‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 58 sur 305 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Dernière preuve de la ne'cessité de la foi en Jésus-Christ pour être sauvé, tirée de la manière dont la foi nous justifie.

La dernière preuve de la nécessite de la foi en Jésus-Christ, pour être sau\é, est

Srise de la manière dont la foi nous justifie. ous en avons déjà touché quelque chose dans les preuves précédentes : mais elle est si importante pour bien entendre toute la matière de la justification, et ensuite celle du

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salut , qu'elle mérite bien qu'on la considère en particulier.

Personne n'ignore que l'une des prini lpales erreurs de tous le> hérétique* de ce temps, esl que la foi seule justifie, à l'exclusion de toutes les autres dispositions qui! Dieu tonne dans notre cœur, et <!<•> bonn » œuvres qu'il nous fait faire ; mais comme le remarque fort bien le cardinal Bellarmin (lib. 1, de Justifient, caj,. \i . cette erreur n'est que la suite d'une autre qui regarde la manière dont la foi nous justifie: car ils ne prétendent pas que la foi justifie en obtenant de Dieu une vraie justice intérieure, mais seulement en nous révélant de la justice d Jésus-Christ par une simple imputation à laquelle ils attribuent la rémission des péchés; c'est ce qu'ils appellent être justifié relativement, et non pas formellement, ni méritoirement.

Us expliquent leur sentiment par la main d'un pauvre qui reçoit l'aumône d'un riche; cette main, disent-ils, qui reçoit l'aumône, n'est pas l'aumône même, ni la cause de l'aumône qui ne lui est pas donnée comme *i elle la méritait par sa beauté; ainsi elle ne concourt à l'aumône que relativement, pane que donner et recevoir ont rapport ensemble , personne ne pouvant donner que quelqu'un ne reçoive.

Les catholiques, au contraire, opposent à ces hérésies , que ce n'est point la foi seule qui justifie, et qu'elle ne le fait point en la manière que ces hérétiques le prétendent; mais que l'Ecriture sainte n'attribue si souvent la justification à la foi que pareeque c'esl le premier des dons de Dieu qui nous \ conduit et en conséquence duquel nous obtenons tous les autres: et qu'ainsi la manière dont elle nous justifie est en cherchant, en demandant, en frappant à la porte, comme parle l'Evangile : Quosrendo,petendo,pulsando[Mattk., VII), en implorant l'assistance du médiateur qu'elle nous a fait connaître en arrachant de Dieu comme par force et par une sainte rîolence, comme dits. Augustin (1), l'infusion de son esprit, afin qu'il répande la charité dans notre cœur, pour nous faire accomplir sa loi par l'amour delà justice, et non par la crainte du châtiment.

C'est donc ainsi que lliglise catholique a toujours entendu que la foi est la cause la justification , et la raison, dit S. Augustin (2) , pourquoi S. Paul déclare que l'homme est justifié par la loi et non par les œu\i est qu'elle nous est donnée la première, et que c'est par elle qu'on obtient les actions

(1) August. lib. <tc Fide cl Opcribits , cap. St. H a esi [ides, de qua diciiur, regaam cœlorura \un paijlur : hoc eniin diripiunt qui vin l.ieimil Credeodo, impétrantes spirilumearilatis ubi estpleailudo logis.. . violentia liilei Spirilug sanctos impelraluf, per qaem diffusa caritate lex non timoré panas, sed imore jusiiiia' complelar.

(2) Libre tic Prsedetlinat. sanetor., cap. 7. Es ticlo ideo dicil justifies ri hominem, non ei operibus, quia ipsa prima dalur ex qua impetranlur cariera, quse proprie opéra nuncupâekir, In qnibos iu-:e ri« vitur.

NÉCESSITÉ DE LA FOI EN J.-C

qui sont proprement appelées œuvres , par lesquelles on vit justement. Ainsi, dit S. Augustin (1), la loi nous donne la connaissance du péché, la foi obtient la grâce pour détruire le péché, et la grâce guérit l'âme de la corruption du péché.

C'est aussi ce que l'Apôtre nous enseigne si clairement qu'il est tout à fait étrange qu'aucun chrétien en veuille douter (2): Quiconque, dit-il, invoquera le nom du Seigneur, sera sauvé. Mais comment invoquerontils celui en qui ils ne croient pas? et comment croiront-ils en celui dont ils n'ont point entendu parler ? et comment en entendront-ils parler , si personne ne leur prêche ? Il est donc évident que de même que la prédication de la parole de Dieu est cause de l'instruction, et que l'instruction est cause'de la foi , ainsi la même foi est cause de l'invocation, et que l'invocation qui obtient le secours de Dieu est la cause du salut. Et par conséquent la prétention des hérétiques est entièrement contraire à la doctrine de S. Paul ; et la manière dont le S. Esprit nous apprend que Dieu nous justifie, est celle qui nous f.iit demander à Dieu par Jésus-Christ, son Fils, la rémission de nos péchés et la véritable justice.

C'est ce qui fait encore que le même S. Paul (3), voulant distinguer la fausse justice qui ne peut être vue que des hommes, d'avec la vraie justice qui justifie devant Dieu, appelle l'une une justice humaine et une justice des œuvres, et l'autre la justice de Dieu et la justice de la foi. 11 l'appelle la justice de Dieu parce que nous ne la devons attendre que de sa pure libéralité et non de nos propres forces; et la justice de la foi parce que ce n'est que par le moyen de la foi et par les gémissements et les prières qu'elle forme avec la charité dans notre cœur, que nous la pouvons obtenir. Voilà sans doute pourquoi Jésus-Christ est venu au monde. C'est là l'unique justice qu'il est venu apporter aux hommes, et c'est en même temps l'unique moyen par lequel il nous communique celte justice. C'esl aussi ce qui a fait dire à S. Augustin (k) que nul homme

(1) Libm. deSpiritu et Litlera, cap. 50. Per logent engnilio peccali, per fidem impelralio graine contra pcccalum, per gr:iti;un snnatio aniniœ a vilio peccali.

(2) llomanor. X. Omnis enim quicumque invocaveril nomen Domini , salvuserii. Quomodo ergo in— vocabunt, in queni non credideruni V nul quomodo credent ei.quem non audierunl? quomodo autem aiidicni sine prardicanle?

(5) Philip. III Non habens meam justifiant.

Ad Til. III. Non operibus justifias.

llomanor. III. .1 1 1 s I i t i a aulem Dei per lidum.

Ibid. IV. Per jusliliam lidei.

(i) Epiilotaolim 105. nunc 194. ad Sixtum nutn. 30 : Ncqne ni) illo (peccato) quod originaliier irahilur, neque al> his quoe unuBquisque in vila propria , vel non inlelligendo, vel nolendo inlelligere, mala congregal , vel eliam instruclus ex l<'^e, additamenio prœvaricalionis exaggeral , quisquam liberatur et justificalur nisi gralia Deij per Jesum CtlrislUm Domiuuin noslrum , non goluin reinissione peccaiorum, ged priua ij> im inspiralione fidei 1 1 limoria Ihi, impariilo salubriter oralionis aûeclu et effectu.

ne pouvait être délivré et justifié de quelque péché que ce fût, soit de celui qu'il a contracté par sa naissance , soit de ceux qu'il a ajoutés par sa mauvaise vie, ou en ne connaissant pas la loi de Dieu, ou en ne voulant pas la connaître, ou en la connaissant et ne laissant pas de la violer, que par la grâce de Dieu, par Jésus-Christ Notre-Seigneur. Et c'est ce qui se fait non seulement en lui remettant ses péchés, mais encore en lui inspirant auparavant la foi et la crainte de Dieu : ensuite en lui donnant le mouvement de le prier, et en lui accordant les effets de sa prière.

Si donc nous considérons maintenant quelle peut être la foi implicite que l'on pourrait prétendre être la cause de la justification des philosophes païens , nous verrons qu'il n'y a rien de plus opposé à la foi catholique que nous venons d'expliquer. Car il est évident que pour produire en eux cet effet, il faudrait que toutes leurs bonnes œuvres, pour être dignes de la béatitude éternelle, eussent été les fruits de leurs prières et la récompense de l'invocation continuelle que cette foi leur aurait inspirée. Il faudrait que l'on pût dire d'eux ce que S. Augustin dit de tous les véritables enfants de Dieu ; nous ne faisons pas des actions de vertu par nos propres forces , mais nous les obtenons par nos prières : Virtutes non patramus, sed impetramus. Ce n'est donc pas tant nous qui les faisons, comme c'est Dieu qui les opère en nous.

Mais comme il est certain, ainsi qu'on l'a démontré, que ces païens et ces philosophes n'ont jamais agi dans ces pensées, et qu'ils ont eu des sentiments tout contraires, rien ne peut être plus absurde que de les leur attribuer. En effet, il est constant qu'ils n'ont jamais considéré la vertu que comme entièrement dépendante de leurs propres forces, et que bien loin de la demander à Dieu, ils ont cru au contraire qu'il était honteux et indigne d'un homme de cœur, d'importuner les dieux pour ce sujet , et que le sage devrait être leur compagnon , et non pas leur suppliant. Et par conséquent, on ne peut douter que ce ne fût vouloir renverser la doctrine de l'Eglise, que de prétendre que ces philosophes païens aient été sauvés , quelque foi implicite qu'on suppose qu'ils aient eue, puisqu'il est visible qu'elle n'a jamais produit en eux cette demande continuelle de la grâce de Jésus-Christ, qui est l'unique moyen par lequel la foi nous justifie.

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