CHAPITRE PREMIER
Qu'il est' faux que les premiers justes aient été plus vertueux que ceux des derniers temps, par cette raison que la nature avait reçu alors moins d'altération que dans la suite des temps; et qu'au contraire ils ont été plus proches de lu source de la corruption des hommes.
On prétend qu'il est fort croyable que les premiers hommes Abel, Sclh, Enoch, Noé, étaient tout autrement vertueux .que ceux qui ont vécu depuis, et qui n'ont reçu cette semence de probité qu'après beaucoup d'altération; et on dit que c'est pour cela que les poètes ont mis le siècle d'or aussitôt après la naissance du inonde. Dans la vérité, il semble que ce n'est pas mal s'y prendre, qu'ayant à défendre la cause des païens, on appelle les poètes à son secours, et qu'on se serve des témoignages de leurs prophètes pour ce sujet. Cependant il faut bien prendre garde qu'en cela même on accomplit la prophétio de saint Paul: Que dans les derniers temps, les hommes ne pourront plus souffrir la saine doctrine, et au ayant une extrême démangeaison d'entendre ce qui les flatte, ils fermeront l'oreille à la vérité, et l'ouvriront à des contes
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et à des fables. A veritate quidem auditum avertent, ad fabulai auttm eonvertentw (II Timoth., IV). Car il ne s'agit pas ici d'une vertu et d'une probité humaine ; mais de celle qui doit conduire au ciel, et du salut des premiers hommes qui ont \ é< a dans l'étal de nature. Ainsi « s vertus «les anciens justes qui étaient si agréables à Dieu, et dont on ne peut douter que le- vertus ne fussent divines et sanctifiantes, n'étaient point des vertus humaines et civiles ; et par consé-
3uent on ne peut soutenir que les hommes es premiers temps, c'est-à-dire les saints patriarches Abel, Seth, Enoch, Noé, fussent tout autrement vertueux que ceux qui ont vécu depuis eux pour avoir reçu cette première semence de probité avec moins d'altération.
Le concile d'Orange a défini le contraire en termes exprès, et sur le sujet des mêmes personnes. Nous croyons, dit ce concile, que les juste Abel, Noé , Abraham, Jsaïc, Jacob el tout le reste des saints de l'antiquité, n'ont point reçu cette grande foi que saint Paul loue en euar, par la bonté de fa nature qu'avait eue Adam dans sa création , mais par la grâce de Dieu. Ainsi ces premiers hommes n'ont pas été plus vertueux que ceux qui sont venus depuis, selon ce concile , parce qu'ils venaient presque de sortir des mains du Créateur, et qu'ils avaient reçu celte première semence de probité, qui ne peut être autre chose que la bonté de la nature avec moins d'altération que les autres, mais parce qu'ils ont reçu la grâce de Jésus- Cbrist par anticipation. "Et soutenir le contraire, c'est ruiner ouvertement la croyance du péché originel; c'est s'opposer directement à ce que la foi nous enseigne, que depuis que le premier homme s'est révolté contre Dieu, il est devenu la source, non plus de la vertu et de la probité, mais de la malédiction et de l'iniquité : et qu'au lieu de l'innocence qu'il eût transmise à ses descendants , s'il fût demeuré uni à Dieu, il ne leur a transmis, depuis sa chute, qu'une corruption générale qui est répandue dans toutes les parties de leur âme et de leur corps, ainsi que l'ont défini les conciles.
C'est ce que saint Prosper (Lib. contra coll. c. 27] répond aux semi-pelagiens qui voulaient de même trouver dans les hommes des semences naturelles de probité. Si dubitari non potest inesse omni anima1 naluraliter virtutum semina bénéficia Crealoris inserta , solus Adam prœvaricatus est , et In peccato ejus nemo peccavit, in nullis ini/jaitatibus concepti siunus et in nullis nos maires nostrœ pepererc delietis. Mon fuimus natara filii ira-, nec fuimus sub potestate lenebrarum , qui manentihus in nabis naturaliter tirtutibus , fdii potius nati sumus lucis et
(w2i tioncil. Arausic, -2. Can. ult. Abel justo, ci Noe, et Ahrahx, El Isaac , et Jacob omnlquc anliquorum Sanctonim mntliludini, llîani prxclnrain fidem qoam in ipsoruiii fonde pnedicai aposlolus Paulus, non per lioniim naiurse miod prias il Aéem dnttm Rierai, sed per grau. un Dei orediUHH hdsM CollaUua,
l'A \NGf.MQUE. M
patis. M lis il faut ajouter avec saint Prosper Idem, iimt , ,i ab anùnù pioru», fallacis doetrinm msidiosa dêc$pti li est donc indubitable, puisque la pan. le
de Dieu nous en liiure, qu'Adam par MO pei bé s'est rendu une source empoisonnée qui ne produit plus que des ruisseaux infectes. Ainsi il n'y a que le Rép irateur de il nature et le Sauveur du monde qui seul s >{| une source de grâce et de sainteté dans les âmes. Cela étant, quel avantage peuvent
avoir eu an-detens des antres, par l ordre
de leur naissance. ku\ <|ui sont nés dans les premiers siècles du monde, que d avoir été plus proches du principe de la corruption, et plus éloignés de celui de la grâce et <l vertu :' Aussi voyons-nous que le premier des enfants d'Adam a été l'un des plus méchants de tous les hommes, et la figure du plus méchant peuple qui fût jamais, et de Judas même, et enfin le premier des reprouves et le chef de la Cité du diable; jusque-là que l'Ecriture sainte [Epist. Jud. Il '.Ta qui in via Coin abierunt, lui attribue le deluge, comme si lui seul en eût été la cause. En quoi, dit saint Augustin 1 . Diem i a voulu marquer que tous les hommes d't*n< origine corrompue et engagée dans la damnation, sont premièrement méchants et charnels, et ne peuvent devenir bons et spirituels gu'n renaissant en Jésus-Christ.
C'a été un sentiment commun aux pélagiens et aux semi -pélagiens, que les hommes, au commencement du monde, ont été tout autrement vertueux qu'ils n'ont depuis; et c'est ce qu'ils confirmaient par la même raison que celle dont on se sert encore aujourd'hui à leur imitation . que la bonté de la nature n'avait pas tant reçu alors d'altération par le débordement dés vices. Mais on voil aussi que saint Augustin répondant à ces hérétiques . rejette ce faux éloge de cet imaginaire siècle d'or, comme contraire à la parole de Dieu.
(2) De quoi, dit ce saint docteur, s'avisent ces gens-là , de louer le genre humain dans les premiers siècles, comme n'étant pas encore si corrompu pur les vices et par /< i mauvaises mœurs.' Comment ne considèrentils point que les hommes, en ce temps-là. ont été ensevelis dans de si grands et si horribhs pécMs, qu'excepté un homme de Dieu, sa fanai , trois de Ses fils et autant de ses bellrsfUles, ce monde entier reçut du juste jugement de Dieu la même punition, par le moyen dt
(!) De Civil. Dei. I. xv , c. I. Onde ontiaottisquc
qnoniam ex damnata propagine exorilur, primo sii ne-
i\ Allant moins alque oarnalis : qnod si in
Clirisiiim renascendo protecerK, posera bonus et
spiritatia.
\ng. lib. di Pecc or. e.î9. QuaJe est auiem quod ab islis iUa aux anle fuit, velui adhuc minus malis moribus vib.ua bominum laudatur namr.i. neque respiciunt lanlis tamque inlolerabilibus pec Domines lune busse submersos . ni excepto uno homine l>ei, et ejus eonjoge tribusque liliis el loii^lem niinliiis, jostojadicio Dei sicul igné poste» terra e\\gtn Sodomorum , ita loms mundiis dduv io i
reiur.
NÉCESSITÉ DE LA FOI EN J.C
l'inondation du déluge, qu'une petite portion de terre qu'habitaient ceux de Sodome, reçut depuis par le feu ?