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CHAPITRE XII

Que les païens ne sont point entrés dans les sentiments d'une véritable pénitence, ri ayant eu aucune crainte des jugements de Dieu, qui en est inséparable , et le commencement.

Nous savons encore que le premier pas qu'il faut faire ordinairement pour entrer sincèrement dans des sentiments d'une véritable pénitence est la crainte des jugements épouvantables de Dieu, et la frayeur des supplices éternels , que sa juste colère prépare aux méchants. Mais comment cst-il possible que ces philosophes aient été touchés de cette crainte , puisque nous voyons que Ci-

DÉMONSTRATION ÊVANGtLIQI !

céron , le plus célèbre d'entre eux , nous ure dans le livre de ses Offices, <>ù il recherche la cause de l'obligation si étroite que, nous avons d'observer nos jurements, que Dieu ne peut elic toucbé de colère et ne fait jamais de mal à personne?

11 dit même qu'ils s'étaient tous accordés dans celte maxime impie , tant ceux qui niaient la Providence , que ceux qui la léfeml aient. El lorsqu'il examine ce qu'il peut donc y avoir dans le jurement qui le rende si saint et si inviolable, ce grand philosophe, qui a acquis la qualité d'orateur romain par excellence, dit expressément , que ce n'est pus à la crainte de Dieu que l'on doit avoir égard, mais seulement à l'obligation que le jurement exige par lui-même. Car, dit-il, le jurement est une promesse confirmée par un acte de religion. Or il faut accomplir ce qu'on a promis en la présence (le Dieu , comme l'ayant appelé pour être témoin de cette promesse. Il est vrai que ce n'est pas parce qu'on doit craindre sa colère , puisqu'il est incapable d'en avoir contre les parjures; mais parce que la justice et la fidélité nous obligent d'exécuter ce que nous avons promis avec jurement. « Quitl est igitur, dixerit quis in jurejurando ? Num iralum timemtis Jovem? At hoc quidem Commune est omnium philosophorum, non eorum modo qui Deum nihil haberc ipsum negotii dicunt, et nihil exhibere alleri, sed eorum qui Deum semper agere aliquid et moliri volant, nunquam nec irasci Deum, nec nocere. Et voici comme il répond à cette objection : Sed in jure jurando non qui motus, sed quœvissit débet intelligi. Est enimjusjurandum affirmatio religiosa : quod autem affirmate, quasi Deo teste , promiseris , id tenendum est : jam enim non ad iram deorum , quœ nulla est, sed ad justitiam et ad fidein pertinet.

Aussi voyons-nous que Lacfance qui avait entrepris la défense de la véritable religion contre les erreurs du paganisme s'est cru obligé de faire un livre exprès qu'il a intitulé : De la colère de Dieu, où il témoigne que sur ce point tous les philosophes s'étaient partagés en deux bandes. Dans l'une étaient les épicuriens, qui soutenaient que Dieu n'était toucbé ni d'amour pour la vertu, ni de colère contre le vice; mais que, ne prenant aucun soin des choses humaines , il jouissait en repos de son immortalité bienheureuse, ce qui était attribuer à Dieu une honteuse et insensible oisiveté: dans l'autre étaient les stoïciens , qui se persuadaient que Dieu était susceptible d'amour et de faveur, mais non pas de colère; parce, disaient-ils, qu'il est indigne d'une nature si excellente de faire mal à personne. Ainsi, dit Lactance , tous les philosophes sonl d'accord pour ce qui regarde la colère, mais ils sont divisés touchant l'amour. Hi omnes philosophi de ira consentiunt , de gratia discrepant.

Voilà donc, ajoute cet auteur, ce (pie les philosophes ont cru de Dieu. Nul d'eux n'a dit autre chose : Que si nous reconnaissons que ce qu'ils en ont dit est finir, il ne reste qu'un seul moyen pour trouver la vérité, lequel n'a jamais été reçu ni soutenu par les

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