‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 5 sur 305 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

MINISTRES

Sire ,

La connaissance que nous avons de la dé— bonnaircté de votre naturel nous fait espérer que vous nous oyrez en nos justes plaintes ; et que pour juger d'une cause importante , vous ne vous contenterez point d'ouïr l'accusation. Joint que la grandeur de votre courage, et la vigueur de votre esprit qui n'a point attendu le temps, et qui surpasse votre âge, et dont Dieu s'est déjà servi pour rendre la paix à la France, remplit vos sujets d'espérance de voir sous votre empire la paix et la piété (lorir, et la justice être maintenue.

RÉPONSE

On voit par expérience aux premières lignes de votre écrit ce qui se remarque en divers endroits des histoires anciennes , que c'est chose ordinaire aux dévoyés de la foi (Arius in epist. ad Constantin, apud Sozom. lib.M.c.'UG.Nestoriani, tom. III. Concii ' E plies. c, 18), de charnier les oreilles des princes par belles paroles , pour pouvoir plus aisément taire glisser et imprimer en leurs esprits les opinions qu'ils professent. Vous louez sa majesté, pensant, sous la douceur d'une vérité, faire couler ce qu'il y a de mauvais en votre créance, et cacher sous de belles apparences le serpent qui tue les âmes , comme cette Egyptienne cachait sous les ligues l'aspic qui lui donna la mort. Les qualités que vous attribuez au roi lui conviennent véritablement, aussi n'ai-je rien à faire sur ce sujet que d'approuver les louanges que vous lui donnez et les augmenter tout ensemble , chacun connaissant non seulement la force de son esprit , la grandeur de son courage, mais en Outre la solidité de son jugement, la bonté de son naturel , sa piété envers son peuple , et son zèle envers sa religion. A la vérité qui serait rigoureux, considérant que Henri VIII, roi d'Angleterre, que vous estimez fort, ne peut supporter les louanges que Luther qu'il

condamne d'hérésie lui donne (Respons. ad Epist. Luth.) : on pourrait proposer à sa majesté de vous imposer silence , ou au moins de boucher ses oreilles à ce qu'avec vérité vous dites à son avantage. Mais je ne ferai ni l'un ni l'autre, le désir passionné et l'espérance que j'ai de votre conversion m'obligent a vous traiter plus doucement : il me suffit de lui découvrir vos artifices qui consistent a penser lui plaire en toutes choses , pour lui plaire en ce point, et c'est où j'en demeure, vous louant de la louange que vous lui donnez selon votre devoir, tout sujet étant obligé d'avoir son roi bien en sa bouche et en son cœur (lj.

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