‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 77 sur 305 · FOI EN J.-C · texte numérisé non relu

FOI EN J.-C

une conséquence nécessaire ils l'aimeraient sur toutes choses , ce qui est l'abrégé de toute justice, selon l'Ecriture sainte, et ce qui comprend la loi et les prophètes.

Mais il ne faut point s'arrêter davantage sur une impiété si visible et si favorable aux déistes; il ne faut que l'entendre pour en concevoir de l'horreur, et cette horreur qu'elle donne suffit pour la réfuter. Ipso auditu horreo, dit saint Bernard en un sujet beaucoup moindre : Et ipsum horrorem sufficere puto ad refellendum. On pourrait assurément en dire beaucoup davantage ; mais il n'est pas croyable que personne voulût excuser d'hérésie cette proposition, que les païens n'ont pu donner à Dieu les attributs de toute bonté sans l'aimer sur toutes choses, si quelqu'un voulait la soutenir.

On voit néanmoins que cette même hérésie est en quelque manière confirmée par ceux qui ajoutent qu'il n'y a point d'apparenco d'avouer que les païens aient eu un amour parfait pour leur patrie et pour leurs amis, et qu'ils n'aient point eu d'amour pour Dieu, qui est un amour beaucoup plus raisonnable et plus naturel.

Mais cela se dit par le même esprit d'hérésie et d'extravagance, qui porte à croire, comme nous venons de dire, que , puisqu'en toutes sortes de sectes et de religions, on peut aimer sa patrie et ses amis, sans qu'il soit nécessaire d'aucune grâce particulière de Jésus-Christ, elle n'est point non plus nécessaire pour aimer Dieu comme il faut ; ce qui détruit une infinité d'oracles de l'Ecriture sainte et de la Tradition, qui nous apprennent comme une vérité indubitable de notre foi, que l'amour de Dieu est un pur don de la grâce du Sauveur, sans lequel on ne peut aimer Dieu comme il faut, et qu'il ne répand (1) dans les cœurs que par l'infusion du Saint-Esprit que Jésus -Christ donne, et qu'il ne donne qu'à ses membres et à ceux qui croient en sa résurrection glorieuse, (2) dans laquelle , selon l'Ecriture sainte, il a reçu le pouvoir de remplir les âmes de son Esprit.

Nous avons déjà remarqué que ces égarements prodigieux des auteurs du sentiment que nous combattons, ne viennent tous que du même principe, qui leur fait considérer la nature humaine comme l'ont considérée [es pélagiens et les philosophes môme païens. Ainsi ils ne sont pas plus persuadés les uns que les autres, des plaies profondes qu'elle. a reçues par le péché originel ; car s'ils en étaient mieux instruits aussi bien que des premiers éléments du christianisme, ils comprendraient facilement que la principale dépravation de la nature corrompue, par ce péché consiste dans un détachement de Dieu et un attachement à soi-même et aux créa-

(1) Komanor. V. Charilas diffusa est in cordibus Dosti is per Spii iiinn ganclum, qui danu est nohis.

(2) Âctorum II. Hune Jesmn reauscilavit Deus . ...dextera igilur Dei exallatua ci promissionc Spi« rhus inncli accepta, a paire cffudii liunc quemvoi vidons et auditis.

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DÉMONSTRATION ï\ WGÊLHM B.

turcs • et qu'ainsi il est aussi peu p qu'elle se aetacho d'elle-mérn rer

;î i amour de Dieu, qu'il est possible à an aveurie de voir la lumière, a on muet de parla-, à on gourd d'entendre, et à an liort de se ressusciter soi-même.

Il ne faut donc pas regarder si 1 amour de Dieu eu soi et au regard de la nature humaine saine et antier* , est pin» raisonnable

et plui nalurel que celui des créatures i.

il faut nous remettre continuellement devant Imyms, que nous ne sommée plus t.

l'état dans lequel Dieu nous avait mis par sa création, dans l'état d'innorenn ; car nous naissons tous dans le vice et dans le péché : ainsi, toute notre nature est semblable a celte femme courbée dont saint Luc parle (Luc XIII) : Et crat inclinala net \>o(< vursûm reipicere, qui ne pouvait être guérie et redressée que par la puissant ;e salutaire de lésus-Cliii-t, »Olrê souverain médecin. De m Une donc qu'il eût été ridicule de prétendre que celte femme pouvait marcher droit et lever les yeux au ciel, parce que cette posture est beaucoup plus naturelle et plus raisonnable que celle avec laquelle elle marchait, il n'est pas moins déraisonnable de soutenir que les païens ont aimé Dieu sur toutes choses, parce que l'amour de Dieu est plus naturel et plus raisonnable que celui qu'ils ont porté à leur patrie et a leurs

amis. , ,

Et c'est ce qui montre que dans le renversement général où le péché du premier homme a mis toute la nature en la détachant de son créateur, cl en rattachant à la terre ; il ne s'agit plus de juger ce qui est plus naturel a l'homme et plus raisonnable, pour en inférer que des païens esclaves du démon, éloignes de la Aie de Dieu par l'aveuglement de leur cojur, comme dit saint Paul ( Ephée. 1\ ) : Alienati a vita Dei.... propter cœcilatcm cordis ipsorum , ne se soient indubitablement portés à l'aimer sans la grâce. Car il ne s est pu faire, selon le sentiment des pères, que des arbres secs et infructueux produisissent les plus excellents fruits ; et que des âmes courbées contre lerre et accablées du poids de leurs péchés s'élevassent par leurs propres forces au-dessus de toutes les choses créées, pour se porter avec les ailes pures de 1 amour divin, jusque dans le sein de Dieu, et entre les bras de cet époux immortel des aines saintes.

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