II
par une foi de déistes, et sans l'aide d'aucune autre religion, que celle de gens que l'on voudrait établir dans cette rectitude morale, et dans cette reconnaissance naturelle d'un premier être et d'une première cause.
Il serait même à craindre que l'on ne voulût donner le nom de foi à cette connaissance de Dieu, par la seule lumière de la raison, que pour s'accommoder aux oreilles des infidèles que l'on ne voudrait pas offenser de peur de troubler le gouvernement public; et que l'on voudrait, par ce moyen, présenter ou établir une occasion légitime de vivre dans l'usage et l'exercice public de toutes sortes de religions des royaumes et des états où l'on se trouve, et même de l'idolâtrie.
Il est cependant si véritable que ce nom de foi n'est qu'un pur déguisement, que l'on remarque dans quelques auteurs de ce siècle qu'ils n'ont point fait de difficulté de mettre au rang des saints Socrate et quelques autres philosophes païens, qui n'ont certainement jamais eu de connaissance, ni par révélation, ni par tradition, qu'il dût y avoir un Messie, libérateur du genre humain. Tout ce qu'ils ont eu de connaissance de Dieu et delà religion, est ce que les faibles lumières de la raison leur en ont pu apprendre : la foi n'y a point eu de part; ils n'ont pu sans elle parvenir à la vie éternelle , puisqu'il est constant, comme on l'a déjà vu, qu'on ne saurait l'obtenir sans la véritable foi divine, qui est un don de Dieu ; et que ce serait vouloir se jouer du terme de foi que de l'attribuer à tous ces païens ; comme ce serait une impiété que de prétendre qu'il n'est point absolument nécessaire d'être fidèle pour être sauvé, et qu'il suffit pour cela de vivre moralement bien. Que Dieu a pu faire miséricorde à plusieurs de ces hommes vertueux, par une grâce extraordinaire qu'il accorde à ceux qui vivent moralement bien , encore qu'ils n'aient pas été du nombre des fidèles. Ce serait sans doute s'aveugler soi-même qu<; de vouloir faire passer pour bonnes, ou du moins pour indifférentes de si pernicieuses maximes, et les pallier autant qu'on peut : ce serait en rendre le venin d'autant plus subtil et plus pénétrant.
Il faut doncavouer que ce serait une étrange entreprise que celle de vouloir ouvrir le paradis à un nombre infini de philosophes et de païens que l'on croirait avoir vécu moralement bien, quoiqu'ils ne fussent pas du nombre des fidèles : c'est même ce qui pourrait porter jusqu'à s'imaginer que l'idolâtrie, même n'est pas capable de les en exclure ; car tous ces philosophes et tous ces païens ont été en effet idolâtres.
11 ne servirait de rien de dire que c'était la crainte des lois politiques qui les obligeait de s'accommoder au culte établi de leur temps; que c'était par police, et pour ne point troubler le gouvernement public par l'introduction d'un nouveau cube; que ce n'était que parce qu'on ne les eût pas soufferts s'ils eussent témoigné qu'ils avaient une religion à pari : il B'enSUÙ rail aussi de là quo
GÉLIQUE.
l'on pourrait dire qu'ils ont pu même rendre beaucoup d'honneur à Dieu par ces bosties qu'ils immolaient aux divinités païennes, le
faisant par une pure reconnaissance de la puissance d'un seul Dieu qu'ils adoraient sons dés noms différents ; et qu'ainsi, en sacrifiant aux. démons, Dieu recevait leur? offrandes.
Il .-,i certain que si ces abominations souffraient, ce serait le r< nversement entier de la religion : car on pourrait conclure évidemment de tous ces taux principes, que c'est un zèle indiscret qui a fait résoudre des millions de martyrs à souffrir les plus cruels et les plus horribles tourments, plutôt que de brûler un peu d'encens devant l'autel d'une divinité païenne, s'il était possible qu'ils pouvaient l'adorer sans intéresser leur conscience, en la regardant comme quelqu'une des puissances de Dieu. Ce sont là des impiétés si étranges d'elles-mêmes, qu'il n'est point besoin d'employer des paroles pour les faire avoir en horreur à tous les véritables chrétiens; "l il suffit d'avoir montré que la foi implicite, (elle que nous l'avons expliquée, réduite à la simple connaissance de Dieu et de sa providence par les seules lumières de la nature, n'est qu'un déguisement et une pure chimère.