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CHAPITRE VIII

Où l'on fait voir que le sentiment de eau </«' prétendent sauver les païens, même depuis la venue de Jésus-Christ , est pire que celui des pélayiens.

(1) h. LXII. Non vocaberis ultra derelicla , el terra tua non vocabilur amplius desolata, Bed vocaberis voluntas mea in ea.

(2) 7s. LXV. QuaBsiernnt me qui ante non interrogabant, hiveneriini qui non qusesierunt me,

(5) Act. XIV. 15. In pnetemis generalionibus diniisit onines génies ingredi vias sn.is.

(4) Act. XVII. Tempera quittent bujus ignoranlise despteiens Deus.

(fi) F.ph. II. Cimi essetis morlui delirlis cl peccatM veslrisin quibus aliquando ambulaslis secundum seculum round i bujus, secundum principem potcslslis aeris, bujus Spinlus qui mine opcralur in lilios diflidenti.c.

(G) Rom. XI. ('.uni oleaster esses, inscrlus es in illis et socius radicis ci pingoedinis olivss l'acius e>.

Mais ce qu'on avance au sujet du sentiment

de saint Thomas et de Tostat. qui ont déridé nettement qu'au moins depuis la venue du Messie on ne peut être sauve sans la foi explicite en Jésus-Christ, fait voir que 1rs auteurs du salut des païens ne prétendent pas seulement rendre le salut aux philosophes qui ont précède Jesus-Christ , mais même à «eux qui ont vécu et vivent encore sous la loi de grâce.

Car. disent-ils, l'on peut faire sur ce sujet deux difficultés très-importantes : l'une. B*il esl vrai que Jesus-Christ ait été annoncé pattoute la terre, de telle sorte qu'on n'en puisse remarquer aucune partie où pour le moins les principaux mystères de noire religion n'aient été connus : l'antre . au cas que cela ne soil pas . si les (ienlils de ces cieiroils-ià

ne seront jamais sauves. Comme ils prétendent que le premier ue peul être contesté,

Ici. X. Obsdipucrunl fidèles quia et in naiioncs gratia s; iritus saneti effusa est.

(î) /- LIV. (.ni. IV. Lauda slerilis qu* non pans, quoniam mulli Btii déserte inagis, quam ejusqu-c habei virum.

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NÉCESSITÉ DE LA FOI EN J.-C

étant nécessaire de convenir qu'il se trouve des lieux où ceux qui les habitent n'ont jamais ouï parler de Jésus-Christ, ils en concluent que l'ignorance deces peuples est aussi excusable que pourrait être celle des anciens païens, et que l'on peut dire qu'ils seront sauvés en vivant règlement et vertueusement dans la loi de nature et se portant par la seule lumière de la raison , comme l'ont fait autrefois ces philosophes de la Grèce, à reconnaître un seul Dieu , auteur de toutes choses.

Mais cette doctrine hérétique doit paraître d'autant plus étrangère et être plus fortement rejetée, qu'elle va même plus loin que l'hérésie des pélagiens. Car ayant été condamnés par les conciles et par les pères sur ce qu'ils enseignaient que ceux qui ont vécu ayant l'incarnation se sont pu sauver sans la foi en Jésus-Christ, ils ont pourtant reconnu qu'au moins depuis la venue du Messie on ne peut plus être sauvé que par la foi en son nom. Ce ne peut donc être qu'un surcroît d'aveuglement, de vouloir qu'en tout temps les païens puissent être sauvés sans Jésus-Christ.

Nous apprenons en effet par ce qui nous reste des écrits des pélagiens (1) , et par ce que les pères nous en rapportent, qu'ils divisaient tous les hommes depuis la création du monde jusqu'à la consommation des siècles , en Irois états. Celui de la nature, celui de la loi et celui de la grâce. Dans le premier, ils prétendaient que la nature étant dans l'homme encore dans sa vigueur, et que la longue habitude du péché n'ayant pas encore obscurci la lumière de la raison, il pouvait de lui-même reconnaître et adorer le Créateur sans avoir besoin d'autre loi pour sa conduite, que de celle que Dieu avait gravée dans son cœur.

Dans le second , ils voulaient que la corruption des mœurs ayant affaibli la nature et l'ayant remplie de ténèbres et d'aveuglement,' l'homme eût besoin de recevoir de Dieu l'instruction de la foi qui lui donnât moyen non seulement de connaître , mais aussi de fuir le péché, et qui lui servît comme de lime pour ôter la rouille dont l'ignorance avait couvert sa raison, et lui rendre son premier état et son entière splendeur.

Enfin , ils avouaient que dans le troisième état, le débordement des vices étant monté jusqu'à tel point que ni la nature ni la loi n'étaient plus capables de guérir les hommes ; il avait été nécessaire que Jésus-Christ vînt, et que le médecin entreprît lui-même et non plus par ses disciples, la guérison d'une maladie si désespérée.

Les pélagiens inféraient de là que depuis la venue de Noire-Seigneur, non seulement la lumière de la raison, mais même l'instruction divine des Ecritures saintes ne suffisaient plus pour le salut sans la foi en Jésus-Christ: Sine Fide Christi, dit l'hérésiarque dans son Commentaire sur les Epîtres de saint Paul

(1) Epîlre de Pelage a Démélrade , cl dans ses Comment, sur S. Paul. Julien dans l'CEuv. imparfait el dans le livre du péché originel, e, 28.

jam ne sacrœ litterœ sufficiunt ad salut em.

Ainsi nous voyons que les pélagiens que l'Eglise a eus en horreur comme les plus grands ennemis de la croix de Jésus-Christ , et qui n'étaient chrétiens que de nom, selon les reproches que les pères leur en font si souvent , ont néanmoins donné davantage à la nécessité de la foi au Rédempteur, et ont beaucoup moins anéanti sa croix que l'on ne voudrait faire maintenant; que ces hérétiques ont reconnu (0 inimici cujus Christi, et solo vocabulo chrisliani) qu'au moins depuis que le Sauveur a répandu son sang pour la rédemption du monde, on ne peut être sauvé que par l'invocation de son nom; qu'ils ont eu moins d'ignorance, puisqu'ils ont reconnu que les Ecritures saintes du Nouveau Testament ne nous enseignent rien avec plus de soin que l'impossibilité d'obtenir la rémission de nos péchés autrement que par la foi au Médiateur.

Ils ont eu moins de hardiesse pour s'opposer à tant d'oracles de la parole de Dieu , et pour s'imaginer qu'il n'y a rien de si clairement établi . qui ne puisse être renversé par l'adresse d'un esprit sceptique.

Car ce ne peut être que par cet esprit sceptique, qu'on a la témérité et la hardiesse (pour ne rien dire de plus) de vouloir faire douter des vérités les plus assurées, et donner dans une aussi grande extravagance qu'est celle de soutenir que les païens ont pu et peuvent encore se sauver hors le christianisme, au temps même de l'état de la grâce, contre ce que nous enseigne l'Ecriture sainte, sans l'autorité d'aucun docteur de l'Eglise et sans pouvoir rien trouver dans les écrits de tous les pères, qui ne soit formellement contraire à cette hérésie.

C'est ce qui doit suffire pour la délester et la condamner, puisqu'il n'y a point de règle plus indubitable dans l'Eglise catholique , que celle que Vincent de Lérins a établie dans son excellent livre [Vincent. Lirincns. Commonitor. cap.lk), qu'il a fait pour servir de contrepoison aux fidèles , contre le venin de toutes sorles d'hérésies. Annuntiarc aliquid christ ianis , preeter id quod acceperunt , nnnquam licuit, nusquam licet, nunquam licebit : et anathematixare eos qui annuntiant aliquid prœterquam quod semel acceplum est, nunquam non o portait, nusquam non oportel , nunquam non oportebit : Qu'il n'est point permis, et qu'il ne l'a jamais été, d'enseigner aux fidèles une doctrine qui n'est point venue parle canal de la tradition; et qu'on a dû et qu'on devra et qu'on doit toujours frapper danathème tous ceux qui annonceront une autre doctrine que celle qui a été enseignée d'abord par les apôtres.

Quelle insolence n'est-ce donc point à des particuliers , que d'opposer à L'autorité de l'Ecriture sainte , à celle de tous les pères et à l'autorité même des docteurs de l'école , la vanité de leur propre sens, comme parle S. Paul (1), et la faiblesse de leurs raisonne-

(l)In vanilatc sensua sui. Ephcs. IV.

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ments, se persuadant que c'est une conséquence nécessaire, que l'on se peut sauver sans la foi en Jésus-Christ, pane que 1 T.v.'ngile n'a pas encore été prêché pur tous les endroits au monde! Car c'est une conclusion Si mal tirée, que les srnlastiques ne passent

fias plus avant que de dire , qu'aux lieux où es mystères de notre religion n'ont point été annoncés, si un homme gardait exactement la loi naturelle, Dieu lui enverrait plutôt un an are que de le laisser mourir sans la connaissance du Médiateur, supposant comme une vérité certaine et indubitable dans la doctrine de l'Eglise, que dans les pays mêmes Ou l'Evangile n'a pas encore été prêché , la foi en Jésus-Christ est ahsolument nécessaire pour le salut.

Leur raison est que cette nécessité n'est pas une nécessité de précepte seulement , à laquelle l'ignorance peut quelquefois servir d'excuse; mais une nécessité de moyen, qui ne souffre aucune excuse : comme il se a oit dans les enfants auxquels le baptême est nécessaire de cette dernière sorte de nécessité : car ils ne peuvent éviter la damnation s'ils meurent sans le recevoir, de quelque manière que cela arrive soit par la négligence des hommes, soit par les ordres secrets de la Providence divine qui les relire du monde avant qu'ils y soient entrés et qui ne laisse aucun moyen applicable pour faire vivre éternellement par une seconde naissance, ceux qui meurent avant la première [August., lib. II De peccalorum meritis et remiss. , c. 27) : Née enim renasci quisquam potest.antequam natus sit.

C'est pourquoi les païens qui meurent sans avoir entendu parler du Sauveur des hommes, sont indubitablement damnés, non pour avoir violé le commandement qui nous oblige à croire en Jésus-Christ, comme s'il n'j avait point d'autre cause de leur damnation, que ce manquement de foi; mais parce que tous ont péché, comme dit S. Paul Omnes peccuverunt et egent glorid Dei {Romanor. 111), soit en Adam, soit en leur propre personne. Ainsi il n'y a point d'autre voie, ni d'autre moyen de sortir de la captivité du démon dans laquelle tous les hommes naissent, qu'en s'adressant avec foi à l'unique libérateur et justificateur des hommes : et c'est ce que n'ont point fait ceux qui n'ont point connu Dieu ni Jésus-Christ par la lumière de la foi Non enim omnium cal fides II Theu. c. III ) : dit l'Apôtre: Et quomodo invocabunt inauem non crediderunt, autquomodo credent eiquem non audierunt (Romanor., c. X '.'

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