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NÉCESSITÉ DE LA FOI EN J.-C
vin, le mystère de la cène du Seigneur , nous a voulu figurer son sacerdoce éternel. Inde est quod ait ipse Mediator : Abraham pater vester concupivit videre diem meum, vi— dit , et gavisus est ; inde Mclchisedech pro toto sacramento mensœ dominicœ , novit œternum ejus sacerdotium figurare.
Ce sont aussi les deux mêmes exemples dont saint Augustin se sert en son livre du Péché originel(l) , pour prouver que jamais personne n'a été sauvé sans connaître Jésus- Christ, non seulement selon la nature divine en laquelle il est égal au Père dans l'éternité , mais aussi selon la nature humaine qu'il a prise dans le temps pour être libérateur des hommes. Aussi voit-on que rien n'est plus grand et plus magnifique que les éloges que saint Paul donne à Melchisédech ; ils sont même si relevés , qu'ils ont porté quelques personnes à se persuader qu'il devait être plus qu'homme , pour mériter toutes ces louanges. Ainsi il semble qu'il faudrait être dépourvu de sens commun pour croire que celui que l'Ecriture nous assure avoir été plus grand qu' Abraham, le père de tous les fidèles , qui a été semblable au Fils de Dieu : Assimilatus Filio Dci (Hebr., VII) , et qui a été sa figure , non pas dans son état mortel et passible, mais dans son état immortel et glorieux , ait vécu dans l'ignorance de Jésus-Christ, lequel a voulu être appelé prêtre selon son ordre; et qu'ainsi , il puisse être apporté pour exemple de ces païens que l'on prétend s'être sauvés pour avoir vécu dans une rectitude morale, et s'être portés par la seule lumière de la raison, à reconnaître un seul auteur de toutes choses.
Car pour le répéter encore une fois , notre question n'est pas de savoir si quelques personnes parmi les païens ont pu arriver à la béatitude éternelle , puisque personne n'en peut douter, après ce que l'Ecriture sainte nous apprend de Job ; mais si elles ont pu y arriver en reconnaissant simplement un premier être par la lumière de la raison et sans avoir aucune instruction particulière du Rédempteur à venir. Or on peut conclure le premier de ce chapitre 9 du livre de la Hiérarchie céleste , mais non pas l'autre : au contraire, on vient de voir par l'exemple de Melchisédech que cet auteur apporte r qu'il renverse absolument la prétention qu'on puisse être sauvé sans la connaissance de Jésus -Christ. C'est pourquoi nous devons demeurer fermes dans celte règle que nos pères ont établie , que hors le peuple d'Israël, il y a eu quelques païens qui appartenaient à la Jérusalem céleste ; mais que ce ne peut avoir été que ceux à qui Dieu par
(1) Aiignsl. lib. de Peccato originali, cnp. 27. Neque rniiii putandum est quod antiquis justis sola qn,<sempererat diviniias Chrisii, non eliam quœ nondum erat ejus humanitas revelala profuerit... Ail Dominus Jésus. Abraham concupivit diem mcuni videre, vidit , ei gavisus est... cujus carnis et aanguinia quando Abraliamum benedixil, Mcldiiscdcch eliam tesiimonium chrislianis (idelibus noLissimum protulit.
une miséricorde particulière , avait découvert l'incarnation de son Fils.
C'est ce que dit saint Augustin, d'une manière admirable dans son dix-huitième livre de la Cité de Dieu, et en une infinité d'autres endroits. L'on peut encore croire avec raison (1), dit ce saint docteur, qu'il y a atissi des hommes parmi les autres peuples , à qui ce mystère a été révèle', etquimémeont été poussés à le prédire longtemps auparavant soit, qu'ils fussent participants delà grâce qu'ils annonçaient, soit qu'ils n'y eussent aucune part , et qu'ils reçussent cette instruction des mauvais anges que nous savons avoir confessé Jésus— Christ vivant dans le monde, lorsque les Juifs le méconnaissaient. Aussi je ne crois pas que les Juifs mêmes osent soutenir que depuis l'élection de la famille de Jacob, et la réprobation de son frère aîné, Dieu n'ait eu aucun serviteur que les enfants de ce patriarche. Il est bien vrai qu'il n'y a eu aucun peuple hors celui des Juifs, qui ait été propremen t appelé le peuple de Dieu ; mais ils ne peuvent nier que dans les autres pays, il y ait eu quelques hommes unis aux véritables Israélites par une société non de la terre, mais du ciel; et qui étaient citoyens comme eux de l'éternelle patrie ; parce que s'ils le niaient il serait aisé de les convaincre par l'exemple de Job ; car cet homme si saint et si admirable , n'était ni juif ni prosélyte ; mais il était de la race d'Esaii, étant né et mort dans l'Idumée : cependant il est loué de telle sorte dans l'Ecriture sainte , qu'elle nous assure que nul de son temps ne lui a été comparable en justice et en piété :etpourmoi, ajoute, saint Augustin, je ne doute pas que Dieu n'ait destiné cet homme par une providence particulière, pour nous faire voir par ce seul exemple, qu'il y en a pu aussi avoir dans les au-
(1) Angusl. lib. xvni , de Civitate Dei, cap. 47. Non incongrue credilur fuisse el in aliis genlibus homines, quibus hoc mysterium revelalum est, el qui hoc eliam pra:dicere impulsi sunt, sive participes ejusdem graiiœ fueriut, sive experies, sed per malos angelos docti sunt, quos eliam prxscntem Chrislum, quem Judiri non agnoscebant, scimus fuisse confessos. Nec ipsos Judaeos exisiimo audere contendere, neminem pertinuisse ad Deum, prseier Israelitas, ex quo propago Israël esse crcpil, reprobato ejus traire majore. Populus enim rêvera , qui proprie Dei populus diccretnr, nullus alius fuit : homines auicm quosdam non lerrena, sed cœlesli societale ad veros Israeliias supenue cives palrise pertinentes, eliam in aliis genlibus fuisse, negarc non possuni : quia m negant, facilllme convincunldr de sanclo et mirabili viro Job, qui nec indigena, nec proselylus, id csi, advena populi Israël fuit, sed cxgenlc idumnea gémis ducens, ibi omis, ibidem morluus est, qui divino sic landalur eloquio, ut quod ad justiiiam pietatemque attinct, nullus ci liomo suorum leinporumcox'quelur... Diviniius autrui provisum fuisse non dubilo, ut ex hoc uno sciremus etiam per alias génies esse potuissc, qui secundum Deum vixcriinl eique placucrunt pertinentes ad Bpiriialem Jérusalem. Quod ncmini concessum fuisse credendum est, nisi cui diviniius révéla liM est unus raedialor Dei et hominura honio Clirislus Jésus : qui venlurus in carne sic antiquis sanclis pr.v.nunliabalur, queinadmodum nobis venisse nuuiiaius esl, ut una eademque per ipsum liilrs, omnes in Dei civitaiem, Dei domum, Dei templum pru'deslinalos perducatad Deum.
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treepaye, qui ayant vécu selon />"« , lui sut été agréables, si qui ont appartenu à la tpii i-
(uelïe Jérusalem. Mai» nous ih i 9M ( rum i/ae celle (/rare n'a été faite à personne , qu'à ceux à(/ui Dieu a recelé l'unique médiateur de l),< ,i cl des hommes , Jésus-Christ homme, qui a été annoncé à ses anciens saints, comme devant venir un jour, ainsi qu'il nous est annoncé maintenant co)nme étant venu; afin (fié une seule et unique foi conduise, à Dieu par Jésus-Christ, tous ceux qui ont été prédestinés pour être les citoi/ens de sa cille, les enfants de sa maison , et les pierres de son temple.
Il est évident que ces seule-, paroles île saint Augustin sont plus que suffisantes pour faire connaître clairement quel a été son sentiment sur le sujet du salut des païens; et néanmoins on ne laisse pas de prétendre que ce saint docteur a jugé que les païens avaient pu arriver à la grâce du ciel par leur bonne vie aussi bien que les juifs , et qu'il a placé la sibylle Erythrée dans la cité de Dieu. Mais eu vérité on peut dire , que d'alléguer saint Augustin comme favorable à cette extravagante opinion du salut de ces philosophes profanes et de ces autres païens qui n'ont jamais connu Jésus-Christ, c'est le comble de la témérité et de la fausseté.
Pour en comprendre l'excès , il n'y a qu'à faire réflexion que c'est de même que. si l'on voulait se servir de l'autorité de M. le cardinal du Perron, contre l'autorité du pape et la vérité de l'eucharistie; car saint Augustin n'enseigne pas seulement ce sentiment comme un sentiment particulier , mais comme une vérité indubitable de notre foi. 11 ne détruit pas seulement ce que nous combattons . et ces pernicieuses maximes que l'on voudrait établir, mais il les détruit comme de formelles hérésies ; et on peut dire même que saint Augustin, dans toutes ces matières, n'a pas parlé seulement comme simple docteur, mais comme étant l'interprète ctla voix de l'Eglise universelle; et c'est en celte qualité qu'il soutient partout que l'un des principaux fondements de notre religion dont il n'est permis dedouterà aucun chrétien, c'est que jamais personne n'a pu être délivré de la damnation du premier Adam, que par la foi au second Adam. 11 condamne l'opinion contraire dans les pelagiens, qui est la même que l'on voudrait, ce semble, renouveler de nos jours comme une hérésie manifeste : At/noscimus , dit ce saint docteur (1) , luvresim vestram : de fin ici t enim l'elaqius.quod non ex fideChrisli antiqui vixerint justi.
Comment donc se pourrait-il faire que l'on pût produire maintenant sans témérité saint Augustin comme partisan des erreurs qu'il a détestées, et qu'il s'est efforcé de faire avoir en abomination à tous les fidèles î II est très-absolument impossible de produire un seul passage ou une seule de ses paroles qui ne soit alléguée mal à propos.
Car il faut toujours bien se ressouvenir de ce qu'on ne saurait trop inculquer sur ce
1) Libro il. operis imperfccli contra Julian., nuin.
BUjet, qu'il ne s agit pas ici de ..avoir -'il l'« t trouve quelqui innei parmi les païens,
à qui Pieu» par une miséricorde parlicul ait donne la connaissance du Rédempteur à
venir; et qu'il les ait par < et te foi qui est l'unique voix de salut , rendues m le Jéluisi son Fils , et dignes de régner avec fui éternellement, puisqui I exemples de Melctlisédech et de Job, montrent gué l'on n'en peut douter sans hérésie. Mais toute la question est de savoir bi saint Augustin a ete dans ce sentiment que Dieu a reçu dans son royaume (OUS CCUX d'entre les païens qui ont vécu dans une rt < morale, et se sont portés, par 11 seule lu de la raison , à reconnaître un seul {Meq auteur de toutes choses, sans avoir eu la moindre pensée de s'adresser au médiateur de Dieu et des hommes, comme à l'unique eh qui puisse conduire à Dieu ; car c'est la le principal point de notre dispute, l c' t . qui ne se peut attribuer à saint Augustin . sans témérité et sans une ignorance prodigieuse.
On en a déjà vu des preuves plus claires que le soleil, et ce serait perdre le temps, que de s'amuser à en rapporter de noir. 1! suffit d'en marquer les principaux endr où chacun les peut lire à son choix cl à sa commodité, il n'y a pour cela qu'à voir le chap. 43 du X livre d< ns et
les chap. 18, 20 et 21 du liv. Vii des Confessions, la lettre 102 à Deogratias, I pitre 187 à Dardant" ; celle a saint Paulin qui est la 149, celle à Hilaire qui e*t la 157, à Vital qui est la 217. la 190 à Qp| t. 1 20 chap. du Xili liv. de la Trinité, l'exposition de l'Epflre aux Calâtes, le lit chap.de lintructiop aux catéchumènes, le 21 chap. de la Patience , le 4". chap du XVIII liv. de la Cité île Dieu , le chap. 88 du liv. des Hérésies, les chap. 2. 9 et '»:> du liv. de la nature de la Cràce, les chap. 2.S. 24 it 20 du péché ginel, lecbap. 4 du liv . l'A au pape Boniface, le 3. sermon sur le psaume 20. l'exposition entière du psaume 50, le traité ïosurS. Je. m, le 0(>. sermon de Verbis OonUni; et une infinité d'autres endroits qu'il sérail trop long de marquer. 11 ne faut point douter que quiconque prendra la peine de consulter ces endroits , ne conçoh e de l'indignation de ce que l'on abuse si témérairement de 1 autorité des plus grands docteurs de l'Eglise, en leur attribuant des erreurs qu'ils ont condamnées dans tous leurs ouvr.i.
Mais ce qui est encore étonnant , c'est que ce qu'on rapporte pour établir la fausseté . est ce qui la combat plus fortement : car, par exemple, ce que dit saint Augustin que In sv bille Erythrée peut être mise au rang de ceux qui appartiennent à la cité de Dieu . 1 a n'est que puce qu'il venait dédire dans le chapitre ou il en parle, que celle sibylle avait prédit les mvslèiesde Jésus-Cbhst entérines clairs et manifestes. Hic sain Erytk»
bi/lla queedam de Christ 0 manifesta conteri-i psit l.ib. K VIII, d« Cicitale lh,. cap. -2 par conséquent il est évident que saint Au-. V'iisiin ne fonde l'espérance nuit témoigna
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avoir du salut de cette sibylle , dont il parle néanmoins en termes douteux , que parce qu'il suppose qu'elle avait reçu de Dieu cette foi salutaire en Jésus-Christ, sans laquelle il a toujours constamment enseigné qu'il était absolument impossible d'être du nombre des élus. Ce qui est si vrai , que ce grand docteur établit dans le même livre de la Cité de Dieu , pour une maxime indubitable et inébranlable, ce que nous avons déjà rapporté : Que hors le peuple d'Israël (1), ilpeut y avoir eu quelques élus , mais que nous devons croire que cette grâce n'a été faite à personne, qu'à ceux à qui Dieu a révélé l'unique médiateur entre Dieu et les hommes , Jésus-Christ homme, qui a été annoncé aux anciens saints comme devant venir un jour, ainsi qu'il nous est annoncé maintenant comme étant venu ; afin qu'une seule et unique foi conduisit à Dieu par Jésus-Christ , tous ceux qui ont été prédestinés pour être les citoyens de sa ville, les enfants de sa maison et les pierres de son temple.
Il faudrait certainement être bien déraisonnable, pour trouver que l'exemple de quelques personnes que Dieu asauvéesd'entre les païens par une grâce particulière, en leur révélant le futur avènement d'un Rédempteur, tirât à conséquence pour le salut d'une infinité de païens que l'on suppose, comme il est très-vrai, n'avoir jamais eu la moindre connaissance de ce mystère, qui est néanmoins la seule voie qui y puisse conduire par l'invocation de cet unique Sauveur des hommes. Il faut donc se défier sans doule de cet esprit sceptique, qui porte à raisonner comme on veut, et à tirer toutes sortes de conclusions de toutes sortes de principes.
On sait d'ailleurs combien saint Augustin et les autres pères se sont élevés contre ceux qui prétendaient que les bonnes œuvres sans la foi en Jésus-Christ , fussent suffisantes toutes seules pour nous justifier devant Dieu; et il ne servirait de rien de dire que ce n'a été (pie pour s'opposer simplement à l'hérésie 'pélagienne, qui donnait trop aux forces de la nature corrompue par le péché, ou aux mérites de nos actions faites sans la grâce ; et non pour combattre celte opinion du salut des païens , moyennant l'assistance de la grâre. Car il est certain que saint Augustin et les autres pères ne se sont pas seulement de tarés contre ceux qui s'imaginaient que les bonnes œuvres fussent suffisantes toutes seules sans la foi, pour nous justifier devant Dieu; mais ils combattent partout en termes formels celle fausse opinion du salut des païens, comme une des premières branches de L'hérésie pélagienne : et ils enseignent après l'Ecriture sainte, comme unedes vérités fondamentales de notre religion , qu'il est absolument impossible .d'être sauvé sans la connaissance du Médiateur que les païens ont ignorés
Que conclure donc de tout ce que nous
(I) Vide locnm mox rilaium ex libro xvm , de Ci- TildleDci, cap. 4".
avons dit jusqu'ici sur ce sujet, sinon que c'est en quelque manière vouloir se jouer de l'autorité des saints pères, docteurs de l'Eglise, que de s'imaginer pouvoir éluder leur autorité par des défaites pitoyables ? Et n'estce pas même une chose ridicule, d'alléguer, par exemple, pour leur répondre, que tout ce qu'ils ont dit sur ce sujet, n'a été que pour s'opposer aux pélagiens ? Car c'est sans doute de même que si quelqu'un voulait affaiblir la décision du concile de Nicéc touchant la consubstantialité du Verbe, en disant qu'il ne l'a faite que pour s'opposer aux ariens.