CHAPITRE IX
Queselon la doctrine des pe>e$, on ne peut être " sauvé depuis l'avènement ie Jésw-Christ ,
sans la foi dea principaux points de In religion chrétienne.
Mais si nous remontons plus haut et si nous consultons la théologie des pères, nous trouverons qu'il n'y en a aucun d'entre eux,
qui n'ait parlé avec force de l'impossibilité absolue de se sauver sans la créance des
principaux points de noire religion. Ou \oil même que ceux qui oui i ru ;i\ec plu> de
fermeté , nue la publication de l'Evangile dans tout le monde n'avait point été accomplie du temps des apôtres et qu'il y avait
encore «le leur temps des nation», tout entières qui n'avaient jamais entendu parler d'aucun des mystères de noire foi, smit ceux qui en ont parlé avec plus d'assurai
Il ce que nous voyons particulièrement dans S. Augustin : car il a soutenu que la publication de la loi de «race n'avait point d'autre temps limité que la lin du monde. 11 témoigne l) que de son vivant même il y
avait encore dans l'Afrique une infinité de peuples barbares qui n'avaient entendu parler en aucune sorte de la véritable; religion. Cependant ce saint docteur ne se contente pas de déterminer en général qu'il n'\ a jamais vu de salut hors la foi en Jésus-Chi M : mais il soutient en particulier que sans anéantir la croix de Jésus-Christ, et sans renverser le christianisme , on ne peut douter que ceux à qui l'Evangile n'a point été annoncé, ne soient hors d'étal de parvenir à la béatitude éternelle.
(2) Encore, dit ce saint docteur, que ce soit une vérité constante , qu'aucun ne puisse être délivre de la damnation générale que tous ont encourue par le péché du premier homme , sinon par la fui en Jésus-Christ ; néanmoins ceux gui n'ont point entendu prêcher l'Evangile lie se pourront affranchir de cette damnation, en apportant pour excuse qu'ils M / voient pas croire en Jésus-Christ. "'<>< ayant point entendu parler. C'est pourquoi , faisant au même endroit le dénombrement de ceux qui n'ont point de pari au royaume de Dieu, il y met au premier rang (3) ceux qui n'ont point entendu prêcher l'Evangile; ensuite ceux qui avant cru en Jésus-Christ , n'ont pas persévéré dans la bonne vie; puis ceux qui avant entendu prêcher l'Evangile , n'ont pas voulu croire en Jésus-Christ ; et enfin ceux qui n'étant pas en âge ni d'entendre, ni de croire, n'ont point reçu le baptême par lequel seul ils pouvaient être sau\ éi
Sainl Augustin a cru cette doctrine si constante et si assurée parmi tous ceux qui font profession d'être chrétiens, qu'il ne s est pu
1 1 £ptsl. olim 80. que nwtc est 100. Sunt apud nos, hocesl in Africa, barbarae innumerabilesgcuies,
in (|!iilnis noiuluni esse prxdicalura Evangetitun
aililiscere in prorapla esi.
(-2) Augtul. lib. de Corrept. et Gratta, t. 7. Si enim , sicui veritas loqnitur, nemo liberatur a damnai ione nuae facta est ner Adam, nisi per QdemJesa Chrisli, ci [amen :\b hac damnalione non >e liberabunl qui poteruni diecra non se tudusse EvaageUusi Chrisli, cum fides ex audilu >ii.
(â) Ibid. Ac per hoc et qui Evangeliura non auJieruui, ei qui co audilo in melius comniutaii perseveraotiam non acceperu i. el qui Evangelio audito venire d Cbrhnum, hoc esi in enm credere noloeruni, et qui per relatera parvulam nec credere potafrmm. sed ah original m>\.\ soloposseni lavacro i ncralionis absolvl , quo lameit non accepto saorlui pericrunt, non sunt ab ilh conspersione disereti, «I ii > m constat esse damnatam euntibus omnibus et uno in condemnalionem.
NÉCESSITÉ DE LA FOI EN J,-C
imaginer que la hardiesse des pélagiens fût assez grande pour le nier. C'est ce que l'on peut voir dans son livre de la Nature et de la Grâce, où il traite la question en termes exprès. Un homme, dit-il, jeune ou vieux, meurt dans un pays où il n'a pu entendre parler de Notre-Seigneur : je demande s'il a pu devenir juste par la nature et le libre arbitre, ou s'il n'a pu le devenir. S'ils répondent qu'il a pu le devenir, n'est-ce pas ce que l'Apôtre appelle anéantir la croix de Jésus-Christ , que de se persuader que, sans elle, on puisse être justifié par la loi naturelle et le libre arbitre ? et n'avons-nous pas sujet de nous écrier en cette occasion : Jésus-Christ est donc mort en vain ? car tous les hommes pourraient être justes de la même manière, encore qu'il ne fût pas mort; et s'ils étaient méchants, ils le seraient, le voulant être, et non pas à cause qu'ils ne pourraient être bons. Que si, au contraire , il est certain que cet homme ne pourrait en aucune sorte être justifié sans la grâce , que Pelage l'absolve selon ses paroles , s'il en a la hardiesse, puisque par sa maxime ayant été tel , c'est-à-dire pécheur , pour n'avoir pu être autre c/lo-se, il est exempt de faute (1).
Que ces paroles de saint Augustin nous apprennent de vérités!
1. Elles nous désabusent de la fausse opinion qui sert de fondement à toutes les erreurs que nous combattons, et que saint Augustin a combattues dans les pélagiens; car on prétend que des hommes conçus dans l'iniquité et engagés dans la damnation, tant par le péché originel que par une infinité d'autres qu'ils y ajoutent tous les jours , ne pourraient être justement punis de Dieu, s'il ne leur donnait tous les moyens efficaces pour parvenir au ciel, ce qui est absolument ruiner la grâce , d'où notre délivrance dépend, puisqu'elle ne mériterait pas ce nom si elle nous était due, et que Dieu ne la donnât pas à qui bon lui semble et comme il lui plaît,. selon les ordres toujours équitables, mais souvent cachés, de sa miséricorde et de sa justice.
2. Ces mêmes paroles nous montrent clairement que, dans le sens des pères de l'Église, partout où il n'y a point de foi en Jésus-Christ, il n'y a point de grâce de Jésus- Christ qui sauve ceux qui n'ont point celle foi. De sorte que si les hommes qui n'ont jamais eu celte foi, pour n'avoir jamais entendu parler des mystères de l'Evangile ,
(1) Auy. tib. de Nal. et tirai, cap. 9. Juvenis vol mima ni ea régions defunclut est ubi non potuit ( lnisti nomen audire. Potuit lieri jusius per naiiiiani et liberum arbitrium, an non potuit? Si poiuisse dj- (uni; Bcee quod est criiccrn Chrisii évacua re , sine illa quemquam per naturalem legem ci voluntatis arbitrium justiAcari pos!.e conleiidere dreamus • C| lue ergo t.lirisins gratis inorliins est : hoc emni omnes possenl : eliainsi nmrtiuis ille non estet , cl si injusii estent, qma vellenl «cent, non quia jns'ii este non pestent. Si aulem sine Christ! gratin jusiilicari omrnno non potuit, etiain isium si audèl | Pelagiutj al.sohai lecundttm verba tua, quia si Idcirco talis fuit quod aliud esse oinmno non potuit , culpa fca«
étaient sauvés , il faudrait nécessairement qu'ils le fussent par les forces de la nature et du libre arbitre; et c'est justement le monstre de l'hérésie pélagienne que le démon a produit et que l'on prétend faire renaître de nos jours, mais en le couvrant de cent voiles et en se servant de toutes sortes de déguisements, pour en cacber la difformité.
3. Elles nous font voir que c'est anéantir la croix de Jésus-Christ et vouloir qu'il soit mort en vain, que d'accorder le salut à un païen qui n'ait point eu la connaissance de celte croix et de cette mort, et qui n'ait point lavé sa robe dans le sang de l'Agneau, comme il est dit dans l'Apocalypse.
k. Elles confirment ce que nous avons déjà dit, que la damnation de tous les païens auxquels l'Evangile n'a point encore été prêché, doit tellement demeurer pour constante parmi les fidèles, que S. Augustin ne croyait pas que Pelage même en osât douter : Etiam istum si audel absolvat. Tant il était assuré de ne rien avancer en cela que de clair, que de manifeste, que d'indubitable, que de conforme aux premières notions des chrétiens et au sens commun de la foi. Aussi voyonsnous que les semi-pélagiens, qui reconnaissaient même des grâces générales pour le salut de tous les hommes, n'ont néanmoins jamais osé choquer cette vérité de l'infaillible damnation de tous ceux que Jésus-Christ n'a point éclairés de la lumière de son Evangile, quoique les défenseurs de la grâce en tirassent l'un de leurs plus forts arguments, pour l'établissement de la doctrine catholique contre leurs erreurs.
C'est ce que nous apprenons des lettres de saint Prospcr et d'Hilaire à saint Augustin, où ils rendent compte des sentiments de ceux de cette secte. Ils y témoignent tous deux que lorsqu'on les presse de répondre , pourquoi Dieu avait laissé périr tant d'hommes , soit avant l'incarnation, soit depuis, sans leur donner la connaissance du Messie, ils ne répondaient autre chose, sinon que ceux qui périssaient faute d'avoir été instruitsdes vérités de notre foi, étaient inexcusables devant Dieu , parce que la raison pour laquelle, il n'avait pas ordonne qu'on leur prêchât l'Evangile, était qu'il avait prévu que, quoiqu'il leur eût été annoncé, ils ne l'eussent pas reçu, cl n'eussent pas cru en Jésus- Christ. Cum ad earum nationum contemplalionem venitur, dit saint Prospcr (epist. ad S. August.), quœ vel in prœteritis sœculis dimissœ sunt ingredi vias suas, vel nunc quoque adhuc in veteris ignorantiœ impielate depercunl, nec alla cis aut logis, ont Evnngelii illuminalio coruscarit. Prœvisos , inquiunt a Domino credituros, et ad unamquamque gentem ita dispensata ttmpor* et tmniiteria magistrorum, ut exortura erat bonarum cre- (lulilas volunlalum. Nec varillarr ilhnl quod JJcus omnrs hominea rrlil .«il vos fiai, rt in agnitionem vnitatis venire : quandofuidm inexcusables tint qui cl ad unius veri l)<i culium potuerint imtrui inteHigentia naturali , ri Svangetium ideo n&n audierint, quia nec fucranl recepluri, El nous lisons la mémo
chose dans la lettre d'Hilaire : Cum autem diciiur cis, quart nliis vel alicubi preedicetur, vel non preedicetur, vel nunc preedicetur quod aliquando pêne omnibuê, tient mine aliguibus gentibus non prœdicatum est : dicunl ia preescientiœ este divince ut eo tempore, et ioi, et Mis veritas annuntiaretur , id annuntietur guando et ubi jpreenotcebatur esse credenda.
C'est ce qui nous montre évidemment que les pélagiens s'efforçaient bien de rapporter aux différents mérites des hommes, et non pas aux jugements incompréhensibles de Dieu, la raison de ce que l'Evangile n'était pas prêché partout; mais qu'ils étaient obliges d'avouer avec tous les catholiques, que ceux qui n'avaient jamais entendu parler de la vraie religion, n'éviteraient point les supplices éternels. C'est pourquoi nous voyons que saint Pros per (Cirm. de ingratis, cap. Il) écrivant contre eux, se sert toujours de l'exemple de ces peuples ù qui les vérités de l'Evangile n'avaient point été annoncées , pour les forcer de reconnaître que c'était à tort qu'ils prétendaient que le don de la foi avait été accordé généralement à tous les hommes, puisque l'Evangile n'ayant pas encore été prêché par toute la terre, ceux qui n'avaient point été éclairés de cette lumière n'avaient point eu la foi. et n'avaient point par conséquent de part au salut éternel.
On voit d'ailleurs que les semi-pélagiens ne pouvaient souffrir que saint Augustin eût enseigné que la grâce par laquelle les hommes sont sauvés n'est point donnée à tous les hommes, comme il l'enseigne dans sa lettre (olim 207, nunc autem 217). Pervenimus autem in vu quœ ad fiilrm veram et catholicam pertinere scimus. In quittas ita ambulandum est, adjuvante Deo, ut ab iis nullatenus deviemus. Quoniam ergo propitiv C/tristo christiani catholici sumus, scimus gratiam J)ei non omnibus liominibus dari ; scimus eis quibusdatur misericordia Dei gratuita dari; scimus eis quibus non datur justo judicio Dei non dari. Et c'est pourquoi saint Prosper ne trouvait point d'argument plus fort pour les confondre et pour leur montrer évidemment que celle doctrine apostolique ne pouvait être reprise sans une grande témérité, que de les envoyer aux peuples qui n'avaient point encore entendu parler des mystères de Jésus-Christ, et qui par conséquent étaient privés des lumières de la foi (Prosper sententiam super objectionem quartam Gallorum): Qui dicit quod non omnes vocentur ad gratiam , si de his loquitur quibus Christus annuntiatus non est, reprelirndi non débit, ifuia scimus (juidem in omnes fines terra l'vamjelium destination, sed non putamus jum in omnibus terra' finibus pnvdicutum. .\ec possumus dicere i/uod ibi sit (/ratiw rocaljo . ubi matris
Ecclestœ adhuc nuila est regeneratio.
l'.t dans son excellent poème contre les ingrats , c'est-à-dire contre les ennemis de la grâce, il emploie la même raison contre la même maxime :
.i.ini quia summatini,{al potui, sentenlia veslri Deoursa »'bi : diC uode probes, quod gratis <ïn
DÉMONSTRATION È\ vNCÉLIQJ l
Nullum omniDo bomionm de eunetitqol sjeaenatv
i reat, col non Regnnm ribunque l>eal .in Imperlire relit? Nec enini vel lempore n<«>iro Omnibus m terris jam certum est iitMoualum Curisii EvaugeUum, ne dieam exordia demi Non poluisse simili loto decurrere monda Illa quidem ad onuetos ferri sunl jussa , ted osm, I cni| ore non agitur, quod teoi| ore die ilui ut» ; Dumque suis adfUts Domino pandente minislrfs
uni i rimitie, fuerint onmino ne© Quxdam lerraruan parles, ubi frratia ooiidum, Corda bominum lenebris absorpserai impiel El dira innumeri demersi node peribant, Cum multo accepto lulgebanl lamine meen
.Mais on ne peut rien désirer de plus fort et de plus puissant sur ce sujet, que la de, i^ion du concile de Sardaigne; elle est même d';mtant plus considérable, qu'il a cet avantage, que n'a peut-être aucun autre concile de I I glise, de n'avoir été composé que de confesseurs et de martyrs , puisqu'il a été tenu pu les évéques d'Afrique que la persécution îles Vandales avait relègues dans celte Ile. Ainsi on peut dire que ces' grands hommes étaient doublement remplis de l'esprit de Dieu, et en qualité de ministres de Jésus-Christ, et en qualité de persécutés pour son nom. Dam 1 une ils représentaient Jésns-Chrisl dan- sa gloire, parce que l'évéque est l'image de Jesus-Christ ressuscité, et donnant le Saint- Esprit aux hommes par sa résurrection : et dans l'autre ils le représentaient dans les afflictions et dans les douleurs, parce que c'est principalement aux évéques à accomplir ce qui manque à ses souffran
Ces saints prélats ne crurent pas qu'il leur dût suffire d'avoir défendu avec tant d'ardeur et de constance la vérité de sa nature divine contre les hérésies et les violences des ariens; ils crurent encore devoir défendre avec autant de zèle la force et la nécessite de - I grâce contre les artifices de Fauste, évéque de Kiez, et de quelques autres ennemis de la doctrine de l'Eglise enseignée et soutenue par saint Augustin. Ainsi ils dressèrent une épître synodale pour affermir les fidèles dans les véritables sentiments qu'ils devaient avoir de la grâce de Noire-Seigneur, cl pour redresser ceux qui commençaient à s'en écarter. Et voici comme ils s'expriment dans celle excellente lettre sur le sujet que nous traitons. I Non seulement, disent-ils, h foi n'est pas commune à tous, mais il >/ a même encore des nations à qui elle n'a point été annoncée. <>r, l'Apôtre dit : Comment invoqueront-ils celui auquel ils n'ont point cru ! l'A comment croiront-ils en lui , s'ils n'en ont point entendu parler f l'.t comment en entendront-ils parler si personne ne leur prêche f
On voit parées paroles combien on peut tirer, des mêmes principes, de conclusions
Mi Epitt, Synod, Epise. Afrie. Sm-dinin crut. . '.•. Cum non solnni non omnium >ii fides, sed adhnc nonnullacgeulcsinvenianlur ad c|m;in lidei pradicatio non
pei Venil ; Ihmiiis aillem ApoSloIllS dieu : Quomodo invocabunl in quem non erediderunt, aui quomodo ^redent ci /plein non audierunl , quomodo autem andienl I prœdicanle .'non îiaqne gratia omnibus datur. (Juando-
uuidem ipsius gratis participes esse i possonl qui
fidèles non sunt , nec possuul crederc, ad quoi ian nitur ipse fldei audilus miauns pervenisi
349 NÉCESSITÉ DE LA FOI EN J.-C
différentes et opposées. Car ces saints évé-
ques supposent, comme on le suppose aussi, que de leur temps l'Evangile n'avait pas encore été prêché par tout le monde ; mais au lieu d'en conclure, comme on fait, que ceux à qui il n'avait pas été prêché se pouvaient sauver sans la foi en Jésus-Christ, ils en infèrent au contraire que, sans ruiner la doctrine catholique, on ne peut avoir aucune espérance de leur salut ; et ainsi ils se servent de cet argument comme d'une preuve invincible pour renverser ce que les semi-pélagiens, au rapport de saint Prosper, prenaient pour base de leurs erreurs.
Quod gratia Clivisii Nullum omriiuo hominum de cunclis qui generanlur
Praetereat, cui non regnum vitamque beatam. Impertire velit.
Carminé de mgralis cap. xi.
Ainsi que resterait-il pour accabler les défenseurs du salut des païens, de la ruine de leurs mauvaises maximes et de leurs fausses conséquences, sinon de leur alléguer les paroles du même saint Prosper (Cont. Collai., c. 5) : Videtisne régulas vestras invictarum constitutionum soliditale confractas, et in fidei structura pràvas ruinosasquo juncturas velut Hierichuntinos muros ad sacerdotalium tubarum misse concentum ?
<B,\mtvihnt p&rtti.
CONTENANT UNE RÉFUTATION DES PRINCIPALES FAUSSETÉS, ERREURS ET IMPIÉTÉS QUI SUIVENT DU SENTIMENT DES AUTEURS DU SALUT DES PAÏENS.
Nous avons jusqu'ici établi ce que l'Ecriture sainte et la Tradition nous enseignent louchant la nécessité de la foi en Jésus- Christ, pour obtenir le salut éternel. Nous avons détruit tout ce qu'on pourrait avancer contre cette doctrine divine ; et nous croyons avoir dissipé tous les nuages dont on pourrait obscurcir une vérité si évidente ; expliqué toutes les autorités dont on s'imaginerait pouvoir appuyer le salut des païens sans la foi en Jésus-Christ , et renversé toutes les fausses raisons ou plutôt les erreurs dont on pourrait prétendre soutenir ces fausses maximes. Ainsi il ne semblerait pas nécessaire de rien ajouter pour donner de l'horreur de ces pernicieux sentiments à tous ceux qui ont quelque zèle pour la gloire de Jésus-Christ; car qui est le chrétien qui pourrait être si insensible à ce qui regarde l'honneur de son Sauveur, que de n'être
S toint louché de l'outrage qu'on lui voudrait aire en lui ravissant la qualité qu'il s'est acquise, par son sang, d'unique Rédempteur des hommes, en voulant qu'une infinité de personnes aient pu plaire à Dieu sans la foi en son nom, par la seule loi de la nature; ce que saint Augustin témoigne avoir été l'un des plus grands sujets que l'Eglise ait eu de délester les pélagiens ?
* Cependant il ne sera peut-être pas inutile pour h; bien îles âmes , qui est la seule chose que l'on doit avoir en vue et que l'on doit se proposer dans un ouvrage , d'examiner encore les autres erreurs qui sont des suites de cette fausse doctrine du saint des païens, et qui sont capables de causer on étrange désordre parmi les hommes. Car on peut dire qu'il y va et de l'honneur de l'Eglise, de ne pas souffrir que ceux qui se disent ses enfants , la déshonorent, voulant faire passer leurs sentiments erronés pour conformes à sa doctrine ; et de
l'intérêt même de l'Etat d'étouffer des maximes qui ne tendent qu'à jeter dans les esprits des semences de libertinage, à introduire peu à peu la détestable indifférence des religions, et à porter les hommes à se persuader que l'on peut acquérir par des vertus héroïques la licence de commettre les plus abominables crimes. C'est ce qui oblige d'ajouter à la réfutation de l'erreur principale et fondamentale de ces auteurs, qui regarde la nécessité de la foi en Jésus-Christ pour être sauvé, celle de beaucoup d'autres erreurs particulières qui en sont des suites.