CHAPITRE IX
Que les païens destitués de la foi en Jésus - Christ ne sont pas en état tir faire un acte de contrition qui efface leurs péchés
On peut cependant montrer encore la fausseté de ces supposition! par une [neuve plus sensible, et faire voir aux esprits équitables que c'est se jouer de la religion que d soutenir que vraisemblablement dans les \ où l'Evangile n'a point été prêché, il v •• hommes qui meurent après avoir fait (les actes 'le contrition. Car pourquoi donc tous
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philosophes ' i I qui
Ton compare ces païen* les terres inconnues,
n'ont-ils jamais f.iit de ces actes de contrition, puisque tout le monde convient que c'est une Cable que ce qu'on en rapporte d \rislote .' D'OÙ vient que. l'on M peut trouva f dans leurs livrer et dans leurs histoires BUcun exemple d. retendues prierai
Comment se peut-il faire que l'on ne nous en dise rien de tous ceux dont nous avons particularités de la m t il n'appa-
raît pas qu'il y en ait un qui soit sorti
de ce monde avec ces sei là d'une ex-
trême repenlance qu'on leur met dans le cœur. Nous ne lisons en aucun endroit qu'ils aient eu recours à la miséricorde divi; qu ils aient témoigné quelque frayeur d. l'attente de ses jugements, qu'ils ai<':it été dans les gémissements et dans les larmes dans la vue de leurs péchés : mais au contraire, nous les voyons tous mourir dans d< s pensées de vanité et d'orgueil, dans une opinion très-avantageuse d'eu\-inémts et de leur prétendue vertu , dans un entier oubli de ce qui leur pouvait arriver après cette vie, ou dans une présomption ir.en eilleus •. que si de ce moud" l'un passe dans un autre, ils y vivraient de la vie des dieux.
Aussi voyons-nous que S. Augustin nous assure, par sa propre expérience et après une recherche exacte qu'il en avait faite [Lib., VII, Confias, cap. 21) que l'on peut I trouver dons les livres des philosophes quetq vérités exct llentes touchant la inaj' I
leur; mais que l'on n'y rencontrait point cet esprit de piété, ces !<irin< a d'une humble coi > ■ sion , ce sacrifice d'une âme percée de doul< ce cœur contrit et humilié que Dira rejeter. IS'on habent Ulœ paginas vultum pi lis hujus, lacri/mas confi ssionis , sacrificimn tuum spirilum contribututum, cor contrition et huiniliatum.
C'est donc une rêverie pleine d'impie!
s'imaginer que des païens . destitues de a lumière de l'Evangile et vivant dans les ténèbres du paganisme, puissent former mouvements de contrition et faire d< d'une sainte repenlance par la seule lumière de la raison. Le commencement et l'origine de la confiance et de l'accès vers Dieu, c'est la foi en Jésus-Christ . comme nous l'eus ignent les pères : Fiduciœ atqur accessus ad Deutn principium et origo, fuies in Christn -i Hier on. in Epist. ad Eph. cap. 111). Et c'est une hérésie manifeste de croire qu'un hoc puisse faire un acte de véritable contrit si le Saint-Esprit ne le forme dans son cn^ur. C'est aussi ce qu'il ne fait jamais que f) ceux qui croient en Jésus-Christ, parce quo la foi est le fondement de l'édifice spirituel, et précède nécessairement la charité et la conversion du cœurà Dieu.
Dei - iltos
i couipcde vinctos.
'uomtr, eu m. île ingrat, cap. 15.
C'est à Pieu seul à ressusciter ces païens ensevelis dans les ombres de la mort, et à rompre les l'ers de ces esclaves du poche.
Suscitai et suivit peccati compede un. les.
NÉCESSITÉ DE LA FOI EN J.-C
Ille obseuratis dat cordibus intellectum, ïlle ex iniustis justes facit.
PnospER, carm. de ingralis cap. 15.
C'est à lai seul à éclairer ces esprits pleins de ténèbres et d'aveuglement, et à faire des innocents de ces criminels.
Iudit amorem Quo redametur amans , et amor quera conserit ipse est.
C'est à lui à nous inspirer l'amour par lequel nous puissions reconnaître celui qu'il nous a porté lorsque nous étions encore ses ennemis ; et cet amour qu'il nous inspire, ou, pour le dire ainsi, qu'il plante dans notre cœur, c'est lui-même , parce que nous ne le pouvons aimer que par l'esprit de Jésus- Christ, habitant dans nos cœurs.
Hune itaque effectum quo sumiint morlua vitam , Quo tcnebrœ lumen fiunt, quo inminnda nitescuut, Quo stulti sapere incïpiuat, œçrique valescnnt, Nemo alii, dat nemo sibi.
ibul.
On ne peut donc pas se donner à soi-même ni cette ardente affection de n'être qu'à Dieu, ni cette conversion parfaite de cœur qui fait passer de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière, de la corruption à la pureté, de la folie à la sagesse, de la maladie à la santé : et c'est selon la doctrine de l'Eglise , ce que nul homme ne peut donner ni aux autres, ni à soi-même.
Non littera legis.
idem ibid.
i^a loi même de Dieu ne le peut faire elle seule, avec tous ses préceptes, toutes ses promesses et toutes ses menaces.
Non naturalis sapienlia , quœ semel acla In praîceps labi novit, consurgere ncscit
ibid.
La sagesse naturelle et la lumière de la raison le peuvent encore moins; parce qu'après la première chute elle retombe sans cesse sans se pouvoir d'elle-même relever jamais. Ainsi c'est en vain que l'on voudrait s'efforcer do ruiner la doctrine catholique par des suppositions pélagiennes. Et c'est en vain que l'on prétend que des hommes qui ne sont conduits que par la seule lumière de la raison, et qui n'ont point les grâces qui opèrent le salut, qui nous sont données par les mérites de Jésus-Christ, qu'ils ignorent , et auquel, par conséquent, ils n'ont point recours comme à leur unique libérateur, conçoivent les mouvements d'une pénitence salutaire, forment des actes de contrition , et se jettent entre les bras de la miséricorde divine.
S. Paul a étouffé toutes ces pensées charnelles, en nous apprenant l'ordre dont Dieu se sert pour sauver les hommes , lorsqu'il a dit (Romanor., X),Omnis quicutnque invocaverit nomen Domini salvus erit : Quiconque invoquera le nom du Seigneur, sera sauvé, etc. Et par conséquent, quiconque enseigne con- : tre la parole de c«t apôtre, que des peuples | entiers peuvent être sauvés sans invoquer le Seigneur, ou invoquer le Seigneur sans avoir la foi, ou avoir la foi sans avoir été
faits participants de l'Evangile et de la parole, détruit évidemment la foi et ne peut être excusé d'erreur très-dangereuse.
C'est aussi cette doctrine impie qui a été combattue par plusieurs docteurs catholiques dans la personne de Zuingle, hérésiarque du siècle passé, qui dans son Exposition de la foi qu'il adressa au roi François Ier, lui promettait qu'il pourrait voir en paradis, Hercule, Thésée, Antigone, Numa, Aristide, les Catons et beaucoup d'autres semblables mêlés avec les saints, voulant ainsi remplir le ciel d'impies, et renouveler la fausse doctrine des pélagiens.
En effet, peut-on donner plus avant dans le pélagianisme , et ruiner plus absolument la grâce de Jésus-Christ dont toutes les vérités sont tellement jointes ensemble et liées si étroitement les unes aux autres, qu'on n'en peut défaire un anneau qu'on n'en rompe toute la chaîne, comme S. Prosper l'a excellemment remarqué, que de soutenir comme font les auteurs du salut des païens, qu'ils peuvent être sauvés parce qu'ils se portent par la seule lumière de la raison naturelle à reconnaître un seul Dieu; que vraisemblablement Dieu a pu faire miséricorde à une inûnité de personnes pour avoir vécu moralement bien, encore qu'ils ne fussent pas du nombre des fidèles ; que l'on ne peut connaître un Dieu souverainement bon et lui donner les attributs de toute bonté, sans l'aimer sur toutes choses ; qu'il est plus facile à l'homme, dans la nature corrompue, d'aimer Dieu de tout son cœur, que d'aimer son pays ou ses amis ; qu'on ne peut douter que les païens, en contemplant la boulé de Dieu, n'aient eu l'espérance que Dieu leur ferait miséricorde; que pour être assuré que Dieu donnera sa grâce aux païens, il suffit qu'ils le connaissent naturellement, et qu'ils soumettent leur libre arbitre à leur raison; qu'on ne peut excuser Dieu de faire acception dé personnes, s'il ne sauvait pas les païens ; qu ; ceux qui n'ont jamais entendu parler de la vraie religion peuvent néanmoins aimer Dieu sans le connaître; et ; nfin, ce qui est passer à la source d'hérésie pélagienneet ruiner ouvertement la créance du péché originel, c'est d'établir qu'il y a "une sainteté originelle, et. de rapporter celle des saints patriarches aux premières semences de probité qu'ils avaient reçues avec moins d'altération que nous.
Qnid prodesl verbis coromentum pelagiatnun Respuere, el sola damoatus pleetere voce, Cuin paucis s |ualida sublatis de cute nœvis, Intima viperei Ibveaulur viscera sensus?
Phospbb. carm. de ingrat, rap.38.
Il ne faut donc pas s'étonner si des gens qui sont dans ces sentiments, trouvent de, la témérité, aussi bien que de l'inhumanité, à condamner tous ces païens aux peines éternelles. Mais qui ne sera surpris de leur hardiesse, les voyant ainsi donner de telles qualités à ceux qui ne soutiennent que ce qu'ils ont appris de la bouche de la \ erite éternelle ? Que, quoiqu'un homme semble vivre moralement bien, s'il ne croit point au nom du
DÉMONSTR VTION I ' V /Ml H
Fils unique de Dieu, comme il est plu> clair que le jour que tous ces prétendus vertueux du paganisme n'j ont point cru , il est déjà condamné 7"'/». 111) : Qui non crédit jam fu dicatui est, quia non crédit in nomine unigeniti Filii Oei. Ainsi ceux (jui ne se laissent pas éblouir au faux lustre des vertus humaines, s'arrêtent avec fermeté à cet oracle de S. Paul, que personne ne peut être justifie ni par conséquent se délivrer de la condamnation que par la foi en Jésus-Christ et non par toutes ces bonnes œuvres qui font appeler une Aie moralement bonne (Galat., 11] : S<i> nies quodnonjustificatur ftomo ex operibus legis, nisi per fuient Jesu Christ i .
Ceux qui fuient toutes les nouveautés profanes et qui ne, s'attachent qu'à l'ancienne tradition de l'Eglise, croient avec le* pères que c'estdouter de la vérité du christianisme, que de douter qu'aucun homme, en quelque temps que ce soit, ait pu être délivré de ses péchés que par la foi au Médiateur, Jésus- Christ, Dieu et homme. Ce qu'on ne peut attribuer aux païens sans se rendre ridicule. Sine fide incarnationis, mortis et resurrectionis Christi, nec antiquos justos, ut justi essent, a peccatis potuisse mundari verilas christiana nondubital {S. August.Jib.depecc. oriq. cont. Pelag. et Cœlest. cap. 2V). Et ceux qui ne jugent point 'de la damnation des hommes par les vains sentiments d'une compassion charnelle, mais par les règles divines de notre foi , ne font point difficulté de mettre au rang des dan, nés tous ceux qu'ils savent, comme ils le savent des philosophes païens, n'avoir jamais invoqué le nom salutaire de l'unique Sauveur des hommes, ni même n'avoir jamais eu une véritable foi , puisqu'on ne la peut avoir par la seule, lumière de la raison, à laquelle on rapporte tout ce que ces païens ont connu de Dieu.
Il faut avouer que c'est une étrange témérité que de prétendre, parce qu'ouest pyrrhonien et que l'on révoque en doute les vérités les plus assurées, traiter de téméraires et d'inhumains ceux qui s'attachent avec fermeté à la sainte doctrin \ de l'Eglise.
Il faut donc qu'il n'y ait de sages et de modérés que les sceptiques qni embrassent cette pernicieuse opinion d'Horalius Tubero, avec laquelle il n'y a rii'n de si assuré que l'on ne puisse rendre douteux, ni rien de si extravagant qu'on ne puisse rendre probable. Ainsi il n'y aura plus, selon ce système, que des gens austères et de mauvaise humeur qui oseront rien déterminer de la damnation du plus impie et du plus méchant de tous les hommes : et quand même il aurait cru l'âme mortelle, qu'il aurait nié la Providence, et qu'il serait mort dans l'idolâtrie, comme on l'avoue d'Aristote, ce sera assez pour ne point offenser la piété, de ne pas former un jugement qui soit tout à l'ait à son avantage, et l'on ne fera rien que de très-agréable à Dieu, en demeurant dans un doute respec tUCUX de sa damnation ou de son salut.
lui vérité, si c'est là ce qu'on appelle modération , il faut dire que c'est plutôt un aveuglement insupportable! Le bonheur ou
le malheur éternel de-, païens ne dé| point de ce que nous en croyons : ce ne sont
pas nos opinions, m.iis les arrêts souverainement équitables de la justin- irrépréhensible du Créateur, qui les condamnent aux tourments de l'autre vie : leur condition n en
deviendrait donc pas meilleure, quand on
pourrait démentir en leur faveur les oracles infaillibles de l'Ecriture sainte et de la tradition divine : les fausses louanges dont on l<s reuf honorer, ne peuvent apporter <lu
soulagement à leurs véritables peines, et c'est mal s'y prendre pour les délivrer de renier, que de les vouloir faire monter au ciel par l'échelle du mensonge, ainsi que le disait autrefois Terlullien de Komulus.
C'est sans doute une faibli sse d -«prit que d'embrasser ou de rejeter des opinions quon nous propose, selon qu'elles nous parait plus douces ou plus sévères , sans examiner auparavant si elles sont vraies ou (ainsi Car la fausseté ne peut être douce qu'à ceux qui se veulent tromper eux-mêmes . , i être conduits par l'espril d'erreur. Et la vérité ne saurait être cruelle si Dieu même n'était cruel, puisqu'il est la vérité même //' Pt., CXVII1] : \ eritatis amator suave clamai quod verum est, Celui qui aime la vérité, dit S. Augustin, trouve doux ce qui est vrai, lit la seule inhumanité qui se rencontre sur ce sujet, est d'empoisonner les ftmes par des erreurs qui ne peuvent servir de rien l misérables païens, dont l'état ne changera pas pour tout ce qu'on en peut dire, ce qui peut nuire infiniment aux chrétiens . en étouffant dans leur esprit le principal fondement du christianisme , qui est qu'.l n'y a de salut que pour les membres de Jésus-Christ , c'est-à-dire , pour ceux qui croient en Jésus-Christ, qui vivent selon l'esprit de Jésus-Christ et par l'esprit de Jésus- Christ; parce qu'on ne peut être sauvé que par lui : Et non est in aliquo alio salus.