pas d'ajouter aussitôt une. explication sacrilège, qui rendra vaine et imaginaire la confession qu'ils en auront faile. Et c'est ce nue font ceux qui prétendent remplir le ciel des philosophes païens, en voulant honorer leur mémoire et les mettre au rang des pères spirituels. Car n'osant pas attaquer de front ce principe capital du christianisme que per sonne ne peut être sauvé que par la foi en Jésus-Christ, ils font semblant d'en demeu^

rcr d'accord, mais c'est pour le renverser aussilôt d'autant plus dangereusement que c'est sous le voile de quelques expressions de l'école. Car ils diront que ces païen! avaient une foi implicite en Jésus-Christ. Et quand on les oblige de s'expliquer, ils réduisent cette foi implicite non a une connaissance du Messie futur el du Médiateur telle que l'avaient les Juifs, mais à la seule connaissance d'un Dieu bon et miséricordieux : c'est donc ainsi que ces personnes retirent d'une main tout ce qu'elles semblentdonner de l'autre, et qu'ayant pour ainsi dire rompu la porte qui fermait l'entrée du paradis à tous ces païens, elles se donnent la liberté de les y introduire en foule, comme je lâcherai de le faire voir dans la suite. Et il semble, en effet, qu'il ne tiendrait pas à elles que notre martyrologe ne fût augmenté de nouveaux martyrs entièrement inconnus à l'Eglise.

Mais il est aisé de faire voir clairement que cette exposition de la foi en Jésus-Christ ne ruine pas moins la nécessité de la foi en Jésus-Christ établie par les divines Ecritures, que celle que donnentles calvinistes aux paroles sacramentelles, ruinent la vérité de 1 Eucharistie. Il suffit pour cela d'examiner de quelle manière l'Ecriture sainte distingue cette fol au Rédempteur nécessaire pour le salut d'avec la connaissance d'un seul Dieu, et on verra clairement qu'il ne suffit pas pour obtenir la vie éternelle, de croire en Dieu, et qu'il faut outre cela croire en un médiateur qui est Jésus-Christ, et, par conséquent, que l'on ne peut rien concevoir de plus contraire à la parole de Dieu que cette mauvaise glose, selon laquelle on prétend que les païens qui ont connu un Dieu doivent être estimés avoir eu autant de foi en Jésus-Christ qu'il était nécessaire pour le salut.

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