CHAPITRE IL
MINISTRES
Vous avez , Sire, en votre royaume plusieurs millions de personnes faisant profession de la religion chrétienne ancienne, et telle que Jésus- Christ l'a instituée, et que les apôtres l'ont publiée et rédigée par écrit: lesquels pour cette cause ont souffert des horribles persécutions: lesquelles toutefois ne les ont jamais empêchés qu'ils n'aient toujours été fidèles à leur prince souverain, et qu'aux nécessités du royaume, ils ne soient accourus à la défense de ces rois mêmes qui les avaient persécutés. Ce sont eux, Sire , qui ont servi de refuge au roi Henri le Grand votre père, de très-glorieuse mémoire, durant ses afflictions, et qui, sous sa conduite et pour sa défense ont donné des batailles, et qui, au péril de leur vie et de leurs biens, l'ont porté à la pointe de l'épée au royaume, malgré 1rs ennemis de l'état. Desquels travaux, pertes, dangers, d'autres qu'eux en cueillent le salaire. Car le fruit que nous en recevons est, que nous sommes contraints d'aller servir Dieu bien loin des villes. Que l'entrée aux états nous est rendue pour la plupart impossible ou pleine de difficulté. Que nos enfants nouveau-nés qu'on
(1) U n'est rien dit en ce chapitre de ce que les Ministres convienl le Roy à juger de leur cause, parce qu'on y répond par après au.Ui. treizième.
jS DEMONSTRATION
port» bien loin ou baptême tonl expotéi à In rigueur du temps, dont plusieursen meurent , ,i que leur instruction nous est empêché». Et, ce qui nous est le plus grief, est que notre i liglon est diffamée et noircie de calomnies m votre, présence , sans quil nous soi/ p rmi» devons purger d» ces blâmes en présence de votre Majesté.
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C'esl la coutume de ceux qui sont entachés de l'erreur, de se vanter plus de ce qu'ils ont
le moins, s'en vanter avec paroles avantageuses, qui leur sont ordinaires, tomme remarque saint Jérôme {S. Hieron, in Oseœ cap. 10. Spumantibus verbis tument). C'esl véritablement ce quç vous faites^, nombrant vos sectateurs en France par millions, quoiqu'ils soient réduits à bien moindre nonibre. En cela imitantlesdonatistesqui, quoiqu'en petit nombre, réduits aux termes d une partie de l'Afrique et encore petite, se prévalaient de la multitude de leurs sectateurs, vous usez d'une ruse, mais bien aisée à découvrir : vous voyèi que l'Ecriture et tous les pères rendent l'Eglise catholique légitime épouse de Jésus-Christ, plus féconde qu'aucune adultère ( S. Hieron)}. contr. Lucif. ) : pour cet < vous vous attribuez beaucoup de frères, mais en vain, étant clair aux aveugles mêmes que le nombre des vôtres n'est non plus considérable , au respect des autres sujets du roi , que celui de tous ceux qui professent votre créance au monde , eu égard à ceux qui en toute la chrétienté vivent sous les lois de l'Eglise romaine. Qu'il soit ainsi , il m'est aisé d'en rendre preuve par le même argument dont saint Augustin se sert contre les donatistes pour l'Eglise universelle (5. August. c, 3. deunit.Eccl.etlib.demst. c. 18); me suffisant de faire voir que votre créance n'a point de lieu en plusieurs villes et lieux de ce royaume où est l'Eglise catholique, et que l'Eglise catholique se trouve en tous les lieux ou 1 ou professe votre religion. Au reste quand il serait vrai que vous pourriez vous compter par millions, que vous seriez épandus par toute la France , vous n'auriez pas grand avantage. Saint Augustin vous comparant, a juste titre, à la fumée qui s'évanouit d'autant plus tôt que plus elle est grande et épanduc (S. August, Serin. 11. in Ps. 30).
De la multitude de vos frères vous passez à l'ancienneté de votre religion, la professant chrétienne et telle que Jésus-Christ Va instituée et que les apôtres l'ont publiée et rédigée par écrit, sur quoi je ferai quatre remarques.
Je dis premièrement ou que vous voulez dire que vous avez l'ancienne doctrine de l'Eglise, quoique reçue de nouveau, ou que vous l'avez eue de tout temps, l'ayant toujours conservée par une succession non interrompue. Si le premier, quoiqu'il soi! faux, supposé qu'on vous l'accorde, il vous est inutile, l'ancienne et vraie doctrine ne suffisant pas à salut si on n'a l'Eglise, qu'on ne peut avoir si on n'a toujours eu la vraie doctrine. Si le second, quand vous aurez bien travaillé pour prouver yolre dire, vous ne tirerez autre fruit
<le vos travaux, que Je la ire voir votre antiquité bornée du terme d'un siècle, au lieu que celle de l'Eglise de Jésus-Christ en a seize
sur la (été. 11 est vrai que votre religion est ancienne en certain sens . puisque, conu nous verrons ci-après, elle est composée de diverses hérésies condamnées en la primitive Eglise , même du temps des apôtres : mais vous ne pomez lui donner ce litre d'ancienne, pour que le corps de votre créance, toute la substance de votre foi ait été «rue de loi I temps : étant clair que l'article de la justification par votre foi spéciale, qui est de l'âme de votre religion, était inconnu devant le siècle où nous vivons : j'ajoute ce mot spéciale, parce que bien qu'Eunomius et autre-, plus anciens hérétiques aient dilgue/'J justifié par la seule foi [Ajntd s. Aug, har. Et lib. de fd. et oper. c. IU, parlant de la loi dogmatique, nul devant Luther n'a esti celte foi ju< Liûantc consister en l'appréhension spéciale (pue chaque fidèle fait de la justice de Jésus-Christ, qu'il s'applique par la créance qu'il a d'être justifié. Au reste ne pouvant nommer personne qui devant Luther ail professé votre créance tout entière , et ce grand prophète de votre loi se vantant en termes exprès d'avoir été le premier et qui Dieu ad gné révéler ce qu'il prêche (i), reconnaîssi ni en outre clairement la façon de servir et honorer Dieu par la messe ancienne et enracinée (2), la sienne au contraire, nouvelle et ■inaccoutumée; disant davantage que Dieu en son temps a allumé de nouveau lu lumière i» l'Evangile, que sans lui on n'en eétt pas oui u iota (3). De plus Calvin assurant que c'esl lui gui a commencé éi prendre en main la cause de l'Evangile (ïj, que c'esl lepran'ur Qui a i (ré le chemin aux autres , qui pourra dire que votre religion ait plus de cent ans d'antiquité ?• Nul ne l'osera pensera mon avis, principalement s'il jette les \ eux sur ce qu'en dit un de vos confrères, contemporain de Luther, secrétaire de l'électeur de Saxe, le premier de ses fauteurs, une telle confession n'a jamais été faite non seulement depuis mille ans, mais même depuis la création du monde, et on ne trouve en aucune histoire, en aucun père , en aucun auteur une telle confession (5).
iz dis en second lieu qu'imitant Luther qui ôle le mol de catholique du symbole . VOUS ne l'attribuez pas en Cet endroit à votre religion, reconnaissant en vôtre conscience que ce nom de catholique, nom de si grand poids
(l)Luili. loin. vu. primiis biieui Deus eaqasvobia pnedicala sunt revelare dignattts csi.
i.1. 1. uth. loin. n. in formula Missae ait , nos rauonero colcndi Deum per naissain fui-sc veterem ci inolitani, suam vero recenlem ci insoelam.
(3) Luih. loin, u :i<1 prinepï. Bohem. Pons bac lempore lucem Sui Evàngeliï riirs iluLuth.
loin. v. in cap. 15. I. ad Cnr< ibsqae sua opéra nullmn verbum, ne ioia quideiii de Evangelio fui-sel au- (liuini.
, ii Calv. in % detens. contr. Westpnal. ail de I.u- Ihero quodeausam Eyangeuï agere èœperit, ci vi.un primas demonslraverit.
■ Spàlat. in rclal.
fuiKlain. c. 4.
confess. Aug., Coni.
DES PRINCIPAUX POINTS DE LA FOI
qu'il a tenusaint Augustin en l'Eglise, ne vous appartient en aucune façon : non en tant qu'il désigne do toutes les sociétés chrétiennes celle quia la plus grande multitude, commej'ai déjà montré ; non aussi en tant qu'il signifie universalité et diffusion, soi tau respect des temps, soit au respect des lieux, étantclairelque vous ne tirez pas votre origine de Jésus-Christ et des apôtres par une suite non interrompue de vos prédécesseurs, qui aient subsisté en tout temps, et que vous êtes réduits en des termes si étroits qu'on ne vous peut direépandus en la plus grande partie du monde.
Je dis en troisième lieu, que n'étant pas Catholiques vous ne pouvez être dits Chrétiens si les pères en sont crus, puisque S. Pacian (1) dit que le nom de Catholique est le surnom des Chrétiens, et S. Cyrille (2), le propre nom de la sainte Eglise de Jésus- Chrisl. Vous ne pouvez véritablement être dits Chrétiens, puisque, comme nous montrerons, votre créance est hérétique, et partant du tout opposée à la Religion chrétienne , qui ne peut être telle : à raison de quoi (3) Tcrtullien (4), S. Cyprien (5), S. Athanase (6) , S. Augustin et autres disent que l'hérétique ne peut être dit Chrétien.
Je remarque en quatrième lien, que mal à propos soutenez-vous votre Religion instituée de Jésus-Christ , publiée et rédigée par écrie des apôtres, puisqu'étant hérétique , comme j'ai déjà dit et qu'il paraîtra au seizième chapitre de ce livre , clic est contraire à l'institution de Jésus-Christ, et que contredisant manifestement l'Ecriture en divers points comme je justifierai présentement, s'il vous est aisé de dire qu'elle est conforme à ce que les apôtres ont laissé par écrit, il vous est impossible de le vérifier et d'empêcher qu'on ne reconnaisse le contraire.
1. L'Ecriture dit que (7) l'homme n'est pas justifié par la foi seulement; vous dites qu'il(8) est justifié par la seule foi, ce qui ne se trouv en aucun lieu des saintes Lettres, ne contrciiiles-vous pas i'Ecrilure?Vous le faites si ouvertement en ce point, que Luther, ne pouvant accorder le lieu de S. Jacques avec ce qu'il enseigne, dit que ce grand apôtre radote.