CHAPITRE V
Méponst à cette objection : Que Dieu serait injuste, s'il n'avait accordé les lumteres de la foi et de la religion à toutes ces nattons ; et que ceux à </ui il les aurait refusées, seraient excusables et en état de salut.
Il est donc inutile de dire qu'il est de labonlé de Dieu de n'obliger jamais les hommes a 1 impossible, et qu'ainsi un Américain qui n a jamais entendu parler de la véritable religion , ne peut être condamné par la justice de Dieu aux peines éternelles, en vivant moralement bien et ressemblant aux bons païens qui, se laissant conduire par la lumière naturelle de la raison, adoraient un seul Dieu créateur de toutes choses, et vivaient sans idolâtrie. Car comment peut-on s'imaginer, sans i noncer à toute la doctrine de notre foi. et se déclan r ennemi de La grâce et de la en i\ de Jésus-Christ, que des gens ciw\elis dans les ténèbres du paganisme, parviennent la véritable adoration de Dieu , et par i moyen à la béatitude éternelle, en se laissant conduire par la seule lumière naturelle de la raison '.'Que deviendrait donc ce que l'Ecriture sainte nous apprend, que Dieu ne reçoit pour ador; leurs qu • ceux qui ladon nt en esprit et en \ érité ? que c'est à i< Christ seul à former ces adorateurs , parce que personne ne peut parvenir au l'ère que par Le Fils; ni recevoir L'esprit de grâce et de vérité, qui peut seul rendre à Dieu nos adorations agréables, qu'étant uni par la foi à celui qui en est l'unique source, et a qui seul il appartient de répandre L'esprit de Dieu dans le cœur de ceux qui croient en lui. suivant la promesse qu il en a laite dans L'Evangile : Qui crédit in me. Iluminade ventre ejus fliant rt'/i«e vinr : ll«c autem di.ut de spiritm guem accepturi eremt credent
.lt, an. VU). C'est donc une hérésie manifeste de croire le contraire et de se persuader que la lumière naturelle de la raison, C esl-à-
(l) ïlom X. Ctlin jttstiiianj Del cognovissent , D n rcerunl , qiioniiim qui lalia a;:unl . morte, <• un souimqui fociant, s d cv.. Bciitiunt fAcieul bus
NÉCESSITÉ DE LA FOI EN J.-C
dire une lumière éteinte et obscurcie, une raison aveugle et corrompue , puisse inspirer à des hommes qui gémissent sous la tyranniedu démon et du péché, et qui n'ont jamais entendu parler de la vraie religion, les véritables sentiments de cette piété toute spirituelle et toute divine par laquelle Dieu veut être adoré, et qu'il couronne dans le ciel d'une récompense éternelle. C'est pourquoi il n'y a que dans la doctrine des pélagiens, qu'on puisse mettre en doute la damnation de tous ces Américains avant qu'ils eussent été éclairés de la lumière de l'Evangile, et lorsqu'ils ne se conduisaient que selon celle de la raison.
11 n'est point même nécessaire d'attendre au dernier jour pour s'assurer de l'arrêt que le souverain juge doit prononcer contre eux ; il le leur a déjà prononcé dans son Evangile : Qui non créai derit condemnabitur ( Marc. XVI), Quiconque n'aura point cru, s*era condamné; et non seulement il le sera, mais il l'est dès maintenant, Qui non crédit, ■jam judicatus est, quia non crédit in nomine unigeniti Filii Dei ( Joan. 111 ). L'ignorance où ils ont été des mystères de notre foi peut à la vérité être cause qu'ils en seront moins punis en l'autre monde, mais non pas qu'ils ne le seront point du tout, et qu'ils éviteront entièrement les supplices éternels. Et c'est ce que le Sauveur du monde nous a voulu enseigner, lorsqu'il dit dans S. Luc, que le serviteur qui a connu la volonté de son maître, et ne l'a point faite, sera battu rudement; mais que celui qui ne l'a point connue, et qui a fait des choses dignes de châtiment, sera moins battu.
Aussi voyons-nous que tous les anciens pères, défenseurs de la grâce de Jésus-Christ, ont décidé celte vérité contre les pélagiens : ils ont soutenu constamment que quelque involontaire que pût être l'ignorance de la vraie religion, elle ne pouvait pas empêcher que tous ceux qui ne croycnl point nos mystères , ne fussent damnés , quoiqu'ils ne les crussent point parce qu'ils n'en avaient jamais entendu parler. (1) // n'y a point de doute, dit S. Augustin, que celui qui pèche avec science, ne soit plus coupable que celui qui pèche par ignorance; et néanmoins les hommes ne doivent pas se flatter sur cette ignorance pour trouver dans ces ténèbres de quoi excuser leurs péchés ; car il y a bien de ta différence çntre ne connaître pas et ne vouloir pas connaître; et quant à celui de qui le prophète dit , il n'a point voulu être instruit pour faire le bien , il est clair qu'il est con-
(\) Augusl.lib.deVraliaclLib.Arbilr. cap.?,. Ecceubi attendit gravius peccare hominem scicnlem , qnam ncsiieniem : nec lamen ideo coid'ugiciidum eei ad ignorante: tenebras , ul in ois quisque requiral excusationcm : aliud est enim nesciisse, aliud scirc nolnisse, volunlaa quippe in co arguiiur, de quo diciiur, noluil intelligere ul uene ageret. Sod et illa ignoraniia «m non ( si eoruin qui scire nolnnt , sed eoriini qui t;iii(|iiam simplifier ihm inui, mini hem sic excusât ut scmpilcrno iene non ardeal, si propicrca non crrdiditquia non nudivit oinnino rpiid crederet, 6cd fortassc ul minus ardent.
damné comme s'ttant volontairWient rendu coupable. Mais encore qu'un homme ne soit point du nombre de ceux qui ne veulent pas connaître la vérité, mais ignore simplement ce qu'il doit faire, et ne croie point, parce qu'on ne lui a jamais dit ce qu'il devait croire; cette ignorance néanmoins ne l'excuse pas, et n'enpêchera pas qu'il ne soit brûlé dans le feu éternel; mais elle fait seulement, peut-être qu'il sera brûlé avec moins de rigueur; non qu'il soit damné pour n'avoir pas cru en Jésus -Christ, n'en ayant jamais entendu parler, mais pour les autres péchés, soit originel , soit actuels, dont il est impossible de se pouvoir garantir, et de se purifier que par la foi en Jésus-Christ.
Le même saint docteur décide la mémo question dans une hypothèse très-considérable, et qui nous fait voir même clairement contre toutes les fausses prétentions des auteurs que nous combattons, que quelque bonnes inclinations qu'ait une personne, et quelques vertus morales qui la rendent recommandable aux yeux des hommes, elle n'évitera point les supplices éternels si elle passe sa vie dans un pays où la foi n'ait point été annoncée. C'est lorsque pour fermer la bouche aux pélagiens, et les forcer à adorer la profondeur des jugements de Dieu qui fait miséricorde à qui il veut, et qui endurcit qui il lui plaît, comme dit S. Paul, il propose deux personnes dont Dieu sauve l'une et laisse perdre l'autre, quoique celle qu'il laisse perdre semble beaucoup mieux mériter l'assistance de sa grâce, que l'autre qu'il sauve. (1) A quoi, dit-il, peut-on rapporter, qu'à la hauteur des jugements incompréhensibles de Dieu, qu'un homme qui a été dès son enfance modeste, ingénieux, tempérant, qui a surmonté la plupart des passions, haï l'avarice, abhorré l'impureté , et qui a eu des inclinations favorables pour toutes les autres vertus , ait vécu néanmoins duns un lieu où la foi de Jésus-Christ ne lui a pu être un noncée, par laquelle seule il pouvait être délivré du supplice de la seconde mort, « qua sola posset a secundœ mortis pernicic liberari » ? Car comment, dit l'Apôtre, invoqueront-ils
(1) Augnst. tib. i. de pecc. ment, et rciuiss. cnp. 2"2. Nec ip-i qui hoc senliunt, evadunt liiijus qiisestionis angustïas, sed in eis coarciaii el ba-rcnles simililer, Oaliiiudocxelainare coguniur! Undecm.m (il, m liomoab ineunli puer i lia modeslior, ingeniosior, loinpeianlior. ex magna parte libidinuin Victor, qui oderil avaritiam, luxuriam dclesleiur, atque ad virilités ciclcras proveciior apliorquc consurgat, el lamen iu eo loco ait, ubi ci praetheari graiia chrlstiana non possit. Quomodo enim invocabunt . , in quein nonciediderunl? aut quomodo credent el quem non audieriinl? quomodo auiein audient sine pr.vdicanlc î Alius auicm tardus ingenio, libidinibus deditus, flagiliis et facinoribua coopertus, iia giibernclur ul audi.iî , eredai, baptiietw, rapiainr, aut si détenu» lue ftroril , laudabililer hic vivat. Ubi duo isii lain divcrsanicnla contraxirunt, nondico ul isienvdai, illo non credat, quod est propria' \Mliiniaiis, sed m isie ainli.ii qnod crcdai, illc nonaudiat ? boo enim non csl in boniMs
potattaii Quid bine refpdodcani , non video ,
qui volontés bumanis conJMluril jusiiltnm Deidefendere, et ignorantes allil.udineui graiia:, lalmlas impi ni m biles texuerunti
DÉMONSTRATION Ê\ iNGÉLIQl i ,
celui en qui ils ne croient point ? et comment croiront-ils en celui duquel ils n'ont point entendu parler; et comment entendront-ils parler, si personne ne leur prêche ? qu'il arrive au contraire qu'un autre qui aura peu d'esprit, qui sera porté aux vices, qui sera couvert de crimes et d'infamies , sera néanmoins conduit par une telle Providence de Dieu, qu'il entendra prêcher l'Evangile , qu'il croira, qu'il sera baptisé, et ensuite que Dieu le retirera à lui par une mort prompte , ou que s'il vit plus longtemps, il vivra dans la justice et l'innocence ? Où est-ce que ces deux personnes peuvent uvoir acquis des mérites si différents, qu'ils soient cause, je ne dis pas , que , l'un croie, et que l'autre ne croie pas, ce qui ih' pend de la volonté ; mais que l'un entende ce qu'il doit croire, et que l'autre ne l'entende pas, ce qui ne dépend pas entièrement de l'homme ?... Certes, je ne vois pas ce que peinent ici répondre ceux qui voulant défendre la justice de Dieu par des pensées et des imaginations humaines, ont inventé des fables pleines d'extravagances et de rêveries.
Nous voyons clairement dans ces paroles , que saint Augustin ne propose pas comme une chose qui reçoit le moindre cloute, mais comme une maxime tout à fait indubitable parmi les chrétiens, et qui devait servir de règle pour expliquer ce qui devait être sujet à quelque contestation, que quelques qualités avantageuses qu'on se pût imaginer en une personne, tant selon 1* esprit, que selon les mœurs, si par les ordres secrets de la Providence elle demeure sans instruction des mystères de la religion chrétienne, qu'elle n'apprendra jamais d'elle-même, cela seul est suffisant pour nous assurer de sa perle, et nous ôter toute espérance qu'elle ait évité la damnation éternelle.
Je sais bien que cette doctrine semble dure aux hommes charnels, qui se persuadent ridiculement que la justice de Dieu se doit accommoder à leurs pensées, et qui se portent plutôt, comme remarque ce père, à toutes sortes d'extravagances, que de se résoudre à adorer avec humilité les mystères cachés de sa grâce et l'équité souveraine de ses jugements. Mais pour ceux qui sont nourris dans les vérités chrétiennes, ils comprennent facilement que par le péché du premier homme, tous les hommes étant devenus une masse de perdition, il est impossible qu'aucun s'en dégage que par une grâce toute particulière de Dieu, qu'il ne doit à personne, et que par conséquent, il peut refuser à qui bon lui semble, sans qu'il ait le moindre]sujcl de s'en plaindre. (1) De sorte que ceux qui ne sont point délivrés de cette masse , par cette grâce,
(1) Lib. de A'«<. et Grat. c. 4. Inde ii, qui non per illam liberantnr, sive quia aodire nonduui potuerunt, sive quia obedirc noluerunt, sive eliara cuni per auatem audirc non possent, lavacruni régénérations , quod acciperc possent, per quod salvi fièrent, non acccpcruut, jusic inique dainnantur, quia sine peccato non suni, vel quod originaliler traxerunl, \<l quod nislis moribus addiderunt. Omncs enim peeoa* vcruut, sive in Adam, sive in se ij>sis, cl qjenl yralia pei.
ou parce qu'ils n'ont point < m on entendu parler de ce qu'ils doi\ enta oin pour in •
ou pince qu'il* n'ont fin- I OUlU obéir i l> ou enfin parce que n étant pu- encon en âqe d'entendre, mais seulement se recevoir le baptême, ils m Vont p< avec grande justice qu'ils sont damnés, parce qu'ils ne pus sons péché, -"ii d* lewi origine, toit leur volonté propre. Car tous ont péché , comme dit F 'Apôtre, soit en Adam, soit en mxiiu'mes, et tous ont besoin de la grâce de Dieu.
Qui donc se peut laisser emporter dam une folie si extravagante (1), que de ne rendre pas des allions de grâces à la miséricorde de Du ■>. qui sauve d'entre les hommes qui il lui plaît,]! qu'il ne pourrait en façon quelconqut aceut r sa justice, quand elle aurait damné tous les hommes ?
Ainsi, au jugement de saint Augustin, ce n'est pas seulement une erreur, mais < < st une étrange folie que de se persuader que Dieu aurait fait tort à sa bonté, s'il avait laissé les Américains ou tout autre peuple, avant qu'il eût entendu parler de la rentable religion, dans l'état de perdition où ils étaient plongés parle péché; comme si Dieu était obligé de répandre les richesses de sa gra< c sur des esclaves rebelles qui naissent ses ennemis et enfants de colère, et qu'il ne les pût pas très-justement abandonner dans la juste damnation où ils se trouvent engagés par la révolte du premier homme.
Et il ne sert de rien de dire, que si cela est, Dieu aurait obligé les hommes à l'impossible, et que ce serait une impiété de croire qu'il l'eût fait: Acutèquippe videnturhœc dici, sed in sapientia verbi qua evacuatur cru, Christi (De Nat. et Grat. c.G). Car nous avons déjà montré contre ceux qui raisonnent ainsi, qu'ils ne sauraient appuyer leur raisonnement que sur la ruine de deux principes indubitables de la religion chrétienne: l'un, qu'il est absolument impossible de se sauM-r sans la foi en Jésus-Christ; et l'autre, que celte grâce de la foi est purement gratuite et purement libérale: et qu'ainsi Dieu la donne à qui il lui plait et la refuse à qui bon lui semble , sans qu'on en puisse prendre le moindre sujet de l'accuser d'injustice : sinon il faudrait nécessairement tomber dans celle impiété, que de le croire en effet injuste. puisqu'il est plus clair que le jour, qu'il laisse périr une infinité d'entants qui meurent avant que ne renaître en Jésus-Christ par le sac remet < de baptême: et il se conduit en cela par îles jugements si cachés et si impénétrables au sens humain, qu'il laisse souvent périr des enfants nés de personnes catholiques et très-verlueuses , et en saine d'autres nés du crime el de l'adultère. Si ergo me fatum, quia nulhv stelliv ista dreemunt, nec firtunu, quia non fortuit! casus love m/unt. nec personarum, nec meritonnn divasitas hoc feccrunt ;
(i) laid. cap. ,*>. Quis igiiur nsque adeo démentis* aime insaniat, ut non agal incfiabiles gralias niscricordi.c, qoos voluil liheraniis, qui recle nullo iiunl<< i1 sset culpare jusiiiiam , uoiversos etiam damna»*
Ils.'
SCS
NÉCESSITE DE LA FOI EN i. C.
5ÔG
guid restai quantum ad baptizatum attinet , nisi gralia Dei , quœ vasis factis in honorem gratis datur , quantum ad non baptizatum ira Dei, quœ vasis in contumeliam pro ipsius masses meritis redditnr (Lib. II. ad Bonifac. cap. 7)?
Que si l'on pense dire qu'autre chose est des enfants, autre chose des personnes plus âgées (ce qui était la défaite ordinaire des semi-pelagiens, au rapport d'Hilaire, écrivant à saint Augustin : Parvulorum autem causam ad exemplum majorum non patiuntur ajferri (1) , qui ne voit combien cette réponse est ridicule ? Car qui est-ce qui nous, pourrait faire croire que la bonté ou la justice Dieu ne s'étende pas aux uns comme aux autres? (2) Tant d'enfants qui périssent tous les jours sans qu'on les puisse secourir par le baptême, sontils moins que les grands, du nombre des hommes, pour n'être point compris dans cette parole de l'Apôtre, que Dieu veut sauver tous les hommes? Est-ce que Jésus-Christ est mort plus particulièrement pour les uns que pour les autres ? Quelle obligation a-t-il d'avoir plus de soin du salut de ceux qui, outre la plaie générale de la nature humaine, sont chargés pour l'ordinaire d'un grand nombre de crimes, que de ceux qui ne sont coupables que par la contagion de la mort ancienne, comme parle saint Cyprien? El s'il peut refuser à ceux-ci les trésors de sa grâce, pourquoi ne le peut-il pas faire à ceux-là qui en sont beaucoup plus indignes ? Nous voyons par là que saint Augustin rejette absolument cette différence que l'on voudrait établir dans la condition des uns et des autres comme une grande absurdité : il ne peut souffrir que l'on dise, que Dieu se conduit d'une autre façon envers les grandes personnes qu'envers les enfants ; et qu'il veuille que tous ceux-là soient chrétiens, dont beaucoup ne le veulent pas , et qu'il n'ait pas la même volonté au regard de tous les autres, dont pas un ne lui résiste par une volonté contraire. Ce saint docteur ajoute ensuite que si l'hérétique avec lequel il disputait en ce lieu, lui demande pourquoi Dieu ne convertit pas les volontés de tous ceux qui ne veulent pas se donner à lui, puisqu'il n'y a que sa grâce qui le puisse faire ? il lui répon-
(1) Epistola Hilarii ad August. numéro 8.
(1) Lib. iv. ront. Jul. c. 8. Cur lot millia parvulorum iiou perceplo baptismale moriunlur? numquid n h t homines non sunt ut non perlineant ad id quod diclum est : Oiiines homines (Deus vult salvos licri)
isio modo bcnevolcnliorcm lacis Deum omnibus
irnpiissimis :-l scelcralis liominibus, quain innocenlissiniis. Immcnsum vero numerum parvulorum qui sine, baptismale moriunlur, suo regno adjici non vult qui.... ejus resisiere voltinlati contraria voluntaie non possiml ? Sic lit ut esse cbrislianos omnes velit qu.iiim mulli nolunt, non omnes velit quorum est neino qui noiit. Ubi si dixeris mibi, cur ergo non Convertit omnium nolenlium volunlates? Respondebo, cur non omnes morituros adoptai lavacro regenerationis infantes, quorum adbuc nullas, et ideo nec contrarias invenil volunlates. Si hoc profundiiis esse perspieis quam ut abs le valeal inveniri , ulruinque Ulrique, etC< // faut entendre tout ce passage de ta volonté conséquente de Dieu , et non pas de sa volonté antécédente.
dru : Pourquoi Dieu riadopte-t-il pas par le baptême tous les enfants dans lesquels il ne rencontre point de volontés contraires à ses desseins? Que si, dit-il, vous êtes contraint d'avouer que vous ne pouvez sonder la profondeur de ce jugement; qu'il nous soit à tous deux incompréhensible, pourquoi Dieu veut secourir l'un et ne pas secourir Vautre , aussi bien au regard des grands que des petits ? « U trique nostrum profundum sit? Cur et in majoribus et in minoribus Deus velit alteri, et noiit alteri subvenire. »
Et par conséquent ce n'est que dans les maximesdes hérétiques, ennemis delà grâce, que l'on se peut imaginer qu'on aurait droit de prendre Dieu à partie et de l'accuser d'injustice, si ceux qui n'ont point reçu la lumière de l'Evangile, se pouvaient sauver par la seule lumière de la raison. Mais ces pensées ne peuvent tomber dans l'esprit de ceux qui sont bien instruits des sentiments de l'Eghse sur celte matière. Car ils ont appris des saints pères (1), que c'est un oracle infaillible de la vérité, que personne n'est délivré de la damnation dans laquelle le premier homme a engagé tous ses enfants, que par la foi en Jésus-Christ; et que néanmoins tous ceux qui pourront dire qu'ils n'ont point entendu parler de l'Evangile de Jésus-Christ , ne s'exempteront point de cette damnation. Ils auront beau dire , Comment aurions-nous cru, puisque l'Evangile ne nous a point été prêché? (9) Dieu ne reçoit point cette excuse, quelque légitime qu elle paraisse, parce qu'il sait qu'il a créé l'homme dans l'innocence, et que ce n' est que par le mauvais usage du libre arbitre de sa volonté , qu'il est tombé dans le crime qui est passé dans tous ses en fants. Ainsi tout pécheur est inexcusable, ou à cause du péché de son origine, ou à cause de ceux qu'il a ajoutés, par sa propre volonté , soit qu'il connaisse, soit qu'il ignore, soit qu'il discerne qu'il fait mal, soit qu'il ne le discerne pas; parce que l'ignorance même dans ceux
(1) S. Auçiusl. de Corr. et Gral. c. 7. Si enim, sicut verilas loquitur, nemo liberalur a damnalione quai facia est per Adam, nisi per (idem Jcsu Christ), et Ionien ab liiic damnalione non se liberabunt, qui poterunt diceie non se audiisse Evangelium Chrisii.
(2) Epist. 105. nunc 194. Quamvis scipsi excusare videantur, non admitlil banc cxcusalionem qui scit se fecisse bominem rectum, nec nisi ejus quo maie usus est libero voluntalis arhiirio eliam quod iransiret in poslcros manasse peccatuni... :ic per hoc inexcusabilis est omnis peccator, vol realu originis, vel additamento eliam propria! voluntalis : sive qui novit , sivequi ignorai, sive qui judical, sive qui non judicai, quia cl ipsa ignoranlia in eisqui intelligere noluerunt, sine dubil'atiouc peccatuni est, in cis autem qui non potucrunt , pœna peccaii. Ergo in nli isque non est
justa excusalio, sed jusla damnaiio ac per hoc
universi qui in nequiliis et iniquilalibus cxcusaios se volunt, ideo juslissimc puniuniur, qunniam qui liberantur, non niai gratis liherantur, nam si cxcin satio illic justa esset, non indejam gratia, sed justilia liberaret : cum vero non libéral nisi gralia, nillil jusluin invenil in eo quein libérât, non volunlaiem , non operatiouem , non saliein ipsam excusalionem. Nain si bac jusla est, quisquis ca ulitur, nicrilo, nou gralia, liberalur.
gui n'ont pas voulu connaître le bien, est indubitablement un péché; et dans ceux qui ne l'ont pu connaître, la peine du péché. Cest vourquoi l'excuse est injuste, et la damnation est juste des uns et des antre*. Il est donc certain que. tous ceax qui prétendent s'excuser dans leurs crimes et dans leur mauvaise vie, sont punis très-justement ; parce que ceux qui août délivrés de cette corruption générale, n'en, sont délivrés que par la yrâce et par la miséricorde. Que si cette excuse était juste, ils ne seraient pas délivrés par grâce, mais par justice. Car lorsque la grâce seule délivre un homme , elle ne trouve en lui rien de juste, ni la volonté, ni l'action, ni l'excuse même; puisque., si cette excuse était juste , celui qui s'en sert, ne serait pas délivré par grâce, mais par justice, c'est-à-dire, par le mérite de cette excuse.
C'est aussi ce qui fait que saint Prosper soutient que c'est ruiner la créance du péché originel , que de prétendre que ceux qui demeurent ensevelis dans les ombres de la mort, et qui ne sont point éclairés de la lumièi e de la foi , soient exempts de faute parce qu'ils n'ont pas reçu de Dieu le don de la foi:
Non autem recle nec vere dicitur illos Qui sunl expertes divini lnminis, et quos Gralia neylexit, uegetites mortis in urabra, Peccati non esse reos, quod recta gerendi Non data sit virtus.
Prosper, Carm. de Ingrat, cap. 32.
C'est ce qu'opposaient les semi-pélagiens à ceux qui défendaient la grâce de Jésus-Christ, que si tous les hommes n'avaient pas reçu la lumière de la foi , et qu'il y en eût qui fussent demeurés dans les ténèbres et dans l'ignorance de la religion , coux-ci seraient inexcusables dans leurs péchés et dans leur mauvaise vie. Mais voici ce que répond saint Prosper à celte objection , qui est la même que l'on fait encore aujourd'hui.
Naturae compede vinctos Procubuisse negant , nec al) uno germine credunt Oninigeuam prolem, cum pœna et crimine nasi i.
Prosp. ibid.
C'est-à-dire, que ceux qui se servent de ce faux raisonnement pour obliger Dieu à accorder le don de la foi généralement à tous les hommes, quoiqu'ils avouent de parole le péché originel, ils le désavouent néanmoins par conséquence, et ne croient pas Sincèrement ce que la foi nous enseigne; que par un très-juste jugement de Dieu, toute la nature humaine est esclave du péché et du démon; et que nous naissons tous dans le ci i me et dans le supplice.
Ouod qui non renuit
Car quiconque a cette vérité catholique gravée dans son esprit ,
Yidet hujus pondéra culpœ Tam valida paciter miserls Incumbere mole, Ut si ri n il « cii.iiii cumulent mata, sit lamcn unum boe Sutliciens scelus ad moriem nascendo lui ndam.
Idem ihiri.
Il conçoit facilement que ce seul péché nous a
DÉMONSTRATION ÊV ANGÉLIQUE. ZOS
> nilus diqnes de l'i mfer , et qu'ainsi l'on n'a aucun droit de se plaindre de aqu* hua „e ■ de cette juste damnation que qui \ nbh : puisque Von n'aurait pas le me
sujet de n prendre fàju Uce quand il n'en
rait délivré personne. Cest ce qu'il explique
excellemment par ces beaux vers.
Hanc Igitur legem, qnan per ses nmo resohit ,
Si merito et juste positam, Impoaitaïuque bteam .
Cor querimur quod Bon omaea saWantur ai-
Cum ii proçeniem super omnem in uj la man<
De cunctis juste damnant w>u qoereremur.
An (|iio.i de loto ferretnr, boa loleralar
De parte, et metius foret ornais débita
Quam summa ex ^olida clementer mulla renâlli;
Qui \'-io exemptas squallenti carcere puisai
Ihvidia miserantis opem, quia non nunul m
In liHviii vi-rain lenebris eduxeril, id
Cum po-nain (|iia mersus erat non eiperiator,
Quam nôsi re ferai addictus nisi liber ab illa.
Prosp. carm. de ingrat, sub finem capiti- '
Nous n'aurions jamais fait, si nous voulions rapporter ici tout ce que]. le l'Eglise, défenseurs de la grâce de Jésus-Christ, ont dit sur ce sujet , pour forcer ses ennemis à reconnaître que Dieu la donne par miséricorde à qui il lui plait . et la refuse par justice à qui bon lui semble , sans que (eux à qui il la refuse, puissent en aucune manière, ou l'accuser d'injustice, ou s'excuser dans leurs péchés.