‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 42 sur 305 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Premières preuves, tirées des paroles de Jésus- Christ, qui font voir la fausseté du sentiment de ceux qui soutiennent que les païens et les philosophes ont pu être sauvés par la connaissance de Dieu et de sa providence sans la foi en Jésus- Christ.

Jésus-Christ lui-même détruit formellement ce sentiment quand il dit à son Père (1): La vie éternelle consiste à vous connaître, vous qui êtes le seul Dieu véritable, et Jésus-Christ que vous avez envoyé. Car il est certain que cette vie dont parle Jésus-Christ n'est autre chose que la vie de Dieu hors laquelle on ne peut être que dans la mort du péché ; ainsi elle ne comprend pas seulement la vie de gloire, mais aussi la vie de grâce, comme n'étant qu'une même vie, dont l'une est le commencement el l'autre la consommation ; et par conséquent, il est clair qu'il ne suffit pas, pour vivre de cette vie divine, de connaître un seul Dieu ; mais qu'il est nécessaire encore de connaître Jésus-Christ, que

(1) Haec est vita cclerna ut cognoscanl te Deum vivumcKjuem misisli JesuinClirislum. Jotui.XVH, 3.

DÉMONSTRATION F.VANCF.UQUE.

loua les philosophes ont ignoré. Car on ne peut pas dire qu'ils aient connu cet homim- Dieu qu il a envoyé dans !»■ monde pour racheter et pour sauver le inonde.

C'est ce que le Sauveur a enseigné em nr<plus évidemment, parce qu il dit l Nicodène qui, étant pharisien et l'un des premiers docteurs d'entre les Juifs, savait assez liai avoir besoin pour cela de recevoir une nouvelle instruction, que l'on ne pouvait étlW samé sans reconnaître l'unité de Dieu, et délester l'idolâtrie. Il) Comme Moïse, lui dit-il, éleva en haut dans le désert le serpent d'airain, il faut de même que le Fils de l'homme soit élevé en haut, afin qu'aucun de ceux qui croyent en lui ne se perde, mais qu'ils aient tous la vie éternelle.

Voilà donc une condition nécessaire pour ne point périr et pour avoir la vie éternelle. C'est de ne croire pas seulement à un Dieu créateur du monde, mais à un Dieu crucifié pourla rédemption du monde; etque, comme pour être guéri de la morsure des serpent- . il ne suffisait pas de croire que Dieu avait une providence générale pour tous les Juifs, mais qu'il fallait croire qu'il en avait encore une particulière pour ceux qui avaient été mordus des serpents, et qu'il fallait porter les yeux du corps sur le serpent d'airain qu'il avait ordonné que l'on fît pour les guérir : ainsi il ne suffit pas pour être guéri de ses péchés de croire que Dieu a une providence générale pour le salut de tous les hommes ; mais il faut croire qu'il en aune particulière pour sauver les fidèles et porler la vue de l'âme par une foi particulière, sur le moyen unique de leur salut qui est lésas-Christ crucifié. C'est aussi ce que le Fils de Dieu déclare ensuite à Nicodèmc par ces divines paroles (2) : Car Dieu a tellement aimé le monde, qu'il a donné son Fils unique; afin que quiconque croit en lui ne périsse point ; mais qu'il ait la vie éternelle. On peut juger de ces paroles si les païens peuvent être lanTéfl sans croire en Jésus-Christ. Fils unique de Dieu, et seulement par la seule connaissance que la lumière de la raison naturelle leur a pu donner d'un seul auteur de toutes choses : car si cela était, qu'était-il besoin, pour témoigner l'amour qu'il avait pour les hommes, de livrer à la mort ce Fils bien-aimé, afin que quiconque croit en lui ne périt point; puisque sans celte foi l'on pourrait ne point périr et posséder la v ie éternelle ?

Il s'ensuit de là que cette doctrine est fausse, et qu'elle ne peut porter qu'à faire croire que Jésus-Christ est mort en >ain, comme dit saint Paul. Il parait même que le Fils de Dieu, prévoyant ces illusions de l'esprit humain, les a absolument détruites en ajoutant ces paroles aux précédentes : (3)

(I) Ft sicut Moyses exaltavii serpenlem in deserlo, itt exaliari oporiei Filium hominis, ul omnis qui crédit in ipsinn non perçai, sedhabeal vilain auernam. Jvan. III, 14.

- Nie Deus dilexil nuindimi ul uniginilum hliuiw siiiiin daret, ut quicumque crédit in enni non perçai, scdjiabcat vilain aïoniain. Joamt. III, 16.

(5) Non eniin misil Dcus Filium suum iu niunduiu

NECESSITE DE LA FOI EN J.-C

Car Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour condamner le monde, mais afin que le monde soit sauvé par lui. Celui qui croit en lui n'est pas condamné, mais celui qui ne croit pas est déjà condamné, parce qu'il ne croit pas au nom du Fils unique de Dieu.

Il est évident que le Fils de Dieu ne pouvait employer des termes plus clairs et plus formels pour exprimer la nécessité absolue de le reconnaître et de croire en lui, afin de pouvoir être sauvé. Car il dit que celui qui n'y croit point ne mérite pas seulement que l'on examine sa cause, et que par cela même qu'il n'y croit point, il est déjà condamné. Et la raison en est, qu'encore qu'il puisse avoir des vertus morales, et reconnaître un seul Dieu; il suffit pour sa condamnation qu'il ne reconnaisse point son Fils unique, et qu'il ne mette point en lui toutes les espérances de son salut : le Fils de Dieu étant l'unique médiateur de Dieu et des hommes.

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