‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 47 sur 305 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Qu'il est de foi que la seule connaissance de Dieu et de sa providence ne suffit pas pour être sauvé, quelque nom de foi implicite en Jésus-Christ qu'on donne à cette connaissance, puisqu'elle ne peut élre appelée une foi ni explicite ni implicite, n'ayant nulle des conditions essentielles à la vraie foi en Jésus-Christ.

Pour rechercher encore avec plus d'exactitude sur quoi est fondée la nécessité de la foi en Jésus-Christ pour le salut, il faut remarquer que c'est aussi un article indubitable de notre religion, que tout catholique doit avouer que personne n'a jamais été justiûé ni sauvé que par le moyen de la foi. Or il est certain que cette foi implicite, par laquelle on prétendrait sauver une infinité de païens, n'est pour ainsi dire qu'un faux masque de foi, qui ne doit être appelée ni implicite, ni explicite , mais chimérique et imaginaire, n'ayant que le seul nom de foi, saus avoir rien des conditions essentielles de la véritable foi ; et par conséquent que ce voile de foi implicite, dont on veut tâcher de la couvrir, ne saurait empêcher que cette doctrine ne soit hérétique et pleine d'impiété.

On ne peut pas nier que cette conséquence ne soit manifeste. Car la première proposition, que l'on ne peut pas être sauve sans la véritable foi, ne peut recevoir de doute: et pour montrer évidemment la vérité de la seconde proposition, il n'y a qu'à considérer quelle est l'essence et la nature de la foi.

L'on doit demeurer d'accord que toute foi divine, nécessaire pour le salut, quelque nom qu'on veuille lui donner, soit implicite, soit explicite, soit voilée, soit développée, doit a voir son fondement sur la révélation de la première vérité, sur la parole de Dieu, sur une lumière divine dont le Saint-Esprit éclaire nos âmes, et non point sur les raisonnements humains, ni sur la doctrine des philosophes, ni sur la lumière de la raison. Cette vérité est si constante, qu'elle ne peut être contestée que par ceux qui auraient entrepris de ruiner les plus indubitables maximes de notre religion. Ainsi la certitude de la véritable foi, qui ne peut jamais être fausse, n'est fondée que sur ce principe, qu'elle vient de la révélalion de Dieu qui est la vérité même, comme

dit fort bien saint 1 homas (1) ; au lieu qu'il n'y a point de raison qui pût l 'empêcher d'être susceptible d'erreur, si elle était appuyée sur l'esprit de l'homme, plein de ténèbres et d'aï euglement.

11 faut de plus remarquer, qu'il n'y ■ point de meilleure règle, pour bien juger de la uature d'une chose, que sa définition. Or la définition de la foi que saint Paul nous a donnée, nous apprend que toutes les connaissances que nouspouvons avoir parla lumière naturelle de la raison, n'ont rien de commun avec elle. Car la foi, dit ce saint apôtre, est le fondement des choses que l'on espère, et une preuve certaine de ce qui ne se voit pas. Est autem fides sperandurum sub-turtiiu rerum, argumentumnonapparentium ' Hebr.W).

Et c'est ce qui marque évidemment la différence essentielle de la foi et de toutes les autres connaissances qui se peuvent acquérir par le discours et la lumière de la raison, en ce que les surpassant toutes en certitude elle demeure néanmoins dans une sainte obscurité, soit qu'on regarde la possession des choses qu'elle ne nous rend présentes qu'en espérance, soit qu'on regarde la vue de ces mêmes choses qu'elle ne rend jamais claires et visibles : au lieu que les autres connaissances n'ont de certitude qu'autant qu'elles ont de rlarté et d'évidence.

Ils'ensuitdelàqu'ilestindubitablc que connaître Dieu par la lumière naturelle de l'esprit, ce n'est point avoir aucune foi, soit implicite soit explicite. Or, il est certain que les philosophes profanes, et tout ce nombre infini de païens que l'on prétendrait introduire dans le ciel, n'ont eu de connaissance de Dieu que par la lumière de la raison, et par conséquent ce serait vouloir les sauver sans aucune foi : le nom de foi implicite, dont on voudrait pallier celle erreur, n'étant qu'un songe et une chimère.

Comment, en effet, peut-on s'imaginer qu'un Américain, par exemple, qui n'avait jamais entendu parler de la véritable religion, il y a deux cents ans, aurait alors e\ rté les peines éternelles en vivant moralement bien, et eu ressemblant à ces bons païens dont on a parlé, qui, se laissant guider par la lumière naturelle de leur raison, adoraient un seul créateur de toutes choses, et rivaient sans idolâtrie. Car il est visible que quand on attribue celle adoration d'nn seul Dieu, créateur de toutes choses, soit à ces Américains, soit à ces prétendus bons païens, on veut les sauver par la conduite de la seule lumière naturelle de leur raison, et non pas par une véritable foi : et de s'imaginer que la miséricorde de Dieu doit s'étendre sur ceux d'entre eux qui ont eu leur raison pour guide de leurs actions, et parcelle raison une loi implicite de Jésus-Christ noire Sauvenr, léserait se jouer en quelque manière d'une des plus importantes vérités de notre religion,

(I) 2. 2. q. 1. art. 1. in corp. In flile si considercmus tormaleai rationeno objecli . nibil e-i aliudqaam veritas prima : nonenim fides asscniiialicui atsiquia

est a Deo revclaimu : undc ipsi veriuii divinx lidcs mtiiur ttttfUm medio.

NÉCESSITÉ DE LA 10i EiN J.-C.

par cette fausse couverture de foi implicite, quand on n'entend par là que cette connaissance de Dieu que les païens avaient acquise par la raison, qui n'est pas moins différente de la foi divine, nécessaire pour le salut, que la nature l'est de la grâce.

Ainsi que l'on s'imagine tant que l'on voudra, qu'il peut y avoir encore maintenant des hommes qui vivent règlement et vertueusement, dans la loi de nature, et dans cette rectitude morale qui se porte, par la seule lumière de la raison, à reconnaître un seul Dieu, auteur de toutes choses, comme l'ont fait autrefois ces anciens philosophes; la vérité étant toute-puissante, elle paraîtra toujours au travers de tous les déguisements de l'esprit humain, et ce ne sera autre chose que de vouloir éblouir les yeux des simples par le voile d'une prétendue foi implicite. Mais c'est une impiété visible et palpable, et par conséquent facile à éviter, que de soutenir qu'il n'a fallu autre chose pour sauver toutes sortes de païens et de philosophes, sinon qu'ils se soient portés, par la seule lumière de la raison, a reconnaître un seul Dieu auteur de toutes choses. Car c'est proprement à quoi on réduit cette prétendue foi implicite des inûdèles, mais qui ne peut point être substituée, ni passer pour celte foi divine que l'Ecriture sainte nous apprend être absolument nécessaire pour le salut, de quelque nom qu'on l'appelle, soit implicite, soit explicite, et ce serait une hérésie manifeste que de le soutenir.

C'est aussi ce dont on sera convaincu, si l'on fait attention que toute foi doit élrc fondée sur l'autorité. Or la connaissance que les païens ont eue de la providence de Dieu, n'était fondée que sur la raison, comme on en doit convenir : et ainsi elle ne pouvait être qu'une simple science, et non point une véritable foi, puisqu'elle manquait de trois conditions essentielles à la vraie foi: 1° Parce qu'elle venait delalumière de la raison et non de la révélation divine; 2° parce qu'elle était claire et non obscure; 3° parce qu'elle était naturelle en sa substance, ne procédant que du seul esprit humain et non d'aucun principe divin cl surnaturel: et il est certain que les deux premières (Conditions, sans la troisième, ne suffisent pas pour établir une véritable foi. C'est ce que l'on peut voir dans les hérétiques qui croient l'Incarnation et la Trinité : car la connaissance qu'ils ont de ces mystères, quoique; fondée sur la prédication de la parole de Dieu et couverte d'obscurité, ne peut pas néanmoins véritablement être appelée une foi divine, parce qu'elle ne procède pas d'un principe surnaturel de la grâce de Dieu.

Il est donc évident que l'on ne doit pas entreprendre de vouloir sauver ces païens et ces philosophes par une foi toute païenne,

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