‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 78 sur 305 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

Que c'est avec justice que Dieu n'a damé que des récompenses temporelles aux païens pour leurs volas, puisqu'elles n'en méritaient point d'autres; et qu'ainsi ce n est pas juger sainement que de leur en attribuer d'éternelles.

On prétend que ce serait traiter les païens avec trop de rigueur, que de soutenir qu ils ne peux eut avoir reçu que des récompenses emporelles pour toutes leurs bonnes .eu\ ces. et que leurs vertus ont été suffisamment reconnues par l'estime qu'on a fait (Taux, et

parla gloire qui a accompagné bur ri< plutôt qui b adorera la justice irrépréhensible de Dieu, qui a su par uip admirable récompenser de vaines vertus par de raines récompens< - . ei qui a donné la gto i prix de leur qui n'ont lillé que pour la glol ! >u\eur du monde ne nous apprend-il pas lui-même dans l'Evangile (Jlfett*. VI), qne c'est la vérital récompense de tous ceux qui n'agissent que panel esprit de vanité qui a régné dans loua .rands hommes du paganisme? Rtce, rcedem euam. Et n'est-ce pas ; celle même raison que, selon saint Augi lin dans le cinquième livre de laCitédeDÏeu, la Providence divine a rendu l'empire romain si illustre et si glori<

premiers Romains (\) , dit i docteur , si nous en cr> ire ,

hais des faux 'lieux, étm ;,-, libéraux ; ei ils n'étaient avares ave des honneurs ei des louanges, Tlt voulaient s'acquérir une grande gloire >t d sans tache et fans reproche ; ils ont aimé cette gloire avec une ardeur lout cxtraordlna ils n'ont voulu vivre que pour elle, et ils n'ont appréhendé de mourir pour elle ; et cette si violente a étouffé i • les

autres passions. C'est celle avidité de louange, pour parler ainsi, et cet extrême désir de la gloire, qui a produit en eux ces grondée actions que l'on admire, et qui passent pour louables et pour gle •une et an

jugement des

Les Romains ont fait assez connaître quils avaient cette passion gravée dans le cœur, lorsque bâtissant des temples à :

Us ont voulu que celai de la Vertu et del'IIonnettr fussent joints cl comme attachés l'un à l'autre... Et c'est ce qui nous montre que c'était cet honneur qu'ils voulaient que la vertu considérât comme son but, et que c'était la fin se proposaient ceux qui passaient pour et pour justes parmi eux.

Ainsi après que les emph I nt eurent

été longtemps célèbres et illustres parmi les hommes (2), Dieu voulut qu'il s'en ftctbtU un

ingutl., litro v deCivit.Dei. cap. 1- > primiqne ftomani, quantum eorem doeel hisi iris , quamvis... deos falsos cokrenl , lumen tandis avidi , pecooiie libérales eranl , gloriam ingénient, dhrili s bonestas volebanl. liane ardcatissim« ditaerunl , propter banc vivere voluerunl , pra bat et mori dubilaverunt, esteras cupidilalcj bujus uuius ingi cupidiiate presserunt... isii ergo taudis avidn cupido gloriae multa illa miranda fecil , laodah BcfHcel atque glorlosa secundum homlnom extst tionem.... Hoc msiium habuisse Romanos, etiam deorum apnd illos œdes indiranl , quas cnnjtinelissimas consliluerunt Virlutis ei Honoris... Unde intelligi poi,si qiieni ttaeia volebant ease virtoitia, et quoeajn refereb ml qui boni erant, ad li<

ibid. cap- ir>. Quamobrem cum diu fu régna OrienUs illuslria, voluit Deus et occidentale fleri, quod tempore esset poslerius, sed imperil latitndtnc et magnitudine illustrlus. ldque lanbus Hssimum enneessil bominibus m\ domanda gi mata mnltarum genlitim , qui causa honoris, lan.i ilorue consuliierunl pair», lu qua ,a"*

requJrebani, saluteaiqne «jea laluli sua pneponera

NÉCESSITÉ DE LA FOI EN J.-C

dans l'Occident , qui ayant été le dernier dans l'ordre des temps , fût le premier par l'étendue de ses conquêtes et par l'éclat de sa gloire. El ayant résolu de punir et d'arrêter le cours des grands crimes qui se commettaient chez divers peuples, il choisit, pour rétablissement de cet empire , des hommes qui ont procuré le bien de leur patrie pour s'acquérir un honneur et une réputation extraordinaire qu'ils ont recherchée dans l'amour même qu'ils lui portaient ; c'est pourquoi ils ont préféré le salut de leur république à leur propre vie, et ils ont étouffé dans eux le désir du bien, et beaucoup d'autres vices par ce seul vice, c'est-à-dire par cet amour des louanges et de la gloire.

(1) Mais comme Dieu ne devait point donner un jour à ces hommes la vie éternelle , cette vie dont les anges jouissent dans la cité céleste , à laquelle on ne monte que par les degrés d'une piété solide et véritable qui ne rend les devoirs d'une servitude religieuse , et le culte de latrie , comme parlent les Grecs , qu'au vrai Dieu et au seul maître de toutes choses ; s'il ne leur eût point non plus accordé cette gloire terrestre et cet éclat de leur empire , il n'eût donc donné aucune récompense à leurs bonnes qualités ; c'est-à-dire aux vertus par lesquelles ils tâchaient de s'élever à ce comble d'honneur et d'estime ; car c'est de cette sorte de personnes , qui font quelque bien en apparence pour être honorées des hommes, que' Je sus- Christ a dit: Je vous dis en vérité qu'ils ont reçu leur récompense.

Ainsi les Romains ont méprisé leur propre bien et leur intérêt particulier , pour rendre leur république plus riche et plus florissante. Ils ont résisté à l'avarice : ils ont servi leur patrie par des conseils sincères et désintéressés, n'étant ni coupables d'aucuns crimes , ni sujets à aucune passion qui fussent contraires àleurs lois; et ils ont considéré ces bonnes qualités et ces bonnes actions , comme le chemin véritable pour s'acquérir un grand honneur , un puissant empire et une gloire qui pût durer dans tous les siècles.

non dubilaverunl, pro islo uno vilio, id est amorc lauilis, pecuniœ cupiditatem et fnulta alia viiia comprimeulcs.

(1) Ibid. cap. i'6. Quiluis ergo non erat Deus dalurus vilain œiernam cum sanciisangclis Buis, in civilaiesua cœlesti, ad cujus socielaiein piclas vera penlueil,quœiionexhil,elscrviluieinreligionisquam)aT|S6te'.> Graci vorant, nisi nui vero Deo : si neque liane fi-, lerrenain gloriam cvcelleniissiini imperii conecdcrei, non redderelur merecs bonis arlibos oormn, id est viriutibns, quibus ad lantani gloriam pervenire DilebaoMr. De (aldxis entai qui propter boo boni aliquid facerc videnlnr, ut gloriliccntur ah hoininilnis, cliain Doininus ait : Amen diCOvotih, perccperunl incrccdeiu suam. Seiliccl isli privatas res suas pro rc communi; hoc. est Repsblioa et pro ejus ;erario coiili-mpseruni, avarihaToslileriinl, consuluerunt palriajcon silio lihero, neqoe delklo sectmdum suas leges , ne (|uc liliidini obnoxii. His omnibus arlibui iau<|uani vera via, nisi sunl ad honores , imptriam, glanant ; lionorali sont in omnibus fere gcnlilius ; imperii sui leges imposucrunt inullis gmiibus , hodieque litteris et lisions gloriosl snui pêne in omnibus genlibus. Non est quod de gummi et veri Dei justifia conqueraiiiin ; pereeperuni mercedom mam.

Dieu leur a donné ce qu'ils désiraient ; car ils ont été honorés de presque tous les peuples, et ont soumis à leur empire la meilleure partie du monde ; ils sont encore aujourd'hui célèbres dans l'histoire ; et la gloire de leurs actions vit encore dans l'esprit de presque tous les hommes. Ainsi ils n'ont pas Heu de se plaindre de la justice de ce souverain maître, puisqu'ils en ont reçu leur récompense.

Il faut avouer que cet excellent discours de saint Augustin est d'une merveilleuse force , et qu'il peut couvrir de confusion ceux qui , ou par ignorance ou par témérité , ont la hardiesse de prendre à partie la justice de Dieu, en se persuadant qu'elle aurait traité les païens avec trop de rigueur, s'il était vrai , comme il l'est effectivement , qu'ils n'eussent reçu que des récompenses temporelles pour toutes leurs bonnes œuvres ; et que Dieu eût jugé que leur vertu était assez récompensée par l'estime qu'on faisait d'eux , et par la gloire qui accompagnait leur vie.

C'est aussi sur ce principe que saint Augustin a fait voir en beaucoup d'endroits de ses ouvrages qu'il ne se peut pas trouver dans les infidèles de véritables vertus , et que la plupart de leurs actions n'étaient pas exemples de péché, parce qu'il a cru qu'étouffer un vice par un autre vice , ne pouvait être une véritable vertu. Et qu'ainsi les actions qui paraissent les plus excellentes , ne sont pas exemples de péché , lorsqu'on ne les fait que par le désir d'êlre estimé des hommes , et d'acquérir de la gloire dans le monde.

Et c'est tout ce que ce saint docteur reconnaît dans les Romains , et qu'il prétend montrer dans le discours que nous venons de rapporter. Il y prouve que l'avidité des louanges et l'extrême désir de la gloire , sont ce qui a produit en eux ces grandes actions que l'on y admire. 11 le montre par le témoignage de leurs poètes deleurs orateurs , de leurs historiens et de leurs temples mêmes (Virgile, Cicéron, Salluste). 11 j fait voirclaircmcnt par toutes ces autorités , que ceux qui passaient pour bons et pour justes parmi eux ne se proposaient pour but et pour fin de leur vertu, que l'honneur et la réputation. Et c'est à cet amour de la gloire , qu'il attribue l'extrême amour qu'ils ont porté à leur patrie. Il ne reconnaît point d'autre source de leur tempérance, que cet esprit de vanité. Il y soutient qu'ils n'ont étouffe les autres vices que par ce vice; ctcnGn il dit que Dieu ne leur devant point donner la vie éternelle, leur a donné pour récompense la gloire terrestre , et cet état de leur empire , de la même manière que Jésus-Christ dit dans l'Evangile, que ceux qui font quelque bien en apparence, pour être honorés des hommes, reçoivent cet honneur pour leur récompense.

Il estdoncévidenlqueS. Augustin n'a point reconnu do véritable vertu dan- Les Romains, de même que l'on ne peut pas dire que les hypocrites , auxquels il les compare , soient véritablement vertueux; et que pour le dire, il faudrait supposer que ce ne soit pas un péché,

que de faire une Donne œuvre pour la seule gloire du monde.

Mais ce qui est de plus remarquable , est que ce saint docteur a prévenu la mauvaise interprétation que l'on pourrait faire de sa doctrine , lorsqu'il a déclaré en termes formels, que ce qu'il avait dit de rétablissement de l'empire des Romains, pour servir de récompense à leur vertu , se devait entendre de telle sorte que l'on n'en prît pas sujet de s'imaginer que les vertus qui se trouvaient dans les infidèles, qui étaient esclaves de la vaine gloire, fussent de véritables vertus. C'est la conclusion que donne saint Augustin à tout ce discours des vertus romaines , dont il faut prendre garde de ne pas abuser, pour donner atteinte à l'un des plus inébranlables fondements de sa doctrine, que hors la véritable religion , il ne se trouve point de vertus qui ne soient fausses, ni de bonnes œuvres qui ne soient défectueuses.

C'est pourquoi il ajoute: (1) Encore que selon la lumière que f ai reçue , j aie assez expliqué les causes pour lesquelles le vrai Dieu , dont la justice est infinie, a voulu favoriser les Romains qui étaient bons en quelque sorte, selon les règles et la police de la cité terrestre, et les élever à la qloire d'un puissant empire ; il se peut faire néanmoins qu'il y en ait quelque autre cause encore plus secrète et qui n'est bien connue que de Dieu seul; mais quelle qu'elle puisse être, il doit demeurer pour constant parmi tous ceux qui font profession de la véritable piété , que sans la véritable piété , c'est-à-dire sans le vrai culte du vrai Dieu, personne ne peut avoir de véritable vertu , et qu'elle n'est jamais véritable , tant qu'elle est esclave de la vaine gloire.

Et que l'on ne dise pas que si cela est , il s'en suivrait que, selon la doctrine de saint Augustin, Dieu aurait récompensé le vice, ce qui est une absurdité très-impie. Car ce raisonnement serait tout à fait contraire au bon sens. Il n' y a pour en être convaincu , qu'à voir le dernier article de la première Seconde de la Somme de S. Thomas : on y trouvera que ce saint docteur y montre que les biens temporels , comme les richesses , l'honneur, la gloire, l'établissement des empires, peuvent être considérés en deux manières (2):

DEMONSTRATION I \ wu LIQ1 i:.

(\) August. lib. v., deCivilale D,-i. cap. 11). Quamvis, ut potui, satis exposuerim qua causa Deus unus verus et justus, romaoos secundum quamdam formai» lerrenœ civilatis bonis adjuverit, ad lantiiinperii gloriam consequendam ; polesl lamen et alia causa esse latcniior propter divers i mérita generis humani, Deo magis nota quant nobis, dutn illud cousin inter omnes veraeiler pios, neminem sine fera Kielato, id est veri Dci vero cultu , verain posse lucre virtiiiem; nec cam veram esse, quando gloriae servit humante.

(2) Thomas 1. 2. quœsl. 114. ariicut. 10. in cor pore. Si lemporalia bona considereniur proul sunt uiilia ad opéra virtulum, quibus perducimur in vilain aelei nam, secundum boc directe et simplicilercadunt suli merito, sicut et augmentum gratis . et omnia illa

auibus homo adjuvaiur ad perveniendum in bealituineni post primant graliam.... ei in lantiini siini min

pliciter bona hujusinodi lemporalia ; si aulem consi-

l'une , comme nous étant donnés de Dieu pour serv ir a notre salut ; et 1 autre . COUUM étant simplement des biens temporels , et n a y an t aucun rapport à d'autre v ie qu'à celleci ; que selon la première considération , ils peuvent tenir lieu de rentables ré< ompttU par la connexion qu'ils ont dans I Ordre de Dien avec la rie éternelle qui est Tunique bien de l'homme ; mais que selon la seconde, comme ils ne sont point absolument biens, mais seulement improprement , ils ne sont aussi qu'improprement ré< ompenses . en tant que la Providence! divine fait réussir les desseins des hommes dans l'acquisition de ces choses, encore qu'ils ne les recherchent pas avec bonne intention.

C'est ainsi, dit saint Thomas, qu'il est écrit dans le prophète Ezéchiel (T , que Dieu fil tomber l'Egypte sous l'empire du roi de Babylone , pour le récompenser lui et son armée, des travaux qu'il avait soufferts au siège de Tyr, n'ayant égard en cela qu à l'accomplissement de ses desseins dans la punition de cette ville, et non point à la mauvaise volonté de ce roi. qui n'en avait point entrepris le siège pour servir Dieu . mais seulement pour s'en rendre maître. Il dit la même chose des sages-femmes dont il e-t parlé dans l'Exode , après avoir rapporté sur ce sujet cette glose prise de saint Grégoire, qui décide en termes clairs notre question : que la bonté que ces femmes témoignèrent en la délivrance des enfants . pouvait recevoir une récompense éternelle; mais que la faute du mensonge en avait reçu une récompense temporelle {Gregor. Mai/.' lib. WJ1I Moral. cap, 2): Henignitalis earum merecs potuit ai œterna vita retribui . sed culpa menaacii terrenom recompensationcm accepit.

Ce n'est donc point une chose qui soit absurde ni impie , de dire que Dieu récompense quelquefois des actions où se trouve du pèche, puisque S. Augustin et S. Thomas 1 en-

et c'est ainsi que S qu'un

soignent très-clairement Augustin dit dans son .Manuel cli. ±2 2 mensonge officieux peut être récompensé lemporellement, non pas à cause de la faus-

dereniur hujusmodi lemporalia bona secundum s,- ( sic non sunlsimpliciter bona hominis, sed secundum quid ; cl lia non simpliciler cadtinl sub nerito secundum quid in quantum scilicel homines movenkir a Deo, ad aliqua temporaliter agenda in quibut suuiu propositum consequuntur Deo ta vente... lice! inierdum in bis non babeant bomincs reclam iutenlioneni.

(1 ib'.d. ad -1. Dicendum quod illae relribniiones dicuntur esse divinitus factae secaadum comparalionem ad divinam motionem , non autem secundom respeclum ad maliliam voluniatis, pnecipue quantum ad regem Babylonis, qui non impugnavilTyrum quasi volens Deoservire, sed potius ui sibidominium usurparet. Similiter etiam obsielrices lieei babueriul bonam volunlaiem (piaiitum ad Idieraiionein pueroniiii, non lamen fuil eorum recta voluntts quautuiu ad boc quod niend.n inin conlinverunl.

Enchirid.cap. 22. Plurimum quidem ad bonam

isse h mines . qui non nisi pré sainte bominii

incutiuntur. non est iicgandum, sed in eor.un lali

profeciu, merito laudalur, vci etiam lemporaliler ie i m bc icvolenlia, non fallacia.

NÉCESSITÉ DE LA FOI EN J.-C

scté qu'il contient, mais à cause de la bonne volonté de celui qui ne ment que pour servir son prochain. Et c'est ainsi que Dieu récompense les bonnes œuvres des païens. Car comme elles sont composées de deux, parties , de l'office et de la fin , ce qu'ils font peut être bon à raison de l'office , comme lorsqu'ils servent fidèlement leur patrie; mais l'intention avec laquelle ils le font , est ordinairement mauvaise, quand elle n'est point réglée par la foi, à laquelle' il appartient de purifier nos intentions, en élevant nos cœurs à Dieu, suivant cette maxime si solide et si abrégée de saint Augustin (Enarrat. 2 in Psalm. XXXI): Bonum opus intentio facit , intenlionem fides dirigit.

C'est en cela même que nous devons admirer davantage la sagesse et la bonté de ce souverain maître des créatures, de ce que par un artifice admirable , il sait récompenser en ce monde ce qui se trouve de bon dans les actions des hommes, et qu'il réserve à punir en l'autre ce qu'il y de mauvais : et comme elles ne sont bonnes qu'en apparence et aux yeux des hommes, parce que, selon les principes de toute sorte de morale , le vice de l'intention suffit pour faire un péché , de la meilleure œuvre du monde, Dieu, pour proportionner toutes choses , a choisi pour les reconnaître , des biens qui ne sont biens qu'en apparence et aux yeux des hommes ; cl que le plus souvent ces biens , selon les ordres secrets delà Providence, tiennent lieu de châtiment , parce que l'une des plus horribles punitions dont Dieu châtie en cette vie les désordres de l'esprit humain qui méprise les biens du ciel pour s'attacher à ceux de la terre, c'est de l'abandonner à ses désirs ; et c'est ce qui fait qu'il donne souvent par colère aux enfants du siècle ce qu'il refuse à ses enfants par miséricorde. Deus multa concedit iratus, quœnon concéder et propitius.

11 n'a donc rien d'absurde dans la doctrine de saint Augustin et de saint Thomas sur cet sujet , puisqu'ils font voir au contraire que Dieu a fait paraître une justice , une bonté et une sagesse toute singulière dans la manière dont il s'est comporté avec les premiers Romains et les autres Gentils qui ont passé pour vertueux, en ne laissant pas sans quelque récompense les grandes actions de ces païens, par lesquelles ils se sont rendus recommandâmes parmi les hommes , quoique , selon les règles de la morale chrétienne , elles fussent défectueuses, parce quelles n'étaient pas rapportées à leur véritable fin qui eslDieu (August. iib. IV , contra Julian. cap. 3) : Hoc tamen peccantes quod hommes sine fide non ad ni m fine m isla opéra relulerunl , ad '/item referre debucrunt.

Honte, en accordant quelques dons cl quelques présents en ce monde à ceux qu'il devait déshériter en l'autre, comme Abraham fit aux enfants de ses concubines: Aliabona exhœredalorum , aha intelligamus hceredum.

Sagesse, en reconnaissant des vertus civiles et apparentes par des récompenses de même nature , et eomnie un empereur fit mourir dans la fumée un insigne fourbe de sa

cour, avec cette inscription : Fumo punitur qui vendidit fumum ; ainsi Dieu a payé de fumée ceux qui n'ont aspiré qu'à la vaine gloire : ( Aug. in Psalmurn CVI1I Serm. 121: Receperunt mercedem suam vani vanam). Ils ont reçu une récompense vaine comme ils étaient vains.

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