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CHAPITRE VII

Que c'est abuser jusqu'à l'impiété de la parole de Dieu, de prétendre autoriser le salut des païens par ces paroles rfe /' Apocalypse , où il est dit qu'une grande foule que personne ne pouvait nombrer, de toutes sortes de nations, adoraient l'Agneau.

Ce serait en vain que l'on prétendrait que l'on peut interpréter de ces philosophes païens, ce que saint Jean dit dans l'Apocalypse, où parlant des bienheureux, après avoir nommé ceux d'entre les Hébreux qui étaient de ce nombre (I) , il ajoute qu'il en vit arriver une grande foule que personne ne pouvait compter, composée île toutes sortes de nations, de peuples, de tribus et de langues différentes qui adoraient l'Agneau ; Câ» ce serait sans doute abuser de l'Écriture sainte . et lui donner un sens qui pourrait conduire à l'impiété : et ee serait vouloir non seulement que Dieu donne le salut aux plus vertueux d'entre les païens, mais à un nombre infini. Ce serait en quelque manière \ouloir rompre les portes do ciel pour les y l'aire entrer en foule, et pisser jusqu'à cet excès, qu'il y en ail beaucoup moins delus parmi le peuple que Dieu avait choisi pour son héritage, que parmi les autres nations où le démon avait établi son empire.

.M, lis ce serait encore un plus grand >■ ■ de s'imaginer pouvoir faire l'apôtre saint Jean auteur de cette hérésie . et par une étrange métamorphose, de vouloir changer

(1) Apocalyps. Vil. l'est lue m.Ii lurb.nn magn.ini qmn) dinunerare nenio p ierat, « omnibus genlibus, ei tribubus, ei papiste, et linfris, Manies uta Tara* hum m conspeciu Agui.

l'Eglise de Jésus-Christ répandue par toutes les nations , et unie par les liens d'une même foi et d'une même charité , en une troupe infinie de misérables païens qui sont morts dans les ténèbres du paganisme , et dans une entière ignorance de tous les mystères de notre sainte religion.

Il esl d'ailleurs évident que cette grande foule de bienheureux que personne ne pouvait compter, et que saint Jean oppose au petit nombre du peuple juif, ne peut marquer que la fécondité de l'Eglise catholique , qui produit par toute la terre une infinité d'enfants à son époux par la parole de son Evangile, et par la vertu de son sang. Ainsi ce passage de l'Apocalypse ne peut pas être allégué en faveur de l'opinion du salut des païens avec la moindre ombre de raison , puisque tous ces prétendus vertueux répandus par le monde, qui ont précédé l'incarnation de Jésus-Christ , n'ont jamais reçu aucune lumière de la foi , et n'ont eu d'autre conduite que celle d'une raison corrompue et esclave du démon.

Mais de plus la parole de Dieu ne se peut bien entendre que par le même esprit qui l'a dictée, selon le prince des apôtres ; et l'une des choses que l'Eglise a contestées avec plus de zèle contre les hérétiques des derniers temps, est que l'Ecriture sainte ne se doit expliquer que par la tradition et le consentement unanime des anciens pères, et non point par le caprice de chaque particulier. Or il est certain que l'on ne peut pas trouver un seul des pères qui sont les dépositaires de la vérité chrétienne et de la succession de la doctrine catholique qui ait jamais donné une si ridicule explication à ce texte de l'Apocalyse; et cette extravagance n'avait garde de leur entrer dans l'esprit, parce qu'elle est également contraire, et au dessein général de ce livre divin , et au chapitre particulier d'où ces paroles sont tirées , et à une infinité d'autres oracles de la parole de Dieu , qui seraient renversés par une telle interprétation.

Mais y a-t-il même rien de plus absurde ipie de vouloir trouver des preuves du salut des païens qui ont vécu avant l'avènement de Jésus-Christ, et qui ne l'ont jamais adoré ni connu, dans un livre qui ne contient que des prophéties de ce qui devait arriver dans l'Eglise depuis le premier avènement de Jésas-Gbrlst Jusqu'au second ? Car ce n'est autre chose qu'un récit continuel de son règne, de la grandeur de ses victoires, de la magniti- ( encedeson triomphe, de l'éclat incomparable de sa gloire et de sa majesté. De sorte qu'on peut appeler l'Apocalypse l'Evangile de Jésus ressuscité et assis à la droite de son l'ère, et que les quatre autres sont l'Evangile de Jésus Mortel et conversant avec les hommes, de même qu'un père de l'Eglise appelle les Actes des apôtres I Evangile du Saint- Esprit.

Que si l'on consulte plus particulièrement l'endroit dont ce passage esl pris, on verra que ce serait tomber dans toutes cei malédictions que l'apôtre prononce contre ceux

qui retrancheront ou ajouteront quelque chose aux paroles de son livre, puisque c'est faire encore pis de leur donner un sens entièrement contraire à celui que saint Jean lui-même leur a donné.

Car après avoir décrit cette grande foule de saints que personne ne pouvait compter, de toutes sortes de nations, de peuples, de tribus, et de langues différentes qui étaient devant le trône et en la présence de l'Agneau, vêtus de longues robes blanches et tenant des palmes dans leurs mains , il dit qu'un des vieillards lui demanda, qui étaient ceux qui étaient vêtus de longues robes blanches et d'où ils étaient venus ; et le prophète M ayant répondu, Seigneur, vous le savez; l'autre le lui apprit en ces termes (Apoc. VII, 14) :Himnt quiveneruntdc Iribulatione magnà et larerunt stolas et dealbaverunt eus in sanguine Agni, ideo sunt antethronum Dei. 11 faut avouer que ce serait prendre ces paroles bien à contre-sens, que d'en conclure que cette grande foule de bienheureux marque les païens qui, durant le temps de la loi judaïque, ne suivaient que le droit de la nature, sans aucune connaissance du Médiateur ; car saint Jean dit au contraire qu'elle ne comprend que ceux qui ont souffert pour le nom de Jésus-Christ, qui ont lavé leurs robes dans le sang de l'Agneau; c'est-à-dire, qui ont purifié leur âme par la foi vive qu'ils ont eue au Médiateur, et qui, reconnaissant humblement leur propre impuissanre à se purifier de leurs souillures que tous les païens ont ignorée, ont eu recours à ce sang divin, qui seul a le pouvoir d'effacer les péchés du monde. ,

Enfin pour ne dire qu'un mot du renversement général de toute l'Ecriture sainte qui suit manifestement de ce mauvais commentaire de l'Apocalypse, s'il était vrai qu'avant Jésus-Christ une infinité de païens se fussent sauvés en ne suivant que le droit de nature, et que le nombre des élus eût été beaucoup plus grand parmi les Gentils que parmi les Juifs, pourquoi est-ce que le peuple d'Israël aurait été appelé particulièrement l'héritage du Seigneur? Pourquoi le Prophète roi (Ps. LXX1I) : Quàm bonus Israël Dcus, Ayatèf To

UpeeijJi.a'no bwwb aurait-il dit si clairement que Dieu est bon à Israël, et qu'il n'a point fait de faveur semblable à toutes les autres nations, (Psalm. CXLVII) : Non fecit taliter bmni nationi, et judieia sua non manifestavit cis; ne leur ayant point découvert ses instructions divines? Pourquoi est-ce que tous les prophètes nous apprennent que la vocation des païens au salut et à l'adoration du vrai Dieu était réservée à l'avéncment du Messie? Pourquoi est-ce qu'Osée et les apôtres après lui, rapportent comme l'une des plus grandes merveilles du temps de la grâce : (1) que celui qui n'était point le peuple de

(\) Osée. 1. et II; llom. IX. 1. Pari I. Vocabo non plein m nicnm, ptefaffi meam; et non dilcctain , dilectam; et non misericordam consecutam, misericerdtam consecatam : ci crii in teee nlti ilicinm est eis non (iIi'Ijs mea vos , ibi vocabutilur Filii t>'i

539 hï.MONSTRATION ÊVANGÉL^UE

Dieu, c'est-à-dire les paYens, serait appelé le peuple de Dieu ; que celle qui n'avait point été aimée autrefois, serait appelée la Bienaimée; et celle qui n'avait point reçu miséricorde, recevrait miséricorde; et quaa lieu où on avait dit, vous u'éteB point mon peuple, ils seraient nommés les entants du Dieu vivant ?

Pourquoi le prophète Isaïe, pour exprimer la même chose, prédit-il qu'elle ne sera plus appelée la Délaissée (1) , et que sa teri e ne sera plus la désolée ; mais qu'elle sera appelée, Mon atnour est en elle , parce que le Seigneur mettra m elle toute son affection. Pourquoi le même prophète dit-il encore sur le même sujet, (2) que Dieu a été trouvé de (eux qui ne le cherchaient pas, et qu'il est apparu manifestement à ceux qui ne s'enquéraient pas de lui.

Peut-on aussi rien voir de plus clair que ce que dit saint Paul sur ce sujet en préchant aux païens , Que durant les siècles qui ont précédé la venue de Jésus-Christ , (3) Dieu a laissé toutes les nations marcher dans leurs voies,c\u\ ne les pouvaient mener qu'à uneéternollo damnation? N'est-ce pas ce que ce grand Apôtre prêcha encore en présence du sénat d'Athènes ? Car on voit que tout le discours qu'il fit dans l'aréopage, ne tend qu'à prouver que les temps qui s'étaient écoulés jusqu'à Jésus-Christ étaient des temps d'ignorance, (4) que Dieu avait méprisés pour marquer les ténèbres profondes d'ignorance et d'aveuglement dans lesquels Dieu avait abandonné les hommes. N'est-ce pas aussi la raison pour laquelle toutes les Ecritures saintes du Nouveau Testament ne parlent jamais de l'état des païens avant la réception de l'Evangile, que comme d'un état de damnation, et qu'elles ne reconnaissent jamais qu'ils soient passés à la lumière de Jésus-Christ , qu'en sortant de l'ombre de la mort et de la puissance des ténèbres ?

C'est ce qui fait que saint Paul dit généralement des païens convertis au christianisme, (5) qu'auparavant ils étaient morts par leurs dérèglements et par leurs péchés dans lesquels ils avaient vécu selon l'esprit de ce monde , selon le prince des puissances de l'air, c'est-à-dire du démon et «les esprits qui exercent leur pouvoir sur les incrédules et les rebelles (G). C'est pourquoi il les compare à un olivier sauvage qui ne pouvait porter que des fruits amers , jusqu'à ce que parla

prédication de l'Evangile et par la foi en lésas-Christ, il eut été enté sur l'olivier franc et rendu participant de sa racine et d< M douceur. N'est-cepAS encore ce qui fait qu'on voit dans les tetes des apôtres que les fidèles s'étonnent comme d'un prodige nouveau (le la loi nouvelle (1), de ce qœ la grâce de Jésus-Christ s'était répandue sur les paons? Enfin c esl Bans doute ce que veut marquer encore le prophète Isaïe, el après lui S. Paul, quand, parlant de la conversion des paVeni et de rétablissement de l'Eglise par la prédication de l'Evangile, ils disent [a) que celle qui avait ele stérile et sans enfants deviendrait au temps du Messie plus féconde que la s\ na^'ogue.

Si l'on peut accorder ces vérités éternelles avec les nouvelles erreurs du salut des pneus, et si l'on peut persuader qu'an temps qu l'Ecriture nous assure que la gentilité était délaissée, abandonnée, méprisée de Dieu, n'ayant aucune part à ses grâces . i ses instructions et à ses promesses , et étant semblable à un mauvais arbre qui ne peut porter que de mauvais fruits, et à une femme stérile qui n'enfante point; si, dis-je, on peut montrer que tout cela n'empêche pas qu'au même temps elle ne fût féconde d'une infinité d'enfants, et ne donnât plus d'élus au ciel que la race des patriarches et des prophètes, il faudra demeurer d'accord que c'est un grand avantage d'être épicurien , et que Horatius Tubcro a eu raison de dire qu'on ne saurait rien avancer de si étrange, ni rien prononcer de si extravagant, que par le moyen de cette ingénieuse secle.il ne rendit facile et trailable.

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