‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 52 sur 305 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Que les païens, faute de cet esprit d'humilité qui est inséparable de la vraie foi en Jésus- Christ , n'ont point évité le péché.

Ce n'est pas assez d'avoir fait voir que faute d'humilité les païens n'ont point obtenu la rémission de leurs péchés, il faut encore montrer que par la même raison ils n'ont point évité le péché, ni marché par conséquent dans la voie de la justice pour arriver au salut. Car comme saint Paul nous oblige de considérer davantage ce que nous devons être à l'avenir, que ce que nous avons été par le passé , il faut nécessairement entrer pour cela -dans la seconde partie de l'humilité, qui regarde la vie nouvelle- Et ainsi il faut reconnaître sincèrement que pour faire le bien , l'assistance continuelle de la grâce de Jésus-Christ nous estnécessaire; que nous ne saurions faire aucun pas dans les voies de Dieu, qu'autant que son esprit nous y conduit; que nous n'avons de nous-mêmes que mensonge et péché , et qu'étant abandonnés à nos propres forces , il n'y a point de crimes que nous ne soyons capables de commettre; et enfin que tout ce que Dieu voit en nous comme de nous , ne mérite rien , et que couronnant nos mérites , il ne couronne que ses dons.

C'est aussi ce que le concile de Trente a voulu toucher en un mot (1), lorsqu'il met entre les dispositions nécessaires pour être justifié, de commencer à aimer Dieu, comme source de toute justice, c'est-à-dire comme celui qui a seul le pouvoir de nous rendre justes , de pécheurs que nous étions , et de nous faire vivre ensuite de la vie des justes.

Mais sans s 'arrêter à expliquer une infinité de témoignages de l'Ecriture sainte et de la tradition, ce que l'on pourra faire ailleurs, la seule opposition que saint Paul mol entre la loi des œuvres et la loi de la foi est plus que suffisante pour confirmer cette vérité, et faire voir aux plus aveugles, qu'on ne peut être justifié par Jésus-Christ, sans se dépouiller de cet orgueil commun à tous les philosophes païens, qui nous persuade que la bonne vie ne dépend que de notre volonté, et sans reconnaître par un véritable sentiment de cœur, que pour accomplir la loi de Dieu, il faut (pie l'esprit de Dieu nous en donne la puissance : car la loi de la foi , selon saint Paul , n'est autre chose que la foi même qui nous fait obtenir la grâce de faire

(1) Concil. Trid., Sess. 6, capite G. Illiimqua (Deum) tanquani oinnis justili.e fonlein diligere incj, piunt.

DEMONSTRATION E\ W.l.l.lol E.

ce t|ui nous est commandé par là 1 < » ■ Ses œuvres. Par l'une , dit saint Augustin, Di> >ù

nous dit: failcs ce que je vous commande [Libre- de Spiritu et Litterd, cap, 13). Fac guod jubeo ; et par l'autre nous disons à Dieu, donnez-nous le pout oir de Faire ce que nous vous commandez ; Daquodjubes. Ainsi ce que la loi des œuvres nous commande en menaçant, la loi de la foi l'obtient en croyant ( Libro de Spiritu et Litterd, cap. 13) : On </ / i factorum miAando imperat , hoc lex fidei rredendo impetrat.

Orc'estunarliclcde loi établi parsaintPaul, [Per feaem Fidei. Roman. M), que l'on ne peut être justifié devant Dieu que par la loi de la foi , et non pas par la loi des œuvres; et par conséquent on ne peut douter sans ruiner une vérité catholique, que tous ceux qui ne se sont point conduits par cette loi de la foi , c'est-à-dire, qui n'ont point cru être obligés de s'adresser à Dieu par Jésus-Christ avec des prières et des gémissements pour obtenir de sa bonté la grâce d'accomplir ce qu'il nous commande, quelque connaissance de Dieu qu'ils aient eue, quelques vertus morales qu'ils aient possédées , quelques bonnes œuvres apparentes qu'ils aient faites, n'ont en aucune sorte été réputés justes devant Dieu , ni reçus au nombre de ses enfants.

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