‹ Denis PapinChapitre 2 sur 18 · Ce passage de Boyle suffit pour faire justice de l’insi · texte numérisé non relu

Ce passage de Boyle suffit pour faire justice de l’insi

nuation malveillante d’un écrivain anglais moderne, qui

prétend que « Papin n'étant pas lui-même ouvrier, était incapable d'exécuter lui-même ce qu'il concevait, bien inférieur en cela aux Anglais Newcomen et Watt... » (Smiles, Self Help, p. 68.) |

membre titulaire de la Société Royale, et nommé « curateur aux expériences, » position qui l’obligeait, dit-on, de produire une expérience nouvelle à chaque réunion de la société.

L’année suivante, Papin fit hommage à ses confrères, de son Digesteur ou Marmite autoclave, la seule de ses inventions qui ait obtenu quelque succès de son vivant. La première édition anglaise (a new Digester…) parut à Londres en 1681. L’édition française, dont on ne connaît que quatre exemplaires, fut publiée l’année suivante à Paris, chez Michallet, sous ce titre : la Manière d’amollir les os.

Ce titre de « nouveau Digesteur » indique suffisamment que Papin n'était pas le premier qui eût recherché « un instrument au moyen artificiel propre à dissoudre les mets hors de l'estomac, suivant une voie analogue à celle de la digestion. » En eflet, dans l’article Digesteur de son dictionnaire encyclopédique (1728), reproduit plus tard dans l'Encyclopédie française, Chambers a décrit sommairement, d’après le recueil des travaux de la Société Royale, deux inventions plus anciennes de digesteurs, n’ayant d'autre but que de « répandre du jour sur la manière dont se fait la digestion naturelle. »

__ L'un de ces inventeurs faisait mijoter sa viande ” dans une préparation contenant de l'esprit de soufre, de l'esprit de corne de cerf, du chyle d'un chien et de sa salive. L'autre employait de l'huile de térébenthine avec de l'huile de vitriol. C'étaient là, bien entendu, des expériences purement spéculatives, dont les auteurs ne prétendaient faire avaler à personne le jus ou la pulpe, obtenus à Vaide de tels ingrédients.

« Mais, poursuit Chambers, le plus célèbre de tous les digesteurs, celui dont les effets ont le plus de rapport avec les opérations de l'estomac, est celui de Papin. »

L'appareil décrit par Papin en 1681 se composait d’un récipient de verre ou de métal, pour la viande destinée à la cuisson, fixé à vis dans un châssis, clos hermétiquement, et enveloppé par un cylindre métallique pour l’eau, muni d’un couvercle fermé à vis pendant l'opération, de manière à intercepter toute communication avec l’air extérieur.

D'après le rapport fait à la Société Royale, « en mettant cette machine sur quelques charbons : allumés, ou même en l’exposant simplement à la chaleur d’un petit feu de lampe, la viande, au bout de six ou huit minutes, se trouvait réduite en une

DENIS PA PIN 53 pulpe, ou plutôt en un liquide parfait. En poussant un peu le feu, ou seulement en le laissant agir quelques minutes de plus, les os les plus durs se transformaient en pulpe ou en gelée. »

Dans sa préface, Papin reconnaissait loyalement que la première idée de cet appareil de ménage lui avait été suggérée par une invention de bainmarie fermé à vis, dont Boyle avait fait usage dans des expériences physico-mécaniques, exécutées précédemment avec la collaboration de Papin, et décrites dans un livre qui avait paru l’année précédente.

« Mais, ajoutait-il, comme ce livre-là est en latin, et qu’il ne donne ny la description de notre machine, ny la manière de s’en servir seurement, j'ay creu qu'il seroit à propos d'en faire un petit traité à part, pour l’usage des pères de famille et des artisans. » |

La partie de cette invention vraiment originale, et dont tout le mérite revenait à Papin, consistait justement dans le procédé imaginé par lui pour « se servir sûrement » du digesteur et prévenir les explosions, tout en évitant de faire manquer l’opération en dévissant prématurément l'appareil. Papin obtint ce résultat en introduisant dans l’économie de sa machine une soupape de sûreté.

L'organisation de cette soupape, prototype de toutes celles qui fonctionnent aujourd’hui dans les machines à vapeur, est décrite fort au long dans le premier paragraphe du digesteur : pour connattre la quantité de pression. Sur le couvercle du cylindre d’enveloppe contenant l’eau en ébullition, Papin ajusta une tringle munie d’un poids mobile portant sur une soupape garnie de papier, qui

communiquait avec le cylindre par un orifice.

Avec cette installation, il réussit à connaître en temps utile la force de la pression intérieure, par le mouvement de recul ou de glissement sur la tringle ou verge de fer, que fait exécuter au poids mobile le soulèvement de la soupape. D’après les calculs de Papin, le soulèvement de cette soupape ainsi assujettie, commence à partir du moment où la pression de la vapeur dans le cylindre devient huit fois supérieure à la pression normale atmos-

phérique. |

En bons Anglais, les membres de la Société Royale voulurent faire eux-mêmes l'expérience de ‘ la valeur culinaire du digesteur. Ce fut l’occasion

us d’un souper dont il est fait mention dans un J ournal

rédigé par l’un des convives (Evelyn), souper qui ne laissa à ces doctes estomacs que de bons souvenirs. Aussi les conclusions du docteur King, nommé

rapporteur, furent des plus favorables. Mais il ne s’occupa que des qualités alimentaires de l’appareil, et ne dit mot de la soupape; tant les savants eux-mêmes soupçonnaient peu l'importance future de cet humble engin de précaution 1!

L'invention du digesteur suffirait pour mettre Papin au nombre des bienfaiteurs de l'humanité.

Avec cet appareil, il a appris, le premier, à faire

du bouillon à peu de frais avec les déchets de boucherie, fait connaitre les propriétés de la gélatine, et donné la première idée des tablettes dont on se sert dans les hospices et à bord des navires.

À l’époque de sa découverte, l'inventeur proposa au gouvernement de Charles IT d'utiliser sa marmite pour les hôpitaux; mais la cour tourna en ridicule la machine et ses produits.

1. Quelques années après, pendant son séjour en Allemagne, Papin fit à son appareil plusieurs modifications qu’il a exposées dans un Mémoire publié en 1688, sous le nom de Continuation du Digesteur. La plus importante consiste dans l’addition, dans le cylindre d’enveloppe, d’une espèce de socle entouré d’eau dans toute sa hauteur, qui isole complètement du feu le pot où cuit la viande, et ne lui laisse subir d’autre action que celle de

la vapeur. L'emploi du Digesteur ou marmite autoclave a donné lieu quelquefois (notamment à Paris en 1828) &de douloureux accidents, dus à la témérité des expérimenta-

teurs qui surchargeaient la soupape pour activer l’opération.

56 DENIS PAPIN En France, le Digesteur fut d’abord un instant \ à la mode, puis à peu près oublié. Il reprit faveur au XVI siècle, et rendit de grands services dans des temps de disette. En Auvergne, vers 1760, on vit des prêtres catholiques préserver de la famine plusieurs paroisses, en utilisant l'invention de ce proscrit hérétique, mort de misère dans quelque hôpital étranger. | Précisément à la même époque, ce modeste appareil devenait le premier guide de Watt dans son. apprentissage de la vapeur. Lui-même a raconté « qu’en 1761 ou 1762, il fit quelques essais avec un digesteur de Papin, transformé en espèce de machine à vapeur par l'addition d’une syringue. »

Papin va à Venise (1681); son passage à Paris. — Ne trouvant pas en Italie les avantages qu’on lui avait promis, il vient reprendre à Londres sa place de curateur aux expériences. — Émoluments plus que modestes de cette place. — Nombreux travaux de Papin à cette époque; sa « machine propre à transporter au loin la force motrice des rivières. » — Les Acta Eruditorum de Leipzig. — Il est nommé membre correspondant de l’Académie française des sciences (1689), et n'échoue plus tard que d’une voix pour la place d’associé étranger. — Papin va s'établir en Allemagne; motifs divers de cette détermination. — Son mariage avec une de ses parentes, — La petite colonie d’émigrés français protestants à Marbourg. — Il est nommé professeur de mathématiques à l’Université de cette ville. — Aspect de Marbourg. — Nouvelles déceptions pécuniaires de Papin. — Son'Mémoire sur l'emploi de la poudre comme force motrice (De novo pulveris pyrii usu). — Son portrait, conservé à Marbourg (1689). (

Papin quitta l'Angleterre dans les premiers mois de l’année 1681 pour se rendre à Venise, où il dut rester pendant près de trois ans, car nous nele retrouvons à Londres qu’au commencement de 1684.

On n’a pu découvrir jusqu’ici de renseignements positifs sur ce séjour en Italie. On sait seulement que Serlotti, chargé d’affaires de la Sérénissime République en Angleterre, et grand amateur | des sciences, avait connu Papin chez Boyle, et,

qu'ayant conçu le projet de fonder dans sa patrie |

une société savante semblable à celle de Londres, il détermina Papin à le suivre, en lui offrant la direction des expériences scientifiques de la future société, On sait aussi qu’en se rendant à sa destination, Papin s'arrêta quelque temps à Paris, et y fut honorablement accueilli des savants, qui connaissaient déjà son Digesteur ; qu’à Venise, il s’occupa d'améliorations à introduire dans cet appareil, et de nouvelles expériences sur la pesanteur de l'air; enfin, qu'il eut avec un savant florentin, Guglielmini, à propos de physique et d'hydraulique , des démêlés qui firent quelque

bruit, et dans lesquels Leibniz joua le rôle de .

conciliateur 1.

4. Il est bon de remarquer toutefois que ces démélés n’éclatèrent que dix ans plus tard, à l’occasion du traité

Il est plus que probable que Papin ne trouva pas en Italie les avantages pécuniaires qu'on lui avait promis, et que ce fut la principale cause de son retour en Angleterre.

A l’époque où Papin traversa Paris, qu'il ne devait plus revoir, Huyghens, son premier maître, se préparait de son côté à quitter la France pour toujours. Bien que ce départ soit antérieur à l’ère de la persécution officielle des protestants, il parait bien difficile de soutenir, comme on a essayé de le faire, que les considérations religieuses aient été absolument étrangères à cette détermination. Mais ilest également certain que Huyghens eut d’autres motifs tout personnels. On croit notamment démêler qu’il n'avait pas toujours lieu d’être satisfait des procédés de ses confrères de l’Académie, et que ses idées soulevaient parfois de vives contradictions 1.

Il y aurait là un sujet d’investigations curieuses pour un livre qui reste à faire, l’histoire psychologique des savants.

sur l'écoulement des eaux (aquarum fluentium mensura nova et inquisita), publié par .Guglielmini à Bologne, et que Papin attaqua vivement dans les Actes de Leipzig. Guglielmini répliqua par deux lettres « an », dans lesquelles il prenait pour arbitre Leibniz.

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