CHAPITRE III
Nécessité de la foi en Jésus-Christ pour le salut, prouvée, parce que sans elle on n'obtient point la rémission du péché originel ni du péché actuel.
Il y a encore beaucoup d'autres maximes qui ont un rapport direct au sujet que nous traitons, et qui ne sont pas moins dangereuses, puisqu'elles ne tendent àrien moins qu'au renversement entier du mystère de l'incarnation de Jésus-Christ. Car on avance que les païens qui ont vécu au temps de la loi , et qui n'avaient qu'une connaissance de Dieu acquise par la raison sans aucune révélation particulière de l'incarnation de Jésus-Christ, ont pu sans cette foi être purifiés de leurs péchés ; de sorte que , selon ces auteurs du salut des païens, le péché originel était remis dans les enfants par la créance que leurs parents avaient en Dieu ; que ce même péché était remis dans les personnes plus âgées par la première bonne action qu'elles adressaient à Dieu, si heureusement qu'il l'avait agréa-
(1) Romanor. i. Ei aulem qui operaïur, merces non impulalur secundum gratiam , sed secunduin debilum : ei vero qui non operaïur , credenli auiom in in ciun qui juslilical impium , reputaLur fides cjus ad jn -liiiam secundum proposilum gratine Dei.
(2) Auautt. Epitl. 105. jam. 194. Hestat ut ipsam fidem nuilis prx'cedcntibiis merilis , quoniam ihde incipiunt bona quxeumque sunt mérita , sed gratuiluni donum Dei esse falcamur si gratiam veram , id est sine meritis cogilamos. Opéra quippe bona h mit al» liomine, udes aulem ht in domine sine qna illa a nullo liunl homine. Omnc enim quod non est ex fide, peccalum est. |
DÉMONST. ÉVANG. III.
NÉCESSITÉ DE LA FOI EN J.-C
ble; et quant aux péchés mortels de ces derniers, que la rémission leur en était faite par la contrition, de même que nous croyons que les chrétiens l'obtiennent aujourd'hui.
Qui ne voit que si ces maximes avaient cours dans la religion chrétienne , elles la renverseraint absolument? car si cela était, Jésus-Christ serait mort en vain, comme dit saint Paul , et la publication de l'Evangile n'aurait fait que rendre le salut plus difficile qu'il n'était auparavant. Car maintenant nous sommes obligés de croire une grande quantité de mystères qui surpassent notre intelligence, ce qui fait qu'une infinité d'hérétiques se sont damnés et se damnent encore pour ne les vouloir pas croire; au lieu que, selon les principes de ces auteurs , les païens n'avaient qu'à croire qu'il y a un Dieu , ce que la seule raison nous peut apprendre. Aujourd'hui, selon la créance de l'Eglise catholique, les enfants des chrétiens les plus saints ne sont point sauvés s'ils ne reçoivent le baptême, lequel souvent on ne leur peut conférer; et selon ces auteurs , parmi les païens la seule connaissance naturelle qu'ils avaient de Dieu effaçait dans leurs enfants le péché originel, et dans les plus âgés la première bonne action qu'ils adressaient à Dieu ; et ainsi du reste.
En vérité, si ce n'est pas là ébranler les principaux fondements de la religion chrétienne, on ne sait plus ce que c'est. Et quand il yaurait quelques scolasliques qui seraient tombés dans quelques-unes de ces erreurs , ce serait une imposture que de les vouloir attribuer non seulement à l'Eglise, mais même à toute l'école. Car ce que quelquesuns ont dit, que le péché originel se remettait par la foi de leurs parents, ne se doit entendre que d'une vraie foi au Messie à venir, et non pas d'une connaissance naturelle de Dieu; puisque cette connaissance ne peut être appelée foi , comme on a déjà dit , sans renverser tous les principes de notre religion, qui nous apprennent que la foi doit être fondée sur la révélation de la parole de Dieu, et non pas sur la lumière de la raison.
Enfin, on pourrait dire avec vérité qu'il n'y aurait plus rien d'assuré dans la doctrine de l'Eglise , s'il était permis d'enseigner qu'une foi chimérique des païens, c'est-à-dire une connaissance naturelle d'un premier auteur de toutes choses, telle que l'ont pu avoir Socratc, Platon, Aristote, cl les autres philosophes, ait effacé dans leurs enfants le péché originel.
Ce que l'on ajoute, que ces impies obtenaient la rémission de leurs péchés mortels par le moyen de la contrition, de la même manière que les chrétiens l'obtiennent aujourd'hui , n'est pas moins faux et pernicieux, car il n'y a point de contrition véritable sans la foi en Jésus-Christ ; et il est visible que cette doctrine ne tend qu'à faire croire qu'il importe peu d'être chrétien pour être sauvé, et que la justification des pécheurs n'est pas un privilège de la loi de grâce , et de cet esprit divin que Jésus-Christ ne communique qu'à ceux qui croient en lui mais une œuvre de la na,
(Douze.)
359 MMON^ïiivrioN i \ \n(.i:lique
ture et de la raison, qui ne dépend que de la volonté des homm* -