CHAPITRE PREMIER
Où l'on justifie saint Justin contre ceux fini prétendent appuyer le sentiment du salut des païens, pur le témoignage de ce père.
Un des premiers pères dont on rapporte le sentiment pour autoriser l'erreur du salut des païens et philosophes vertueux, est S. Justin, martyr. On prétend que ce saint a soutenu dans ses Apologies pour la religion chrétienne, qu'il y avait beaucoup plus de chrétiens qu'on ne pensait , puisque Socrate et Heraclite pouvaienl être nommés tels, aussi bien que tous ceux qui s'étaient laissés conduire à la raison éternelle qui est le Verbe divin que nous adorons en la personne de Jésus-Christ. On dit que saint Justin appelle antichrétiens tous ceux qni laissent éteindre en eus celle lumière de la raison qui .-si naturcll ! à ious les h
el dont le défaut nous fait marcher dans les ténèbres du vice; el qu'il ajoute que plusieurs ont passé pour athées parmi les Gi comme Socrate et Heraclite, qui ne l'étaient pas non plus qu'Abraham, Ananie, A/ nie, Mizaël et Elie.
Il est certain que quelques paroles semblables de saint Justin ont trompé vants, particulièrement Qasaubon, ci qui 1ques autres protestants ; el comme leui ete.il d'être ravis d'avoir occasion de censurer les pères de l'Eglise, ils oui pris occasion d'attribuer cette erreur à ce saint martyr, que les païens oui pu élre sauves en ne suivant point d'autre guide que la lumière de la raison; mais ce que l'on en peut dire, que c'est une pure calomnie de ces pn tants contre ce saint martyr; et il est ais< faire voir que rien n'est plus mal fndeque t qu'i' est tr'ès-îacil
NÉCESSITÉ DE LA FOI EN J. C
l'en justiGer devant tous les esprits raisonnables.
Il n'y a pour cela qu'à faire attention, que saint Justin considérant Jésus-Christ, non seulement comme Verbe fait chair et revêtu de notre nature pour nous rendre participants de la sienne, mais aussi comme le Verbe résidant dans le sein du Père , comme la sagesse infinie et la raison originale, d'où procède comme de l'unique source, tout ce qui peut être dans les hommes de sagesse et de raison, aussi bien dans l'ordre de la nature que dans l'ordre de la grâce, en prend occasion détendre le nom de chrétiens, non seulement à ceux qui reconnaissent Jésus- Christ selon qu'il est Dieu et homme, et qu'il s'est rendu libérateur des hommes par le mystère ineffable de son incarnation, auxquels seuls ce nom appartient proprement; mais aussi à ceux qui ont connu quelque chose de cette sagesse qui appartient à sa personne divine, et qui ont retenu quelque trace de celte raison première et originale, dont nos âmes ont reçu quelques semences, et qui n'étant pas entièrement abruties, conservent quelques étincelles de cette lumière naturelle que Dieu a donnée à l'homme en le créant. Car comme ceux qui connaissent Jésus-Christ, Dieu et homme, sont justement appelés chrétiens, aussi ceux qui en ont connu quelque petite partie, quoique imparfaitement, peuvent être appelés chrétiens en quelque manière , surtout dans un discours contre des païens qui contestaient des points du christianisme qu'ils avaient reconnus , comme l'unité d'un Dieu et quelques autres semblables.
Ainsi on peut dire que saint Justin a eu raison de les appeler chrétiens en ces pointslà, c'est-à-dire favorisant les chrétiens, et étant conformes à leur doctrine sur ces mêmes points.
C'est à peu près de même que nous appelons païens les chrétiens qui tiennent quelque chose de la doctrine et des mœurs des païens, quoiqu'ils leur soient contraires en tout le reste. C'est encore de même que ceux qui dans une contestation favorisant l'un des deux partis, reçoivent le nom du parti qu'ils favorisent, encore qu'ils ne le suivent qu'en ce seul point, et qu'ils le combattent absolument. C'est pourquoi nous disons que les luthériens sont catholiques dans le mystère de la Trinité, quoiqu'on ne puisse pas inférer de là qu'ils soient vraiment catholiques.
Voilà cependant tout ce que l'on peut alléguer de saint Justin à l'avantage des païens; mais il est évident qu'il ne s'ensuit pas lie là qu'il ait cru qu'ils pouvaient se sauver dans leur paganisme ; et rien n'est plus éloigné de ses sentiments, ainsi que l'on en sera convaincu par les remarques suivantes :
1° Notre foi nous apprend qu'il y a une infinité de personnes à qui le nom de chrétien convient incomparablement mieux qu'aux plus vertueux des païens, et de qpi néanmoins nous ne pouvons pas espérer I; ma impiété ; < .m- il est cet ts les
hérétiques qui confessent hautement Jésus- Christ, qui l'invoquent et qui l'adorent, sont nommés chrétiens à plus juste titre qu'aucun des philosophes païens; et peut-on dire cependant que ce nom les sauvera de la damnation éternelle? C'est la même chose des schismatiques, qui n'ont même point d'autre doctrine que celle de l'Eglise; mais qui, en se séparant de son unité, perdent toute espérance de leur salut , quelque exemplaires que soient leur vie et leurs nrœurs, quelque bonnes œuvres qu'ils exercent, quand même ils répandraient leur sang pour la défense de la vérité, persévérant dans leur schisme; et qui peut douter néanmoins que le nom de chrétiens ne leur convienne avec bien plus de raison qu'à ceux à qui saint Justin l'a voulu étendre?
2° Nous voyons que Terlullien traitant la même cause contre les mêmes ennemis, appelle l'âme des païens, qui par la seule lumière de la raison est obligée de reconnaître l'unité de Dieu, naturellement chrétienne (Apolctgetici, cap. 17), O lestimonium animé naturaliter chnstianœt Mais voudrait -on conclure de là que Tertullien a cru que ces âmes étaient naturellement en état de salut ? C'est ce qui serait tout à fait absurde : car ce père déclare si nettement dans le même ouvrage, que les hommes ne naissent point chrétiens, mais le deviennent (Ibid. cap. 18), fiunt, non nascuntur christiani ; et ailleurs parlant de l'âme (Libre de Testimonio animœ, paulo a-b initia), fieri non nasci solet anima christiana ; qu'il est aisé de juger que Tertullien n'appelle l'âme naturellement chrétienne, qu'à cause qu'étant touchée de certains sentiments que la nature lui inspire, elle rend témoignage à l'unité de Dieu soutenue par les chrétiens contre les païens. Ainsi comme il est évident que Tertullien, en parlant de la sorte, est très-éloigné de croire les âmes des païens dans la voie de salut, il faut aussi reconnaître que saint Justin qui appelle chrétiens quelques anciens philosophes païens, dont la doctrine a plus approché de la droite raison, et dont la vie a paru plus innocente, n'a eu aucune pensée de les croire pour cela dans la voie du salut éternel.
3° Mais, pour pf sserdes conjectures à des arguments invincibles, on voit que saint Justin s'explique si nettement, et distingue avec tant de soin ceux qui n'ont suivi que quelques semences naturelles et que quelques trails confus de ce Verbe, xiyoî, d'avec ceux qui le suivent et qui 1 adorent luimême en sa personne, qui sont les seuls véritables chrétiens, qu'il n'a pas besoin d'autre apologie que de ses propres paroles (1):
(1) S. Jitstinus Apologia vulgo I. tfàf). 51 : Ut christianus inveniret me , et votis omnibus optasse, et lolis viribus cmiion<li-se profitent : non quod aliéna si t d Ghristo Platonis doclriita, sed quod illi non omiiino consentiàt , sictil neqfla nliorum slolcoroni videlicel , et poeiarum el nistprîcoriinl doctrine. Unusquisque enim i>ro parie divin. ê sibiquc in ralionig , id quod imic affine et cogna mm cral viilens, eloculu • • recie Oui autein contraria -il>i m dixcrunl de roi. . .
DEMONSTRATION ÊVANGÉL1QUE.
Si5
Toi fait, dit-il, tous mes efforts /jour être reçu au nombre des chrétiens : ce n est pas que tu doctrine de Platon soit contraire à celle de Jésus-Christ, mais c'est qu'elle ne lui est pas cou forme en toutes choses, non pl<<^ (/ue celle des autres païens, soit que l'on considère ou les stoïques, ou les poètes, ou les (tuteurs: car chacun d'eux ayant reçu de la nature un rayon ou une partie de la raison divine, a eu des choses qui lui riaient conformes, et en a parlé véritablement', mais ceux qui ont dit des choses contraires les unes aux outres dans les points les plus importants, témoignent par là n'avoir point eu une connaissance certaine, ni vue science ferme et assurer de ces vérités. Ainsi tout ce qui se rencontre de bon en tous ces philosophes, c'est à nous et à la religion chrétienne : car nous adorons après Dieu, et ■n :s embrassons par amour la raison souveraine ou le Verbe </ui procède de Die-, ■ineffable et sans principe, parce qu'il 8' est fait homme pour nous, afin de nous apporter un remède pour tous nos maux, en se revêtant de vus misères. Tous les auteurs païens ayant seulenu ni quelque semence de cette raison divine imprimée dans leur esprit, n'ont pu voir la vérité des choses qu'obscurément ; air il y a bien de la différence entre la participation et l'imitation d'un être qui n'est reçu dans un sujet qu'autant qu'il en est capable dans sa faiblesse; et entre cet être souverain, qui par faveur et par bonté se rend lui-même commuuicable et en quelque manière imitable ù ses créatures.
Apres ces belles paroles, il n'y a pas lieu de douter de ee que pensait ce saint martyr ■du salut des païens : car il déclare en termes clairs que la participation de ce Wyes et de cette raison divine que tous les hommes reçoivent en naissant, est bien différente du Jo/os même, delà raison première et originale, de ce Verbe divin qui est Jésus-Christ ; et qu'ainsi ce sont deux choses bien différentes d'entrer en quelque participation du nom chrétien, selon la première considération, qui est tout ce que saint Justin donne de plus grand à ces philosophes , et d'être véritablement chrétien (lj, c'est-àdire de posséder réellement ce Verbe habitant en nous, comme parle l'Ecriture sainte, (t de l'adorer en esprit et en vérité, ce qui ne so fait que par la foi, comme dit la même Ecriture , témoignant que c'est par la foi que Jésus-Christ habite dans nos cœurs, et qu'il
tiam constanlein ac firmam et cognilionem irrepréhensibilem eos conscaitos non esse apparet. Qusecumque ergo apud omnes recte dicta suiil, noslra christianorum sunt. Ingenili namque et ineffabilis Dei Kalionem seu Verbaon , post Deum adoramus el compleciimur : quouiam noslra causa , hoc Verboni Homo faciuin e i, ul perpessionuni noslraruni partieipalinne medicinani nobis faceret. Nam scriptorcs omnes per ralionis semen illis insitum . perquam lenui 1er el obscure <'a quœ sunt , cernere poiuerunl. Aliud est enim somen alicujus rei , ci ejus imilatio pro recipienlium facullale concassa : aluni ipsum semen primarium per cujus grattant unie orovenientem, participaiio illa sii el imilatio. (1) lit habilavil m nubis. Joctu. I.
ne se donne qu'à (eux qui écoutent humblement sa parole.
C'est aussi ce que saint Juslin nous a jprend encore mieux lorsque expliquant ce qui nous rend essentiellement chrétiens î , c'est, dit-il. que nous adorons le Verbe Je Dieu ineffable, et que nous tommes tmbra
de son amour, parer qu'il s'est fait homme pour nous, afin de participer à nos fan— gueurs et d'y apporter remède. Comment donc serait-il possible que s;,ini Justin eût mis au nombre des véritables enfants de Dieu et des membres de Jésus-Cbrist, ceux qui sont toujours demeures ensevelis i as une ignorance profonde de ce Dieu fait bon n de cet unique .Médecin de nos langueurs - . qui ne guérit que ceux qui l'invoquent . 1 1 qui ne donne pouvoir d'être enfants de Dieu qu'à ceux qui croient en son nom. comme parle l'Evangile; car il est évident qu'il reconnaît que tous ces philosophes n'ont point eu de science certaine et de notion | arf.iite des choses divines ; qu'ils sont tombes dans des erreurs contraires à la vérité dans tous les points les plus importants; et que la lumière de ia raison . celte participation naturelle du Verbe divin, n'a pu leur donner qu'une connaissance très-obscure, très- incertaine et très-confuse des choses du ciel, parce qu'ils n'ont point eu de véritable foi, puisque la foi est une connaissance lies-assurée, très-nette et sans confusion, qui nous enseigne clairement la substance des mystères de notre salut, quoiqu'elle ne nous en découvre point toutes les circonslan et toutes les manières.
Saint Justiu dit la même chose en plusieurs endroits de cotte même Apologie. 11 y enseigne (3) que la raison pour laquelle les philosophes païens et ces législateurs du monde oui dit des choses diverses et contraires les unes aux autres . c'est qu'ils n'ont eu qu'une partie de ce '■■,■--. ou de cette raison: au lieu que les chrétiens le connaissent tout entier en la personnelle Jésus- Christ , ce qui fait que la doctrine du christianisme est incomparablement au-dessus de toutes les doctrines des hommes, et qu'elle n'est point contraire à elle-même . parce qu'elle possède la source de toute la vérité qui est .lesiis-Chiïst. // est évident, dit ce
(t. Ibid. Jitstimts. Ineflabilis Dei Verbum adora m s el cotupleciimui : quouiam noslra causa Ime Verbum lioiuo facium esi , ut perpessionum noslraîii m parlicipalionc, medicinani n bis laierci.
(î) Quotquot auieni reccpernnt enm, dedil eis potestatem lilios Dei licri, his quicredunt in Domine ejus. Jouit. I.
I usinais ibid. l'inj. 48 Longe sublimiora docirmis humains esse religionis i oslra dogmaia omi mstai, eo quud qui noslra causa apparaît Gbrislus, ralioualis ex omui pai le a< lus est, corpore, rai one el anima. El qusecumque recte quovis teinporc dixeruui el inveneruni pbilosopbi aut leguni lalores : lixc ab eis facia sunljuxia ralionis porUouem (|ti.e inve ilionein el contcmplalioneui spécial. Quia ruIi m n n onuiia qus Ralionis sunt, aut Verbi [id porro Clirisms est] cognoverunl, divers* et iuvn-cui pugnanua dueruat.
martyr, quenotre religion est élevée au-dessus de toute la doctrine et de tous les sentiments des hommes, parce que Jésus-Christ est venu pour nous tout raisonnable, c'est-à-dire rempli de la raison éternelle dans son corps, dans sa raison et dans son âme. Ainsi, tout ce que ces philosophes et ces législateurs ont trouvé et ont dit de bon, ils l'ont trouvé et l'ont connu par cette portion de la raison souveraine qui, était en eux. Mais parce qu'ils n'ont pas connu entièrement cette raison divine qui est Jésus-Christ, ils ont dit souvent des choses contraires les unes aux autres.
C'est pourquoi la plus grande louange que saint Justin donne à ces philosophes, c'est de s'être efforcés à vivre selon la raison en quelque manière (1) : Qui qualicumque pacto juxta rationem vivere , et pravitatem fugere studuerunt. Or ce saintmartyr ne pouvait pas ignorer que tout homme qui manque de suivre la raison en une seule chose d'importance, comme serait de faire extérieurement profession de l'idolâtrie ou d'enseigner une doctrine qui ruine la pudeuret l'honnêteté naturelle, quand il la suivrait ponctuellement en tout le reste et quand même il serait chrétien comme le sont ceux qui sont baptisés au nom de Jésus-Christ , ne peut en aucune manière être sauvé. Comment donc aurait-il pu croire que Socrale aurait pu être sauvé, puisqu'il ne pouvait ignorer ses crimes, et qu'il savait qu'il était mort en recommandant à ses amis de sacrifier un coq à Esculape , ce qu'on ne peut excuser de sacrilège en quelque sens qu'on le veuille prendre , et que sa doctrine, ainsi qu'on l'apprend de ses disciples, est si contraire à l'honnêteté naturelle, que Salvien a eu raison de dire de lui (Lib. VII, de Gubcrnalione Dei), qu'il avait voulu faire de tout le monde un lieu public et infâme. Sacrâtes quo ad doctrinam atlinel , lupanar munduni (2) fecit .
C'est aussi ce qui fait que saint Justin (3), après avoir dit que ces philosophes ont lâché de vivre en quelque manière scion la raison, oppose aussitôt après ceux qui vivent selon la connaissance de tout le Verbe, de toute la raison originale qui est Jésus- Christ, à ceux qui n'ont réglé leurs mœurs que selon quelque partie de celte raison , c'est-à-dire qu'il oppose ceux qui sont véritablement chrétiens à ceux qui ne le sont qu'abusivement, ceux qui se laissent conduire à la lumière divine de la foi, à ceux qui n'ont suivi que la lumière naturelle de la raison.
11 paraît encore que ce saint père, dans son exhortation aux païens, rejette tous les
(1) Justin, ibid, pag. 46.
(2) In editione PliveUium , Paris. 1G08. legilur muiido.
(3) Justin, ibid. pria. 46. Minime, id miranduni viilclur, si eos qui juxta partent aliquatn sc.minarkc rntionis morea buos conformant, periculia nbjiciunl ; verum [id potius mirandum est] quod Becundum universa* Ralionia el Verbî, quod Clirtslus est, iioltoncm et coniemplalionem vivenles, io longe majora odia conjiccrc dgmonea deprehendaniur.
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philosophes anciens, sans en excepter Heraclite, Pythagore, Socrate, Platon, Aristote , comme des ignorants et des séducteurs , de qui il était impossible de rien apprendre de véritable dans la religion , et de qui la théologie n'est pas moins ridicule que celle des poètes. Voici ses propres paroles (1) : J'ai fait voir, dit-il, clairement que la doctrine de vos philosophes n'est qu'ignorance et que tromperie. Et voici encore ce qu'il dit un peu plus haut (2) : Puisqu'il est impossible de rien apprendre de vrai de vos docteurs pour ce qui regarde la religion et la piété , il est raisonnable de retourner à nos ancêtres (3). Et il dit clans le même ouvrage que les discours pompeux de ces philosophes sont semblables au chant des sirènes, et qu'il faut boucher ses oreilles pour ne se pas laisser corrompre par cette peste agréable, mais pernicieuse, toute leur éloquence ne portant les hommes qu'à l'éloiguement de la véritable religion.
Au commencement de celte exhortation , après avoir fait voir aux païens les extravagances des pensées de leurs poètes, il ajoute : Mais sans doute que les rejetant (k),vous prendrez pour maîtres dans la religion et dans la piété vos sages et vos philosophes : c'est pourquoi , dit-il , commençant par les premiers , j'expliquerai les sentiments de chacun à" eux , et ferai voir qu'ils sont encore plus ridicules que vos poètes. Et aussitôt après, il met Heraclite , du salut duquel on prétend qu'il n'a point douté, entre ies premiers de ces théologiens ridicules.
Sur la fin du même ouvrage, il accuse tous ces philosophes (5) d'avoir fait injure au nom de philosophie que leur doctrine ne méritait point , cl qu'il appelle pour celte raison une philosophie qui porte faussement ce nom. Il ajoute qu'il est aisé de les convaincre de n'avoir rien su, et qu'eux-mêmes sont forcés de le reconnaître : Que si, dit-il (6), la fin de leur
(A) Idem. Exhortai, ad Grcecos. paij. 12. Cum çx prrêdictis liqttido pnicat, res pliilnsophorum vestroiniii ignoranliœ omtiis alque IVaudis videri plenas.
(2) Idem ibid. pag. 8. Cuni veri niliil 'le religione a docLonbus vesiris percipi posse conatet... consequens esse opinor, ut ad majores MOStros réveil amu:'.
(5) Idem ibid. pay. 54. Nemo oui intégra mens esl, silutem Miam istorum eloqueniire poslhabeai : verum juxta velerem illam historiam, auribus cera obturalis, siremim suavem qu'idem, sed perniciosam effugiai pestent. Viri enim illi qnos diximus, facundiam veluli escam quamdam illecebrosam praiendenles, perinulloa a recta religione abducendos cs>e apud se statueront.
(4) Idem ibid. pag. 4. Siu poêlas allcgarc non vullis... quos tandem alioa religionis veslrae magislros esse arbitramini?... Sapienles scilicet et pbilosopbos allegabilis... Qua propicr cum a velustia et primariis iiiiiiiim sumere convenht incipiena inde opinioncm cujusque exponam', qua' mullo ridiculosior est quant poêla ru m theologia... tleraclitus metaponlious , etc.
(5) Ibid , pag. 33. Qui frustra philosophie nomen injuria atTecerunt... qui falso nomiualam philosophiain profileri aese iactitanl, pag. 7(i.
(il) Ibid. Si veri tnventio finis quidam propositas esse dicilur enruin philosopbue, quomodo qui veri cognilioucm consceuli non sunl, i>lnlosopltorum no-
DEMONSTRATION EVANGELIQUB.
philosophie est de trouver la vérité , comment ceux qui ne Vont point rencontrée mnitenlils de tri appelés philosophas t Et si U plus sage d'entre eux fait profusion de ne rien savoir, comment est-ce que ceux qui sont venus éèp '■■ lui peuvent s'attribuer lu connaissance dfs doses divines? 11 montre ensuite que ce n'est point Béatement par ironie et par dissimulation que Socrate a vouait son ignorance (1) ; mais que ses dernières paroles font assez voir qu'il la reconnaissait véritablement, puisqu'il déclare à ses amis le dou.i . i l'incertitude où il était de l'état de l'âme après la mort, qui est un des points les plus importants de la religion. Et c'est aussi ce qui a fait dire à Tertullien que l'on sait avoir été grand imitateur de saint Justin, que le discours de Socrate dans la prison touchant l'immortalité de l'âme, venait d'une patience affectée, et non pas d'une assurance d'avoir trouvé la vérité : De industria venerat consultai œquanimitatis non de fiducia comperlœ veritatis (Tertulliunus libro de Anima, statim ai initio). C'est ce qu'il confirme par une maxime divine tirée du fond de la tradition de l'Eglise, et qui suffit toute seule pour renverser l'opinion du salut de ces païens. Voici ses paroles : Cui enim compcrla veritas sine JJeo ? cui Deus cognilus sine Chrislo ? cui Chris tus exploratus sine Spiritu Sancto ? cui Spiritus Sanctus accommodatus sine fidei 5acramento (Tcrtultian. ibid.)1
Voilà donc les degrés célestes par lesquels on peut arriver à la connaissance salutaire de la vérité ; on peut dire même que c'est une échelle de laquelle le moindre échelon étant rompu, il faut nécessairement que l'on demeure dans l'erreur ei dans l'aveuglement. Ainsi, il ne faut pas s'étonner si saint Justin, dont en cela comme en beaucoup d'autres choses, Tertullien n'a été que le disciple , condamne si hardiment tous les philosophes anciens , et soutient que c'est une folie de se persuader que l'on puisse apprendre quelque chose d'eux en ce qui concerne la religion et la pieté : cet ce qui fait voir clairement combien il a été éloigné de croire qu'ils fussent sauvés , puisqu'il a soutenu que ces philosophes étaient sans piété et sans religion , et par conséquent hors de la voie du salut.
Aussi remarquons-nous qu'ensuite ce saint martyr établit partout comme une maxime certaine et indubitable, que l'on ne peut recevoir aucune véritable instruction des choses de Dieu que par les prophètes et par l'Ecri-
minc suni digni ? Ac. si japientuni apud ipsos sapien tissimus Socralcs... se uiliil scire falelur, qunmodo qui posi eum vixere, ii cqeleslia quoque se. scire prontebanlur?
(1) Jbid. Nemo aiitcm exislirael per ironiam et dissimulationem , quasi aliua ageuiem Sacraient-.., ignnraniiam lune simulasse. Nam postrenia defen- Bionis sue verba , quœ in cancerem iiurus proiulii , s;ui- osleiidunt serio eum , el vere ignorauiiam esse fassum. lia enim dixit : Sed iam abeundi liora esl : mihi quidem ad morierii ; vobisauicm ad longiorciri vilain. Ulri vero nuslrùm ad rem yadant uicliorcin, •Mu iiuis. prœterquam Ken, ignulmn est.
ture sainte, fit c'est par là qu'il conclut son exhortation aux païens . comme par la plus importante leçon qu'il pouvait leur laisser dans l'esprit.
C'est pourquoi, dit-il (1), il est très-impôt^ tant en toute manière que vous sachiez que l'on ne peut m aucune sorti- apprendre rien de Dieu et <lc lu véritable religion, que pur les prophètes seuls , qui nous ei seignent ce qu'ils ont appris par l'inspiration ii '■"-.
Il dit la même chose en plusieurs autres endroits , et il n'avait garde d'oublier vérité, puisque c'était par elle que Dieu l'avait appelé à la lumière de l'Evangile, comme lui-même le témoigne dans son dialogue ;i\ ce Triphon. L'histoire eu est même si ne r. eilleuse, qu'elle mérite bien d'être rapport peu de mots, pour apprendre le jugement de ce saint martyr touchant ces sages du paganisme.
11 raconte donc à ce philosophe juif qu'ayant fait tous ses efforts pour acquérir la coi sance de la vérité par l'instruction des philosophes (2;, en ayant vu pour cet effet de toutes
(\) Justin, exhortai, ad Grœcos pna. 52. Raque lempus jam est.., divinis propbetarum vacare Lilnï-, el ex eis veram addiscere religioaem... eas resvobis aanuiiiianiibus , quas descendens i'i eo» Spiriius Sanctus , relL'ionem veram discere volenles, pèrillos docendos esse s ta luit.
(2) Saiicli Justin, dialogo eum Tryplione, png. 219. et sequentibus. Ad hune modum affecto mihi . risiiffl aliquando est solitudine prolixiiis mi... Promde lociiin quemdam mari proximun pelii , a quo eum no-i ni'ilinin alies-eiu , ni soins meciim tulns
quidam senex , i pse aspeclu minime conteumendiis, lénes siimil el graves prae se ferens mores... quomodo, ail, reetc de D -o philosopUi sentirent . aùt veri quidpiam dlcerenl; sciei.tiam ejus non haben tes?... ii:i<pio nihil de his norunt philosophi... Quo ergo tandem aliquis , inquam , uiaïur doctore , aut mule militas ipsi quaepiam proveniat, m in liis [Pliiis] verum non reperitur? Luiteruui quidam aule inulia leinpora, omnibus istis , qui liabiii sunl philosophi, longe velustiores, beati, jiisii, Dei amollies, Deo pie ipsi cari hommes, divini Spiritus :iillaiu loquenlès el futura vaticinantes, quœ nunc eveniunt : prophefas ces vocant. Ili soli veriialeni coguovcrunl, ei hominibus annunliarunl , neminem reveriti, nenuiiein melueilles, neque glorix copidilate vh qulppe s'iium proloculi sunl, quœ audierual ci videî u n t Spirilu sancto repleli... Minime illi per demonsiraiiones scripta sua composuere, ut qui longi demonslraiionem omnem locupletes, el idonei fueriul veritatis testes- Porro qu;e evcnerunl el quœ even uni. nécessitaient iudiicuni asseniieudi eis qme ab Mis suni dicta. Quin el propicr virluies et n.ineul.i quœ ediderunt, reperti suni digiiiqti relur. Opiûcem universilalis liojus Deoio, el purent laudiluis exiiileninl, el (.Inislein ejus liliuin . qui ah eo est anniinliavermii : q qui seduciore el
impuro spirilu repleli sunl, pseudo-propheUe, neque lecerunl, neque raciunl : sed virluies illi, el pi qu.ed.un lerrendorum aique ad siuporcui add doruip lioniiiunn gralia eflicere audenl, et impnslurœ spirilas atque dœmones magnilice glorificant. Ai lu noms ei pre ibus, libi a île nmuia lucis portas aperiri opta. Neque enim ab im ibus h:rc perspiciuntur ei inieiliguiitur , sed ùs dunlixat quibus liens el Chri- Btus ejus concessennl iiitelligeniiam. Cum va atque his longe nlura , que nunc i lorandi
lempus non est. ilisseruissel el ea persequi me jus si sel, abiil, cuotque postea t\o\\ vidi Confrsllm au-
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aortes de sectes : enfin, se promenant un jour sur les bords de la mer où il s'entretenait avec ses pensées et se remplissait l'esprit des plus hautes méditations de la doctrine de Platon, un bon vieillard, dans le visage duquel on pouvait voir la vertu dépeinte, vint troubler sa solitude, et entrant en discours avec lui sur le sujet des philosophes, lui fit voir si clairement V aveuglement et l'ignorance de tous ces sages de l'antiquité ei l'impossibilité d'arriver à Dieu par leur entremise, que ne sachant que lui répondre, il ne put faire autre chose que de s' écrier tout étonné : Et de qui donc pourrons-nous apprendre la vérité ? lit où la chercheronsnous, si de si grands hommes l'ont ignorée ? A quoi ce bon homme lui répondit par ces paroles divines : Il g a fort longtemps qu'il g a des hommes plus anciens que tous ceux qui ont passé pour philosophes ; des hommes vraiment bienheureux, justes, remplis de l'amour de Dieu, qui ne partaient que par son esprit et qui prédisaient les choses futures que nous vogons maintenant arrivées ; ce sont ceux qu'on appelle prophètes. Ils ont été les seuls, ce qui est bien remarquable , qui ayant reconnu , et qui ayant annoncé la vérité aux hommes, la prêchaient sans crainte, sans être touchés ni d'aucun respect humain, ni emportés de la raine gloire ; mais comme ils étaient pleins du Saint- Esprit, ils n'ont dit que tes seules choses qu'ils avaient entendues. Ils n'ont point agi dans leurs livres par démonstration , parce que le témoignage qu'ils rendaient à la véiité était plus élevé et plus digne de foi que toutes les démonstrations imaginables. Aussi ce qui est arrivé et ce qui arrive encore tous les jours depuis eux nous oblige de croire ce qu'ils nous ont dit, quoique d'ailleurs ils se soient rendus eux-mêmes assez croyables par les miracles qu'ils ont faits, Jls ont publié la gloire de Dieu, le Père éternel, créateur de toutes choses; ils ont annoncé Jésus-Christ, son Fils unique qui est né de lui. Ce que es faux prophètes remplis d'un esprit d'erreur et d'impureté n'ont jamais fait et ne font point encore aujourd'hui ; mais n'ayant d'autre avantage que la hardiesse et l'imprudence , ils entreprennent de produire, quelques effets extraordinaires pour suspendre cl pour étonner les hommes et pour relever la gloire des démons et des esprits d'erreur et de mensonge. Prie: donc avant toutes choses que Dieu vous ouvre la porte de sa vérité et de sa lumière. Car personne ne peut voir ni comprendre ces choses, s'il n'en reçoit l'intelligence de Dieu même et de son Fils.
Après que cet homme m'eut dit ces choses et encore beaucoup d'autres, ajoute saint Justin, qu'il n'est pas temps de dire maintenant, il s'en alla en me commandant de suivre ce qu'il m'avait dit ; et jamais je ne l'ai re u depuis. Mais en même timps un feu s' alluma dans mon âme, et je fus saisi d'un amour extrême pour les
iciii in animo meo ardor excita lus est , ci amor me invasil prophetarum elvirprum illorum qui Clnislo cari Bunt ejusque amici. Ac revolveus ipso mecum ditputalionem illius, liane ipsara solam coiiiperi '"-se certain , aiqiie ulilein pnjlosophiaui. Atque ad liunc modum, cl per ips.i ego philosophus prodn.
prophètes et pour ceux qui sont les amis de Jésus-Christ : et comme je repassais dans mon esprit les discours qu'il m'avait tenus, je trourai que la philosophie qu'il m'avait annoncée était la seule qui fût certaine et utile aux hommes. C'est ainsi que je suis devenu philosophe par la connaissance de ces vérités.
Il est donc évident que ce récit que saint Justin l'ait lui-même de la manière dont Dieu se servit pour le retirer des ténèbres du paganisme et pour l'emmener à l'école de Jésus-Christ et de l'Eglise, comme à l'unique école de la vérité , toutes les autres n'étant que des écoles de mensonge, ne laisse aucun doute sur son sentiment au sujet du salut des païens, puisque Dieu lui avait fait connaître par une voie si admirable qu'ils' n'étaient que des ignorants et des imposteurs ; que des guides aveugles qui ne pouvaient conduire qu'au précipice, et que des hommes sans religion et sans piété.
Que si on en veut encore une preuve invincible , il ne faut que considérer la raison que ce saint vieillard a marquée pourquoi tous ces grands philosophes ont demeuré dans les ténèbres et dans l'aveuglement , et pourquoi il n'y a eu que les prophètes, c'est-à-dire les hommes inspirés de Dieu qui aient découvert la vérité; c'est, dit-il, que les uns n'ont consulté que leur esprit et leur raison, etlesautres n'ont suivi queles mouvements du Saint-Esprit : II i soli quid verum sil, et viderunt et hominibus renuntiarunt , ca quippe dunlaxat sunt prolocuti quœ odierunt, et viderunt Spiritu Sancto rcplcli ( Sunct. Justin. Exhort. adGrœcos). C'est aussi sur ee f ndcment qu'il avertit saint Justin de faire en Sorte par ses vœux et par ses prières, que les portes de la lumière lui soient ouvertes, parce, dit-il, que ces choses ne peuveut être comprises que de cexix èi qui Dieu et son Fils qui est Jésus-Christ eu donnent l'intelligence. Et c'est ce que ce saint martyr pratiqua si bien que l'on peut dire qu'il est le premier après les apôtres, qui a obtenu par ses prières que Dieu lui fit la grâce de lui révéler les plus secrètes significations des figures des livres de Moïse qui regardent Jésns-Christ , comme celle de la grappe de raisin suspendue que Caleb et Josué apportèrent de la terre promise : celle de la prière que Moïse faisait sur la montagne, pendant que Josué combattait dans la vallée contre les Amalécites , et beaucoup d'autres que l'on peut lire dans son dialogue race Triphon.
Mais, pour revenir aux philosophes, saint Justin explique encore plus clairement cette raison fondamentale de leur ignorance et de leurs erreurs , c'est-à-dire le défaut de l'instruction divine , dans son exhortation aux païens ; voici comme il en parle : Quelle rai son, dit-il (1), peut-on apporter de ce que ceux
(I) S. Justin. Exhortât. adGrœcos, pag. 8. i liia - 11:1111 igilur afferri poiesi causa , cur ii qui apud vos repu la li sunt sapienles, non snlum inler se niiiluo dissensiombus fuerint conflictali , vcruni sibi ipsis eiiam repugnaverint? yuod Bcllicel non a perilis discere voluerini, se.il scipsos liumanse mentis bux
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DEMONSTRATION i \ iNGELIOUE.
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</ ni parmi nous ont été estimés sages, renvet se7it les sentiment» les uni des autres, et même les leurs propris, sinon qu'ils n'ont pas voulu apprendre In vérité de ceux qui lu savaient et quils se sont imaginé qu'ils pourraient comprendre par au esprit humain te* choses du ciel, euu qui ne pouvaient pas seulement connaître celles de lu tin
II dit un pou plus bas (1) : Puis donc qu'on ne peut rien comprendre île véritable dam ce qui regarde lu religion de vos maîtres et de vos docteurs, qui nous fout voir assez clairement leur ignorance par cette division guise trouve entre eux, je crois qu'il ne nous reste autre chose que de retourner vers nos pères, qui sont beaucoup jilus anciens que vos docteurs , qui ne nous ont rien enseigné de leur propre esprit , qui ne sont point opposés dans leurs sentiments, dont l'un ne s'efforce point de détruire le sentiment de l'autre, mais qui n'étant touchés d'aucune émulation, et n'étant divisés par aucune secte, ont reçu la connaissance de la vérité et l'ont ensuite enseignée aux hommes. Car il est impossible qu'un homme puisse comprendre , par un esprit humain comme est le sien, des choses si grandes et si divines; mais il faut être éclairé de ce même don qui a été répandu dans les âmes de ces grands personnages.
Il est évident que ces paroles admirables nous apprennent deux vérités qui décident absolument la question du sentiment de ce saint martyr sur le salut des philosophes païens, et qui n'y laissent aucun doute. La première, que la connaissance des choses qui regardent la religion et la piété, ne peut venir de la raison et des efforts de l'esprit humain, mais seulement de la révélation divine et de l'inspiration du Saint-Esprit: car il dit expressément que personne n'y peut rien comprendre que ceux à qui Dieu et Jésus-Christ en donnent l'intelligence, -et qui font tant par leurs prières et par leurs vœux, que les pertes de la lumière et de la vérité leur sont ouvertes.
Et la seconde est que tous les philosophes païens sont demeurés ensevelis dans une ignorance profonde de ce qui concerne la religion et la piété, parce qu'ils n'en ont recherché la connaissance que dans les lumières , ou plutôt dans les ténèbres de leur raison. Etant donc privés de la lumière de la foi,
sôlerlin, cœlcsiia clare pervidere posse confisi fucrinl, cum neierreua quidem perspicere < uiverinl.
(I) Idem. ibid. Quocirca cum veri nihil de religions a docloribus vestris percipi pusse consiel, et irfoneum s a t i > documenluni vobis ignoralinnis ipi i suae per intimas dissensiones exhibuerint : reliquum esse opinor, m ad majores nostros reveriamur qui ci dociores yestros lonyo lemporc ameverlcruni, ci nihil propria sua menie nos docueruni : nullaienus inter se dissentiunt, nec alii alioruin scutoniins refellere conaolur ; quippe qui onini coiilenlionis studio cl lactioiiuiii dissidio liberi, siculi a Deo acceperuui , iia nobis doclrinam iradiderunl. rSi'<|iie cuiin vel naiura, vel ingeuio liumano ces lam sublimes el divinas hominibus cognilione assequi possibile est : sed graluilo illo esl opus dono, quod luni cslitus in virus illos
■ ClOS descendit.
ils De se sont laissés i oodoire qu à leur propre aveuglement; et par conséquent, il Eaudrail < tre aussi aveugle que l'ont éi. païens , el se déclarer "ennemi du sens commun et de la religion . pour ne pas conclure de ces deux propositions, qui sont cl dans saint Justin, qu'il a cru qu'il n'j avait point de salut pour ces philosophes païens et pour tous msme ,
qu'il prouve avec tant de soin qu'ils n'ouï jamais eu aucun rentable sentiment de religion ci de piété.
Mais c'est d'ailleurs une chose si clair précise el si nette dans saint Juslin, qu'il D .t reconnu dans Socrate et dans tous lc> autre.-* sages païens, ni foi, ni grâce, ni aucun mouvement divin, mais la seule nature toute pure, que l'on peut dire qu'il n'y a eu qu'un Gasaubon et d'autres hérétiques comme lui, qui aicnl pu vouloir accorder le salut à CCS païens sans la foi en Jésus-Chris! , et par les seules lumières de la raison; el il ne peut y avoir assurément que «les ennemis de la religion chrétienne et catholique qui puissent soutenir que l'on peut i tre - tuvé sans cette foi, ou la rendre superflue et non nécessaire au salut. Car ce serait vouloir visiblement rétablir le pelagianisme condamné par l'Eglise depuis tant de siècles, el on ne pourrait non plus, sans une Irès-grande malignité, attribuer ce sentiment impie à saint Justin, comme on le vient de prouver en tant de manières.