CHAPITRE iX
Que l'humilité nécessaire pour participer à la grâce d'un Dieu humilié, contenant parties, et regardant également h à effacer, et les péchés à éviter, les / n'ont point obtenu, fuite de cet esprit d'humilité, la rémission de leurs péchés, ni par conséquent le salut éternel.
Ce qui vient d'être établi dans le chapitre précédent, ainsi supposé, i! faut remarquer que l'humilité nécessaire pour participer à la grâce d'un Dieu humilié contient d parties, et regarde également la vieille et la nouvelle vie, les péchés à effacer et les | chés à éviter, le dépouillement du vieil homme et le revêlement du nouveau, la destruction du vice et l'établissement de la vertu.
Or pour le premier point qui concerné 1 i rémission des péchés , personne ne la peut obtenir par Jésus-Christ, qu'il n'entre premièrement dans les sentiments que ses crimes l'ont rendu l'objet de la colère de Dieu . qu'il est accablé sous le poids de que.de lui-même il lui est impossible de s'en relever, et qu'il puisse jamais par aucun moyen se réconcilier avec le Dieu qu'il n offensé, ni détourner de dessus sa tête l'i vengeresse de la juâtice divine: qu'ainsi de quelque côté qu'il se tourne , il ne trouve que des sujets de desespoir, jusqu'à ce que la foi vienne à l'éclairer et lui fasse jeter les yeux sur un Dieu qui s'est fait homme pour la rédemption des hommes, qui s chargé de leurs offenses et de leurs crimes pour les noyer dans son sang, qui étant l'innocence même, a voulu recevoir sur loi les effets de la colère de son Père pour en décharger les coupables, qui s'est offert en hostie de propitiation I . 1 pour pa-
cifier toutes chos ÎS d ns le < i«'l et sur la terre; et qui enfin, pour détruire toutes nos craintes et QOUS donner une sainte confiance. pour nous présenter devant le trône de la majesté de Dieu, nous a voulu faire ^ir en une même personne, comme dit saint Fui-
NÉCESSITÉ DE LA FOI EN J-C
gcnce (i), le prêtre et le sacrifice, le Dieu et le temple : le prêtre qui nous a réconciliés, le sacrifice par lequel nous sommes réconciliés, le temple dans lequel nous sommes réconciliés et le Dieu avec lequel nous sommes réconciliés.
Il s'ensuit de là évidemment, qu'il ny a que cette foi , que cette vue d'un Dieu crucifié pour nous, de cet adorable agneau qui a porté sur lui les péchés du monde, qui puisse apaiser les troubles de notre conscience, et nous faire espérer qu'encore que nos péchés nous aient rendus indignes de nous présenter jamais devant la face de Dieu, si néanmoins nous le faisons par l'entremise de ce médiateur, il nous regardera en pitié, il oubliera toutes nos fautes en considération de ce Fils bien-aimé, qui a voulu prendre en main notre cause, qui est mort , qui est ressuscité, qui est assis à la droite du Père etqui intercède pour nous.
Voila sans doute la doctrine de l'Evangile et celle de toule l'Ecriture sainte. Les apôtres ne nous en ont point enseigné d'autre, et leurs Epîtres sont remplies de cette science divine. Saint Paul nous y assure partout, que c'est par Jésus-Christ, par la foi en son nom, par la foi en son sang, par la foi en sa résurrection, que nous sommes justifiés, que nous sommes réconciliés, que nous avons accès vers le Père, que nous recevons la rémission de nos péchés, que nous sommes délivrés de la colère de Dieu, et que nous sommes faits ses enfants.
Saint Pierre nous assure que tous les prophètes rendent témoignage à celte vérité, et nous confirment dans cette créance divine, que la rémission des péchés ne se peut obtenir que par Jésus-Christ, et ne se peut obtenir par Jésus-Christ, qu'en croyant en Jésus- Christ : Iluic omnes prophetœ testimonium perhibent remissionem acciperc pemomen ejus omnes qui credunt in eum. (Actor., cap. 10).
Mais c'est ce que saint Paul nous a encore voulu marquer plus fortement, lorsqu'il nous enseigne que nous sommes justifies gratuitement par la grâce de Dieu, par la rédemption qui est en Jésus-Christ, que Dieu a proposé pour être la propilialion, non pas en le faisant simplement mourir pour nous, comme si cette mort suffisait pour nous racheter, sans que nous en eussions aucune connaissance! mais par la foi en son sang : Per fidein in sanguine ipsius ( Roman., 111). C'est cette foi qui nous est réputée à justice, selon le même Apôtre, sans que les meilleures œuvres du monde faites sans elle y puissent contribuer : Ei autem qui non operatur, credenti aulem in eum, qui justifient impium, reputatur fides ejus adjùstitiam. (Ibid., IV).
C'est aussi ce qui fait conclure de là à saint Thomas, qu'il ne peut y avoir de justification dans les adultes sans un mouvement de foi et d'amour, et que ce mouvement de foi ne pouvant avoir pour objet tous
(I) Libro 1. ad TrasimtiQd. de Mysterio medicaloris. Ipso sacerdoj ci viclima, unaa idemque ci oblator itiuiierio, cl munua taclusest oblaiorit.
les articles de notre religion, doit au moins nous porter vers celui qui nous apprend que c'est Dieu qui justifie le pécheur par le myslèrcde Jésus-Christ : Sicut Aposlolus dicit, credenliin eum qui justifient impium, reputabilur fides ejus ad juslitiam secundum proposition gratiœ Dei ; ex qua palet quod adjuslificationem impii requiritur actusfidei, quantum ad hoc quod homo credat Deum esse justificatorem hominum per mysterium Christi (1. 2. Quœst. 103. art. 4. ad 3).
C'est aussi ce qui montre aux plus aveugles que l'on ne saurait renverser cette doctrine sans renverser en même temps la religion chrétienne: etc'estee que le dernier concile (1) œcuménique nous assure être aussi, ce que l'Eglise nous oblige de croire touchant la justification. Car il déclare que tous les hommes étant tombés par le péché d'Adam dans la servitude du diable, de la mort et du péché, sans que les Gentils par la force de la nature, ni les Juifs par celle de la loi , se pussent relever de ce misérable état , Dieu a envoyé dans le monde son fils unique Notre Seigneur Jésus-Christ, qu'il avait révélé et promis à plusieurs saints pères, devant et durant la loi, afin qu'il rachetât les Juifs qui étaient sous la loi, et que les Gentils qui ne se mettaient point en peine d'être justes devinssentjustes. C'est ce qui nous fait clairement connaître qu'avant celte bienheureuse plénitude des temps, dans laquelle Dieu a envoyé son Fils, il n'y avait de sauvés que ce nombre de justes à qui Dieu l'avait révélé et promis, tous les autres, tant Juifs que Gentils, demeurant sous la tyrannie du diable cl du péché. C'est ce qui fait aussi que le concile dit au même lieu, pour nous marquer l'unique moyen dont Dieu rachète les hommes par Jésus-Christ, (2) que c'est lui que Dieu nous a proposé pourréconcilialeur par la foi eu son sang : cl c'est ce que le concile fait voir encore dans le chapitre troisième; en disant que (3) quoique Jésus- Christ soit mort pour tous les hommes, tous ne reçoivent pas néanmoins le bienfait de sa mort ; mais ceux-là seulement à qui le mérite de sa passion est communiqué. Et que, comme nous ne sommes pécheurs par Adum qu'en naissant de lui, nous ne sommes aussi
(1) Concil. Tiid. sess. G. de Jusli/icut. cap. 1. Cum omnes domines in prœvaricalione Adse innocentiain
perdidissent iisque adeo servi eranl peccali
cl sut) polcstate diaboli ac munis, ul non modo (lenics per vim nalurœ, sed ne Jud;ei quidem per ipsam eiiam lilieram legis Moysi inde liberari aut snrgere possent. Ibid. cap. 2. Quo faclum esi ni ... . Dens fi 1 i 1 1 m suiini cl aille legem el legis Icinpore ninllis sanciis pairibus Ueclaratuni ac promissum , cm» venit bcaia illa plenitudo lemporis ad domines miseril , ni el Judxos qui sublege .eranl icdimeret, ei génies quai non seclabanlur juslitiam justifiant appréhendèrent.
(2) Ibid. llunc proposait Oeus propilialorem per fidem in sanguine ipsius.
(5) Ibid. cap. t. Ëtsi ille pro omnibus morluus esl, ' non omîtes lamcu uiortia ejus betieiicium recipiunt,8ed illi il n ni. ix ;il qui lins miri Unn p:issionis ejus connu unio.ilur, nain sicul rêvera liomines nisiex géminé Ad.»: propagali ilascerenwr, non nascoretitùr injusli... iia nisi m Cnrisio renascereulur , nunquain jQsiiflcaarontur.
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justifiés par Jésus-Christ, qu'on renaissant > en Jésus-Christ.
[1 ajoute tlaiis le chapitre quatrième (1), que l'on peut déflnir la justification, le passage dans lequel l'homme, lils <lu premier Adam, naii à l'état de grâce et d'adoption des enfants de Dieu par le second Adam qui est Jésus-Christ notre Sauveur; et que c est ce qui ne se peut faire, depuis la publication de l'Evangile, que par Le baptême en effet on en désir. Enfin il détermine , dans le chapitre cinquième (2), que cette justification ne Be * peut obtenir que par des dispositions précédentes, que la grâce de Dieu forme dans le cœur de l'homme. Et il explique dans le chapitre sixième, quelles doivent cire les dispositions nécessaires pour être remis en grâce avec Dieu.
Mais le concile explique ces dispositions avec des termes si puissants et si formellement opposés à la doctrine contraire et à toutes les erreurs que l'on pourrait avancer sur ce sujet, qu'il ne faut que les rapporter en la manière que le Saint-Esprit les a inspirées pour en être convaincu: (3) Disponunlur ad ipsam justitiamdum excitati divina gratta et aajuti, [idem ex auditu concipientes libère moventur in Dentn, credentes vera esse quœ divinitus révélât a et promissa sunt, atque illud imprimis a Deojustiftcari impiumper gratiam cjus per redemptionem quœ est in Christo Jesu, et dam peccalores se esse intelligentes adivinœ justifia; timoré quo utiliter concutiunlur ad con— siderandam Dei misericordiam se convertendo in spem eriguntur, fidentes Deumsibi propler Çhristum propitium fore , illumque tauquam omnis justitiœ fontem diligere incipiunt, etc. Les hommes, dit ce concile, sont disposés à la justification , lorsque prévenus et aidés de la grâce de Dim , et recevant la loi par l'ouïe ils se portent à Dieu par le mouvement libre, de leur volonté, en croyant comme vérités infaillibles, toutes les choses qu'il a révélées, et toutes les promesses qu'il a faites , et particulièrement que le pécheur est justifié par la grâce, par la rédemption qui est en Jésus- Christ; et lorsque se reconnaissant coupable, il a passé de la crainte de la justice divine', qui lui donne une frayeur salutaire, à la considération de la miséricorde de Dieu, et relevant leur espérance par la confiance qu'ils ont que J)ieu leur sera propice par Jésus-Christ, ils commencent à l'aimer connue source de toute justice.
11 est certain que l'on peut considérer ces paroles, comme autant d'oracles pour détruire de fond en comble la doctrine de ceux
(1) lbhl. cap. 4. Quibns verbis jiistifienlionis impii descripUo insinuatur . ut sii iranslatio ;il> co slalu in (|uo homo nascitur filins primi Adœ in Btalum gratis .i adoplionis Ûliorom Dei per secundum Adam Jesiun Çhristum Balvatorem noslrurn , qnae quidem Lranslalio post Ëvangelium promolgalom sine lavacro regenerationis aut ejUB volo fieri non polesi.
(2) Ibid. cap. 5. Declnr.it justificationis exordiam in aaullis a Dco per Çhristum pneveniente gratis BUinendum esse.
(3) Concil, Trid, sess, 6. De justifie, cap. G.