‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 76 sur 305 · NÉCESSITÉ DE LA · texte numérisé non relu

NÉCESSITÉ DE LA

C'est donc sans raison que l'on dit que les païens, en contemplant la bonté de Dieu, ont eu l'espérance qu'il leur ferait miséricorde ; car on ne saurait douter que celte proposition ne soit hérétique, puisque la foi nous enseigne que quelque soin qu'un homme prenne à contempler la bonté de Dieu, il est absolument impossible d'en concevoir une sainte et véritable espérance en sa miséricorde, si cette même miséricorde ne le prévient et ne le lui inspire, par une grâce toute gratuite et qui ne dépend que de la pure bonté de Dieu, qui ne donne qu'à qui bon lui semble, les mouvements de cette espérance salutaire.

Ainsi c'est ruiner cette vérité catholique, que d'assurer qu'on ne peut douter que les païens, en contemplant la bonté de Dieu, n'aient eu l'espérance qu'il leur ferait miséricorde; et d'ailleurs on ne voit dans aucun des livres de ces païens, aucune trace de cette espérance en la miséricorde de Dieu.

Où voit-on qu'ils lui demandent miséricorde et pardon de leurs crimes? Où ont-ils témoigné aucune crainte de ses jugements après cette vie? Quand est-ce qu'aucun d'eux a cru avoir besoin de cette miséricorde? Ne voit-on pas au contraire que ces orgueilleux faisaient profession de disputer de la félicité avec Jupiter? Ils n'avaient donc garde d'avoir de ces sortes de pensées qu'on leur attribue ; et, comme saint Augustin dit excellemment, ils se sont autant éloignés de Dieu par leur orgueil, qu'ils s'en étaient approchés par l'intelligence : Quo propinquaverunt inlelligentia, Inde superbia recesserunt.

On va jusqu'à dire que ces païens n'ont pas aussi été sans charité, puisqu'ils n'ont pu donner les attributs de toute bonté au souverain être, comme ils ont fait, sans l'aimer sur toutes choses.

On peut dire que jamais les hérétiques pélagicns n'ont poussé si loin leurs erreurs ; ils avaient trop d'esprit pour tomber dans une telle extravagance, de dire qu'un homme ne puisse donner à Dieu les attributs de toute bonté sans l'aimer sur toutes choses. Mais c'est encore une fois démentir saint Paul ( liomemor. I). Cum Deum cognovisscnt.non sicut Dcum glorificaverunt, qui dit de ces philosophes qu'ils ont connu Dieu, sa puissance, sa divinité ; et que néanmoins ils ne l'ont pas glorifié, ni par conséquent aimé sur toutes choses. Mais y a-l-il un juif ou un inahomélan qui parlant de Dieu, ne lui donne les attributs de toute bonté? 11 faudrait par conséquent qu'ils l'aimassent sur toutes choses.

C'est ce qui fait voir combien ces étranges maximes sont capables de porter les esprits au libertinage, et leur persuader que l'on peut aimer Dieu et être sauvé en toutes sortes de religions. El en effet si celte doctrine était vraie, il n'y aurait de pécheurs et de méchants que les athées. Tous ceux qui ne le seraient pas seraient gens de bien, puisque reconnaissant la bonté de Dieu, par

DÉMONST. ÉvANG. 111.

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