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CHAPITRE XIV

Que ce qui a donné lieu à avancer cette maxime pernicieuse du salut des philosophes païens sans la foi en Jésus-Christ, c'est 1. l'attachement à la lecture des livres de ces philosophes, qui fait que se remplissant de leurs doqmes, on est moins rempli de la doctrine de Jésus-Christ : et 2. l'imagination qu'on a qu'ils ont eu la foi en Jésus-Christ , ce qu'on prouve n'être pas, par l'opposition de leurs sentiments à ceux de la religion chrétienne.

~)ue si maintenant on voulait examiner ce quf a pu donner lieu à avancer ces maximes pernicieuses touchant le salut de ces philosophes païens sans la foi en Jésus-Christ, et contre tant d'oracles de l'Ecriture sainte , il semble que l'on en pourrait trouver deux

causes.

La première est sans doute de ce qu on s set trop attaché à la lecture des livres de ces philosophes; et que peut-être on s'est plus rempli des dogmes de celle philosophie païenne, que de la doctrine de la religion chréiienne. Mais il faut bien prendre garde qu'une des choses que nous devons plus craindre est de considérer la foi au Rédempteur des hommes, comme une simple spéculation, ou comme une connaissance stérile qui n'a aucune influence particulière dans le règlement des mœurs; et qui peut bien accompagner la vertu, mais non pas en être nécessairement la source.

Cependant c'est encore là un des principaux points delà doctrine de saint Paul, lorsqu'il nous apprend à reconnaître que toutes les grâces < e Dieu , toutes les vertus et toutes les actions vertueuses qu'il opère dans les fidèles, ne viennent que de ce principe. Qui crqo tribnit vobis spiritum et opérât ur virilités in vobis : ex operibus legis ? an ex audit u fidci(Galal. III)? Si donc il arrive que l'on ne fasse pas assez d'attention à ce grand principe , on tombera facilement dans le son liment que la foi en Jésus-Christ est inutile pour la bonne vie. Ainsi l'on ne retiendra plus que le nom de foi, et on la confondra avec toute sorte de connaissance de Dieu, et d'une Providence qui veille sur les affaires des hommes.

Certainement ces pensées n'ont garde de tomber dans l'esprit de ceux qui ont appris de l'Ancien et du Nouveau Testament, que le juste vit de la foi : juslus ex fuie vivit [Habac. 11; Roman. I) ; que nous ne pouvons avoir aucune pureté de cœur, que celle que la foi nous donne : Fide purificttns corda eotum (Actor. XV) ; que toute justice qui n'a point son fondement et son origine dans la foi en Jésus-Christ , et qui n'est point obtenue par les prières qu'elle forme dans nous, n'est tout au plus qu'une justice pharisienne , et une justice des œuvres , qui n'est d'aucun prix devant Dieu : Et nos in Christo Jesu

credimus , ut justîficemur ex fide Christi et non ex operibus legis (Galat. II).

II faut donc être persuadé que celte foi ne nous donne pas la connaissance du Rédompteur pour repaître seulement nos esprits par une vainc méditation ; mais afin que nous notis adressions à lui dansune humble reconnaissance de nos misères, et que nous l'invoquions sans cesse , suivant cette promesse de l'Ecriture sainte : Quicumque invocaverit nomen Domini, salvus crit [Roman. X). Ainsi c'est à cette foi que nous devons attribuer toutes nos bonnes œuvres, comme à leur première racine , parce qu'elle en établit le principe et la fin : le principe en nous obtenant de Jésus-Christ cet esprit de grâce et de charité qui seul nous fait accomplir la loi de Dieu , comme dit saint Augustin : Fidcs impetrat spiritum largiorcm, dîffundît spiritus charitatem ,implet chantas legem ( Epislola olim \kk,jam 145); et la fin , en ce que c'est elle qui doit régler notre intention, et nous éclairer de sa lumière, pour porler toutes nos affections et tousnos désirs vers Dieu, et nous apprendre à ne rechercher que sa gloire, et non pas la nôtre dans toutes nos bonnes œuvres : Bonum opus intentio facit , inlentionem fuies dirigit ( August. in Psalm. X\X\;En«rrat. 2).

11 est certain que quiconque sera instruit de ces vérités fondamentales de la religion chrétienne, ne s'avisera pas d'attribuer le salut et la vie éternellement bienheureuse aux philosophes païens, qui n'ont pointeonnu Jésus-Christ, quelque justes et vertueux qu'i's aient paru aux yeux des hommes, puisqu'il seraporsuadé que la plupart de leurs actions n'ont étéqu'impuretédevant Dieu. C'eslce que marque aussi le Fils de Dieu en parlant à ceux qui paraissaient les plus vertueux, les plus savants , et les plus excellents d'entre les Juifs : car il leur déclare que leurs actions qui paraissent si belles aux yeux des hommes, étaient néanmoins abominables aux yeux de Dieu. Vos estis qui justifteatis vos coram hominibus. Deus mit cm novit corda vestra , quia quod alluin est hominibus , ubominalio est apad Deum (Lucœ XVI).

Qui donc après cela pourra attribuer le s:ilut à ces païens , dont le seul défaut de foi les exclut; cl qui ont été semblables à ces fruits de Sodome et de Gomorrhe, dont la beauté extérieure charmait les yeux; mais qui au dedans n'étaient remplis que de cendre, et ne servaient qu'à conserver les restes funestes de la colère de Dieu. Ainsi il ne faut pas se laisser éblouir au faux lustre de leurs actions éclatantes , mais plutôt s'arrêter à l'esprit dont elles étaient animées. Car on verra alors qu'ils n'ont le plus souvent agi que par eux-mêmes et pour eux-mêmes; qu'ils se sont mis à la place de Dieu , et ont vqulu èlre seuls le principe et la fin de leurs bonnes actions ; qu'ils ont considéré la raison comme la régie souveraine de leur devoir, leur volonté co amie la maîtresse absolue des passions et des vices ; et leur grandeur , et l'éclat ce leur vertu morale , comme la fin principale qui la leur Faisait embrasser,

Il ne faut donc pas s'imaginer que Dieu Veuille jamais récompenser ceux qui ne l'ont point servi , et qui n'ont recherché que leur propre satisfaction dans le règlement de leurs mœurs ; et il faut aussi par conséquent retrancher tous ces grands éloges quel'on veut leur donner, en les élevant même jusqu'au Ciel; et les considérer plutôt comme des impies et des victime8 éternelles de la justice de Dieu.

C'est au moins l'idée que nous en donne le saint auteur du livre de la \ rie contemplative (1) ^ et on peut dire (pie ses paroles comprennent tous les fondements de la morale chrétienne sur ce sujet : Nous savons , dit-il, qu encore que tous les infidèles oient fait quelques actions extérieures de vertu, elles leur ont néanmoins été inutiles , parce qu'ils n'ont point cru les avoir reçues de Dieu, cl ne les ont point rapportées à Dieu qui est la fin (liions les biens.

La seconde chose qui peut donner lieu à ces sentiments erronés, c'est que l'on s'imagine qu'on peut en quelque manière les rendre participants de la grâce de J.-C. .Mais il est sans doute que cesserait une hérésie trèsé\ idente , de croire que la mort seule de Jésus-Christ nous puisse mettre dans le ciel , sans qu'il arrive quelque changement dans le cœur, et sans que le Saint-Esprit y forme les dispositions des grâces nécessaires pour participer au fruit de celte mort. C'est même l'erreur où sont tombés les hérétiques de notre temps, lorsque pour élever davantage les mérites de Jésus-Christ dans lui-même , ils ont voulu ruiner les mérites du chef dans ses membres ; et ils se sont persuadés que Jésus-Christ ayant satisfait à son Père pour nos péchés, nous n'étions plus obligés d' tisfaire nous-mêmes ni de gagner le ciel par nos bonnes œuvres, parce qu'il nous l'avait acquis par l'effusion de son sang.

Mais ce qui peut paraître fort étrange sur cela, c'est que le sentiment de c s hérétiques a quelque chose de moins choquant que celui que nous réfutons. Car ces hérétiques au moins désirent-ils la foi en Jésus-Christ et la confiance en ses mérites pour être sauvés; au lieu que dans l'autre sentiment on prétend que les mérites de Jésus-Christ ont acquis la gloire éternelle à une induite de païens qui ne l'ont jamais reconnu pour leur Rédempteur, et qui n'ont jamais eu de confiance qu'en leurs propres mérites.

Il ne suffit donc pas, pour rendre ces philoplies païens éternellement bienheureux , de dire quec'est parles mérites deJésus-Chrisl; niais U fautvoiravant toutes choses s'ils ont été dans les dispositions que Jésus-Christ demande à tous ses élus , et sans lesquelles l'Ecriture sainte nous assure que la justice ne se trouve pont. Or nous avons montré combien tous ces sages du paganisme en avaient été

(1) Julian. Pâmer , lib. m, de Yita contemplât., cap. I . lit infldelibus niliil prohiisse ci ed unus, cliam si siiui :ili'|tias per corpus \ imites operali, quod cas, nec a Den suo se accepisse credereni , nc< ad euni qui esl (inis omnium bonarum

ÉVANGF.LIQL'E. 223

éloignés , et principalement de l'humilité que Jésus-Christ lui-même nous apprend être si nécessaire pour participer a la (rrâa du Saint- Esprit ; c'est ce qui fait que saint Augustin ■ ■ craint pas dédire (pie presque toutes UM pages des Livres saints annoncent ce; te réri Que Dieu résiste aux orgueilleu v;et ne donne

SU (/rare (ja'aux humbles 1 .

C'est encore ce que le mime saint Augustin inculque puissamment en un autre endroit, lorsqu'il dit, qu'il n'y a point d'autre voie pour arriver à la possession de la vérité, que celle que Jésus-Christ nous a tr , or

cette voix, ajout e-t-il , consiste premièrement dans l'humilité , secondement dans l'humilité, troisièmement dans t 'humilité: et je ne vous n pond rais autre chose tout autant de fois que vous m'interrogeriez sur cesujet. Ce n est posait n'y ait d'autres préceptes que je vous pourrais marquer; mais c'est que l'orgueil nous ravit des nains toutes les bonnes œuvres B/IM n faisons lorsque nous nous réjouissons de les avoir faites, si l'humilité ne les prévient . ne les accompagne et ne les suil : èi moins que d'abord elle ne se présente à nous pour purifier notre intention; si ensuite elle ne se joint à nous pour attacher noire cour, et i Ile

n'agihsur nous pour réprimer noire va»

car on ne doit craindre les autres vices que dans les péchés ; mais on doit craindre l'orgueil dans les vertus mêmes , les actions l<s )>lus louables se pouvant perdre par l'amour de la louange. Ces! ainsi qu'un célèbre orateur étant interrogé autrefois pour savoir qu'elle était la première partie de l'éloquence , répondit que c'était la prononciation ; et lorsqu'on lui demanda qu'elle était la seconde et la troisième, il répondit encore que c'était la prom dation ; de même si vous me demandiez quels sont les préceptes delà religion chrétienne, je VOUS répondrais que c'est l'humilité ; cl tout autant de fois que vous me feriez la même question, je prendrais plaisir à ne vous faire que la même réponse , quoique peut-être la nécessité me forcerait à vous parler des autn tes.

( ; i Deus superbis resislil, hamitibus autan dai li:mi. Jacob. IV. et I Pétri Y.

IIS. olint 56. ad Dioscorum, numéro 22. Nec aliam ii!>i ad capessendam ci ohtinentlam verilalem viam niunias quant quoe munit i

al» il to qui gressuum uosirorum ta » Deus , \i lit

inlirmilatom : c.\ c>\ aulem prima humi . id i

humililas, lerti.i humililas; et quolies iniei hoc . non q io alia non >i:u prxcepla qua? di-

canlnr , sed nisi humililas orania quxeumque bene faciinus, cl pr.eccsserit, et coinilclur, et consecula fueril . et prop isita quant iulueamur et apposiu eni adhareamns, et imposila qua rcpriinamur, jam no de aliquo bono raclo gaudenlibus lolu n extorqu de manu superbis. Yuia quippe estera in pecci superbia vero eiiam in recie factis limenda osl, no illa i|u.v laudabililer facl i idi-

laie amilianuir. Ilaque sicul rbelor ille nobilissimus, cum imerrogatus essel qoid ci primum videretur in eloquenlix pneceplis observari oporlere , pronuntia- Uonem ferlur respondisse; cum quacrcrelur qnod cundo, eamdem pronuniialionem ; quid tertio, nibil aliud qtiam pronuntialionem dixissc. lia si intern - tes ei quoiies interrogarcs de pracepiis chi

- . nibil me aluni respondere, nisi humiliu-

NECESSITE DE LA FOI EN .L-C

li s'en suit de là que, pour détruire absolument la fausse prétention du salut des païens par la grâce de Jésus-Christ, il doit suffire de montrer, comme on l'a fait, qu'ils ontététrèséloignés de cet esprit d'humilité qui est le véritable esprit du christianisme; et sur cela seul, on peut très-justement conclure qu'ils n'ont point eu de part à la justice, ni au salut éternel, sans s'arrêter à une infinité d'autres défauts, dont le moindre était capable de les en exclure ; et sans parler des crimes dont la vie des plus innocents d'entre ces prétendus sages païens a été souillée. Ainsi il est évident que l'on ne peut leur attribuer ce salut et la participation à cette grâce de Jésus-Christ, sans renverser les principales maximes de la foi, de la solide piété et de la religion chrétienne.

Nous pourrons donc leur appliquer un trait d'histoire rapporté dans la vie des anciens pères. Il y est dit que le démon étant apparu au grand saint Macaire, lui voulut soutenir que toutes ses mortifications et tous ses exercices de vertu ne lui donnaient aucun avantage au-dessus de lui : Tu je unes, lui dit-il, et moi je ne mange point ; tu veilles, et je ne dors jamais; mais il y a une chose qui m'oblige de le céder, cest que tu es humble, cl que je ne le puis être.

Il faut dire la même chose de ces philosophes païens. Us ont paru avoir des vertus éclatantes ; ils ont aimé la justice et la tempérance ; ils ont été ennemis des crimes grossiers, affectionnés à leur patrie, fidèles envers leurs amis, équitables envers tous les hommes, courageux dans la mauvaise fortune et modérés dans la prospérité. Ils ont fait peu de cas des biens et des grandeurs du monde; ils ont été fermes dans les pins grands dangers et dans les plus âpres douleurs; ils ont eu peu d'attache à la vie, et ils ont méprisé la mort ; mais quelque louange qu'on leur puisse donner de ces vertus, elles tombent par terre, selon le véritable esprit du christianisme, dès qu'on n'y aperçoit point d'humilité, et que l'on voit manifestement au contraire que la plupart de ces vertus apparentes n'ont reçu leur naissance que de l'orgueil et n'ont enfanté que l'orgueil ; et qu'ainsi ils ne se sont portés à ces belles actions que par cet esprit de présomption qui les leur représentaient comme absolument dépendantes de leurs propres forces ; ils ont même jugé qu'il était si raisonnable de s'en attribuer toute la gloire, qu'ils n'ont pu souffrir de la partager, ainsi qu'ils s'en expriment eux-mêmes. Propter virlutém enimjure laudamur, et invirlutc jure gloriamur quod non contingerel si id donum a Deo non anobis haberemus. Ce sont leurs propres paroles ; c'est pourquoi on peut dire, selon la pensée de Terlullien (I), que si on définit l'homme un animal doué de raison, on peut définir aussi un philosophe païen, un animal rempli d'orgueil et de vanité. Philosophas gloriœ animal.

(I) Libro de Anima stalim ab initia

DÉMONST. EVANG. III.

C'est aussi ce qui fait dire à saint Augustin (1) que c'est cette vanité qui a été la maladie particulière de ces philosophes, qui lésa trompés en les flattant de la bonne opinion d'eux-mêmes. C'estce qui leur a fait croire qu'ils étaient quelque chose de grand, lorsqu'ils n'étaient rien ; et c'est cette enflure d'orgueil qui a couvert leur cœur et leur esprit de ténèbres et qui les a privés de la lumière de la vérité immuable. C'est pourquoi ils sont tombés dans la plus grande des ingratitudes, qui consiste à s'attribuera soimême ce qui vient de Dieu, principalement la justice et la vertu : car il faut bien remarquer que quand l'âme regarde ses actions justes comme propres à soi et enfantées par elle-même, elle n'en conçoit pas une vanité commune et populaire, comme elle ferait des richesses, de la beauté, de l'éloquence et des autres biens extérieurs ou intérieurs du corps et de l'esprit, que les plus scélérats peuvent posséder ; mais elle en conçoit comme une sage et raisonnable vanité, 'comme de biens qui ne sont propres qu'aux bons.

Saint Augustin dit ailleurs (-2), en parlant de ces mêmes philosophes, que ne se plaisant pas en Dieu qui est immuable, mais en euxmêmes, ils n'ont pu éviter d'être orgueilleux, parce qu'ils s'estimaient comme souverains' et indépendants de Dieu qui était leur supérieur et leur maître, et que comme ils ne voyaient pas et ne voulaient pas croire la véritable félicité, ils ont lâché de s'en faire une très-fausse, par une vertu d'autant plus trompeuse, qu'elle était plus remplie d'orgueil.

Ce n'est pas que la vanité de tous ces païens, prétendus vertueux, fût toujours de la nature de cette vanité commune et populaire, qui ne recherche que les louanges des hommes et les applaudissements du peuple : il y en a une autre, dit saint Augustin, plus secrète et plus cachée qui emporte ceux qui se plaisent en eux-mêmes, soit qu'ils plaisent ou qu'ils déplaisent aux autres, et qu'ils n'affectent pas même de leur plaire; mais en se plaisant à eux-mêmes, ils déplaisent beau* coup à Dieu (3). C'est aussi celte sorte de vanité qui laisail «lire à Cicéron que, pour supporter les maux avec patience, il faut se proposer qu'il y a une grandeur et uneélévation d'esprit et de courage, qui ne paraît jamais avec plus d'éclat que dans le mépris de la douleur; que la vertu est la plus belle de toutes les choses du monde; qu'elle n'est jamais si belle, que lorsqu'elle ne recherche

(I) Lib.de Spirilu et Liltcra, cap. 12: Eorum [philosopliorum] proprie vanilas morhus est, qui seipsos seducunt dum videntur sil>i aliquid esse cum nihil sint. l)eni(|iie hoc lumore superbiaj sese obumbranles... ab ipso liimine incoùimulabilis veritatis aversî sunl.

(-2) Lib. xiv, de Civil. Dei, cap. b :Quam bcaiitudinom isii philosophi , quoniam non videntes credere noluni, hic Bibi conanlur fabricare, quanlosuperbiore tanto mendaciore virtule,

(3) lu l'sitlm. MA. Displicebia Deo si tihi pheueris. Vide et iiifni lociim , cl hb. v de Ctviiaie Dfi cap. 20.

(Huit.)

DÉMONSTRATION 1 N i32

de la complaiwttea eo MXHuéBM , daui la

vui' de leurs prétendues qualités avantage»* mit qu'elles plussent ou ééptu»»eiit apx aulf s : qu'ils se sont nourris de eetle gloire secrète, et <ju ils se sont louée en silence dans la vanité de leur* >?'ns

.. paroles; <'t qu'aprè9 avoir déd ce qu'il \ a de plus excellent sur la I ils ont porté leur bouche contre le ciel, <

raître généreux à la vue dn peut le, ej y ^fr entretien de» plu» vertueux de» pl.ib

pbes païens ; Que le sage est égal à Dieu ; que e est plein de joie, gai, tranquille, . et qu'il mèm pareille à celle

4et dieux. Que Jupiter ne peut pasplusqu'un bien, que Jupiter a plus de ne le aux /tommes; mais (['.Centre

point les yeux ilu peuple ni les applaud monts des hommes ; mais quelle se plan seulement en elle-même, parce que, d.t-il. la vertu n'a point de plus grand théâtre que la

conscient

IVut-on s'imaginer un plus remania orgueil que la fausse humilité de ce sage i? Car on voit qu'il ne mépris* le jugement des hommes, que pour révères le sien

lui, il Sfi contente d'être le spectateur et 1 admirateur de sa vertu. 11 abandonne au\ autres celle basse vanité de rechercher les ljuangcS de la renommée, et il réserve celte vanile plus haute par laquelle il lui suffit d'être fouable, selon le témoignage qu il se rend à soimême : il ne veut point des applaudissements des théâtres, mais s'elevanl au-dessus de cet hrgueil, comme trop grossier et trop populaire, il ne croit point de théâtre si magnifique ni si glorieux que sa propre estime.

C'est encore dans le même sentiment qu un orateur grec disait que la "lus grande flatterie est celle qui, de peur de paraître lâche, ne flatte pas en caressant, mais en reprenant, cl se couvre d'une belle hardiesse et d une ingénieuse liberté. Ainsi le plus grand orgueil est celui qui» de peur de paraître bas, ne se repaît pas des louanges communes, mais les rejette et se déguise sous 1 apparence d'un honnêle mépris delà gloire et d une humilité affectée.

C'est aussi ce que saint Augustin a merveilleusement bien marqué, lorsque pénétrant dans ces illusions de L'esprit de l'homme, qui malgré le poids du péché qui l'entraîne contre la terre, croit s'élever en haut par les machines de sa raison et par les ailes de sa vertu, lorsque c'est le vent de la vanité qui l'emporte, il dit ces belles paroles : (1) Les autres île peuvent pas se défendre de cette honteuse vanité, sous prétexte qu'ils méprisent le jugement des hommes, comme s'ils •■• tenaient aucun compte de la gloire, puisqu'ils se croient saqes, et se plaisent à eux-mêmes : car leur vertu, si toutefois ils en ont aucune, ne laisse pas d'être esclave de la louange des hommes, encore que ce soit d'une autre manière, celui quipluit ainsi à soi-même étant du nombre des hommes.

Pour peu donc que l'on fasse de réflexion sur la conduite de tous ces sages païens, on n'y verra autre chose dans tous ceux qui ont plus témoigné d'amour pour la vertu, et de haine pour le vice, sinon qu'ils ont tous été idolâtres de leur sagesse, de leur vertu et de leur raison ; qu'ils se sont tous regardés euxmêmes avec une parfaite satisfaction intérieure; qu'ils se sont estimes et n'ont eu que

(1) Atttjnst., lib. V de Civilale De], tap. 20: Nit illi se au Itac toditale defenderim, qui eum aliéna spernaut judicia, v.'lm glorat eototemptores , sibi sapienles videniur et sibi placent : Ram eoruin vk lus , si .amen ulla est, alio modo quodam bumanx subdilur laudi. Nequc enim ipM qui sibi placel, hoino non est

un il •

, celui qui est le j>lus rtelte, n meilleur. Qu'il n'y a qu'une chose eu quoi J

de bien : c'est qu il est plus longtemps bon; mais que l pas s'en estimer moins de ce queses ni

bornées d'an moindre Ainsi tHeu ne

surpasse pas le sage en félicité, quoi; surpasse en âge. Au contraire, il y 0 quelque chose en quoi le tagt surpasse Ui car Dieu doit sa sagesse à sa nature; mais le sage ne la doit qu'à sa volonté. Oq une

gronde chose que d'avoir la faiblesse d'un homme et la félicité d'un Dieu!

Mais plutôt n'a-t-on pas sujet de dir que c'est une chose abominable que d'être pauvre, nu. misérable et d'être orgueilleux dans sa pauvrelé! Et n'est-ce pas fou, que le vrai sage de l'Ecriture sainte du par IV prit de Dieu . que son âme hait le pair. orgueilleux [JSccli. XXV, \ . Odii anima mea pauperem superoum. Quec'estu>echesedé| rabfe de sentir la misé, e de l'homme e.M la w du péché et de l'enfer, et de s'attribuer la force. 1 1 vertu cl la félicite de Dieu même'. O >tuj idilé digne d'une bête! O vanité de frénétique I O imp'iélé d'athée! O blasphème digne du démon !

Ya-t-il donc encore après cela quclqu un assez déraisonnable parmi les chrétiens, qui puisse souffrir que ces païens remplipensées si sacrilèges et si détestable», soi. :i mis au nombre des saints? Peut-on avoir le moindre sentiment de la foi et de la pi chrétienne, et s'imaginer que Dieu donnera la \ ie étemelle à ces philosophes impies î El comment peut-on prétendre que Dieu ) reçoive ces monstres d'orgueil nés dans le pé-

i, après en avoir chassé le: - - org teux, le. plus excellentes créature», pour un péché d'orgueil semblable à celui de n g | bilosophes? 11 esl sans doute que -i ces philosophes païens avaient passe tonte I dansdes vie siéra et corporels, il n

trouverait personne qui «oulûl meure eu doute leur damnation éternelle; et ce, codant qui ne sait que la corruption de l'esprit ueat pas moins odieuse à Dieu que celle du corps, quoiqu'elle offensemoins les yeux des 1mmmes <i ni sont tous charnels.

Qui ne sait que ceux qui tombent dan- 1« S dIus grandsel les plus énormes péchés exte

NECESSITE DE LA FOI EN J.-C

rieurs , ont souvent moins d'opposition à la grâce de Jésus-Christ, que ceux qui ont cette fausse et orgueilleuse justice? Car on voit ordinairement que le premier rayon qui vient éclairer ces pécheurs grossiers, fait qu'ils reconnaissent alors aisémentlcurchute. La honle même de leurs infamies leur fait comprendre le besoin qu'ils ont de la grâce de Jésus-Christ pour en être purifié ; mais pources vertueux insolents, ils sont ordinairement rebelles à la lumière, ils ne consultent que leur propre force, leur esprit, leur raison, et ils s'imaginent que ces choses leur suffisent pour surmonter leurs passions et leurs vices. Ainsi ils sont toujours disposés à rejeter la grâce et l'assistance de Dieu comme inutile. Ils ne se glorifient que dans leur justice morale, et ils sont toujours prêts à disputer de la sagesse et de la vertu avec la Divinité.

Aussi voyons-nous que Jésus-Christ a traité bien plus favorablement les publicains et les gens de mauvaise vie que les pharisiens et les philosophes juifs. Il a déclaré (Multk., XXI ) que les premiers seraient plus facilement reçus dans le ciel que les derniers. Et c'est ce qui a été cause que ces orgueilleux lui ontreproché qu'il était l'ami des méchants et des pécheurs, parce qu'il était l'ennemi de ces justes orgueilleux. En effet, il paraît que le Fils deDieua toujours été touché de compassion pour la misère des uns, et d'une divine colère contre la présomption des autres. On remarque même qu'après sa résurrection, il a converti beaucoup plus d'épicuriens quelle stoïciens, plus de pécheurs grossiers que d'honnêtes philosophes. Ainsi les fausses lueurs des vertus humaines ont été des ténèbres plus épaisses que les ténèbres mêmes des vices du corps, pour empêcher de comprendre cette grande et ineffable lumière de l'Evangile. Et nous savons que Philon cl Sénèque qui ont été des hommes rares pour celte sagesse morale, ont rejeté ou méprisé la doctrine des apôtres qu'ils ont pu voir et qui étaient célèbres de leur temps à Jérusalem cl à Home.

C'est ainsi que ces sages du monde et ces hommes illustres, que le judaïsme et le paganisme ont admirés, sont demeurés sous la tyrannie du démon, et accablés sous le poids de la colère de Dieu, pendant que la prédication de l'Evangile convertissait une infinité de scélérats , d'impudiques , d'homicides , d'idiols et d'ignorants, comme saint Paul le marque dans sesEpîtres : Afin, ditcet apôtre, de vérifier cette divine parole de l'Ecriture, également inconcevable à la philosophie et au monde : Que la sagesse des hommes n'est que folie devant Dieu, et que In prudence delà chair, c'est-à-dire lu prudence humaine, est l'ennemie de Dieu (1).

C'est sans doute pour cette raison que l'auteur du livre de la-Vie cimlemplalivc ouenous

(I) I Corinth., III. Sapicnlia luijns mundi slultilia Csl npud Deum.

Komunor., MIL Sapicnlia carnis inimica est Deo.

nous avons cité (1), dit queues fausses vertus nuisent aux païens, parce que le démon s'en sert pour les détourner du christianisme : car il est indiffèrent à ce malin esprit, comme dit Tertullien, de perdre les hommes par la continence ou par l'impudicité, par des vertus apparentes ou par des vices sensibles. C'esL pourquoi l'on peut dire qu'il n'a voulu avoir des sages, des vertueux et des vierges dans le paganisme, que pour affecter la divinité, et pour opposer ces météores impurs et terrestres, et ces feux passagers qui ne sont que des exhalaisons et des vapeurs subtilisées et colorées par les rayons du soleil, à la lumière éternelle et immuable, toute pure et toute divine que le divin soleil de justice a apportée sur la terre.

// sait , dit S. Augustin (2), que ce n'est que par la foi que les hommes peuvent être guéris, purifies et parfaitement délivrés de sa tyrannie, et régner dans une éternité bienheureuse; et l'envie qu'il leur porte ne le peut souffrir. C'est pourquoi il fait toute sorte d'efforts poulies empêcher de croire en Dieu et de parvenir par la lumière de la foi, à la connaissance du Médiateur, qui ruine ses œuvres de ténèbres ; et ce n'est qu'à ce dessein qu'il permet que quelques païens fassent des actions qui paraissent bonnes, et qui les rendent recommandubles parmi les peuples, afin qu'ils puissent mieux tromper les hommes par ces exemples illustres et les détourner plus facilement de la véritable religion. Ce qui est si vrai, que le mène S. Augustin nous témoigne que cet artifice du démon réussissait encore de son temps à la perle d'un grand nombre d'âmes ; e( qu'il se trouvait encore beaucoup de Gentils qui ne refusaient d'embrasser le christianisme que par cette fausse opinion de vertu.

Il y en a plusieurs, dit ce saint docteur (3), qui se glorifient de leurs bonnes œuvres extérieures, et nous trouvons que beaticoup de païens refusent d'embrasser la religion chrétienne, parce qu'ils croient que leur bonne rie leur suffit. Il n'est, disent-ils, nécessaire que de bien vivre. Qu'est-ce donc que me comman-

([)Jutian. Pomerius, l. m de Vita contemplât, cap. 1. El (|iiid die<>, niliil ois prol'iienint, iino eliam nocuiTitni .

(2) Auyitst., Epist. olim 107, mine 217, ad I iiidcm. Quidergo operalur Lace poiestas in filiis dufidenùœ , ijisi opéra Bua inala , cl hnpriinis maximeyiae clilïideniiam et inlidcliiaicm qua surit iriimici lidci , per qnani scil eos possc inundari, pt^e sanari, possc perfectissime librros quod eis vehemniler invidel in seternitate regnare. Laque aliquoa eorum per quos amplius deeipere afleelat ; sinii haberc nonnulla velut

opéra bona in quibus laiidantur niliil sic agit hic

prinreps, quant m mni credainr in Deiiïh , hec àd iiH'dialorcni a quo solvunlur Opéra* ejus, credendn venialur.

(5) Alignai, in Psalm. XXXI, Enarrat. 2. Mulli glorianiui' de operibus, et i/iveuis mulius paganos pronierea nulle Pieri chrislianos, quia quasi suuiciunl sibi qe boria vita sua. Bcuc viwre opus csl, quid un hi pr;eceptuins estChristus? ut benévitam ; Jam behevtvn. Quid niihi necessarius esl Christusf Nullum homiridium, nullum lui luin, nullam rapinain ftcîri, ros aliénas aoncupiSCO, lltlttg ;»>l ultoiio ti"nlaininor. JNiiiii

invenialur aliquid in vi.i nio.i quod rcprchcndalur, et qui reprcbcnderil, laciai chrisuanum.

Dl MONSTRATION

deraJéitu-Christf de bien vivre; je l<- fais déjà. A quoi Jésus-Christ m'est-il donc nécessaire? car je ne commets aucun homicide, aucu\ aucun hircin, je ne désire point le bien d'autrui, je ne commets point d'adultère. Que l'on trouve quelque chose dans ma vie qui mérite d'être repris ; et que celui qui le pourra faire , me fasse chrétien.

Nous pouvons dire avec douleur et en gémissant, que c'est une chose étonnante que de notre temps, nous voyons que le démon renouvelle encore les mêmes efforts, et qu'il inspire dans l'esprit de plusieurs chrétiens une extrême vénération pour les livres profanes de ces sages païens , afin d'étouffer insensiblement celle qu'ils doivent avoir pour les livres saints. Il semble même qu'il leur persuade que les livres saints et la morale de Jésus-Christ ne sont propres que pour les cloîtres; et que celle de Senèque et des autres païens est beaucoup meilleure pour former un honnête homme. Que ce n'est pas être du monde, que de mêler l'Evangile dans l'instruction des mœurs, et vouloir que la vertu ait son fondement dans la piété. Que l'humilité chrétienne n'est qu'une bassesse d'esprit; et que ce que nous appelons orgueil dans les païens et les philosophes , est la véritable grandeur de courage.

Aussi n'entend-on parler ces gens-là que des Socrate , des Caton , des César, îles Alexandre , et de tous ces autres grands hommes de l'antiquité, dont ils trouvent que le nom seul est capable d'inspirer un secret amour de la vertu. Ainsi les druides des Gaulois, les hiérophantes d'Egypte , les philosophes de Grèce, les mages de Perse, les gymnosophistes des Indes, passent dans leur esprit pour des prophètes et pour des apôtres; et leurs plus sérieuses méditations sont de contempler ces beaux portraits que Diogène Laérce nous a laissés. Ils s'imaginent aussi avoir rencontré dans la vie de l'empereur Antonin , le modèle vivant d'un sage parfait. La mémoire de Julien l'Apostat leur est en singulière vénération, comme du plus habile homme et du plus grand prince qui ait jamais gouverné l'empire romain. Et il est étrange où ces imaginations et ces pensées les emportent , ainsi que nous le pourrons voir plus amplement dans la suite, après que nous aurons encore dit un mot de la prétendue foi implicite que l'on s'imagine qui peut sauver ces sages païens ; c'est donc ce qu'il faut examiner.

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