‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 66 sur 305 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Où l'on examine six points de la doctrine de saint Clément , qui en prouvent parfaitement la pureté sur le salut des païens, qu'on lui attribue faussement de soutenir.

§ I. — Que les qualités que saint Clément attribue à la philosophie païenne, sans lui attribuer aucune des prérogatives de la foi , font voir la pureté de sa doctrine sur le salut des païens vertueux.

Il faut avouer qu'il n'y a guère de père qui ait parlé plus avantageusement de la philosophie païenne que saint Clément d'Alexandrie, et il y a de l'apparence que c'est de lui, comme de son maître, que le célèbre Origène avait pris cet amour excessif qu'il avait pour elle, et que l'on peut dire qui l'a précipité dans une infinité d'erreurs. Cependant, il est certain que c'est aussi une chose très-éloignée delà vérité, que l'estime que saint Clément en a eue l'ait fait passer dans ' aucun des excès qu'on lui impute; et on ne trouvera point qu'elle l'ait porté à attribuer à la philosophie des Grecs les prérogatives qui n'appartiennent qu'à la philosophie divine de notre sainte foi , qui est contenue dans les Ecritures saintes.

C'est ce qui paraît dans tout son grand ouvrage des Stromates ou Tapisseries ; et ce qui est admirable est que , comme s'il eût voulu prévenir cette calomnie et l'abus que l'on pourrait faire de ses paroles, il déclare, dès le commencement de cet ouvrage, le dessein qu'il a en se servant de la doctrine des philosophes, et l'usage que les chrétiens en peuvent l'aire. Ainsi , il dit qu'il le fera de telle sorte que la pureté des mœurs n'en sera point altérée par cette philosophie. En effet, il soutient que cette philosophie ne fait autre Chose qur produire dis opinions fausses cl de mauvaises actions. 11 ajoute qu'encore i/;ie quelques-uns la veuillent faire passer pour une image très-pure de la vérité, et pour un don que les Grecs ont reçu de Dieu, néanmoins il empêche en même temps que nous ne nous ses ]iui mus de la foi, et que nous ne nous laissions surprendre onr rharmei de cet art trompeur;

et qu'au lieu de nous en séparer, nous en pourrons au contraire tirer des avantagée pour la /■M uve et pour lu confirmation de nuire foi (l). Peut-on parler plus véritablement de la philosophie? ci n'est-ce pas en reconnaître autant les \ ices et les défauts que l'utilité qu'on en peut tirer, en s'en servant avec modération et avec sagesse?

Il répète la moine chose plus bas, en disant que la doctrine de Jésus-Christ est plei\ parfaite, sans avoir besoin du secours des autres disciplines, parce qu'elle est la • I sagesse de Dieu même. Il ilil que si l'on y ajoute la philosophie des Grecs, elle ne rendra pas la vérité plus puissante, amis seulement les arguments des sophistes jilus faibles contre elle; et qu'ainsi, en repoussant les attaques pleines d'artifice contre la vérité, elle peut être appelée la haie et le fossé de lu vigne (2). Mais, ce qui paraît étrange e>t que l'on \eut qu'il l'ait prise pour la v;gne même, et qu'il ait eru , contre la parole de l'Evangile , que ces épines aient autrefois porté des raisins , et produit ces fruits de juslice qui plaisent à Dieu, et qu'il juge dignes de ses réeomp. éternelles.

§ H. — Que saint Clément n'approuvant aucune secte des philosophes en particulier, et les condamnant toutes en général , n'a pu accorder le salut à aucun de leurs auteurs ou de leurs sectateurs.

Saint Clément ne dislingue pas sculein >nt la philosophie divine de l'Ecriture sainte de la philosophie grecque, c'est-à-dire la science céleste des prophètes et des apôtres d'avec la science humaine des sages du pagani-mc; mais il est extrêmement remarquable qu'examinant la dernière, il rejette également toutes ses différentes sectes, et ne la reçoit que dans l'idée qu'il s'en forme, eu séparant une infinité d'erreurs d'avec quelques vérités qui s'y sont trouvées mêlées.

J'appelle, dit-il, la philosophie , non pas seulement celle îles stoïques , ni de Platon, ni d'Epicure, ni d'.iristote; mois en ramassant i-'semble tout ce que ces différentes sectes ont dit de vrai, pour enseigner la justice et la vertu avec une science religieuse. C'est ce que

(I) Clément Alexandrin, Stromat. lib. t. p. v2(t.~» ci Soi. Neque vero vcrcbuntiir nosiri commeularii mi ij-i qune suul pulchcrrima ex philosopliia... Est : > i j :*-.;* (ide dijriia Iwjtismmli nbleclalio, |ier qtiam nb aliis vilirperalam Bludiosi ndinîlUiiil ventaient. Ad li u ni neque ipso pliilosopbin bumaiwc vilai moribus perniciem afferal, cuni si i reritm (alsarnm el mal rum opcriun veluii arlifex el effeclrix, ipsa pbilosophia qunm nonnulli falso affirmarunl esse evidenicm veriiniis imaginent, donum Graccis dalmn diviuiius : Neque nos a lide avellamur, fraudulenLE arlis veluii quibusdam decepli prsestigiis, sed ul ila dicam, majori adhibilo muiiiincnlo, exert ittti nnn aliquam Q. dei demonslrailtain uicumqtte comparemus.

(4j Ibid. p. -17>[. Est qiiidem per se perfecta cl iiulliiis bidiga Strvalorki nosiri èoeirim, e«m su Del vii lus ci tapiettlia. Accedeits aille» greca pli pbia non verilalom facii poienlioreiu, sed debileni advenus eara efficit sophisiicam argumcniaUoneni ai propulsans dolosa9 adversus veriutem insidias, dicia i '-i \ inea apta sepes el vallus.

IiIÏMONSïIl.VI ION i'.N ANGÉLIQUE.

j'appelle philosophie, ei je ,„,- garderai bien

d'appeler de ce ROffl divin ce qu'Us ont nl- <l COtrompu par des raisonnement* humains :\).

Il s'ensuit donc de là, 1. qu< ine-

mcnl du menson \ nie

pcul donner quelque prix à la philosophie I me, n'est pas tant l'ouvrage de la raison que de la foi, et qu'il n'a pu être (ail par in il >s on. ns, qu tique !» ucoop \ aient t;- entière ait fait pro-

I" sion b \. que pour

r tison on appelait i et 1. qu'a-

près cette déclaration, qi - int Clément aurait dit , ce qui n'est pas , que la philo phie aurait pu sauver les hommes, on ■ pourrait rien conclure pour le salut des philosophes, puisqu'aucun d'eux ne l'a posa en la minière; qu'il la c • : car ils en

ont tous corrompu la pur< d'un grand nombre de faussetés et de mauvaises maximes. Ils l'ont même, comme ce saint docteur, déclarée en plusieurs morceaux par l'anima ilé de leurs sectes, ton les Bacchantes /.■'. ent Penthée -1 .

De même donc qu'il serait facile de ramasser de diverses sectes d'hérétiques tous véritables articles de noire foi. en ne prenant de chacune que ce qu'elle aurait de bon. sans que cela pût servir de rien à la justification, ou de la doctrine, ou de la personne de ces hérétiques; ainsi, c'est une fort mauvaise défense pour ces phi! tsophes païens, il un ridicule sujet de les élever dans le ciel , que de rapportera leur avantage, ce qu'a !e bu n prendre, saint Clément n'a point dit d'eux i de leur philosophie, mais seulement de i que la lumière de la foi lui ai ail donne mo de recueillir dans leurs li\res . eu ramass ce que la vérité y approuvait, cl rejetant lo .t ce qu'elle \ condamnait.

Ainsi il a fait voir, par ce moyen , que la philosophie qu'il r. commandait n'appari 'naii plus à ces injustes possesseurs . pu qu'ils l'avaient eux-mêmes volée, comme il le leur reproche si souvent, dans les livi divins, et l'avaient corrompue par tant de faussetés; el qu'il ne ia leur avait prise pour la faire rc\ enir toute chrétienne et toute divine. Bn un moi. comme dit excellemm ce même père dans son Exhortation aux païens, le peu de vérités e/ue les Grées om lis. qui surtout semblent avoir eu quel étincelles du Verbe divin, peuvent bien rapportées comme un témoignage de la f'ice de la vérité; mais c'est aussi en même I', une morgue de leur faiblesse, de n'ai Venir Si bout de leur dessein. ' nous montre que ceux qui agissent ou qui ;

(I) Clem, Alexandrin, lib. i. Stromni. p. itt. l'hilosoputam aulem uon sioîcam djeo née plaiontcao», aul epicui eam, aiil arisl itelii .un, sed quaeafm in<" ab

lljs seclis reci,. (|ic|;i Mril, i]ii.r docenl j'is iliam cinil

pia scient i i, boe totum sel clam d i ti pliil isophiam. Qux'i itinquc aulem ex mimants an putata cogitalioni^ bus adu i t.: uni, ci un iquain divina dixerim.

(•il Ibid 218. H;ibel Wlim lalsita> inliml.i .l.vcrticnla, qucmadinodum BaccaNB que l'oniliei nn-mbra divulseruni.

NÉCESSITÉ DE LA FOI EiN J. C.

lent sans le Verbe de vérité qui est Jésus-Christ, sont semblables à des personnes qui voudraient marcher sans avoir des jambes (1).

Qui ne voit que quand saint Clément d'Alexandrie aurait eu dessein de dresser luimême son apologie, pour se justifier par avance des erreurs dont on voudrait l'accuser, il n'aurait pu se servir de paroles plus formelles , pour faire voir qu'il savait fort bien allier la condamnation des philosophes païens avec l'approbation des vérités que la Providence divine leur avait fait prononcer, pour tirer le témoignage de la bouche de ses ennemis ?

§ III. — Que Vidée de la philosophie que saint Clément s'était formée n'empêchait pas qu'il ne fût persuadé que cette philosophie , tout épurée qu'elle fût des erreurs de toutes les sectes particulières des philosophes, ne devait être considérée que comme la servante qui pouvait servir à la vérité de la foi , comme la maîtresse; mais qui était insuffisante pour le salut , ainsi que la loi.

Encore qu'il soit vrai que ce père n'ait considéré la philosophie qu'en la manière que nous venons d'expliquer, c'est-à-dire après en avoir effacé toutes les taches et réparé toutes les difformités , néanmoins sa beauté ne l'a pas charmé jusqu'à ce point, que d'oublier sa qualité de servante pour la traiter en maîtresse, en lui attribuant le pouvoir de sauver les hommes, ce qu'il savait n'appartenir qu'à la foi. Il n'a point favorisé l'orgueil de celle Agar, à laquelle il la compare, pour la mettre en la place de Sara et lui donner, comme à elle, le droit de produire des héritiers de la promesse divine. Il proteste au contraire, en plusieurs endroits, que le plus grand éloge dont on puisse honorer celle philosophie, c'est de marcher devant sa maîtresse , de préparer les esprits à la connaissance de la vérité et à la réception de la foi; cl il n'est besoin, pour le faire voir, que d'un passage, qui est seul capable de fermer la bouche à tous les calomniateurs (2).

Encore , dit ce saint , que la philosophie des Grecs ne comprenne pas la grandeur de la vérité , et qu'elle soit faible cl impuissante pour accomplit les commandements de Dieu, néanmoins elle prépare la voie à la doctrine royale, c'est-à-dire à la doctrine du Roi des deux. Elle apporte quelque réformation cl quelque règlement dans les mœurs des hommes , et elle les dispose à recevoir la vérité par la connaissance qu'elle leur donne de la Providence divine (3).

(1) Clément Alexandrin. Admonil. ad génies, p. Âfi.Ki Graeei qui »el maxime quasdam Verni divin] qtiasl scintillas acceperunt, verilalis pauca quxdam cloruli simi, vim quiuem ejus non occuliam lesiantor, seipsos aulem imlieciliilatia convincunl, ni qui Bnem non aliigerini; jara enim existimo cuivis esse manifestiim, quod qui absqire verbo verilatis operanlur :iliqoid, vol loquuntur, snnl similcs \h qui conautur in-

'gredi absque pedibus.

(2) Vide lihriim i. Siromat. p. 208 el 209.

(3) Ibid. pag. 227. Si non coinprchendit qnidem

Il est certain que toutes ces paroles ont leur poids , et qu'il n'y en a pas une qui ne porte témoignage pour la pureté de la doctrine de ce grand saint , contre les impostures de ceux qui le voudraient noircir. Car on y voit qu'il reconnaît que la philosophie ne comprend pas la gpandeur de la vérité ; et c'est ce qu'il explique divinement dans le même livre , en disant : Que n'y ayant qu'une vérité, elle peut néanmoins être considérée en différentes manières. Qu'ainsi dans la géométrie , il y a une vérité de géométrie ; dans la musique , une vérité de musique; et de même dans la bonne et sincère philosophie , il y a une vérité propre aux Grecs ; mais que cellelà seule est la principale et essentielle vérité, qui ne vient point de la tradition des hommes , mais que nous apprenons par le Fils de Dieu (1).

Il y ajoute que la philosophie est trop faible pour accomplir les commandements de Dieu (2) , et par conséquent pour conduire au salut, puisqu'on n'y peut arriver que par l'observation de ces commandements divins: tout l'avantage qu'il lui donne , c'est de préparer le chemin à la doctrine royale , ainsi qu'il appelle la doctrine de notre foi ; et cela en deux manières : l'une en apportant quelque règlement dans les mœurs : Ulcumquc castigans el formons prius mores. Ce qui montre qu'il ne reconnaît point de vertus parfaites et accomplies dans les philosophes païens: mais seulement quelques traits grossiers, pour le dire ainsi, et quelques ébauches de vertus; l'autre, en persuadant aux hommes qu'il y a une Providence divine qui veille au gouvernement du monde ; et les disposant par ce moyen à croire plus parfaitement les mystères que cetle Providence a opérés pour la rédemption des hommes.

On pourrait alléguer ici une infinité d'autres passages, qui disent à peu près la même chose que celui que l'on vient de rapporter; et on peut dire que quiconque voudra lire saint Clément d'Alexandrie avec un peu d'attention, y trouvera de quoi se convaincre delà fausseté des interprétations contraires qu'on y voudrait donner. On y verra qu'ayant dit que la philosophie conduisait les Grecs à Jésus-Christ (3) , comme la loi y conduisait les Hébreux, il ajoute, pour expliquer ce qu'il entendait par ces paroles , que la préparation

grxca pliilosopliia veritatis mngniludinem, et esl adulte imbecillis ad mandata Domini exequenda, ai re« gali quidem doctrinse maxime viam parai , uteumque castigana ci moi es formans prius, el ad suscipjendam veritatem praesiringens èum qui divinnmadmuiilProvidentiam.

(1) lbid. p. 253. Cum sit una veritas in geoinciria, geomelriae veritas; in musica autem, musica); el in recia philosopliia fuerit grœca veritas; solaautem haec est prxeipua veritas, quae manibus iradi non poiesi, quant doccinur a Dei Filin.

(2) Vide supr.i locum citatum ex lib. i. Siromat., pag. 2-27.

(3) Siromat. I. i. p. 207. Ipsa quoque Graicos pœdngogi more phila&ophia ducebat ad Chrislum. Pra> paratergo philosopliia, ci vuuii inuniens qui a Clirislo perfleilur.

DkUONSTRATl s E\ ANGÉLIQUE.

que donne la philosophie, c'est qu'elle met en chemin relui que Jésus-Christ amène à la p< i -

fection, c'est-à-dire, selon ses propres termes, en un autre endroit du même livre I . qu'elle aide de loin à trouver la vérité, en nous disposant par ses diverses instructions à la connaissance divine (jui nous en donne la puissance. Peut-on doue appeler cela croire que la philosophie conduisait les hommes au salut éternel, en disant seulement qu'elle les disposait de loin à trouver la vérité.

§ IV. — Saint Clément, mettant une différence essentielle entre la connaissance que donne, selon lui, la philosophie même épurée, et la doctrine nécessaire pour le salut, c'est-àdire la foi en Jésus-Christ, fait bie n voir que cette connaissance ne méritait pas le nom de foi ; et qu'ainsi elle ne pouvait sauver par elle-même, sans la foi en Jésus- Christ, sauveur du monde.

Nous avons vu que saint Clément rejetant toutes les sectes des philosophes, comme n'y en ayant aucune qui n'ait corrompu la vérité par une infinité de mensonges et de faussetés, ne comprend sous le nom de philosophie, que celle qu'on peut tirer de leurs livres en séparant le précieux d'avec le vil, selon le commandement de l'Ecriture sainte ; et qu'il ne reconnaît pour honne que celle qui ne nous enseigne que la justice et la vertu, qu'on peut appeler une science religieuse, et dont la principale maxime est de reconnaître un seul Dieu auteur de la nature et de toutes choses, et sa Providence.

Or il est certain que, s'il y eut jamais de connaissance, qui dans le sens qu'on le veut prendre, méritât le nom de foi implicite au Sauveur des hommes, ce serait sans doute celle-là; et cependant, bien loin que cette rêverie lui soit jamais tombée dans l'esprit, au contraire, il met partout une différence essentielle entre cette sorte de philosophie, quoique incomparablement plus parfaite qu'elle n'a jamais été dans l'esprit d'aucun philosophe, et la doctrine nécessaire pour le salut. Il n'en faut point d'autre preuve que ce que nous venons de montrer si clairement, que le plus grand avantage qu'il donne à la philosophie est de disposer les esprits à la réception de la foi, et de servir de loin à la recherche de la vérité, qui ne se trouve que par le Fils de Dieu.

.Mais sans nous servir de raisonnement ni d'induction, il ne faut que l'écouter pour apprendre de sa bouche combien il était éloigné des erreurs qu'on lui voudrait attribuer, en voulant qu'il ait fait passer la connais ance naturelle des philosophes païens pour une foi justifiante et suffisante au salut. Car dans l'endroit même où il déclare avec tant de jugement qu'il ne recevait

(t) Slrom. 1. I, p. 233: Qnoil si cliam pliilosopllia openi ferl eminus uiventioni veritatis, variis nolioni- Itus tendens ad nosiram cognilionem aux proxime auingit veritatem : al ei opem ferl «pii ex verbo seu raiione tludueril apprehendere cognitionem.

sous le non, de philosophie aucune des tet U i

anciennes, mais leolemi ni le ramas d< rites qui se trouvaient répandues dans toutes ces sectes, et qui étaient mêlées de beaucoup de mensonges el d'erreurs ; s'arrêtent principalement a ce qu'elles avaient pu dire déplus avantageux pour la vertu et de plus religieux envers Dieu; pour montrer combien cette belle idée était encore éloignée de la moindre instruction de celles que la foi nous donne, après avoir dit que toute cette connaissance, même jointe à la bonne vie, ne saurait sauver un homme, s'il n'a la foi ; il en donne cette excellente raison: Il y a bien de la différence, dit-il 1 . entre un homme qui parle de la vérité, et la vérité qui parle de soi-même ; une simple conjecture de ta vérité est bien éloignée de la vérité, et F image d'une chose est bien au-dessous de lu chose vu'nu: ; l'une est le fruit de l'étude 't d'un travail tout humain, et l'autre est le fruit de la foi et de la puissance divine Car la doctrine delà piété est un don du ciel, et la foi une j et une grâce de Dieu.

Oui ne voit que ces paroles divines sont suffisantes pour jeter la confusion sur tous ceux qui accusent ce saint docteur de l'Eglise défavoriser leurs erreurs et leurs mauvais sentiments sur le salut des païens, sans la foi et sans la connaissance et l'invocation de Jesus-Cbrist? Comment ne pas admirer combien ces chimères et ces songes sont éloignés, non seulement des sentiments de l'Eglise, mais encore de ceux même d'entre les pères que l'on voudrait taire passer pour favoriser ces méchants sentiments?

On ne peut donc dire que l'on attribue le salut à personne sans la foi, parce que l'on prétend que dans ces philosophes, la connaissance qu'ils avaient acquise par li lumière de la raison d'un premier auteur de toutes choses, leur tenait lieu de celle foi au Rédempteur, que l'on n'ose desavouer être nécessaire pour le salut.

Car nous voyons au contraire que, selon le véritable sentiment des pères, quelque a< complic que la connaissance des philosopfa puisse avoir été, quand elle aurait étéexempte de (ouïe sorte d'erreurs, quand elle ne rail occupée qu'à contempler Dieu et ses merveilles, et à porter les hommes à la vertu, tout cela n'empêcherait pas qu'elle ne fût très -éloignée de mériter le nom de foi : Quand ce vc serait, comme dit saint Clément(2), que dans l'une c'est l'homme qui parle de Dieu: et dans l'autre, c'est Diiu qui pur!: de soi-même. Que dans l'une ce ne sont qt. coup (turcs de lu vérité ; et dans l'antii la vérité même qui se manifeste et qui se découvre; et qu'enfin, l'une est le fru l'étude et de l'industrie humaine ; au lieu que

(1) Slrom. 1. 1, p. 211 : Aliter dieu aliquis de verilaie, aliter verilas m' ipsam inlerpreiatur. Aliud i rilalis conjectura, et aliud verilas: aliud sim litudo, aliud idipsum quod est, ci altéra qsidem accedil disciplina ex exerciulione : aller* vero poleslate ci Dde. Esi enhn donnas docirina pielalis, graiia i

(2) Vide locuin inox ciiatum ex pag. 211 ltt<. I. StromtU.

l'autre ne peut être que l'effet de la vérité divine et un don de la grâce.

Par ces paroles, ce saint nous fait donc remarquer trois différences notables entre la science des philosophes et la doctrine de la foi. La première se prend de l'objet et de l'étendue de la connaissance, puisque la philosophie grecque, comme il dit ailleurs, ne comprend pas l'étendue de la vérité de la foi{i), qui, dans ses principales et plus importantes maximes , ne se peut apprendre que du Fils de Dieu.

La seconde vient de la certitude de la connaissance, ne s'en pouvant trouver de ferme et d'assurée ^que celle des vrais fidèles, suivant celte belle définition de la Sagesse que ce père donne dans son livre VI , où il dit que la sagesse est une solide connaissance des choses divines et humaines ; une stable, ferme et inébranlable doctrine qui comprend les choses présentes, les passées et les futures. Il dit que c'est Notre-Seigneur Jésus-Christ qui nous t'a apprise par sa présence et par les prophètes ; et qu'elle est telle , qu'il est impossible quelle reçoive aucun changement , nous ayant été donnée par la parole éternelle de Dieu (2).

La troisième, qui est la source et l'origine des deux autres, se tire du principe de la connaissance ; l'une procédant de la lumière naturelle, et l'autre de la lumière divine.

Saint Clément marque encore plus clairement ces trois différences en un autre endroit , où il dit (3) que la vérité grecque ( car c'est ainsi qu'il appelle la philosophie des païens ) est différente de la vérité de notre foi, quoiqu'elles conviennent dans le nom de vérité. 1° Quant à la grandeur de la connaissance, et c'est la première différence. 2° Quant à la force de la démonstration, et c'est la seconde différence. 3° Quant à la vertu divine d'où clleprocède, et c'est la dernière différence. Car, ajoute-t-il, nous sommes disciples de Dieu, étant instruits par le Fils de Dieu, par le moyen des Ecritures véritablement sacrées.

C'est pourquoi ce saint docteur ne trouve rien de plus fort pour rabattre l'orgueil des philosophes, que de leur demander quels ont été leurs maîtres.

Que ceux, dit-il, d'entre les Grecs, qui publient si hautement la vérité, nous disent qui sont ceux dont ils se vantent de l'avoir apprise. Ils n'oseraient dire que Dieu leur en ail donné la connaissance ; et ils avouent que c'est des hommes qu'ils l'ont reçue, et ainsi ils l'ont

(1) Ibid. pag. 227. Non coniprehcndit grœca philosopha verilalis magniiudincm, etc.

(2) Lib. vi. Stromat. p. 462. Sapienliam aulem solidam rennn divinarum cl humanarum cognitioncm Armani quamdam et siabilem, et quae non potest cxcklére comprehensionein, et quse comprehendit ea quae sunl praesenlia , prœterita et fulura ; quain nos ilocuil per suain praesenliam, et per prophelas Dominus. Eslque ejusmodi ni non possil exeiderc, ulpotc ()ii;e a Verl>o sit iradita.

(3) Lib. i. Stromat. pag. 233. A noslra scparalur Gr*c> veritas, cliam si sit idem nomen sorlita , et propler magniludinem cognitionis, et demonslrationcin magis principalem, cl divinam virlutem, cl quse sunl similia. A Deo enim docli sunius, qui liltcras ven; sacras a l'ilio Dci docemur.

NECESSITE DE LA FOI EN J . C

tirée, ou d'eux-mêmes après une longue recherche , comme quelques-uns d'entre eux s'en glorifient , ou des autres semblables à eux. Mais l'homme n'est pas digne de foi, lorsqu'il se mêle de parler de Dieu en qualité d'homme, puisqu'étant ce qu'il est, il est incapable de parler de Dieu véritablement ; car celui qui est si faible et si fragile, ne peut rien dire de cette nature incréée et immortelle: et l'ouvrage ne peut exprimer la majesté de son auteur. Celui qui ne peut pas dite la vérité en parlant de lui-même, doit-il être cru en parlant de Dieu? Autant que l'homme est éloigné de la puissance divine, autant sa raison est faible ; non seulement pour exprimer la grandeur de Dieu, mais aussi pour parler de lui et de sa raison éternelle, qui est le Verbe divin Ceux mêmes

qui prennent Dieu pour leur maître, ne le connaissent qu'avec beaucoup de peine, quoique la grâce les assiste pour leur en donner quelque connaissance ; et qu'étant éclairés par le Saint- Esprit , ils s'accoutument à contempler cet esprit incompréhensible, parce que l'Esprit saint, comme dit l'Apôtre, pénètre la profondeur de Dieu; mais l'homme animal ne peut comprendre les choses spirituelles. Ainsi il n'y a point de sagesse ni de doctrine inspirée de Dieu que la nôtre : et toute sagesse qui tend à la vérité, dépend d'elle comme le ruisseau de sa source (1).

Il est visible par ces paroles, que saint Clément d'Alexandrie n'avait garde de reconnaître aucune foi dans lesphilosophcs païens, quelque connaissance qu'ils aient pu avoir des choses divines ; mais comment l'aurailil fait , puisqu'il n'en reconnaît pas même dans la plus grande partie des Juifs, quoique bien autrement persuadés de la majesté d'un seul Dieu, de sa providence, et de ses autres perfections, que les plus éclairés des philosophes? Tant il est vrai que toute la connaissance de Dieu, lors même qu'elle est fondée sur la révélation (ce que n'était pas celle des païens), si elle n'est accompagnée

(1) Lib. vi. Stromat. circa fmem , p. 501 cl 502. Qui ex Grœcis gloriantur quod al) ois comprehensa fuerit veritas , dicant nobis a quonain gloriantur se didicisse. A Deo quidem non dixerint : ab hominibus aulein conlilenlur. Et si hoc ita est, aul a seipsis sero didicerinl, sicut cerle ex ipsis quoque quidam insolenier gloriantur, aul ab aliis similibus. Sed non sunt fide digni cum de Deo loquunlur boulines quaicmis bomines. Neque enim qui bomo est, potcsl pro ilignilate de Deo vera dicere, imbecillis et môrti obnoxius de ingenilo et de eo in quem non cadit intérims : et opus de eo qui ipsum Cecit. Deinde qui non potcsl de se ipso vera dicere, an non nmllo magis ne de Deo quidem eicredendum est? Quantum enim abcsl bomo a Dci potestale, tain est cliam cjus oralio imbecillis, eliamsi non Deum ipsum dicat, sed lanlum de Deo loqualur et de Verbo divino... Quanquam qui Deum sibi magislrum ascribunt, vix pci veniunt ad Dei notiliam, opem eis ferente gratia , ad quanlulamcuinquc cognitioncm, ulpole Sancto Spirilu, Sanctum Spirilum conlemplari assuefacti , qnoniain Spirilus scruialur Dci profunda, animalis aulem bomo non capil ea qinc sunt Spirilus. Sola ergo est a Deo iradita , quae est apud nos docirina a qua dépendent onmes fontes sapienlix quicumque ad vcriialem tanquam ad scopuin teruntur.

d'une créance particulière ù ce Sauveur des hommes, n'a jamais passé dans L'Eglise et dans le sentiment des pères pour la foi qui conduit au salut.

Saint Clément avoue bien (1) que ce peu de justes qui Ont \écu avant la loi et durant la loi, ont été justifiés et rendus héritiers do la promesse divine par le; moyen de la foi ; mais pour tout le reste de cette multitude charnelle qui ne servait Dieu qu'en esclaves et par la crainte des châtiments, qui, à proprement parler, composaient la synagogue, et appartenaient au Vieux Testament, il ne les considère point comme fidèles, parce que, suivant le reproche qu'il leur en l'ait (2) , ils n'ont point cru à la loi comme prophétisant Jésus-Christ, mais se sont arrêtés à la lettre seule et à la crainte, sans passer à l'esprit de la loi et à la foi , puisque Jésus-Christ qui est prédit par la loi, est la fin de la loi, comme dit saint Paul, pour donner la justice à tous ceux: qui croient.

C'est dans le même sentiment qu'il dit en un autre endroit que la foi en Jésus-Christ et la connaissance de l'Evangile est l'interprétation et l'accomplissement de la loi, et que c'est pour cela qu'il a été dit aux Juifs par le prophète : Si vous ne croyez, vous n'entendrez point, c'est-à-dire si vous ne croyez en celui qui nous est prédit par la loi, et que ses oracles nous annoncent, vous n'entendrez point le Vieux Testament qu'il nous est venu faire entendre lui-même par sa présence (3).

Et c'est aussi ce qui confirme bien clairement ce que nous venons de dire, que, dans le langage des pères, croire, à proprement parler, c'est croire en Jésus-Christ ; en sorte que celui qui n'y croit point, quelque connaissancequ'il ait de Dieu, n'est point réputé être du nombre des croyants et des fidèles.

Enfin, pour conclure ce point, un seul passage de ce saint docteur nous fera voir clairement en quel état il croyait que fussent avant Jésus-Christ , et les Juifs purement Juifs, quelque justes qu'ils parussent aux yeux des hommes, et les [dus vertueux des philosophes; et qu'il ne reconnaissait point de foi ni dans les uns ni dans les autres.

Après avoir dit qu'avant la venue du Sauveur, les Juifs étaient dans les liens, et les païens dans les ténèbres, il le prouve, non par l'exemple des méchants et des scélérats , mais par l'exemple de ceux même d'entre \"s uns et les autres qui paraissent gens de bien. Car, dit-il, quant à ceux qui étaient

(1) Libro ii. Stromnt. p. v2(j l. llo> ergo cum eliam nnie legeni lides jusliflcassel, constitua hxredcs divins promissions.

(2) Ibid., p. 'ill. Nequii legi lanquam propbelaoti rrediderunt, sed sermoni mero el liniori, non autera disposition! [ logis ] et fldei credideruol : finis enim legis est Christus, qui a lege prxdicius est, ad justilitam < mm ii i credenti.

(3) Ibid., p. 385. Qux est in Chiïslum fides et Evangelii cognitio, est exposfllo el legîs adïrapletio : et ideo dictiun est lldn.ris. Nisi erediderilis, non mirlligriis, hoc est, nisi ci erediderilis qui per Irgemest praedictus et a legis oraculo est signinealus, non inieHigetis Vetos Tesiamentum , auon ipseper propriàm exposuit prasentiam.

justes selon la lot, eest-à-din- qui avaient

cette justice des œuvres el cette innocence

légale semblable à celle de saint Paul <u<ml -a

version, la foi leur manquait; e'mt

pourquoi Jésus-Chi ist niait accoutumé

de leur dire, lorsqu'il let guérisêoit: Votre foi vous a sauvés. Mais quant aux justes selon la philosophie (c'est-à-ih </ue la philosophie avait portés à quelque règlement de maure : utcumque casttganê et formons mores), non seulement il leur était némire de croire en Notre-Seigneur Jet Christ, mois aussi d'abandon* alte des ailles (1).

Se peut-il désirer rien de plus formel pour décider les principaux points de notre qm-lion? car il faut bien remarquer 1. que saint Clément soutient et enseigne que la foi manquait auxjusles selon la loi. Et cependant personne ne peut douter qu'ils ne reconnussent très-constamment 1 unité de Dieu et sa providence ; et par conséquent c'est une pure chimère que de prétendre que cette reconnaissance, selon ce saint, suffise pour avoir la foi, telle qu'elle est nécessaire pour le salut.

2. Celte même foi manquait auxjusles selon la philosophie; et ainsi c'est donc encore une plus grande rêverie que la connaissance d'un premier auteur de tout g choses, que les philosophes s'étaient acquise par la raison, et qui était infiniment au-dessous de celle des Juifs, leur ait pu donner la qualité de fidèles.

3. Cette foi était nécessaire à tous les justes, et ce n'était que par elle qu'ils pouvaient sortir de leurs liens et de leurs ténèbres; et par conséquent il est faux que, selon saint Clément, la loi ou la philosophie aient jamais eu le pouvoir de sauver personne.

i. Ce saint docteur établit une égale nécessité pour ces vertueux païens, de croire en Jésus-Christ et de fuir l'idolâtrie; et par conséquent il n'appartient de le>. mettre dans le ciel, et de leur attribuer le salut éternel, sans avoir jamais connu Jésus-Christ, qu'a ceux qui voudraient s'imaginer que les idolàtr. i peuvent en sûreté de conscience sacrifier aux idoles et aux démons, afin de ne point troubler le gouvernement public; et en rapportant à Dieu, par une abstraction d'esprit, le culte et les honneurs qu'ils rendent à ses mortels ennemis.

s \ .—Que saint Clément soutenant qui J, sus- Christ est la porte par où on peut entrer dans le ciel, et que la foi est l'unique salut du monde, i te. t'est très-fii'issrinent qu h I hérétiques de ce temps le rendent coupable de l'erreur du salut des païens.

11 est évident par tout ce que nous avons

II) Lib. vi. Simm. p. 459. Si fineti quidem sont Jml.ei, quibus distl Dominus , egredimini ex vinculis... clarum est quoi! qui sunl m tenebris, ii sunt qui halieiil m iilem defossam in eullu idoloruin. Nain

ils quidem qui araut jusii es lege, Bdea leçon, ri ideo cura eos curarei Domiaus, dieeual : Fuies un le salviiui fecil. lis aulein qui eraul ju>ii ex pbilosopbia, non Miltnn opus erat fuie m Domiuuin, m:J eliara ul discedereoi ab idoloiura culiu.

NECESSITE DE LA FOI EN J -C

dit jusqu'ici, combien saint Clément d'Alexandrie a été éloigné de cette hérésie, qu'il y ait eu jamais quelqu'un qui ait été sauvé sans la foi. Cependant, comme les hérétiques de ce temps-ci l'en ont voulu rendre coupable, il faut achever de les convaincre et de justifier de cette accusation la doctrine de ce saint, qui a été un des plus savants pères de l'Eglise. Rien n'est pourtant plus étonnant et plus difficile «à comprendre, cornaient on en a pu même former de simples soupçons, contre un auteur qui enseigne formellement tout le contraire dans tous ses ouvrages.

Car il diclarc dans son Exhortation aux Gentils, que Jésus-Christ est la porte à laquelle se doivent adresser tous ceux qui veulent connaître Dieu, afin qu'il leur ouvre les portes des deux (1). Il dit que ces portes spirituelles et divines du Verbe divin ne s'ouvrent que par la foi. Que personne ne connaît Dieu que te Fils, et ceux à qui le Fils l'aura révélé ; et que ceux à qui Dieu ouvre cette porte fermée, qui est Jésus-Christ, il leur manifeste ensuite les mystères les plus cachés, et leur découvre des choses qui ne peuvent être connues que par ceuxqui auront marché par la voie de Jésus-Christ, par lequel seul on peut voir Dieu.

Jldit dans son Pédagogue (2), que la foi est l'unique et universel salut du monde. Et il enseigne dans ses Tapisseries, d'une manière divine (3), que la foi est aussi nécessaire pour la vie de l'âme que le pain pour la vie du corps, cl que toute autre doctrine que celle de la foi, •ne peut tenir lieu dans celle nourriture spirituelle, que d'assaisonnement.

Il dit au livre second (k), que la foi est la mère des vertus; que sans ta foi, il est impossible de plaire à Dieu; et qu'il n' g a point de véritable état de piété et de culte de Dieu, que la raison seule puisse apprendre aux hommes; oue la première inclination au salut , c'està-dire le premier pas dans le chemin et la

(1) Clem. Alexand. Admonit. ad Génies, p. 7. Ego, inquit, sum nslium quod discere necesse est iis qui voluerinl Deum intelligere, m nobis omnes simnl portas cœlorura apemt. Suntenimrationales Verbi perlai nui' aperiuniur clave fidei. Demn nemo novh , nisi Filius, cicui Filius revelaverit. Beueantem scio quod qui < l.uisain portam lune aperueril, révélai poslea ca qu r -uni inlus ci oslendil'ea quœ uec prias polerant COgnosci , nisi ab iis qui per Clirisium auibulassent , per quem solum Dons c.erniiur.

(2) Pœdagogi lib. 1. cap. G. Quod fuies una sil uni versa sains bumanac nalurx.

(3) Stromat. I. I. p. 254. {juse est e\ lidc veritas, lanquam pnnis necessaria est ad vivendum : quœ auicm pr.i.'cedit disciplina, esi obsouio similis et bellariis.

(4) Lib. n. Slrom. p. 270. Maxima auleni virluluiu mater esl lides. P. 205. Siue (ide autera impossibile «si placere Dec. Esiue ergo aliquis ejasmodi verus status pieiatis ac Dei cullus, cujus sola magjstra sit ratio ? Non ego quidem arbitror. Pag 27.3. Prima ad lalulem inclinai» Bobiafidesapparel, posiquaai timnr al s|M's ei pœuiieniia cum cmiiineniia et patienlia proflcienies, nos ducuni ad catitaiem et cogniiioiii'im. . fuies est saque ueeeaaaria ai qui cognoseendi polestaie prseditus est, ae reapkatio esi ad vivendura

ii 1 1 n (|in hoc iu mu iiilo uni II a m nu ibstniti i|iiiiiioi eicineniia non paasumui vivero, ita Dec abaque lide possuinus assc<iui coguilioncm.

voie du salut, c'est la foi, après laquelle, la crainte, l'espérance, la pénitence, la continence et la patience s'accroissent en nous, nous conduisent â la charité et à la connaissance des mystères Que la foi n'est pas

moins nécessaire pour connaître les choses divines, que la respiration pour vivre en ce monde; et qu'il est aussi peu possible que sans la foi nous obtenions celte connaissance, qut de vivre ici sans les quatre éléments. Enfin et qui décide en termes clairs toutenotrequestiov , après avoir dit que les philosophes peuvent faire des actions vertueuses , il ajoute (I) qu'Abraham n'a point élé justifié par les œuvres, mais par la foi ; et que par conséquent, il ne leur servira de rien après la fin de leur vie, de faire maintenant de bonnes œuvres, s'il n'ont la foi. 11 faut donc avouer que ceux qui ne voudront passe rendre à cette lumière, prennent plaisir à s'aveugler eux-mêmes.

§ VI.— Où l'on fait voir en quel sens saint Clément a dit que la philosophie justifiait les païens ; ce qui fait le principal fondement de la fausse accusation des hérétiques contre ce saint, au sujet du salut des païens.

Comme le principal fondement de l'imposture et de la fausse accusation des hérétiques contre S. Clément d'Alexandrie, n'est appuyé que sur ce qu'il dit en certains endroits, que la philosophie justifiait les Gentils, il est aisé de leur ôter ce prétexte , en faisant voir que ce n'est que parce qu'ils dissimulent honteusement la véritable pensée de ce saint, et que cette justice qu'il attribue à la philosophie, n'est point cette justice divine dont parle l'Ecriture sainte, qui de pécheurs , nous fait devenir enfants de Dieu et capables de l'héritage éternel; mais cette justice morale et civile, qui ne consiste que dans un certain règlement de mœurs, et une manière de vie qui paraît louable aux yeux des hommes, comme était celle de saint Paul dans le judaïsme, et celle de saint Augustin quelques années avant saconversion.il n'en faut point d'autre preuve, que les paroles mêmes de ce père, qu'ils rapportent sur ce sujet. Il est vrai que ce père dit qu'autrefois la philosophie justifiait par elle-même les Grecs ; mais il n'y a qu'à ajouter ce qui précède et ce qui suit, et on verra la faussclé découverte.

Car après que ce saint a dit (2) que laphiio-

(1) Slrom. lib. vi. p. 211. Abraham non ex eperibus, sed ex fuie, juslilicatus esl. Nihil ergo eis [philosopliis j post vit;e finein proderit, cliamsi nunc bcno operealur, nisi fidem babeant.

(2) Slrom. lib. i. pacj. 234. Philosophia opem fort eminus invention] veritatis, variis nolionibus tendeus ad nostram cognilioncin, quœ proxime allingit vciïlaicin... Quod si propter cos qui luhcnler reprelicncl ii ii i , oporiebit uns mentera nostram distiuctius cxplicare, cum dicimus pliilosopbiatn adjuvaalem causa n cl coopcralricem veraî cnmprehensionis, cum bit iuquisiiio veritatis : falebiraur cam esse disciplinât», (j u.c. m.L'Ceilii vim ccgnosccndi , non causant Malucntes cam quai esl causa adjuvans, noque conlinens, id quod adjuvat et coopcralur, tantum nec perinde ac

SJ91

DÉMONSTRATION ÉVANGÉI

sophie aide de loin ù trouver la vérité, en disposant les esprits à la réception de ta foi ; comme s'il eût prévu le mauvais usage (/ne l'on pourrait faire de ces paroles , il ajoute: (juc si, dit — il, pour fermer lu bouche à eux (/ui sont bien aises de reprendre les autres, nous sommes obligés d'expliquer en quel sens nous disons que la philosophie est un aide et un secours pour comprendre la vérité, parce </u'ellc s'occupe à la rechercher; nous nous contenterons de la nommer une introduction à l 'intelligence des choses divines, sans vouloir appeler cause, ce qui n'est qu'un aide, ni même un aide et un secours de telle sorte, qu'on croie que sans la philosophie, on ne puisse acquérir la vérité. Car sans que presqu aucun de nous possède cet enchaînement et ce cercle des arts et des sciences, pour user de leurs termes, sans avoir étudié la philosophie des Grecs, et quelques-uns même de nous sans savoir lire, nous avons reçu la puissance de connaître Dieu par la foi, ayant été instruits par la divine philosophie des apôtres et des prophètes, qui est une philosophie toute céleste, et qui suffit toute seule pour notre parfaite instruction. Ainsi pour revenir à ce que nous disions de la philosophie des païens, lorsqu'une chose n'aqit qu'avec une autre, et est incapable d'agir toute seule , nous disons qu'elle ne fait qu'aider et coopérer à l'action, et qu'on ne lui donne le nom de cause, que parce qu'elle a rapport à la cause principale, ne pouvant pas d'elle-même produire de solides et véritables effets. Et néanmoins, on peut dire que la philosophie justifiait autrefois les Grecs par elle-même, mais non pas à l'étjard de cette justice par faite et accomplie, èi laquelle elle peut servir d'aide et de disposition ; comme Je premier et le second degré aident celui qui veut monter à une chambre; et comme le grammairien aide un homme à devenir philosophe.

En vérité, on peut dire qu'il faudrait être possédé d'un étrange aveuglement , pour ne pas reconnaître dans ces excellentes paroles, que S. Clément d'Alexandrie y distingue deux sortes de justice : l'une humaine et imparfaite; l'autre divine et accomplie; comme S. Paul en établit deux, 1 une légale et des œuvres; et l'autre évangélique et de la foi ; que c'est de la même sorte qu'il dislingue ce que la philosophie peut d'ellemême, et qu'elle ne peut que comme une disnon sil veritas absque philosophia. Nain onines ferc sine disciplinarum orbe, quem encyclopaediam vocant, et grxca philosophia, alii aulem eliam absque liitnïs, divin i et barbara |id est Grscis ignota] moii philosophia, po lesta le eum qui de Deo est, per Gdem accepi mus Bermonem, eruditi sapienlia qux per se operalur. Quo-d aulem facil cum alioetnn sil imperfectuni, ul per se operclur, cooperaniein et adjuvanlein causam dicimus, ut qttod sit nominalim causa, eo <p>od una venerit cum alio, perse aulem non possit verum effectum pra'stare. Quan(|iiain perBequoqaealiquando Graccos jusiiucabai philosophia, sed non ad universam ac generalem jusiitiam, ad quatn cooperatrii ei adjatri\ invenitur, siciit primas el secuiulns gr.ulus ei qui aseendil in cœnaculum, ei gramniaticus ei qui est phil';sopbaturus.

position. et un acheminement à !a foi : que pour la justice morale et imparfaite, qui esl

ce que S. Augustin appelle virtutem civilem ; non veram, sed verisimilem, elle la peut donner d'elle-même; mais que pour h justice

parfaite et accomplie, qui ne nous donne pas seulement de la gloire devant les hommes, comme fait L'antre, mais qui nous rend dignes de jouir de Dieu , toul ce que peut taire la philosophie, c'est d'y disposer les hommes de loin, en les préparant à la réception de la foi, comme la grammaire sert de quelque chose à rendre les hommes capables de devenir philosophes. Et tout cela revient à ce qu'il avait dit auparavant, et que nous avons déjà rapporté : (1 Qu'encore que la philosophie des Grecs ne comprenne pas la grandeur de la vérité , et qu'elle soit faible et impuissante pour accomplir les commandements de Dieu ( et par conséquent incapable de donner la vraie justice, puisque, selon saint Paul, ceux qui écoulent la toi, ne seront pat pour cela justes devant Dieu ; mais que ce sont ceux qui gardent et qui pratiquent In loi qui seront justifiés); néanmoins elle prépare la voie (i la doctrine du Roi des deux, apportant quelque réformation et quelque règlement dans les mœurs des hommes : utcumque casligans et formans mores. Car c'est le sens de ces paroles : l'hilosophia per se Graccos ju- Sliûcabat; en les disposant à recevoir ta vérité par lu connaissance qu'elle leur donne de la Providence divine.

i VII. — Où l'on fait voir que c'est tr: ffaussement que le ministre Montaiqu assure que S. Clément avait entendu par la justice qu'il attribue à la philosophie , celle qui de pécheurs , nous rend justes aux yeux de Dieu; et où on le convainc d'une insigne falsification qu'il a faite aux paroles de ce père.

Ce que dit S. Clément dans le livre VI -2 . que les justes selon la philosophie, avaient lu soin non seulement de croire enJésus-Christ, ( / encore plus de quitter l'idolâtrie, découvre manifestement la fausseté de ce que le minisire Montaigu a assuré autrefois, que la justice philosophique dont parle S. Clément, n'est autre que celle qui de pécheurs nous rend justes aux yeux de Dieu, el nous donne droit à l'héritage céleste. Car puisqu'il met celte justice philosophique dans les idolâtres, c'est une preuve certaine et convaincante qu'il ne la reconnaît pas pour la véritable justice qui efface nos pèches, et qui nous rend agréables à Dieu. Et ce que l'on peut ajouter ici, est que c'est ce qui montre que du temps de S. Clément on n'ai ait pas encore entendu parler dans l'Eglise, de l'impiété qu'il semble

(I) Strom. l.i, p. 227. Si non coinpiebendil quidem. gneca philosophia verilaiis magniuuineni, et e>t adhuc iinbecillts ail mandata Domini exequenda ■ ai regali quidem dociruue viam maxime préparai , uicum» que casiigana ei mores prius formans.

i /.)/>. m. Strom. pag, î.">'>. Ii> qui jusii erant ei philosophia, non Bolum opus oral Bde in Deuin, sed. eliam al ah idolorum cultu discederent,

NECESSITE DE LA FOI EN J.-C

qu'on veut établir de nos jours, que le culte des idoles n'empêche pas qu'on ne puisse être ami de Dieu et avoir part à son royaume.

Mais il ne faut pas surtout omettre en cet endroit une horrible falsification de ce ministre d'Angleterre, sur ce dernier passage que nous venons de rapporter : car il le corrompt de telle sorte par la transposition d'un seul mot, que d'une proposition très-catholique, il en fait une toute pélagienne; et forme ainsi l'arrêt de condamnation de S. Clément , sur la pièce la plus puissante pour sa justification. On en peut voir les paroles grecques à la note ; et voici ce qu'elles signifient : (1) La foi manquait aux justes selon la loi; mais aux justesselonla philosophie, non seulement il leur était nécessaire d'avoir la foi en Notre-Seigneur Jésus-Christ, mais aussi de quitter l'idolâtrie. Qu'a donc fait le minisire Montaigu? Il a ôté de sa place le mot pâvov, seulement, pour le transporter dans le dernier membre, afin par ce moyen de faire dire à ce père directement contre son sens , qu'il n'était point nécessaire auxjustes selon la philosophie de croire en Notre-Seigneur, mais seulement de quitter l'idolâtrie : A juslis secundum philosophiam non requirebatur fides ; il retranche in dominum, sed ut solum recédèrent ab idololatria.

C'est ainsi que l'on voit que ces sortes de gens se sont accoutumés à traiter les livres des pères de l'Eglise; et il ne faut pas s'en étonner, puisque l'esprit de mensonge qui possède tous ceux qui sont hors de l'Eglise , les peut porter à toutes sortes d'excès. Il n'est pas si étrange, qu'ayant violé la foi qu'ils doivent à Dieu et à l'Eglise, ils manquent de fidélité envers ses pères et ses docteurs ; mais il n'en est pas certainement de même de ceux qui se disent catholiques, qui imitent néanmoins ces hérétiques dans cette infâme manière d'agir, et qui même empruntent d'eux les mêmes falsifications, et des impostures pour noircir et décrier la doctrine sainte des anciens pères. Rien ne les doit assurément plus charger de confusion. Nous en voyons encore un exemple signalé dans ceux qui prétendent que S. Clément d'Alexandrie enseigne que, comme Dieu sauva les Juifs, en leur donnant des prophètes, il a envoyé pour la même fin les philosophes aux Grecs. C'est ce qui nous reste à éclaircir sur la doctrine de ce père.

§ VIII. — Ce qu'il faut entendre par les prophètes, que S. Clément dit que Dieu avait envoyés aux Grecs pour les sauver.

Il est très-faux que par ces prophètes, que S. Clément dit que Dieu envoya aux Grecs , il entende les philosophes, puisqu'il déclare au contraire que c'est des sibylles qu'il veut parler; d'Hystape et de quelques autres personnes semblables, qui ont prédit parmi les païens les mystères de la rédem-

(I) Toî{ pi) yàp xa.?cr. /opo-t îixai'ois IXtlflCV f> 7ti»T«ç, T«l{ 51 xarà fii.oioftetv Swalotf ovy  «i'ïtiî,... /livon ^ tli riv y;J(n'>>, à.)'iv. xal rà ijroaî r,mi t?h £(ô&J>î/arf-;i>.{.,

DÉUON8T. EVANG. 111

ption du monde; et il ne faut qu'avoir des yeux ou des oreilles pour en demeurer convaincu , n'étant nécessaire pour cela que de lire ou d'écouter ses paroles : (1 ) Comme Dieu voulut sauver les Juifs, en leur donnant des prophètes, de même il a suscité entre le» Grecs, des personnes très-illustres pour leur servir de prophètes particuliers en leur propre langue, qu'il a pour cet effet séparées du corn* mun des hommes; ainsi qu'outre la prédication de S. Pierre, l'apôtre S. Paul nous le déclare en ces termes : Lisez même les livres i grecs ; ce qui suppose qu'il les avait exhortés premièrement à lire ceux des prophètes juifs ; regardez la Sibylle, et considérez comme elle annonce un seul Dieu, et les choses qui devaient arriver. Lisez Ifystapc, et vous trouverez qu'il parle encore plus clairement et plus évidemment du Fils de Dieu, de sa patience el de son séjour parmi les hommes ; et comme plusieurs rois lui doivent faire la guerre par la haine qu'ils concevraient contre lui, et contre ceux qui portent son nom , et qui lui sont fidèles.

II est donc évident que c'est une étrango imposture que de vouloir substituer ces philosophes aveugles en la place des sibylles et de quelques autres personnes que saint Clément croit avoir été éclairées particulièrement de Dieu, pour annoncer aux païens le? mystères de son Fils longtemps avant sa venue; et c'est assurément manquer de jugement et ruiner soi-même ses propres erreurs par les autorités mêmes par lesquelles on les voudrait établir.

Pour le prouver démomtrativement, il n'y a qu'à considérer que puisque ce père a cru que Dieu, pour sauver les païens, leur avait suscité des prophètes pour leur annoncer les mystères à venir de la rédemption du monde, il a donc cru par conséquent que la créance de ces mystères leur était nécessaire pour le salut, et qu'il ne suffisait pas d'avoir une connaissance naturelle et philosophique d'un premier auteur de toutes choses, qui est tout ce qu'on peut donner de plus avantageux aux païens.

Il est donc d'une extrême conséquence de s'en tenir à la doctrine des pères et de prendre leurs paroles dans le vrai sens, puisqu'on voit, par le jour qu'on vient de donner aux paroles et à la doctrine de saint Clément d'Alexandrie, combien il a été éloigné de ce qu'on lui voudrait attribuer sur le sujet du salut des philosophes païens ; car, loin de nous représenter ces philosophes anciens, les Socrate, les Platon, et les Aristole, com-

(I) Lib. vi. Strom. p. 470. Quod sicut Judu-os Deus salves esse voluit dans eis proplieias, iia etiam Graecorum prxstantissiinos proprise sua? lioguse propheias excitatos, prout poterant capere Dei benelicium, a vulgo secrevil, praner Pétri prœdicaiionem declaravit Panlus apostolus dieens. Libros quoque grtecoi sumile, agnoscitc sibyllam quomodo unum Dcum significet, et ea qua; siint futurs : et Hyslapen suraite el legite, et inveniclis Dei Filiimi mullo clarius , et aperlius esse scriplum, cl qucinadiiiodtiin advenus Clirisuiin imilli reges inslrucnt acieiti qui eum Imitent odio, et eos qui nonica ejus Restant et ejus fidelea.

(Dix.)

su:

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