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CHAPITRE IV

Autres preuves tirées des témoignages de saint Pierre et saint Paul , qui font voir la nécessité de la foi en Jésus-Christ pour être sauvé.

On pourrait s'étendre jusqu'à l'infini si on voulait peser de la même manière tous les endroits de l'Ecriture sainte, qui comprennent celte vérité capitale du christianisme; mais il ne faut pas au moins omettre un célèbre

Eassage de l'apôtre saint Pierre, dont il semlc que l'on pourrait corrompre le sens par une mauvaise glose; ce fut lorsque ce prince des apôtres , ayant reçu une nouvelle plénitude du Saint-Esprit', prononça cet oracle dans l'assemblée des pontifes de la loi, des sénateurs et de tout le peuple.

Puisqu'aujourd'hui, dit-il (2), l'on nous demande raison du bien que nous avons fait à un

per viventli nisi agnoscat vilam quee est Christus, et per ianuam liiirei in ovile.

(1) Ib'xd. num. 3- Fuerunt quidam philosoplii de viriulibus ei viiiis subiilia multa tractantes, dividendes, deliniciites, ratiocinationes acutissimas concludentes, liliros implrnles, suahl sapienliam buccis crepaiiiiluis ventilantes etiain dicere auderant hominibus. Nos sequimini, seelain nostiam lenete si vultis béate vivere : sed non mirant per ostium. Perdere volebant, niaciare et occidcrc.

(2) Aci. i. 12. Si nos hodie dijudicamur in benefaclo hoininis infirmi, in quo isle salvus f.ictns est, nolum sil omnibus tobis et omni plebi Israël; quia in notnine Dnmini nostri Jesu Ouisii Nazareni,qtleiri vos crucilixisiis, qiiem Deus suscila»it a moiiuis, in hoc isle astat coram vnbis iflnu». Hic 881 lapis, qui reprobains est a vobis .-rditicaulibus, qui facius csl in capul anguli : cl non csl in -> lio aliquo sains. Ncc l'iiun aliud nomen e>i Bub cofllo dalum liominibus, in «uo oporteat nos salvos lien,

homme perclus de l'usage de ses membres, et qu'on veut s'informer de quelle manière il a été guéri , nous vous déclarons à vous tous et à tout le peuple d'Israël que c'a été par le nom de Jésus-Christ de Nazareth, lequel vous avez crucifié , et que Dieu a ressuscité d'entre les morts, que cet homme est maintenant guéri, comme vous le voyez devant vous. C'est celte pierre que vous, architectes , avez rejetée, qui a été faite la principale pierre de l'angle ; et il n'y a point de salut par aucun autre, car nul autre nom sous le ciel n'a été donné aux hommes par lequel nous devions être sauvés. Et non est in alio aliquo salus nec enim aliud nomen est sub cœlo datum hominibus in quo nos oporteat salvos fieri. Et le même apôtre nous déclare de quelle sorte le salut se doit obtenir par ce nom de Jésus-Christ, lorsque, parlant au peuple du même miracle , il dit qu'il s'est fait par la foi du nom de Jésus, par la foi que l'on a en lui et par lui (Act. , III, 26) : In fide nominis ejus, hune confirmavit nomen ejus, et fides quœ per cum est , dédit integram sanitatem islam. Et c'est ce qui fait voir que le nom de Jésus«Christ et la foi en Jésus-Christ ne veulent dire que la même chose dans l'Ecriture sainte, parce que ce nom ne donne le salut qu'à ceux qui l'invoquent, comme le dit saint Paul : Quicumque invocaverit nomen Domini saivus oit , et que personne ne le peut invoquer que par la foi, suivant ce qu'ajoute saint Paul : Sed quomodo invocabunt in quem non crediderunt ; et par conséquent, on ne peut pas soutenir que l'on puisse être sauvé par la connaissance d'un Dieu dont la providence v ii lie sur les affaires humaines, telle que l'ont pu avoir les philosophes païens , sans renverser entièrement l'Ecriture sainte, puisque saint Pierre et saint Paul nous déclarent expressément qu'il n'y a de salut que par Jésus-Christ, c'est-à-dire que par la foi el l'invocation de son nom divin.

En effet, il est évident que tout le discours de S. Pierre ne se rapporte qu'à ce point, que l'on ne peut être sauvé que par la foi en notrs unique libérateur. C'est à quoi aboutit toute cette instruction qu'il donne à ces pontifee et au peuple pour leur apprendre qu'il est l'unique moyen de salut. C'est pour ce sujet qu'il avait reçu une nouvelle plénitude du Saint-Esprit ; c'est pourquoi il faut reconnaître que ces paroles de S. Pierre contiennent un grand mystère, puisqu'elles nous enseignent clairement que tous les justes, c'està-dire tous les véritables adorateurs de Dieu, soit avant l'incarnation du Verbe, soit depuis, n'ont vécu cl ne vivent (pie par la foi de l'incarnation de Jésus-Christ, dans laquelle est renfermée toute la plénitude de sa grâce ; el, par conséquent, cette sentence oui nous prescrit l'unique moyen du salut de tout le monde, n'a pas seulement sa force depuis quelque temps, comme le dit un père de l'Eglise, mais depuis le jour malheureux où toute la nature humaine s'est perdue dans Adam (1)

(I) S. Aug. Ep. ad Opialum. olim 157. nunc 190 c.2. §8.

DÉMONSTRATION ËVANGÉLIQUE.

Cum omtiesjusti, hoc est, reniées Ihicullon .

site unie incarnationem, sive post incarnatiovem Christi m, vixerint, née vivant nisi -/ pile incarnationii du risli, profecto quod u > ivtum est, non est aliwl nomen sub calo in quo oporteat satvos fieri nos : ex illo tempore valet ad salvandam genuê humanum, ex quo in Adam vitiatum est genui humanum.

C'est ce que (Jésus-Christ marque encore dans l'Evangile, quand il <lil qu'étant la lumière il est venu dans le monde afin que quiconque croit en lui ne demeure point dans les ténèbres. C'est aussi ce que veut dire S. Pierre (1), lorsqu'il annonce aux Gentils que Jésus-Christ a été établi de Dieu le juge des rivants et des morts, et que tous les prophètes lui rendent témoignage, que quiconque croira en lui aura la rémission de ses péchés.

Enfin, c'est ce que S. Paul enseigne aux Romains (2), lorsqu'il leur dit que la justice que Dieu donne par la foi en Jésus- Christ est répandue en tous ceux et sur tous ceux gui croient en lui ; et, pour montrer que celle manière de sauver les hommes par la foi en Jésus-Christ ne reçoit aucune exception, il ajoute qu'en cela (3) il n'y a nulle différence (entre les Juifs et les Gentils), parce que tous ont péché et ont besoin de la gloire de Dieu, étant justifiés gratuitement par la grâce , par la rédemption qui leur a été acquise par Jésus- Christ, que Dieu a proposé pour être le reconciliateur des hommes, par la foi qu'ils auraù nt en son sang. C'est ce qu'il confirme quand il ajoute (4) : Nous devons reconnaître que l'homme est justifié par la. foi sans les oeuvres de la loi, car il n'y a qu'un seul Dieu qui justifie par la foi les circoncis, et gui par la même foi justifie les incirconcis. C'est ce que le même apôtre prouve ensuite en proposant pour modèle de cette foi justifiante, la foi d'Abraham, que l'on ne peut douter avoir eu pour objet l'incarnation du Fils de Dieu, qui lui avait été si solennellement promise par ces paroles (5) : Que toutes les nations seraient bénies en Jésus-Christ. Et c'est ce que le même apôtre déclare aux Galatcs comme une vérité capitale de notre religion, lorsqu'il leur dit aussi (6) : Que l'on n'est point justifié par les œuvres de la loi, mais par la foi en Jésus- Christ.

Il s'ensuit donc delà que l'on ne peut pas

(1) Acior. 10. Constituais esl n Deojudes vivorum cl morluorum, huic omnes prophetae lesiimonium ]> Thibeni remissionem peccalorum accipere per nomen (jus omnes qui credunl in cum.

(2) Romanor. 5- Justifia Dei per fidem Jesu Christi in nmnes, et super omnes qui credunt in enm.

« (3) Ibid, Non enim esi disiinclin. Omnes enim peccaverunt et cgeni gloria Dei. Juslifleali gratis per piMiiam ipsius, per redempUonem que est m Clirislo Jesu quem proposuit Deus prophialionem per lidem in sanguine ipsius.

\i) lbid. Arbilramur justificari hominem per fidem sine operibus legis... quoniam unus est Deus qui jusiifleat circunïcisionem ex lido, et prspudum per fidem.

(5) Gen. Xll. Benedicentur in te universa? cognaliones terra.

((i) Calai. II. v. 16. Non justificalur liomo c\ operibus legis nisi per lidem JesuCInisti.

détourner des pasi lairs et -i l'.rmels

en des sens éloignés de l'intention du Saint- Esprit qui les a dictés, el <|ue de même que nous avons avec raison horreur de la glose

impie (les hérétiques Mir les paroles de |,i enn ■.(•(•ration, lorsqu'ils disent ()ue ces paroles de Jésus-Christ, ceci est mon corps, \eulent dire, ceci est la figure de mon corps ; car c'est ainsi qu'ils corrompent l'Ecriture sainte, en niant la présence réelle dans l'eucharistie : de même nous ne devons pas souffrir es méchant commentaire de ceux qui expliquent les passages formels que nous venons de rapporter, en disant que cela veut dire que l'ou ne peut être sauvé sans reconnaître un Dieu et sa providence, comme ont fait les philosophes.

En effet, la connaissance de Dieu et de sa providence, et la foi en Jésus-Christ sont deux choses si différentes, que non seulement l'on peut croire l'une sans croire l'autre, mais même en niant et combattant l'autre formellement, comme ont fait tous les philosophes païens, et comme font encore les mahométans et les déistes , qui ne veulent point de Jésus-Christ, quoiqu'ils croient l'existence d'un Dieu et qu'ils ne nient pas sa providence. Ainsi il est impossible que la foi en Jésus-Christ soit contenue et enveloppée dans la seule créance de l'unité d'un Dieu, puisque l'on peut croire l'un en ae croyant pas l'autre, cl même en s'y opposant de toutes ses forces.

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